lundi 25 février 2013

J'ai été voir... Gangster Squad


Certains thèmes semblent être une source inépuisable d'histoires à raconter au cinéma: la lutte contre les gangsters en fait partie. Et ce thème se décline à toutes les époques: années 20-30 (Lawless), les années 40-50 (Le Parrain, Les Affranchis, L.A Confidential), les années 70-80 (American Gangster, Scarface) jusqu'à aujourd'hui (Les Infiltrés)...

Après la Seconde Guerre Mondiale, à Los Angeles, une unité spéciale est mandatée par le chef de la police pour détruire l'empire de Mickey Cohen, un parrain de la mafia qui contrôle la ville.

Sur le papier, le scénario ressemble beaucoup à celui des Incorruptibles; en fait, on en est loin. Mais ce n'est pas la seule référence puisque les clins d'oeil à Scarface et Public Enemies sont nombreux.  

Gangster Squad est sensé aborder le sujet de la différence entre le bien et le mal: qu'est-ce qui différencie les gentils policiers des méchants s'ils sont prêts à tout ? 
Mais on ne va pas jusque là dans la réflexion car le film s'arrête au niveau esthétique du film de gangster.
Les années 50 sont parfaitement reconstituées: les chapeaux et les impers tombent parfaitement, les robes du soir ressemblent à celle de Jessica dans Qui veut la peau de Roger Rabbit? et les sulfateuses font un bruit d'enfer. C'est à un exercice de style que se livre le réalisateur Ruben Fleisher, il nous donne à voir un Los Angeles fantasmé.

Et il faut admettre que son casting a de l'allure. A la tête de l'équipe de policiers de chocs, Josh Brolin et sa mâchoire hyper-carrée. Pas hyper charismatique mais il a le physique parfait pour le personnage...
Pour continuer dans les physiques parfaits, Ryan Gosling prête sa gueule d'ange à Jerry Wooters, flic désabusé et séducteur second degré. Ok, il est plus mannequin qu'acteur: Los Angeles fantasmé on vous dit... 
La déception surprise vient de Sean Penn qui est d'habitude impeccable mais qui, ici, en fait beaucoup trop. Sur-maquillé pour le transformer en ex-boxeur, il s'énerve très fort et se fâche tout rouge mais il ne fait pas un Mickey Cohen convaincant.

Gangster Squad ressemble en fait à une BD, un de ces comics américains qui rassemblerait une bande de héros pour une quête de justice. Dans cette équipe de flics, que l'on pourrait rebaptiser "United Colors of LAPD", tous les quotas sont remplis (1 noir afro-américain, 1 mexicain, 1 geek, 1 vieux senior). 
Visuellement aussi, on est dans le film de super-héros avec des ralentis et des arrêts sur images qui ressemblent aux vieux dessins animés Batman.
La Ligue des Policiers Extraordinaires fait donc son travail et cet esprit BD est renforcé par un humour un peu lourd. Cela permet également de dédramatiser la violence, pourtant bien présente dans le film: on ne prend pas au sérieux les bastons et les fusillades qui paraissent très chorégraphiées.
Pas de subtilité: on ne fait pas dans la dentelle et on ne s'attarde pas sur des détails de l'histoire qui pourraient pourtant lui donner la profondeur qui lui manque.

Gangster Squad est une succession de clichés sur ce qu'est sensé être un film de gangsters dans les années 50. Ce n'est pas désagréable mais ça pourrait être tellement mieux...

La petite anecdote:
La sortie de Gangster Squad a été retardée suite à la fusillade dans le cinéma d'Aurora. Alors qu'il devait sortir en septembre 2012 et que la bande-annonce tournait déjà, la production a décidé de couper une scène du film qui représentait... une fusillade dans un cinéma. Il a même fallu re-tourner entièrement une scène.

Infos pratiques:
Gangster Squad
sorti le 6 février 2013 en France
réalisateur: Ruben Fleisher
avec: Josh Brolin, Sean Penn, Ryan Gosling, Emma Stone
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19415289&cfilm=186168.html 

mercredi 20 février 2013

J'ai été voir... Zero Dark Thirty


J'avais beaucoup aimé Démineurs, le dernier film de Kathryn Bigelow qui avait remporté l'Oscar du meilleur film en 2010. La réalisatrice semble parfaitement à l'aise dans ces ambiances militaires généralement réservées à ces messieurs. Zero Dark Thirty s'annonçait donc prometteur, à la fois grâce à son thème et grâce à son casting (acteurs et techniques).

