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mercredi 5 octobre 2016

Juste la Fin du Monde


Le jeune réalisateur québécois, coqueluche de Cannes depuis plusieurs années, avait frappé un grand coup avec Mommy. On attendait donc son nouveau film avec beaucoup d'impatience, et forcément un peu d’appréhension.

Alors qu'il ne les a pas vu depuis 12 ans, un jeune écrivain revient passer une journée avec sa famille.

Grand Prix à Cannes en 2016, Juste la Fin du Monde poursuit la filmographie à part de Xavier Dolan. Il choisit d'adapter la pièce de JL Lagarce qui date des années 90 (il avait déjà adapté une pièce, Tom à la ferme en 2013 de Michel Marc Bouchard). Même si l'histoire n'est pas de lui, on sent poindre tous les thèmes qui lui sont chers et qu'il aime filmer.

Propre d'une adaptation de pièce, Juste la Fin du Monde est un huis clos, les scène se déroulent dans de petits espaces confinés. Dolan filme alors en (très) gros plans les visages de ses acteurs et met en place son style. Cette façon de filmer peut agacer mais elle a pour effet de nous coller au plus près des personnages.
Moins sentimental que Mommy, les émotions ont mis plus de temps à m'atteindre. Puis, d'un coup, un déclic et on est submergé.

Cette famille est dysfonctionnelle: les personnages ne parviennent pas à se parler. Pour communiquer, ils hurlent et personne ne s'entend. Quand le calme apparaît, c'est via un monologue, souvent surprenant par sa justesse. 
La famille de Louis a géré son absence, chacun à leur façon. En quelques heures, ils ont tant à lui dire et le font avec leurs maladresses.

C'est grâce au personnage de Louis que le film est supportable. Il reste en retrait, en observation. Il ne parvient pas à formuler ce qu'il est venu dire et ce silence (qu'on lui reproche) face aux cris permet de mesurer l'écart qui le sépare des siens. Face à l'hystérie chorale, Louis rentre dans sa coquille.

Dolan parvient à filmer quelque chose de très particulier: la certitude qu'on voit les choses pour la dernière fois. S'installe alors de la mélancolie, de la poésie et parfois un certain réconfort.
Le travail sur la BO (Moby, Blink 182,...) nous accompagne dans cette ambiance.

L'avantage quand on est vu comme un prodige, c'est que les plus grandes stars se bousculent pour travailler avec vous. Juste la Fin du Monde est le premier film au casting 100% français du réalisateur canadien, qui doit donc se passer de l'accent si typique qui avait fait une de ses marques de fabrique.
Gaspard Ulliel est sur le fil, fragile et perdu. Marion Cotillard est dans la retenue avec un personnage bafouillant et bienveillant qui au final est sans doute la seule à comprendre ce qui se passe. Même Lea Seydoux que j'affectionne peu est ici à la hauteur.

On suffoque presque et un étrange rythme s'installe qui ralentit la pourtant courte heure trente que dure le film.
La claque est moins forte qu'avec Mommy, Dolan dit que Juste la Fin du Monde est son premier film d'homme. Il parvient à maintenir cet équilibre entre l'outrance (les cris, les tenues, les couleurs) et la précision (des regards, des mots quand ils sont énoncés calmement) qui font une de ses pattes. 

A voir pour les amateurs de cinéma qui auront a cœur de voir se construire une filmographie. 

La petite anecdote
La pièce de Lagarce avait été jouée en 2008 à La Comédie Française et avait remporté le Molière su spectacle du Théâtre Public. 

Note:
4/5 

Infos utiles:
Juste la Fin du Monde
sorti le 21 septembre 2016 en France
réalisateur: Xavier Dolan
avec: Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Nathalie Baye, Marion Cotillard

jeudi 1 septembre 2016

Jason Bourne


Effet secondaire de la canicule parisienne: je recherche un peu de fraîcheur et me décide à voir Jason Bourne, 5ème film d'une série dont je n'ai pas vu les quatre premiers.

Jason Bourne est toujours poursuivi par les services secrets américains. Une traque autour du monde, course mêlant quête de mémoire, faux semblants et désirs de vengeance.

Matt Damon renfile le costume de l'agent sans mémoire après avoir laissé la place à Jeremy Renner le temps d'un film (The Bourne Legacy). Le réalisateur Paul Greengrass reprend lui aussi du service: c'était la condition que posait Damon pour reprendre le rôle.

Adaptée des romans de Ludlum, la franchise Bourne a connu un grand succès depuis 2002. Elle combine les ingrédients essentiels aux bons films d'espionnage et d'action: intrigue solide, personnage fort et scènes d'action bien ficelées.
Je ne m'étais jamais laissé tenter mais je suis plutôt convaincue après ce Jason Bourne. Il me manque forcément des références aux épisodes précédents mais on rattrape facilement le train en marche. C'est le gros avantage de ces films très codifiés: on s'y repère vite. 

Greengrass sait ce qu'il sait faire: il orchestre savamment les poursuites en voiture et les scènes de combat. Les prises de vue caméra à l'épaule sont toujours aussi instables mais ça ne va pas (pour une fois) jusqu'au mal de mer.
On fait le tour du monde en suivant nos espions qui nous plongent dans un Athènes au bord de l'implosion, une Las Vegas qu'on a plaisir à voir partir en morceaux et un Washington en repère institutionnel.

Les thématiques abordées font échos à des questions très actuelles: limite de la liberté privée via notamment les réseaux sociaux, justification de la raison d'état, etc. Le film ne propose pas de réponse toute faite mais fait de ces problématiques des éléments du décor. 
On garde tout de même une vision bien manichéenne... On parlait de codes?...

