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lundi 19 septembre 2016

Frantz


Certains disent qu'un mauvais Ozon, c'est toujours mieux que beaucoup d'autres films. Alors quand c'est un bon Ozon...

Un jeune français rescapé de la 1ère Guerre Mondiale vient se recueillir sur la tombe d'un soldat allemand.

Le réalisateur de Potiche, Jeune et Jolie, et Huit Femmes (entre autres) propose un film d'un classicisme déroutant. Filmé en 35mm, présenté en noir et blanc avec au casting un ancien de la Comédie Française: le risque de sentir la poussière est fort.

L'exercice est finalement plutôt réussi pour Ozon. Certes Frantz est un film lisse et propre sur lui; comme le milieu bourgeois qu'il met en scène. Mais le réalisateur se sert de ce cadre pour explorer ses sujets favoris: le deuil, le secret...
Adapté d'une pièce de théâtre de Maurice Rostand, Frantz installe un suspense qui ne se dissipe qu'au goutte à goutte. 

Contrairement à ce que le titre peut laisser à penser, c'est bien le personnage d'Anna qui est au cœur du film. La jeune fiancée du soldat allemand décédé est le personnage dont Ozon dresse le portrait car c'est sur elle que se reportent les chagrins, les révélations, les mensonges. Et c'est bien là le sujet du film: on parle ici du droit au secret, du droit au mensonge pour protéger ceux qui doivent l'être.

Paula Beer, impeccable, donne un visage délicat et une beauté classique à Anna. Elle incarne cette si petite place laissée aux femmes au lendemain de cette guerre d'hommes.

Face à elle, Pierre Niney, choix quasi évident à la description du personnage tant sa fragilité et son élégance vont de soi. Niney a pour l'occasion appris à jouer du violon, danser la valse et parler allemand. Le problème avec les choix évidents, c'est qu'on est peu surpris.

Frantz souffre d'un côté "exercice de style" qui empêche l'émotion de s'installer. Comme si le film était trop élégant pour provoquer un émoi. Il reste cependant de superbes images, comme de belles photos. L'utilisation du noir et blanc est graphique mais sert aussi l'histoire (avec une petite astuce un peu facile mais efficace). Quant à la langue allemande, elle contribue à installer l'atmosphère.
Ozon multiplie les fausses pistes mais reste dans le pur mélodrame, nous balade pour mieux nous surprendre.

Très écrit et à la mise en scène presque ampoulée, Frantz peut paraître coincé. Il reste un film a l'esthétique soignée et au déroulé impeccable.
Un bon Ozon.

La petite anecdote:
Après Yves Saint Laurent en 2014, Pierre Niney sera très prochainement à l'affiche de deux nouveaux biopics: L'Odyssée sur la vie de Cousteau et La Promesse de l'Aube adapté du roman autobiographique de Romain Gary.

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Frantz
sorti le 7 septembre 2016 en France
réalisateur: François Ozon
avec: Paula Beer, Pierre Niney

jeudi 26 mai 2016

Free to Run


Liberté, Egalité, Course à pied.
Documentaire immanquable pour une amatrice de cinéma ET de running...

Des années 60 à aujourd'hui, la course à pied est passée de sport marginal à un phénomène de masse. Free to Run revient sur les grandes étapes de cette mutation.

Le réalisateur suisse Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau. Il se penche sur son sport avec un regard à la fois bienveillant et un peu nostalgique. 

Il dresse un panorama des 60 dernières années qui ont amené la démocratisation et la popularisation du running.
Difficile en effet d'imaginer que les femmes n'avaient pas le droit de courir plus de 800m en compétition officielle jusqu'à la fin des années 60: 1967 pour le 1500m, 1974 pour le 3000m, et le marathon n'a été ouvert aux femmes qu'aux JO de Los Angeles de 1984!

Free to Run dresse le portrait de quelques pionniers plus ou moins célèbres qui ont participé à cette révolution. Morath a fait le choix de ne pas axer son film sur la performance (les coureurs interviewés ne sont pas tous des champions) mais plutôt sur l'état d'esprit de ce sport, son authenticité.
Voyage dans le temps mais aussi autour du monde, Free to Run nous fait courir de New York à la Suisse.

