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vendredi 16 septembre 2016

Toni Erdmann


Triomphe auprès de la critique à Cannes mais oublié du palmarès, voici une comédie allemande (oui, je sais, c'est surprenant).

Inès est une femme d'affaire trentenaire. Quand son père débarque à Bucarest où elle travaille, il lui demande si elle est heureuse. C'est le début d'une réflexion plus profonde.

Autant le dire tout de suite, Tony Erdmann est un film complètement loufoque (pour ne pas dire perché). Très personnellement, je suis passée à côté.
Encensé par la critique cannoise, il n'est reparti qu'avec le Prix de la Critique Internationale.
Pendant 2h45, on assiste à une farce délirante: si on ne prend pas le train dès le départ, il est difficile de le rattraper en cours de route.

Maren Ade nous raconte l'histoire de deux personnages que tout oppose malgré leur parenté. Inès est le symbole de cette jeunesse workaholic qui a sacrifié sa joie de vivre sur l'autel de la carrière brillante. Winfried est un père qui ne communique que par de vieilles blagues dont tout son entourage est lassé.

En combinant chronique intime et critique sociale, la réalisatrice allemande touche des sujets profonds et très actuels. 
L'esthétique à la Derrick, le rythme délibérément lent et l'allemand mêlé de roumain ont eu raison de mon niveau d'attention.

On est surpris de la tournure complètement farfelue que prennent les événements. Les sauts vers l'absurde sont assurés par le personnage du père et font (parfois) rire. Mais c'est un rire presque nerveux, et pas franchement agréable.

Le personnage d'Inès est à la fois cassante et attachante dans sa solitude parée des symboles de la réussite professionnelle. Son père est balourd et délicat dans son souhait de se reconnecter avec sa fille.

Les critiques (Telerama en tête, j'aurais dû me méfier) ont loué l'écriture nette, l'atmosphère si spéciale, le ridicule assumé.
Pour ma part, je me suis de nombreuses fois demandé ce que je faisais là.

La petite anecdote:
La mascotte de Cannes 2016 c'est lui, le kukeri, créature bulgare sensée chasser les mauvais esprits. Présent dans Toni Erdmann, il est venu monter les marches.
Le comble, c'est qu'il apparaissait dans un second film, Apnée, présenté à la Semaine de la Critique. 

Note:
1/5

Infos pratiques:
Toni Erdmann
sorti le 17 août 2016 en France
réalisatrice: Maren Ade
avec: Peter Simonischek, Sandra Hüller

vendredi 29 juillet 2016

Tarzan


La légende de Tarzan.Légende, rien que ça. Voici donc la version 2016 de l'histoire du Roi de la Jungle.

Revenu vivre en Angleterre, Tarzan / Lord Greystoke est sollicité pour revenir en Afrique en tant qu’émissaire du Commerce. 

Ce Tarzan est conçu comme la suite d'un film qu'on ne verra jamais. Plutôt que de revenir sur l'histoire originale, David Yates (qui a notamment réalisé les quatre derniers Harry Potter) a choisi de raconter un nouveau chapitre. La narration est donc entre-coupée de flashes qui nous distillent les informations importantes de la fameuse légende. Le procédé n'est pas plus gênant que ça, il coupe cependant un peu le rythme par ailleurs soutenu.

Le personnage de Tarzan est filmé comme un super-héros primaire. Pas besoin de cape mais il communique avec les animaux, ce qui est un super-pouvoir plutôt pratique dans la jungle. Comme pour Superman ou Thor, les studios ont jugé qu'une musculature de body-builder était indispensable pour le rôle...
Aleksander Skarsgard a donc fait un régime draconien pour atteindre un physique à la limite de l'humain. Les abdos de Tarzan sont malheureusement à peu près le seul intérêt du film.

Les effets numériques pour représenter les animaux manquent de finition, la travelings incessants et inutiles donnent le tournis, l'histoire est simpliste et cul-cul. Dans les points positifs: les paysages splendides filmés au Gabon.