11 septembre 2001 - 2 mai 2011: 10 ans d'enquête de la CIA pour traquer et éliminer Oussama Ben Laden, du point de vue d'une jeune analyste convaincue de tenir la piste que tout le monde cherche.

Si le cinéma américain a la capacité à se pencher rapidement sur les évènements marquants de l'histoire des USA, on peut souvent lui reprocher son manque de sens critique. Là où le cinéma français est incapable de raconter la guerre d'Indochine ou d'Algérie plus de 50 ans après les faits, les américains savent déjà faire un film sur un épisode qui a marqué leurs années 2000. Mais comment aborder cet évènement majeur sans tomber dans la polémique? Le sujet est encore brûlant, les décideurs encore en place, les débats toujours d'actualité: comment raconter une telle histoire de façon apaisée?

Kathryn Bigelow choisit de ne pas prendre franchement position. Elle nous expose des faits, un peu à la manière d'un rapport scrupuleux, via l'expérience de cette jeune agent de la CIA. 
A travers elle, on assiste aux scènes de torture, mais elle ne s'en indigne pas; à travers elle, on vit les autres attentats orchestrés par Al-Qaïda et les impacts qu'ils ont eu.  Surtout, à travers son cheminement, on comprend que cette enquête est un vaste puzzle et que sa résolution est due à une série d'erreurs, de tâtonnements, de coups de chance et de la détermination sans faille de cette "Maya" (qui est un personnage inventé). 
Nous sommes témoins de cette chasse à l'homme et donc amenés à répondre nous-même à la question qui sous-tend le film: la fin justifie-t-elle les moyens?

La détermination, c'est le thème central de Zero Dark Thirty. Maya est dévorée par sa mission et ce personnage central (interprétée par Jessica Chastain, très bien choisie pour le rôle) est marquant par sa résolution sans faille. En se concentrant sur elle, Bigelow veut sans doute montrer que les personnes, avec leurs obsessions, leurs concessions et leur (manque) d'humanité, restent au coeur de telles manoeuvres. Elle ne stigmatise ni la CIA, ni les terroristes d'ailleurs qu'elle ne présente pas comme des pantins fanatiques.

Zero Dark Thirty a un effet étrange: il peut paraître confus et assez lent, comme cette enquête qui a mis 10 ans à aboutir. Mais la pression monte petit à petit, jusqu'à l'assaut final (par ailleurs très bien filmé). Pas d'explosion de rythme cependant, pas de grosse accélération. Cela nous amène, une fois Oussama Ben Laden éliminé, à se demander: et maintenant, quoi?...
Comme dans Argo, il nous manque des éléments géopolitiques pourtant fondamentaux pour comprendre la globalité du sujet: il n'est pas fait mention de l'élection d'Obama, du retrait des troupes en Irak, des mouvements en Syrie ou en Iran...

Le film pose donc finalement plus de questions qu'il n'offre de réponses. C'est en cela un film intelligent... N'oublions pas non plus que c'est une fiction, adaptée de récits forcément subjectifs et partiels. La force et la faiblesse de Zero Dark Thirty est de nous laisser responsable de l'interprétation, en nous donnant "seulement" un rôle de témoin privilégié.

La petite anecdote:
L'expression "Zero Dark Thirty" désigne en langage militaire l'heure 00:30 mais c'est également une expression pour décrire les opérations réalisées sous couvert de l'obscurité.

Infos pratiques:
Zero Dark Thirty
sorti le 23 janvier 2013 en France
réalisatrice: Kathryn Bigelow
avec: Jessica Chastain, Jason Clarke, Mark Strong, Kyle Chandler
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19433295&cfilm=193444.html 

lundi 18 février 2013

J'ai été voir... Happiness Therapy


L'année ciné est rythmée par quelques évènements qui influencent les sorties: vacances scolaires, fêtes, festival de Cannes et bien sûr... les Oscars. Dans la déferlante actuelle de films sortis à temps pour rafler les statuettes, Happiness Therapy est un des grands gagnants. Il réalise le "big five" des nominations: meilleur film, meilleur acteur et actrice, meilleur réalisateur et meilleur scénario. Gros coup marketing orchestré de main de maître par les frères Weinstein, producteurs et déjà responsables des succès du Discours d'un roi et The Artist.

A Philadelphie, Pat Solitano sort de 8 mois en hôpital psychiatrique après avoir perdu son sang-froid et agressé l'amant de sa femme. Pour la reconquérir et se reconstruire, il adopte une philosophie optimiste et tente de changer. Il va croiser Tiffany, jeune veuve nymphomane aussi détraquée que lui...