Divers aspects sont abordés, des règles strictes des fédérations aux rémunérations des athlètes, de la portée symbolique face aux conservateurs à la place des marques d'équipement.
Cette notion économique est abordée en profondeur, évoquant les limites de l'éthique. C'est là que l'aspect nostalgique intervient, une sorte de "c'était mieux avant" assez paradoxal. Morath prône un retour à l'essentiel, à cette liberté de courir qui a donné son titre au film.

Mêlant images d'archives et interviews, le récit est fluide et pédagogique. 
Émouvant aussi, quand courir devient un symbole ou un acte de résistance.
Captivant donc, suffisamment pour oublier les faiblesses de style (bande-son un peu lourde, voix off pas forcément judicieuse...)

Difficile pour moi d'être objective et de savoir si le film plaira aux spectateurs qui ne courent pas. Mais en liant les facettes économiques, sociétales et spirituelles, Morath réalise un documentaire passionné et réussi.

La petite anecdote:
Vivre de son sport, c'est encore aujourd'hui compliqué pour certains.
Le lien ICI vers un reportage récent de France Télévisions sur ces champions qui vont à Rio mais qui galèrent pour boucler leurs fin de mois.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Free to Run
sorti le 13 avril 2016 en France
réalisateur: Pierre Morath



jeudi 7 avril 2016

Five


Un film de potes avec Pierre Niney, même quand on aime pas particulièrement les comédies françaises, ça intrigue.

Une bande de 5 copains rêvent d'une colocation. Elle devient possible le jour où l'un d'entre eux propose de payer la moitié du loyer. 

Le réalisateur Igor Gotesman (qui joue Vlad dans le film) avait dans un premier temps pensé Five comme un court métrage. Il a ensuite travaillé avec Pierre Niney sur la série Casting(s) pour Canal + avant de trouver les fonds pour voir les choses en plus grand.

Difficile de situer les influences et éventuelles comparaisons mais on pense à Judd Apatow (40 ans: Mode d'emploi, 40 ans: Toujours puceau) version frenchy 2016. 

Five est un film cool: les personnages sont beaux, vivent dans le confort, portent des fringues à la mode et ont tous un sens de la répartie implacable. Forcément, par certains aspects, c'est un peu forcé et ça sonne faux, un peu comme un film de "fils à papa".

Mais avec un scénario soigneusement écrit et un sens de la vanne assumé, le résultat est agréable à regarder. Voire même franchement marrant par moment.
Fuyez cependant la bande-annonce, elle dévoile certaines des meilleures scènes.

Pierre Niney s'en donne à cœur joie et joue de son phrasé maîtrisé et de sa silhouette de grand ado. Il est entouré d'une bande d'acteurs pas (encore) connus qui sont à leur place et prennent un plaisir visible à improviser.

Au final, on est loin d'un grand film mais Five fait passer un bon moment frais et sans prétention, sans trop réfléchir. C'est suffisamment rare pour une comédie française pour être souligné...

La petite anecdote:
Une petite vidéo interview qui montre que l'ambiance hors tournage a l'air aussi sympa que celle à l'écran 

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Five
sorti le 30 mars 2016 en France
réalisateur: Igor Gotesman
avec: Pierre Niney, Igor Gotesman, Margot Bancilhon



vendredi 20 février 2015

Fifty Shades of Grey


C'est le coup marketing ciné de ce début 2015: la sortie de l'adaptation du best-seller romantico-érotique d'E.L. James, vendu à plus de 100 millions d'exemplaires dans le monde.

Anastasia Steele est étudiante en littérature anglaise. Sa vie sentimentale et sexuelle va basculer quand elle rencontre le milliardaire Christian Grey.

Attendu au tournant par des millions de fans qui ont fantasmé en lisant le roman, Fifty Shades of Grey avait un défi de taille à relever. Comment un film américain, où l'industrie ciné est connue pour son conservatisme (qui a dit pudibonderie?), allait pouvoir raconter une histoire qui tourne autour du sado-masochisme? 
Certes, le roman d'E.L. James n'est pas de la grande littérature (surtout dans son horrible version traduite en français), mais les scènes de sexes sont pour le moins explicites.