Qui dit budget à 180 millions de dollars dit casting costaud. Outre Aleksander Skarsgard, encore relativement anonyme (même si son père Stellan Skarsgard a, lui, été vu entre autres dans Melancholia, Millenium, etc.) on compte Christoph Waltz qui rejoue encore le même rôle (comme dans Inglorious Basterds, Django Unchained, Spectre). 
Margot Robbie (révélée par Le Loup de Wall Street et qu'on verra prochainement dans Suicide Squad) prête son joli minois à Jane, plus rebelle que demoiselle en détresse. On en vient à se dire qu'on préférerait la légende de son point de vue. 
Enfin Samuel L. Jackson est en charge de la dose humoristique.

On a la désagréable sensation que le film a peu à peu échappé au réalisateur et qu'un tas d'autres personnes ont eu leur mot à dire. Trop 1er degré et trop "propret", la légende se dégonfle...

La petite anecdote:
Pour filmer les déplacements de liane en liane, un trapéziste du Cercle du Soleil a été sollicité.

Note:
1.5/5


Infos pratiques:
Tarzan
sorti le 6 juillet 2016 en France
Réalisateur: David Yates
avec: Aleksander Skarsgard, Margot Robbie, Christoph Waltz, Samuel L. Jackson
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19563732&cfilm=209062.html 

mercredi 10 juin 2015

La Tête Haute


Projeté hors compétition en ouverture du Festival de Cannes 2015, le nouveau film d'Emmanuelle Bercot (co-scénariste de Polisse) a donné le ton d'une sélection centrée sur un cinéma social et engagé.

Malony a 6 ans lorsqu'il se retrouve pour la première fois dans le bureau de la juge pour enfants. Il y reviendra à de nombreuses reprises jusqu'à ses 18 ans.

Les drames sociaux au cinéma, c'est un genre en soi. Certains réalisateurs y excellent (les frères Dardenne, Abdellatif Kechiche, Ken Loach...) et il est indéniable qu'Emmanuelle Bercot lorgne dans leur direction. Même s'il sonne parfois "à la manière de...", cet essai est plutôt convaincant.

Elle choisit de nous raconter l'histoire d'un gamin en manque: en manque de parents, de repères et d'amour. En manque de calme et qui réagit à fleur de peau, qui choisit la violence comme moyen d'auto-défense. Explosions, dérapages incontrôlés, inconscience: Malony paraît irrécupérable. Et c'est pourtant le job de sa juge et de son éducateur de lui donner sa chance.
La réalisatrice s'est renseigné sur son sujet et nous peint un portrait brut et réaliste des centres de détention pour mineurs et des personnes qui y vivent (jeunes délinquants et éducateurs). Elle cite une phrase dans ses inspirations: "L'éducation est un droit fondamental. Il doit être assumé par la famille et si elle n'y parvient pas, il revient à la société de l'assumer". Mais que faire quand le principal intéresser refuse toute aide?...
Malony lutte contre tout, en particulier contre son éducateur, qui représente l'insupportable absence de son père.

Grâce à une mise en scène maîtrisée, des plans fixes, une attention aux regards et des décors naturels, Emmanuelle Bercot échappe aux débordements d'hystérie qui auraient pu polluer son propos.
On  regrettera cependant quelques longueurs, en particulier sur la dernière partie qui méritait un resserrage. Mais l'énergie et l'élan qui guident Le Tête Haute sont touchants. De même, et sans rien révéler, l'issue choisie peut poser question.
Enfin, les acteurs du système administratif et judiciaire sont dépeints tous comme des bons samaritains et leurs actions sont peu questionnées.

Comme dans sa première réalisation (Elle s'en va), Bercot a fait appel à Catherine Deneuve qui interprète avec toute son aura et son autorité cette juge pour enfants. Benoît Magimel joue finement l'éducateur de Malony. En revanche le personnage de la mère (joué par Sara Forestier) frise le cliché.
Le rôle principal a été confié à un jeune acteur non professionnel, Rod Paradot, qui livre une performance sincère et brute. Il est par ailleurs bluffant en étant à la fois crédible à 13 ans et à 18...

On pense à Polisse et à Mommy. Pour ce dernier, le style est différent mais on parle ici aussi d'une relation toxique entre une mère et son fils et de jeunes débordés par leur violence.

La Tête Haute est un film à fleur de peau, réussi dans sa direction d'acteurs (et on est pas obligé d'être fan de Catherine Deneuve pour apprécier sa performance). Authentique et explosif.