Le réalisateur David O'Russell, à qui l'on doit Fighter, a choisi d'adapter ce roman (Silver Linings Playbook) avec lequel il a un lien assez personnel puisque son propre fils a, comme le héros du film, été diagnostiqué comme bipolaire.
Pat subit ses sautes d'humeur et ses accès de violence. Il refuse de prendre ses médicaments et tente de reprendre sa vie en main. Le choix, assez surprenant, de confier ce rôle à Bradley Cooper s'avère payant. Loin du beau-gosse tombeur habituel, l'acteur incarne avec sincérité cet homme immature, attachant et perdu.

Le réalisateur a choisi d'aborder de lourds thèmes (le deuil, les relations familiales, la maladie mentale) via la comédie romantique . En découle un mélange des genres assez déroutant qui n'a pas très bien fonctionné pour moi.
Deux trames d'histoires s’entremêlent dans Happiness Therapy: le contexte familial de Pat et sa relation avec Tiffany. 

La relation du personnage principal avec son père est l'un des aspects les plus intéressants du film: ambiguë, retenue, pudique, parfois violente. Robert De Niro joue très sobrement ce père peu bavard et superstitieux, qui tente de prouver à sa façon à son fils qu'il croit en lui. C'est par ailleurs cet aspect du film qui donne lieu à des scènes qui m'ont personnellement mises assez mal à l'aise: crises, cris, coups, les épisodes bipolaires sont oppressants et donnent à réfléchir sur l'impuissance de ce personnage face à sa maladie.

D'un autre côté, Happiness Therapy est une love story, entre deux personnages très déglingués mais finalement faits pour s'entendre. Et c'est là que ça n'a pas fonctionné pour moi. Malgré une Jennifer Lawrence lumineuse et délicieusement frappée, le rapprochement de Pat et Tiffany ne fonctionne pas. Outre le fait que l'actrice soit sans doute trop jeune pour le rôle, je n'ai pas été emportée dans cette histoire.

Happiness Therapy  a été présenté comme un feel-good movie et c'est pour moi tout le contraire: loin de me faire sentir mieux, c'est mission accomplie pour faire ressentir le mal-être de ce personnage.
On ne négligera pas l'humour qui se dégage de certaines scènes, les réparties bien senties et les personnages secondaires excellents (Chris Tucker, qu'on n'avait pas vu depuis Rush Hour 3 ou Jacki Weaver vue dans l'excellent Animal Kingdom).

Globalement un peu déçue, ce qui arrive souvent quand on entend trop de critiques positives sur un film. Cela dit, le niveau des acteurs rend le spectacle agréable et le film intéressant, sans plus.

La petite anecdote:
Premier film depuis 31 ans nominé dans les 4 catégories "acteurs" des Oscars: Bradley Cooper pour Meilleur Acteur, Jennifer Lawrence pour Meilleure Actrice, Robert De Niro pour Meilleur Second Rôle masculin,  Jacki Weaver pour Meilleur Second Rôle féminin.
Rendez-vous le 24 février pour le palmarès...

lundi 11 février 2013

J'ai été voir... Lincoln


Quand le réalisateur le plus connu d'Hollywood décide de raconter l'histoire du président le plus mythique des Etats-Unis, on a forcément un film évènement. Nominé 12 fois aux oscars, je mets volontiers une pièce sur la statuette de meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis...

Impossible de parler de la vie entière d'Abraham Lincoln: Spielberg a donc choisi de n'adapter qu'une partie du livre de Doris Kearns Goodwin Team of rivals.
Lincoln relate donc les mois pendant lesquels le président, réélu pour la 2ème fois, se bat à la fois pour faire passer le 13ème amendement abolissant l'esclavage et pour terminer la Guerre de Sécession qui fait rage depuis 4 ans. 

C'est dans ce contexte politique extrêmement tendu et délicat que l'on suit Abraham Lincoln et que l'on découvre sa détermination sans faille et sa vision géniale.
En se concentrant essentiellement sur les débats parlementaires et les tractations en sous-main qui ont mené au vote de l'amendement, Spielberg fait le choix d'un film complexe. Le contexte historique de la Guerre de Sécession n'est pas expliqué, pas plus que les forces politiques en présence à la Chambre des Représentants (les partis républicains et démocrates, très éloignés de ceux d'aujourd'hui). 
Même si on a quelques notions de base sur cette période, il est difficile de comprendre les enjeux et les priorités du président. C'est à dire comment prendre la décision de repousser la fin de la Guerre pour avoir le temps d'abolir l'esclavage alors que cela signifie forcément de nombreux morts supplémentaires.