Le résultat est "moins pire" que prévu. C'est évidemment plus soft que dans le livre mais la réalisatrice Sam Taylor-Johnson va plus loin que les habituels gros plans sur la tête de lit qui tremble. Au final, c'est 15 minutes "d'érotique" sur 2h d'un film "romantico-érotique". Ça laisse 1h45 de "romantique": le cul-cul après le cul.
Car il faut bien le dire, Fifty Shades of Grey raconte l'histoire souvent mièvre d'une jeune fille très naïve, fascinée par un milliardaire certes très généreux mais aussi très tordu. On est pas loin du roman Harlequin.

Le roman manque d'une pointe d'humour qui permettrait de dédramatiser certaines scènes qui deviennent ici un peu ridicules tant elles véhiculent de clichés. 
L'adaptation est fidèle au roman et évite heureusement les passages un peu lourds de questionnement d'Ana sur à peu près TOUT ce qui lui arrive.
Fifty Shades of Grey  est le premier épisode d'une trilogie: la sortie en salle du n°2 est prévue en 2016.

On peut se demander si c'est vraiment du SM: les adeptes crient au scandale car le film nierait la notion de consentement entre les participants.
On peut penser que si Grey n'était pas milliardaire, on l'accuserait de violence sur sa copine. Le fait de la couvrir de cadeaux faisant passer la pilule plus facilement.
On peut aussi se dire que c'est un film de pur divertissement et qu'on y vient entre copines pour glousser en voyant l'ex-mannequin Calvin Klein Jamie Dornan (qui joue Christian Grey).

Je pense surtout que le film a rempli sa mission: faire venir au cinéma toutes les filles qui ont lu le livre. Pour qu'elles se rendent compte finalement que leur imagination est bien plus excitante que ce que produit Hollywood...

La petite anecdote:
Le roman Fifty Shades of Grey est une épopée qui peut se résumer en quelques chiffres (impressionnants):
- 100 millions d'exemplaires vendus dans le monde. Aux US, plus de la moitié sur tablettes et livres électroniques: plus discrets dans les transports...
- 2: nombre de romans vendus par seconde
- 127 : nombre de fois où Ana rougit dans le roman
- 43: le nombre de fois où elle se mord la lèvre
- 5 millions: le montant (en $) déboursé par Universal pour acheter les droits d'adaptation du roman

Note:
2/5

Infos pratiques:
Fifty Shades of Grey
sorti en France le 11 février 2015
réalisatrice: Sam Taylor-Johnson
avec: Jamie Dornan, Dakota Johnson


mardi 10 février 2015

Foxcatcher


Bennett Miller passe pour la 3ème fois derrière la caméra (après Truman Capote et Le Stratège) pour nous raconter une nouvelle histoire vraie. Déjà récompensé par le Prix de la Mise en Scène à Cannes, Foxcatcher est dans la course aux Oscars.

En 1986, le milliardaire John E. Du Pont ouvre un centre d'entraînement de lutte sur sa propriété de Pennsylvanie. Il invite les champions Mark et Dave Schultz à venir s'y entraîner en vue des JO de Séoul en 1988.

Foxcatcher est une leçon de mise en scène. Tout au long des 2h15 du film, les séquences s'enchaînent avec une grande fluidité. Les lumières, les couleurs et d'une façon générale les images sont maîtrisées de A à Z pour nous raconter la version de Miller de cette histoire.

Miller axe sa narration autour du trio de personnages: les frères Schultz (Channing Tatum, vu dans Magic Mike , 21 Jump Street  et actuellement à l'affiche dans Jupiter: le Destin de l'univers et Mark Ruffalo Collateral, Avengers, New York Melody) et le riche héritier John Du Pont (Steve Carell Crazy Stupid Love, Cet été-là et de nombreuses comédies de Judd Apatow). Ils sont tous les 3 impressionnants et Carell et Ruffalo sont nominés aux Oscars pour leur performance. 
Les maquillages et transformations physiques ont un aspect animal. Carell et son nez proéminent fait penser à un oiseau de proie alors que Tatum à un air de gorille avec sa démarche balourde.

Tout cela contribue à une atmosphère très particulière et malsaine, qui met vite le spectateur mal à l'aise. Personnages instables mentalement, relations de pouvoir et d'héritage, sport de contact très (très) rapproché: tout converge vers des relations ambiguës.
On découvre petit à petit l'ampleur de la folie de Du Pont et ce qui est encore plus dérangeant, à quel point son statut social et son argent le protège: il est inadapté socialement mais comme il est riche, on sourit à ses folies. Et il se passe forcément le pire quand le pouvoir et laissé dans les mains d'un instable.