La petite anecdote:
C'était LE festival de Cannes pour Emmanuelle Bercot qui, en plus de la diffusion de La Tête Haute en ouverture, a reçu le Prix d’Interprétation féminine pour sa performance dans Mon Roi de Maïwenn (partagé avec Rooney Mara pour son rôle dans Carol  de Todd Haynes).

Note:
4/5

Infos pratiques:
La Tête Haute
sorti le 13 mai 2015 en France
réalisatrice: Emmanuelle Bercot
avec: Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Rod Paradot, Sara Forestier

jeudi 5 mars 2015

Timbuktu


Triomphe aux Césars avec 7 récompenses dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur et Meilleur Scénario. 
Si le côté paillettes et tapis rouge ne pique pas votre curiosité, Timbuktu vous donnera cependant de nouveaux éléments pour réfléchir au fameux djihad qui fait les gros titres actuellement.

Près de Tombouctou au Mali, une petite ville est tombée sous le contrôle de la police islamique. La vie de ses habitants va s'en trouver bouleversée.

Parfois, le cinéma aide à se poser les bonnes questions. Sans imposer de réponse, le réalisateur Abderrahmane Sissoko nous donne des clés pour comprendre ce que signifie l'extrémisme religieux au quotidien.
Inspiré d'un fait divers réel, le scénario de Timbuktu mêle une intrigue principale à des scènes de vie plus descriptives. Comme pour imprégner le spectateur de l'absurdité des situations.
Quand un imam reproche sa conduite à un chef djihadiste et ne comprend pas qu'on puisse agir aussi violemment au nom du même dieu que le sien, tout est dit.

L'humour et le burlesque permettent à Sissoko de souligner les situations aberrantes créées par l'arbitraire des extrémistes. Intelligemment, il ne nous cache pas que les conséquences sont violentes et dramatiques. 
Le rythme est lent et contemplatif et nous permet d'admirer les paysages splendides de Mauritanie où à été tourné le film. En effet, les conditions sécurité n'était pas réunies au Mali et c'est sous la protection de l'armée mauritanienne que le tournage a eu lieu, à Oualata.

Sissoko dissèque subtilement, sans juger, les parties prenantes de ce drame. En passant du temps avec les hommes de la police islamique, on perçoit aussi d'où ils viennent, leurs doutes et leur besoin d'autorité.
Brutalité et poésie cohabitent et c'est perturbant. Timbuktu est un film dépouillé, qui pose beaucoup plus de questions qu'il n'apporte de réponses. A la fois très beau visuellement et un peu ronronnant dans sa narration, on ressort déboussolé. J'ai d'ailleurs eu besoin de quelques jours pour le digérer et y re-réfléchir.

Interprété par des acteurs majoritairement amateurs, Timbuktu touche par sa sincérité et certaine scènes tout simplement magnifiques.

Parfois maladroit dans son mélange d'anecdotes, Timbuktu est un film puissant, qui nuance sans oublier de dénoncer les aberrations auxquelles mène l'obscurantisme religieux. 

La petite anecdote:
Des polémiques apparaissent aujourd'hui sur les conditions financières accordées aux figurants maliens sur le tournage. Le casting a eu lieu dans un camp de réfugiés touaregs et certains acteurs se plaignent aujourd'hui.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Timbuktu
sorti le 10 décembre 2014 en France
réalisateur: Abderrahmane Sissoko
avec: Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri


mercredi 8 janvier 2014

J'ai été voir... A Touch of Sin


Le cinéma dans toute sa diversité, ou comment voir 3 films diamétralement opposés en l'espace de 5 jours...
Plongée cette fois-ci dans l'univers mélancolique et violent de la Chine contemporaine vue par Jia Zhangke.

Quatre histoires croisées de faits divers, chronique de la violence ordinaire dans la Chine d'aujourd'hui.

Récompensé à Cannes en mai dernier par le prix du Meilleur Scénario, A Touch of Sin est un de ces films que l'on digère pendant plusieurs jours avant de savoir ce qu'on en a vraiment pensé.
Répondant aux codes culturels chinois, il demande une certaine adaptation. Vous l'aurez compris, ce n'est pas un film grand public...