Les joutes verbales sont plaisantes, presque des scènes d'action. Souvent drôles, elles donnent lieu à de belles performances d'acteurs (Tommy Lee Jones en particulier).
Mais il faut du temps et une bonne dose de concentration pour démêler les noeuds des débats. 

La multiplication des personnages secondaires (voire tertiaires) ne facilite pas non plus la compréhension. Peut-être qu'un public américain, potentiellement plus éduqué sur cette période, pourra davantage apprécier...
Lincoln est donc par moment un film bavard, dont le rythme n'est pas au service de la narration. Pas d'envolée ou de moment plus léger: c'est difficile de reprendre son souffle.

En revanche, la précision de la reconstitution historique est remarquable. Costumes, sombres, chapeaux haut de forme, robes démesurées, uniformes: on est plongé très rapidement dans l'ambiance 1865. Spielberg a mis les grands moyens à sa disposition pour réaliser ce film à l'apologie de Lincoln, qu'il admire depuis qu'il a 5 ans et qu'il a vu sa statue à Washington.
Même le spectateur n'est pas aidé, le choix de se concentrer sur cette période fait mouche: la portée historique des décisions prises rend justice à ce président hors du commun. On comprend très vite qu'on a affaire à quelqu'un d'extraordinaire, qui a su faire preuve d'une grand flexibilité afin d'arriver à ce qu'il croyait.
De plus, les échos de ces débats raisonnent jusqu'à nos jours avec des références à peine déguisées à Obama.

A personnage exceptionnel, acteur exceptionnel. C'est Daniel Day Lewis qui endosse le rôle d'Honest Abe. Il semble être tout simplement tombé amoureux du rôle (qu'il avait décliné dans un premier temps) et lui donne le meilleur. Extrêmement charismatique et en même temps très accessible, Lincoln a de multiples facettes. Day-Lewis a semble-t-il réalisé un énorme travail de documentation qui porte ses fruits puisque c'est bien l'authenticité qui caractérise sa prestation. On voit donc Lincoln à la fois dans ce qui l'a rendu mythique mais aussi dans ce qui faisait de lui un homme comme les autres.

Mais peut-être que Spielberg n'était pas le bon réalisateur pour Lincoln. Plus habitués aux films d'images qu'aux films de mots, il n'a pas su donner la fluidité nécessaire pour rendre la film confortable. Il n’empêche que Lincoln est un très bon film, historiquement intéressant et magistralement interprété.

La petite anecdote:
Lors de la scène du vote de l'amendement, les noms de nombreux députés ayant voté "non" ont été changés de manière à ne pas embarrasser leurs descendants. 

Infos pratiques:
Lincoln
sorti le 30 janvier 2013 en France
réalisateur: Steven Spielberg
avec: Daniel Day-Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon Lewitt
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19428336&cfilm=61505.html 

lundi 21 janvier 2013

J'ai été voir... Django Unchained


Le réalisateur de Pulp Fiction est de retour et, en grand fan de cinéma, il s'attaque à un nouveau genre. Préparez-vous pour un western spaghetti version Tarantino.

Au Texas, deux ans avant la Guerre de Sécession. Le Dc Schultz, chasseur de prime allemand, achète l'esclave Django pour l'aider à identifier et éliminer les frères Brittle. Il lui promet la liberté. Va naître un partenariat entre les deux hommes qui va les mener jusqu'à la plantation Candyland pour secourir la femme de Django.

Tarantino utilise les codes du western pour aborder un thème sensible, celui de l'esclavage. Et si Django Unchained est largement réussi, c'est parce que le réalisateur évite avec soin les pièges et cliches pourtant faciles.
Du western-spaghetti, il garde quelques images: les cow-boys au soleil couchant, les fusillades aux six coups, quelques classiques de musique country. En rendant hommage à ce style, il nous laisse des repères.
Mais, pas de doute possible, on est bien chez Tarantino. Explosions de dynamite et d'hémoglobine, humour décalé et références pop cachées dans tous les coins, rien ne manque. Y compris une bande-son qui mélange hip-hop, country et musique "classique" de cinéma.
En revanche, tout semblé plus maîtrisé, un peu comme si le réalisateur avait pris conscience de ce qui fait sa signature mais qu'il est là pour raconter une histoire. On n'échappe pas au zooms, ralentis et incrustations de texte mais ils sont rares et à propos.