Les thématiques abordées sont très nombreuses: entre le rêve patriotique américain, la place de la mère et l'absence du père et leurs effets, les ambitions sportives, les rivalités fraternelles... Cela peut sembler beaucoup mais le scénario distille ces idées de façon subtile et les mêle habilement.

Mais Foxcatcher est surtout un film portrait. Il y a beaucoup de non-dits, de sous-entendus qui passent par des regards appuyés, par des gestes de camaraderie. Cela donne un rythme volontairement lent au film, qui laisse s'installer une lourdeur. Les fans d'action seront sans doute frustrés.

Il manque tout de même un élément pour faire de Foxcatcher un sans-faute: la progression dramatique n'est pas utilisée à son maximum. On aimerait voir monter crescendo la tension de ce drame. Et pourtant, on reste froid face à l'enchaînement des événements, comme détachés.

Foxcatcher est une grande réussite sur le plan cinématographique: c'est un film diablement maîtrisé avec une direction d'acteurs impressionnante (Miller est également nominé pour l'Oscar du Meilleur réalisateur).
A elles seules les performances de Carell, Tatum et Ruffalo méritent le déplacement.
Un film lourd, poisseux et impur, à éviter les jours où vous avez besoin de vous remonter le moral.

La petite anecdote:
Dave Schultz était un excellent lutteur car il savait se battre des deux côtés. Il était également dyslexique et des études ont prouvé le lien entre dyslexie et ambidextrie.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Foxcatcher
sorti le 21 janvier 2015 en France
réalisateur: Bennett Miller
avec: Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo

lundi 29 décembre 2014

La Famille Bélier


Certains films sont parfaitement adaptés à la période de leur sortie et au public qu'ils visent. 2014 est la 2ème meilleure année en terme de fréquentation en France, et celle-ci est tirée par des productions françaises. Nul doute que La Famille Bélier sera le gros succès de ces fêtes de fin d'année.

Paula Bélier a 16 ans et elle est la seule entendante dans sa famille de sourds-muets. Elle est donc un interprète indispensable pour ses parents agriculteurs. Son inscription à la chorale va chambouler sa vie bien réglée.

Le réalisateur Eric Lartigau a une filmographie... surprenante. De Mais, qui a tué Pamela Rose avec Kad et Olivier à L'Homme qui Voulait Vivre Sa Vie avec Romain Duris en passant par Prête-moi ta Main, il sait jongler avec les genres. Loin de la comédie potache, il signe avec La Famille Bélier une comédie familiale qui plaira au plus grand nombre.
C'est un film gentil, qui n'égratigne personne et qui transportera le spectateur (s'il veut bien se laisser faire) du rire aux larmes.

Le scénario oublie en effet tout ce qui pourrait gâcher la fête: le monde agricole est idyllique et la mixité raciale étonnante pour une campagne française. 
Lartigau construit des émotions qu'on partage avec plaisir. C'est un film chaleureux, plein de tendresse et même si on frise souvent le trop-plein de "mignon", on se laisse prendre au jeu. 

La première partie nous installe doucement le décor et on se prend d'amitié pour cette famille hors norme. La deuxième moitié déroule un scénario assez téléphoné mais qui parvient à nous surprendre au détour d'un final émouvant.

Je craignais personnellement le côté comédie musicale autour des chansons de Michel Sardou. Elles se font finalement discrètes et savent même s'éteindre au bon moment. Restent de jolis textes qui servent de support à des scènes touchantes.

François Damiens et Karine Viard jouent les parents sourds-muets de Paula et mettent leur jeu d'acteur au service de ces personnages hauts en couleur. 
Louane Emera, repérée dans l'émission The Voice, fait figure de révélation. Elle manque parfois de subtilité mais s'en donne visiblement à coeur joie et son enthousiasme est communicatif.
Coup de coeur pour Elmosnino (vu dans Gainsbourg (Vie Héroïque) et Le Coeur des Hommes 3) en prof de chant fan absolu de Sardou et excentrique juste comme il faut.