En dressant ces quatre portraits et en nous promenant dans quatre régions de Chine, le réalisateur nous montre quatre visages que peut prendre la violence, quatre personnes normales qui dérapent dans le fait divers sanglant.
Alors que la 1ère histoire a des aspects de Tarantino ou de Kitano (qui produit A Touch of Sin), les trois suivants sont beaucoup plus sombres et désespérés. Ces quatre moments sont par ailleurs tirés de faits divers réels que Jia Zhangke a choisi pour révéler les explosions violentes de la société chinoise. 

On en ressort avec la sensation d'un pays qui avance trop vite et qui avale les individus et leurs états d'âmes. La corruption et l'argent pervertissent les personnages, les poussant à utiliser la violence comme un moyen d'expression.

Zhang Ke filme la Chine sans complaisance mais avec un grand sens de l'esthétique, ce qui rend A Touch of Sin un objet visuel original et abouti. On est très loin d'une publicité pour l'Office du Tourisme chinois mais tous les plans sont construits comme des photos. 

On ne sera donc pas surpris par l'enthousiasme des critiques de Télérama et des Cahiers du Cinéma. Style "auteuriste" et épuré, on n'est pas à Hollywood...
Mais A Touch of Sin  n'en est pour autant pas inaccessible car il dénonce avec un langage clair les dérives d'un système devenu gigantesque et inhumain.

A Touch of Sin est violent (souvent), froid, réaliste et déterminé. Un objet de cinéma pour relayer une vision sociale, politique et morale.

La petite anecdote:
Le titre A Touch of Sin est une référence au film d'action et d'arts martiaux A Touch of Zen, sorti en 1971.

Infos utiles:
A Touch of Sin
sorti en France le 11 décembre 2013
réal: Jia Zhangke
avec: Wu Jiang, Wang Baoqiang, Zhao Tao
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19539846&cfilm=220816.html

mardi 14 mai 2013

J'ai été voir... Trance

L'affiche française...

et l'affiche originale parce que je la trouve beaucoup plus belle et plus proche de l'esprit du film...



Après avoir orchestré la cérémonie d'ouverture de Jeux Olympiques de Londres, le réalisateur Danny Boyle (Trainspotting, La Plage, Petits Meurtres entre amis, Slumdog Millionnaire, 127 heures) revient à ses premières amours, le thriller, et nous fait découvrir le pouvoir de l'hypnose.

Simon travaille pour un commissaire priseur et aide un gang à voler un tableau de Goya lors d'une vente aux enchères. Dans le feu de l'action, il reçoit un coup sur la tête et oublie où il a caché la toile. Il fait alors appel à une hypnotiseuse pour tenter de retrouver son souvenir.

Trance est un labyrinthe, ou plutôt une visite d'un labyrinthe après avoir pris de l'extasy. Le réalisateur nous perd entre les scènes réelles, les souvenirs et les "transes" sous hypnose. Et le rythme du film est très soutenu, ce qui empêche le spectateur de prendre le temps de se demander ce qui se passe vraiment. 
C'est ce qui fait la force et la faiblesse de Trance. Plutôt que de suggérer, à la manière d'un Inception, et de laisser l'imagination et l'interprétation personnelle prendre le dessus, Boyle nous secoue dans tous les sens et on se retrouve un peu désorienté. Mais si on aime les histoires tordues et qu'on accepte de ne pas tout comprendre, on passe alors un bon moment.

Danny Boyle a le sens du rythme. La BO de Trance a été concoctée par Rick Smith, qui avait déjà travaillé sur celle de  Trainspotting, devenue culte (cliquez ici et vous plongez dans les années 90). La musique participe ici à l'ambiance hypnotique du film.
Sa durée relativement courte (1h35) fait également en sorte qu'on ne reprenne son souffle qu'une fois lancé le générique de fin.

Trance est un film furieux, qui aborde avec peu de subtilité des sensations intenses: sexe, violence, douleur physique. Boyle ne prend pas de gants et ces images s'enchaînent pour créer une atmosphère prenante.