Son sujet, Tarantino l'aborde avec subtilité, ce qui n'est généralement pas sa marque de fabrique. Pas de manichéisme: les blancs ne sont pas tous des pourris et certains noirs sont pire que leurs maîtres. Grâce à ces personnages nuancés, le propos et le film prennent du relief.

Le casting est tout simplement génial et Tarantino en tire le meilleur. 
On retrouve Christophe Waltz, oscarisé pour Inglorious Basterds et son phrasé millimétré. Il forme un duo d'enfer avec Jamie Foxx. Là c'est une très bonne surprise car j'avais jusqu'à présent l'image d'un acteur un peu bling-bling. Il progresse ici avec son personnage et prend au fur et à mesure de l'ampleur jusqu'à un final héroïque.
Di Caprio a enfin un rôle de méchant à la hauteur de son talent. Délicieusement détestable, ses joutes verbales avec Waltz sont jouissives.
Enfin Samuel L. Jackson est magistral en esclave plus esclavagiste que les blancs. Sa complicité avec Tarantino est sans doute à l'origine de cette performance et on se régale.

Django Unchained combine une équipe d'acteurs visiblement heureux d'être là, un réalisateur en pleine possession de sa technique et de son style et un scénario intelligent. On a donc un film équilibré, drôle, explosif et qui porte un regard différent sur un sujet pas évident à traiter.

Un Tarantino assagi mais qui n'a pas oublié ce qui l'éclate et ce qu'on aime dans son cinéma.
Django Unchained fait partie de ces films qui vous rappelle pourquoi vous aimez aller au ciné. 

La petite anecdote:
Le cheval que monte Jamie Foxx est le sien. En bon texan, l'acteur est un cavalier très à l'aise et il a réalisé lui-même ses cascades.

Infos pratiques:
Django Unchained
sorti le 16 janvier 2013 en France
réalisateur: Quentin Tarantino
avec: Christoph Waltz, Jamie Foxx, Leonardo Di Caprio, Samuel L. Jackson

lundi 14 janvier 2013

J'ai été voir... L'Odyssée de Pi


Sorti peu avant les fêtes de fin d'année, L'Odyssée de Pi a refait parler de lui cette semaine avec ses 11 nominations aux Oscars (dont meilleur film et meilleur réalisateur). Un des points forts de ce film étant son esthétique, je vous conseille vivement, si vous souhaitez le voir, de le voir sur grand écran.

Suite au naufrage du cargo qui les transportait à travers le Pacifique, un jeune indien doit cohabiter sur un canot de sauvetage avec... un tigre.

Et là vous vous dites: 2h de tête à tête entre un ado et un animal de cirque, ça va être long. Vous n'aurez pas complètement tort. Et pourtant, Ang Lee a fait de ces deux heures un spectacle assez époustouflant.

Adapté du roman philosophique de Yann Martel, L'Odyssée de Pi présentait de nombreux défis. Comment raconter l'aventure et le cheminement essentiellement psychologique d'un personnage livré à lui-même? Le réalisateur de Tigre et Dragon et Le Secret de Brokeback Mountain a choisi de s'appuyer sur la 3D pour nous plonger dans un univers où les limites entre rêve et réalité sont très floues.

Au coeur de L'Odyssée de Pi est la question de la foi: en quoi croire? en soi? en Dieu? en quel Dieu? et à quoi se raccroche-t-on quand tout s'écroule?
Dans une première demi heure de film un peu laborieuse mais nécessaire pour la présentation des personnages, le jeune Pi (qui a encore les pieds au sec) découvre et essaie plusieurs religions. Plus tard, confronté à des épreuves quasi insurmontables, il y fait face en sollicitant ses différentes croyances mais également en acceptant de les remettre en cause. Avec lui, on se questionne, on désespère, on trouve des ressources inattendues. Tout évènement au milieu de l'océan prend des proportions gigantesques. 

La grande réussite de L'Odyssée de Pi est visuelle. Plus l'écran sera grand, plus vous pourrez plonger dans ces belles images. Les scènes de tempête sont terrifiantes. La 3D rend les vagues et la violence des éléments très palpables. Même par temps calme, c'est magique: les méduses sont phosphorescentes, le ciel et l'océan se mélangent et on perd les limites...
Le fameux tigre (nommé Richard Parker...) qui accompagne Pi lors de cette odyssée est impressionnant lui-aussi. Ang Lee a eu l'intelligence de ne pas lui enlever son côté dangereux. Richard Parker n'est pas une peluche, pas un animal domestique, et c'est justement en cela qu'il aide Pi à survivre.