La Famille Bélier, comédie calibrée et bons sentiments. Mais qu'est-ce que ça fait du bien de temps en temps de ressortir avec le sourire et de pouvoir le recommander à plusieurs générations. Amenez-y vos grands-mères et vos petits cousins: par ces périodes de grands froids, ça réchauffe à l'intérieur.

La petite anecdote:
Louane Emera a appris, comme François Damiens et Karine Viard, le langage des signes pour le tournage. La jeune comédienne réalise un exercice difficile car elle doit signer et parler en même temps alors que la syntaxe est inversée.

Note:
4/5

Infos pratiques:
La Famille Bélier
sorti le 17 décembre 2014 en France 
réalisateur: Eric Lartigau
avec: Louane Emera, François Damiens, Karine Viard, Eric Elmosnino

mardi 9 décembre 2014

La French


Un film de gangsters mafieux... français. C'est suffisamment rare pour intriguer. Quand le duo Dujardin - Lellouche figure au casting, le ton est donné. 

En 1973, Pierre Michel est nommé juge du grand banditisme à Marseille. Sa mission: lutter contre la French Connection et, à sa tête, Gaëtan Zampa.

Le scénario de La French est inspiré de faits réels. Au cours des années 70, l'organisation mafieuse baptisée la French Connection organisait un trafic d'héroïne d'ampleur internationale, fournissant notamment les Etats-Unis. Cet épisode a déjà été porté au cinéma en 1971 par Friedkin dans French Connection avec Gene Hackman. 
Les références sont nombreuses dans le film de Jimenez: Scorcese évidemment, un peu de Coppola, Scarface... Le réalisateur fait cependant très attention à ne pas tomber des l'imitation ou la caricature.

Jimenez a réuni un gros budget (26 millions d'€) pour réaliser un film de gangsters crédible et le résultat tient la route.
La reconstitution du Marseille des années 70 est réussie. Décors, costumes et (surtout) la BO nous plongent rapidement dans l'époque. D'autant que Dujardin et Lellouche ont l'air de prendre un malin plaisir à porter les costumes cintrés et à conduire des DS.

Le scénario ne brille pas par son originalité. On suit chronologiquement l'enquête du juge Michel et, à ce niveau, le film peine à décoller. Rien ne s'emballe vraiment même aux moments plus critiques. L'écriture est pourtant fine et on devine dans les dialogues la patte féminine d'Audrey Diwan qui a co-écrit le scénario.

Le juge et le gangster sont présentés comme les deux faces d'une même pièce. Pas de grand méchant et de gentil immaculé: ils ont tous deux des parts d'ombre et des côtés purs. 

Côté visuel, je ne m'habitue toujours pas aux scènes filmées caméra à l'épaule. Ça m'a vite donné la nausée sans atteindre l'objectif de me plonger dans l'action. 

Le couple Dujardin - Lellouche est bien choisi. Même si dès que le premier fait une blague, on voit ressurgir OSS117, le second donne une intensité brutale à Zampa. Il s'appuie surtout sur ses acolytes pour montrer à quel point son personnage faisait peur. 
Les seconds rôles sont en effet nombreux et bien choisis: Céline Sallette, Benoît Magimel, Melanie Doutey...

Jimenez atteint donc son but de réaliser un film de gangsters à la française, solide et populaire. Quelques maladresses et longueurs plombent un peu le film mais c'est dans l'ensemble réussi.

La petite anecdote:
Pour en savoir plus sur la vraie French Connection (parfois appelée également Corsican Connection), c'est ici
Le réalisateur Cedric Jimenez a grandi à Marseille où son père tenait un restaurant à côté du bar du frère de Zampa.

Note:
3/5

Infos pratiques:
La French
sorti le 3 décembre 2014 en France
réalisateur: Cédric Jimenez
avec: Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Benoît Magimel



lundi 7 janvier 2013

J'ai été voir... FoxFire, Confessions d'un gang de filles



Ce début 2013 fait la part belle aux films sur l'adolescence puisqu'après Le Monde de Charlie, les héroïnes de Foxfire, Confessions d'un gang de filles ont également moins de 20 ans. 
Laurent Cantet, réalisateur d'Entre les Murs pour lequel il avait eu la Palme d'Or à Cannes en 2008, a choisi de faire un franc virage et d'aller tourner aux Etats-Unis un film en anglais.