Le scénario de Trance s'articule autour d'un trio et c'est pour moi la réussite du film. Les rôles des ces trois personnages se mêlent et on ne sait jamais à qui appartient l'histoire.
James McAvoy (X-Men, Le Dernier Roi d'Ecosse) est impliqué et très convaincant. Son accent écossais n'enlève rien à son charme... Rosario Dawson (Sin City, Boulevard de la Mort, La 25ème Heure) est Elizabeth, le pivot féminin du trio et elle assume le symbole de la féminité sans fard. Enfin, Vincent Cassel (La HaineIrréversible, Black Swan) prête sa gueule cassée à Franck, le chef de gang dangereux et sombre.

On pourra reprocher à Trance un trop-plein d'effets visuels et de twists scénaristiques. Pour ma part, j'ai trouvé l'image léchée et l'intrigue menée tambour battant m'a plu. 
Si on devait se prêter au jeu des comparaisons, c'est la rencontre de Eternal Sunshine of the Spotless Mind avec un clip d'électro.

La petite anecdote:
Pour en savoir plus sur les pouvoirs de l'hypnose, c'est là: https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypnose
et pour les parisiens qui voudraient tenter l'expérience... c'est là: http://www.hypnose-a-paris.fr/

Infos pratiques:
Trance
sorti le 8 mai 2013 en France
réalisateur: Danny Boyle
avec: James McAvoy, Rosario Dawson, Vincent Cassel
bance-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19484853&cfilm=193485.html

mardi 10 juillet 2012

J'ai été voir... To Rome With Love


La météo est pourtant propice mais la programmation très moyenne de ce début d'été m'a poussé à une petite pause. En revanche, un nouveau Woody Allen, ça ne se refuse pas, même quand on n'est pas une fan inconditionnelle du réalisateur new-yorkais.

Ses films récents sont des lettres d'amours aux villes qu'il apprécie: New York bien sûr, Londres dans Scoop, Barcelone dans Vicky, Christina, Barcelona et dernièrement Paris dans Minuit à Paris. Cette fois-ci, il pose sa caméra dans la capitale italienne pour To Rome With Love.

Et pour découvrir la ville éternelle, il croise quatre histoires: des histoires d'amour bien sûr mais aussi des rencontres et la vie qui soudain passe d'ordinaire à extra-ordinaire.

S'il fallait relier ces récits entre eux, outre le fait que Rome en est le décor (voire un personnage à part entière), ce serait le rapport à la célébrité. Sauf que contrairement à Minuit à Paris, les morceaux d'histoire sont laborieux et il ne se dégage pas un propos global.

Les scénarii de Woody Allen savent souvent mettre en scène des détails légers mais qui résonnent pour de nombreux spectateurs. Ici, la sauce ne prend pas. Les grands thèmes "alleniens" sont abordés (les phobies, les intellectuelles névrosées, etc.) mais pas renouvelés. Étant donné que le réalisateur sort presque un film par an, il n'est finalement pas étonnant qu'il soit parfois à court d'idées.

On tombe assez vite dans les clichés sur l'Italie. Deux des quatre histoires sont en italien et ça leur donne forcément un certain charme. La petite musique de la langue fait passer les caricatures et certaines lourdeurs. Si certaines trouvailles font sourire, on est loin du côté acide et pétillant d'un Vicky, Christina, Barcelona (qui n'était pas un chef d'oeuvre mais plutôt réussi). 

Figurer au casting d'un Woody Allen, c'est une ligne recherchée dans une filmographie. Le réalisateur n'a donc pas eu de mal à convaincre des acteurs aussi différents qu'Alec Baldwin (convaincant en blasé de la séduction féminine) et Robert Benigni (drôle pendant 30 minutes puis assez fatiguant et répétitif). Côté femmes, Penelope Cruz et ses formes latines rendent hommage aux actrices italiennes comme Claudia Cardinale ou Sophia Loren. Quant à Ellen Page, elle incarne cette femme intelligente mais instable, fantasme de Woody Allen. Sans étincelle selon moi: elle est très mignonne mais loin de dégager ce côté "so sexy" du personnage.
To Rome With Love est aussi l'occasion de voir des acteurs italiens dans des rôles "clin d'oeil": Ornella Muti, Riccardo Scarmacio (vu dans Romanzo Criminale et Polisse) et le ténor Fabio Armiliato.