Là où j'ai été déçue, c'est qu'Ang Lee nous laisse un peu seuls dans cette Odyssée. Certes, chacun interprétera l'histoire avec ses propres croyances et références. Mais à force de ne pas prendre position, le résultat peut paraître flou et dispersé. En voulant parler de la foi mais éviter la leçon de théologie, le réalisateur nous pose les questions de bien belle manière mais ne nous aide pas vraiment à trouver les réponses.

L'Odyssée de Pi est une réussite au niveau esthétique. J'ai cependant raté l’embarquement sur le questionnement mystique...
Cela dit, je vais lire le roman très prochainement, peut-être qu'il me permettra d'y voir plus clair.

La petite anecdote:
La grande majorité du tournage a eu lieu dans un bassin de 70 mètres de long, 30 mètres de large, 4 mètres de profondeur et d'une contenance de 6,4 millions de litres.

Infos pratiques:
L'Odyssée de Pi
sorti le 19 décembre 2012 en France
réalisateur: Ang Lee
avec: Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain, Gérard Depardieu
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19407006&cfilm=54343.html 

mardi 8 janvier 2013

J'ai été voir... De l'Autre Côté du Périph


Parfois, la météo parisienne est le seul argument qui vous convainc d'aller voir un film... Regardez le temps qu'il faisait dimanche et vous comprendrez comment je me suis retrouvée devant De l'Autre Côté du Périph.

Aux hasards d'une enquête louche mêlant tripots, assassinat et syndicats, deux flics sont forcés à collaborer alors que tous les oppose: Ousmane est flic à Bobigny alors que François est à la crim' au 36 Quai des Orfèvres.

Quand une équipe française veut refaire Bad Boys ou Un Flic à Beverly Hills, ça donne Omar Sy dans le rôle de Will Smith / Eddy Murphy et Paris à la place de Miami / LA. Et forcément, ça fait un peu amateur...

Tout le film repose sur le duo Omar Sy - Laurent Lafitte car, c'est bien simple, le scénario tient en 3 lignes. La fameuse enquête qui est sensée guider l'histoire est très fumeuse. En plus d'être complètement invraisemblable (ce qui peut à la limite s'oublier si le reste est à la hauteur), elle est très facile à deviner. On a donc vite l'impression d'être pris pour un jambon...
Quant aux éléments secondaires de l'histoire, ils sont seulement les prétextes pour quelques vannes, plus ou moins réussies.

Cela dit, les deux acteurs ne s'en sortent pas si mal... Ils prennent visiblement du plaisir dans leurs batailles verbales et s'amusent comme des petits fous à jouer aux flics.

Omar Sy, grand clown-nounours noir, donne à nouveau à voir son talent pour la tchatche et certaines répliques sont franchement drôles. Cela dit, il est clairement dans sa zone de confort et il va falloir un (plusieurs) autre rôle pour confirmer son César...

Laurent Lafitte, que l'on voit sur les grands et les petits écrans français depuis de nombreuses années, notamment dans Les Petits Mouchoirs, joue ici le flic bourgeois parisien caricatural. Il a un visage parfait pour les mimiques et le réalisateur David Charhon prend un malin plaisir à le mettre dans des situations parfaitement ridicules.

Pour les seconds rôles, on a droit au pire comme au meilleur. Zabou Breitman livre une performance digne de Plus Belle la Vie mais on retrouve avec plaisir Lionel Abelanski, acteur abonné aux arrières plans.

L'avantage quand je vais voir un film comme celui-là, c'est que je peux difficilement être déçue. Mon opinion avant de le voir étant très basse, elle ne peut que remonter. 
Et c'est plutôt le cas pour De l'Autre Côté du Périph, sauvé par les ping-pongs verbaux de deux acteurs visiblement heureux d'être là.

Heureusement que le cinéma français, ce n'est pas que De l'Autre Côté du Périph, mais, après tout, il en faut pour tous les goûts...

La petite anecdote:
Le tournage de De l'Autre Côté du Périph  a commencé le jour de la sortie d'Intouchables. Omar Sy n'a d'ailleurs pas pu se rendre à un dîner à l'Elysée pour en fêter le succès à cause d'un trop grand nombre de scènes à tourner...

Infos pratiques:
De l'Autre Côté du Périph
sorti le 19 décembre 2012 en France
réalisateur: David Charhon
avec: Omar Sy, Laurent Lafitte
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19426635&cfilm=192314.html