USA, 1955: en réaction aux humiliations qu'elles subissent quotidiennement, une bande de filles décide de créer un gang, les Foxfire. Menées par Legs, leader-née, elles se vengent des hommes et vivent comme elles l'entendent, jusqu'à ce que la réalité les rattrape.

En adaptant le roman de Joyce Carol Oates, Cantet renoue avec des thèmes qu'il apprécie: l'adolescence bien sûr, mais aussi la place de l'individu dans le groupe. 
On est très loin du collège de ZEP d'Entre les Murs puisque le décor est ici l'Amérique des années 50, souvent fantasmée au cinéma. La reconstitution est minutieuse et donne de l'authenticité au récit. Et heureusement car on sent bien que la révolte de ces jeunes filles est profondément liée à l'époque dans laquelle elles vivent. 

Les Foxfire sont toutes habitées d'une énergie assez sauvage, amplifiée par l'effet de groupe. Adolescentes, elles n'ont pas encore théorisé leurs revendications. Foxfire n'est donc pas un pamphlet féministe ou socialiste, même si les idées de fond en sont proches. C'est un peu comme si ces filles expérimentaient instinctivement ce qui allait donner, dix ans plus tard, les mouvements hippies et féministes.

Malheureusement, Foxfire souffre d'une trop grande retenue. On voudrait que le film s'emballe et nous emporte. Mais à partir de la moitié environ, on patine. L'ennui s'installe petit à petit et on ne s'enthousiasme plus. Alors que dans la première partie, on admire ces jeunes femmes indomptables, la deuxième moitié nous en éloigne doucement mais sûrement. Trop "propre sur lui", Foxfire ne laisse pas exploser le potentiel de son histoire.

Grand coup de chapeau aux jeunes actrices, en grande majorité non professionnelles. Laurent Cantet les a sélectionnées après un vaste casting au Canada et elles sont toutes à la hauteur. 
On remarque évidemment Raven Adamson qui joue Legs, particulièrement juste dans le rôle de cette meneuse tiraillée entre ses indignations, ses propres sentiments et sa responsabilité face au groupe.

Foxfire nous emmène d'abord dans sa virée rebelle mais faute de faire face à la violence, il nous laisse sur le bord du chemin et c'est assez frustrant.

La petite anecdote:
Le roman de Joyce Carol Oates avait déjà été adapté au cinéma, en 1996, dans une version moderne où Angelina Jolie tenait le rôle de Legs.

Infos pratiques
Foxfire, Confessions d'un gang de filles
sorti le 2 janvier 2013 en France
réalisateur: Laurent Cantet
avec: Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson, Claire Mazerolle
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19443121&cfilm=201045.html  

jeudi 8 novembre 2012

J'ai été voir... Frankenweenie


Cette année, Halloween était un mercredi.
Ça tombait bien pour Tim Burton qui a pu sortir Frankenweenie le jour même et profiter ainsi de l'atmosphère "monstres et morts-vivants" (et des vacances de la Toussaint).

Les fans inconditionnels du réalisateur (ainsi que les personnages ayant visité l'expo qui lui était consacrée début 2012 à la Cinémathèque à Paris) savent que Frankenweenie est l'un des premiers courts métrages qu'il a réalisé en 1984 et qui lui a valu d'être viré de chez Disney.
28 ans plus tard, la boucle est bouclée puisque c'est Disney qui produit ce remake en version longue. Toujours en noir et blanc, c'est cette fois en animation image par image que Burton réinterprète à sa façon le mythe de Frankenstein.


Frankenweenie raconte l'histoire de Vincent, jeune garçon solitaire qui va ressusciter son chien  Sparky, décédé brutalement.


On retrouve dans ce film le meilleur de Tim Burton.
Dans la thématique tout d'abord: la mort, les monstres, la différence, l'enfance.
Visuellement également, pas de doute possible. Les personnages de Frankenweenie ont forcément un lien de parenté avec ceux des Noces Funèbres ou de Beetlejuice
Le décor également: New Holland, petite ville américaine proprette et bien pensante rappelle celle dans laquelle vit Edward aux Mains d'Argent.

On plonge donc avec plaisir dans cet "univers Burton" si reconnaissable, entre humour macabre, héros décalés et poésie bancale.