Enfin, Rome est filmée comme une carte postale: la lumière est un peu orangée et tous les personnages américains s'extasient. Woody Allen nous montre la Rome des guides touristiques. Personnellement, l'effet est plutôt positif et me donne envie d'aller vérifier par moi-même...

Finalement, To Rome With Love est un peu comme une meringue: légère et pas indigeste mais trop sucrée et bien insipide.

La petite anecdote:
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Woody Allen, le film Woody Allen, A Documentary est sorti fin mai et passe encore dans quelques salles.

Infos pratiques:
To Rome With Love
sorti le 4 juillet 2012 en France
réalisateur: Woody Allen
avec: Ellen Page, Alec Baldwin, Jesse Eisenberg, Penelope Cruz, Roberto Benigni
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19326601&cfilm=192634.html

mardi 10 avril 2012

J'ai été voir... Titanic 3D


Il est de retour... Le film qui cumule tous les records ressort en 3D... 15 ans après (vous avez bien lu: 2012 - 1997 = 15)
Que faisiez-vous il y a 15 ans?... J'avais 14 ans et, comme beaucoup d'autres, j'ai vu Titanic deux fois au cinéma.
Cela fera donc une troisième fois... par curiosité pour voir ce que la 3D peut apporter;
parce que mine de rien, c'est un film culte (et que c'est plus sympa de le revoir au ciné qu'en DVD sur ma vieille télé); et aussi parce qu'il paraît que regarder des films tristes, c'est bon pour la santé! (cliquer ici pour en savoir plus)

Le scénario n'a pas changé: avril 1912, le Titanic, le plus grand paquebot jamais construit, réputé insubmersible, part de Southampton pour sa traversée inaugurale. Il n'arrivera jamais à New York...

A la fois film d'amour et film catastrophe, Titanic reste encore aujourd'hui l'un des films comptant le plus d'entrées (128 millions d'entrées aux US, 20 millions en France). Il est longtemps resté le film rapportant le plus d'argent (1,8 milliards $), récemment détrôné par Avatar de... James Cameron (2,7 milliards $).
Titanic  est l'un des trois seuls films ayant jamais remporté 11 oscars (avec Ben-Hur et Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi).
Il a coûté 200 millions $ (plus que le Titanic lui-même!) et les anecdotes de tournage donnent le vertige: un demi-Titanic reconstruit, un studio créé uniquement pour ce tournage, des milliers de figurants en costume d'époque...
Enfin, les effets spéciaux utilisés en 1997 marquaient le début de l'ère numérique.

Et la 3D dans tout ça? Et bien c'est plutôt réussi. Dans certaines scènes, on se prend carrément le décor en plein visage. Surtout, les ombres et les contrastes sont marqués et donnent tout simplement du relief à l'histoire, exactement ce que l'on demande à la 3D en fait. On est évidemment pas au niveau d'Avatar qui a été conçu en 3D mais la technologie apporte ici un vrai confort à un film qui n'a pas pris une ride.
Seul inconvénient, les lunettes, pour écraser sa petite larme, c'est pas pratique...

Car Titanic reste un drame efficace. Et c'est bien là que le film excelle. Toutes les technologies révolutionnaires utilisées sont là au service de l'expérience du spectateur: on en prend plein la vue. En 2012, on en prend plein la vue en 3D.

Alors si les ados qui ont 14 ans en 2012 ont l'occasion de voir Titanic au ciné, tant mieux.
Parce que le seul coup de vieux du film, c'est celui qu'il provoque chez nous. Mince, 15 ans...

La petite anecdote:
La re-sortie en 3D aurait pu être l'occasion pour James Cameron de corriger les nombreuses erreurs du film. Il n'a fait qu'une seule modification: un astrophysicien lui a signalé que le ciel de la nuit du naufrage ne correspondait pas à la disposition des étoiles la nuit du 15 avril 1912. C'est maintenant fidèle à la réalité...

Infos pratiques:
Titanic en 3D
sorti le 4 avril 2012
réalisateur: James Cameron
avec: Kate Winslet, Léonardo Di Caprio
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19263225&cfilm=5818.html 

mercredi 15 février 2012

J'ai été voir... La Taupe


A savoir :
1.  Le réalisateur Tomas Alfredson est suédois
2. L’auteur du roman dont est tiré ce film est connu pour la complexité de ses intrigues
Résultat : La Taupe est un film difficile à comprendre. L’histoire est complexe et l’esthétique du film est complexe également…

En 1973, au cœur de la Guerre Froide, George Smiley est limogé du MI6, les services secrets britanniques. Il reprend rapidement du service pour enquêter sur une rumeur qui veut que les Russes aient réussi à implanter une taupe au plus haut niveau du service. Les suspicions et les fausses pistes peuvent commencer…

Pour nous mettre dans l’ambiance des années 70, le réalisateur Tomas Alfredson et son directeur de la photo Hoyte Van Hoytema ont choisi de tamiser la lumière et d’étouffer les bruits. Sauf que c’est toute l’atmosphère qui devient étouffante.
Choisir de raconter une intrigue aussi enchevêtrée en misant sur les silences et les non-dits, c’est demander un vrai effort aux spectateurs. Je ne suis pas contre le fait de réfléchir au cinéma et je pense même que les meilleurs films sont ceux qui demandent de s’impliquer. Mais ici, on est concentré et tendu de peur de rater l’allusion qui permettra d’éclairer tout le reste.

Cette tension (plus que du suspense) est là tout au long du film et on ne peut pas nier qu’Alfredson nous transporte dans sa vision du Cirque (le QG du MI6).
Mais à être trop concentré, on passe à côté des interprétations des acteurs. C’est dommage car on a droit à un casting luxueux.

Gary Oldman tient le rôle principal et il est au cœur du film. Il est d’ailleurs nominé pour l’Oscar cette année. Pour ceux qui ne le reconnaitraient pas à cause de ses lunettes très seventies, sachez que vous l’avez déjà vu dans Harry Potter où il est Sirius Black, le parrain d’Harry, et dans The Dark Knight où il joue le lieutenant policier pote de Batman. Enfin (mais là ça remonte à plus loin) ; il était le méchant Zorb dans Le Cinquième Elément.
Oldman est entouré de seconds rôles tenus haut la main par des acteurs spécialisés dans les seconds rôles : Toby Jones, Mark Strong, John Hurt et… Colin Firth. Tous très bons.
On soulignera la prestation de Benedict Cumberbatch toute en délicatesse. On aura prochainement l’occasion de le revoir puisqu’il joue dan Le Hobbit (sortir en décembre prochain).

J’ai eu la sensation étrange en sortant de La Taupe d’avoir assisté à un bon film mais de ne pas l’avoir compris.
Il y a un travail esthétique certain, et un jeu d’acteurs remarquable. Mais je suis passée à côté de l’intrigue et c’est drôlement frustrant.
Je vais donc courir acheter le roman « Tinker, Tailor, Soldier, Spy » de John LeCarré et me prévoir une rediffusion du film à la sortie du DVD.

La petite anecdote
John LeCarré fait une apparition dans le film, lors de la scène de fête de Noël

Infos pratiques
La Taupe
Sorti le 8 février 2012
réalisateur : Tomas Alfredson
avec : Gary Oldman, Colin Firth, Mark Strong, Toby Jones, Benedict Cumberbatch, John Hurt

samedi 7 janvier 2012

J'ai été voir... Take Shelter


2012, année apocalyptique? Avec Take Shelter, Jeff Nichols nous livre une variation sur le thème de la fin du monde.

Curtis LaForche, père de famille sans histoire, se met à rêver de violentes tempêtes et ces cauchemards vont le convaincre que la fin est proche. Il va donc faire ce qui lui semble approprié pour protéger sa femme et sa fille.

Take Shelter est un film étrange et il y règne cette atmosphère propre aux orages: lourde, électrique et sombre.

Malgré le thème, on n'est pas du tout ici dans le registre du film catastrophe puisque c'est dans la tête de Curtis que règne le chaos.
On n'assiste pas à un "show": Nichols préfère faire appel à notre imagination grâce à des suggestions afin de nous raconter sa tempête.