Frankenweenie est un film plein de références. Burton renvoie non seulement à ce court métrage qu'il peaufine, aux autres films qu'il a réalisé depuis mais également à des films d'épouvante auxquels il rend hommage. Godzilla, La Fiancée de Frankenstein, il multiplie les clins d'oeil et on se prend au jeu.

La galerie de personnages qui peuple Frankenweenie est très bien trouvée. Tous les enfants sont attachants, biscornus et inquiétants à souhait. Avec un gros coup de coeur pour la propriétaire du chat, tout simplement géniale.
L'humour sombre plaira aussi bien aux parents qu'aux enfants (de plus de 10 ans quand même, sous peine de cauchemars)

Pour finir, le film est beau. La 3D donne de la transparence au noir et blanc et permet à Burton de jouer encore plus sur les ombres. Il arrive même à donner un coté rétro à la 3D, comme dans ces séries B des années 60 qu'il fallait regarder avec des lunettes en carton aux verres rouge et vert.

J'avais été très déçue par Dark Shadows, n'y retrouvant pas la magie bizarre que j'attends chez Tim Burton. Elle est ici au rendez-vous.

Certes, ce n'est pas une création originale puisqu'il reprend un de ses films précédents. Les détracteurs se demanderont donc si le réalisateur est encore capable des coups de génie qui ont fait sa marque de fabrique au début des années 90. Ce que Frankenweenie confirme, c'est que si on le laisse jouer selon ses propres règles, Tim Burton est bien un artiste à part.

La petite anecdote:
Plutôt qu'une anecdote sur le film, un lien vers un site qui revisite les affiches des grands classiques du cinéma, version minimaliste:  http://www.worth1000.com/contests/25589/minimalist-movie-posters

Infos pratiques:
Frankenweenie
sorti le 31 octobre 2012 en France
réalisateur: Tim Burton
avec (les voix de): Winona Ryder, Charlie Tahan, Martin Landau
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19361629&cfilm=132661.html

mardi 14 février 2012

J'ai été voir... Félins



Si on allait voir un documentaire animalier pour changer un peu ?
Félins est la nouvelle production de DisneyNature, le dernier-né des labels Disney, qui se spécialise dans ce genre.

Au cœur de la savane au Kenya, une lionne et une femelle guépard élèvent leurs petits dans un environnement hostile et sauvage.

Les moyens techniques déployés pour obtenir les images de Félins sont impressionnants. On se retrouve plongé au cœur de la tribu de lions et tous les animaux sont filmés en très gros plan. Une caméra à grande vitesse Phantom HD a été utilisée pour filmer jusqu’à 450 images par seconde !

Je m’attendais à en prendre plein la vue, à voir d’immenses paysages et des courses-poursuites à 100 à l’heure. Je dois dire que j’ai été déçue. Certes, les bébés félins sont craquants et la course du guépard au ralenti est chouette. Mais il n’y a que très peu de plans larges qui permettraient de prendre la mesure de l’environnement quotidien de ces petites bêtes…

Surtout, le récit/scénario qui vient orchestrer les images n’est pas bon. A vouloir mettre en scène un drame épique, les réalisateurs ont trop humanisé les relations entre les animaux. Le résultat n’est tout simplement pas crédible en terme de succession d’événements (un petit guépard qui miaule n’est pas forcément « seul au monde, désespéré de retrouver sa mère » !)

Quant à la voix off, j’ai dû me résoudre à voir Félins en français (il n’est pas diffusé en VO à Paris) et donc à écouter Pascal Elbé au lieu de Samuel L. Jackson qui assure la narration de la version originale. C’est pas terrible.

On peut donc aller voir Félins avec des enfants s’il fait trop froid pour aller au zoo. A condition sans doute de leur expliquer que la vie dans la savane n’est pas aussi romancée…
Mais après tout, on est chez Disney… (qui ressort Le Roi Lion en 3D le 11 avril prochain)

La petite anecdote
Restez jusqu’au générique de fin qui est très rigolo et qui présente les animaux à des postes techniques (la girafe est opérateur grue par exemple…)

Infos pratiques
Félins
sorti le 1er février 2012 en France
réalisateurs : Keith Scholey et Alastair Fothergill