Jeff Nichols est le protégé de Terrence Malik et on sent vite qu'ils partagent un certain univers (visuel, symbolique...).
Est-ce Malik qui a recommandé Jessica Chastain (qui a joué dans Tree Of Life)?... en tous cas elle interprète avec beaucoup de justesse et de force l'épouse de Curtis. Elle est partagée entre l'inquiétude que lui inspire son mari et sa volonté de le soutenir.

Curtis, justement, c'est Michael Shannon et sa gueule facilement identifiable. Il est tout simplement immense dans ce rôle. Il habite ce personnage qui éprouve une terreur viscérale qui le pousse à agir de façon irrationnelle. On assiste impuissant d'un côté à l'ampleur des dégâts et de l'autre à son désir de comprendre ce qui lui arrive...

Moins catastrophe que Twister, moins mystique et plus digeste que Melancholia, aussi psychologiquement dérangeant mais moins violent que Shining... il y a un peu de tout ça dans Take Shelter.
Ça donne un film OVNI, et, pour être honnête, je ne suis pas vraiment capable de vous dire si j'ai aimé ou pas...
Take Shelter est indéniablement un film puissant et qui ne laisse pas indifférent. Il est encensé par la critique et il mérite que vous vous fassiez votre propre avis.

N'y allez cependant pas si vous avez besoin de vous remonter le moral. Mais si vous êtes prêt(e) à vous laisser embarquer et à vous faire secouer un peu, n'hésitez pas.

La petite anecdote
Parents d'une petite fille atteinte de surdité dans le film, les acteurs Michael Shannon et Jessica Chastain ont tous les deux pris des cours de langage des signes en dehors du plateau de tournage.

Infos pratiques
Take Shelter
sorti le 4 janvier 2012 en France
réalisateur: Jeff Nichols
avec: Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart

Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19258242&cfilm=189944.html

mardi 29 novembre 2011

J'ai été voir... Time Out


Le concept était tentant (temps-temps, ha!) mais le résultat n'est pas à la hauteur.

Dans un monde où l'on ne vieillit plus après 25 ans, le temps a remplacé l'argent et il faut gagner des minutes et des heures pour survivre. Sauf si on a eu la chance de naître du bon côté de la barrière puisque les riches sont éternellement jeunes et beaux alors que les pauvres doivent travailler d'arrache-pied voire mendier pour rester en vie.

Andrew Niccol est le réalisateur de Bienvenue à Gattaca (que j'ai revu récemment, il a très mal vieilli) et The Truman Show, il est donc habitué aux films de science-fiction "réalistes" ou "films d'anticipation". Il a aussi réalisé Lord of War.

La première partie de Time Out est assez efficace: l'idée est bien trouvée, on adhère rapidement au concept et on s'attache aux personnages. Puis arrivent quelques scènes très caricaturales qui gâchent cette bonne première impression.

Justin Timberlake aka Will Salas endosse un rôle de Robin des Bois / séducteur qui devient vite énervant.

Amanda Seyfried est très jolie et ses tenues permettent d'admirer allègrement ses jambes (même si la hauteur vertigineuse de ses talons rend les scènes de course à pied très peu crédibles).

La bonne surprise vient des rôles secondaires (voire tertiaires) qui sont interprétés par des acteurs issus de séries TV (Vincent Kartheiser de Mad Men, Olivia Wilde de Grey's Anatomy, Johnny Galecki de Big Bang Theory). Outre le moment sympa où on les reconnaît, ils se défendent plutôt bien...

Vous aurez donc compris que mon impression générale du film n'est pas très bonne: trop de clichés et le scenario n'est pas super solide. Les ficelles sont un peu grosses et on a la sensation que le concept n'a pas été poussé à son maximum.

Ne perdez pas votre temps (re-ha!), attendez qu'il sorte en DVD...

La petite anecdote:
Le belles voitures sont de la partie: une Dodge Challengers de 1970-1971, une Jaguar XKE Roadster de 1967, une Cadillac Seville de 1971, une Lincoln Town Car de 1961, une limousine Lehmann-Peterson de 1964, une Ram Charger de 1980

Infos pratiques:
Time Out
sorti le 23 novembre 2011 en France
réalisateur: Andrew Niccol
avec: Justin Timberlake, Amanda Seyfried, Cillian Murphy, Vincent Kartheiser, Olivia Wilde
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19264184&cfilm=180314.html