Matt Damon rentabilise ses interventions avec seulement 45 répliques pour 2h de film... Il ne fait pas dans la dentelle et va droit au but.
Vincent Cassel est tout aussi peu loquace mais ça évite d'entendre son accent français.
Alicia Vikander (vue dans Royal Affair, Danish Girl...) joue une nouvelle recrue de la CIA, experte en cyber sécurité. Elle oscille entre finesse et action et apporte la touche de féminité nécessaire.
Tommy Lee Jones a quant à lui pris un sacré coup de vieux mais campe un directeur de la CIA old school plutôt crédible. 

Jason Bourne est un pur produit de studio qui tient ses promesses sans pour autant les dépasser. Ça explose, ça remue et ça vous divertit. Contrat rempli.

La petite anecdote:
Paul Greengrass travaille actuellement à l'adaptation au cinéma du chef d'oeuvre d'Orwell 1984

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Jason Bourne
sorti le 10 août 2016 en France
réalisateur: Paul Greengrass
avec: Matt Damon, Alicia Vikander, Tommy Lee Jones, Vincent Cassel

jeudi 10 juillet 2014

Jimmy's Hall


Signant sa 17ème sélection au Festival de Cannes, Ken Loach nous mène dans sa chère Irlande pour un drame politique et identitaire. 

Jimmy a dû s'exiler au Etats-Unis pendant les années 20 pour s'être battu pendant la guerre civile. Quand il revient au pays pour aider sa mère, il décide de rouvrir le hall, foyer et dancing ouvert à tous. Ce qui n'est pas pour plaire à tout le monde.

Ken Loach a aujourd'hui 80 ans et il a annoncé que Jimmy's Hall serait son dernier film de fiction. Tout au long de sa filmographie, il est resté fidèle à des idées, notamment politiques (très à gauche).
Il nous raconte ici la vie de Jimmy Gralton, activiste irlandais qui s'est battu pour créer un lieu de culture au milieu de la campagne et qui a du pour cela se battre contre l'obscurantisme de l'époque.
A ce titre, Jimmy's Hall ferme une trilogie révolutionnaire démarrée avec Land and Freedom puis Le Vent se Lève (palme d'or à Cannes en 2006). Il est moins violent que ce dernier et d'une manière générale moins réussi mais on sent une profonde admiration du réalisateur pour ces héros sociaux convaincus qu'ils peuvent construire un monde plus juste et plus libre.

Forcément, on tombe dans un manichéisme un peu lourd: d'un côté les gentils progressistes montrés sous leur meilleur jour, de l'autre le méchant clergé très facile à détester. Jimmy's Hall manque clairement de subtilité à ce niveau.
De plus, Loach peine à dynamiser cette histoire pourtant attirante à la base. Le tempo est un peu bancal et on voit passer les 1h50.

Dans les points positifs, certaines scènes sortent du lot: celles de danse. Du folk irlandais au jazz, quand on danse dans Jimmy's Hall, on raconte mieux qu'avec des mots le romantisme et la solidarité.
Les acteurs, pour la plupart recrutés aux alentours du comté de Leitrim, sont une autre réussite. Il se dégage un sentiment d'appartenance régionale qui colle très bien au sujet du film.
Barry Ward, qui interprète Jimmy, a un faux air de Richard Gere et, même s'il manque de charisme pour incarner ce leader socialiste, il ne dénote pas.

Jimmy's Hall décevra les fans de Ken Loach qui s'attendaient à un chef d'oeuvre. C'est un film très classique (l'histoire ne demande pas d'artifices ou de chichis), par moment un peu mou mais vivant, authentique et plein de pudeur.

La petite anecdote:
Les musiciens jouent en live et les danseurs n'évoluent donc pas sur des pistes pré-enregistrées, Loach ayant l'impression "que ça sonne un peu faux" sinon.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Jimmy's Hall
sorti le 2 juillet 2014 en France
réalisateur: Ken Loach
avec: Barry Ward, Simone Kirby

jeudi 26 juin 2014

Jersey Boys


Sauriez-vous dire qui chantait Can't Take My Eyes Off You ou Big Girls Don't Cry ? Clint Eastwood revient sur la carrière fulgurante des Four Seasons dans les années 50-60.

Quatre garçons du New Jerseys se lancent la chanson et parviennent à percer après quelques galères et deviennent des stars.

Jersey Boys est l'adaptation au cinéma d'une comédie musicale de Broadway qui a connu un immense succès. Eastwood, depuis longtemps passionné de musique, a repris le projet quand Jon Favreau (Iron Man) l'a quitté. 
Il a par ailleurs choisi de s'entourer de l'équipe du show puisque la plupart des acteurs interprètent leur rôle à la fois à l'écran et sur les planches. C'est notamment le cas de John Lloyd Young qui avait obtenu un Tony Award (l'équivalent des oscars pour les comédies musicales) en 2006 pour le rôle de Frankie Valli.

Même s'il est adapté d'une comédie musicale, Jersey Boys est avant tout un biopic. Il nous raconte l'histoire de ce groupe en l'illustrant de chansons qu'ils ont interprétées. La musique s'intègre naturellement, et il n'y a pas de scène chantée (ce n'est pas Chicago ou un Disney...). 

Le thème n'est pas nouveau: ces quatre jeunes partis de loin et qui grimpent très vite au sommet, sans finalement savoir comment gérer le succès qui leur tombe dessus. Eastwood s'appuie sur un scénario et des dialogues très bien écrits et sur une mise en scène assez classique. Il y ajoute quelques clins d’œil comme les personnages qui s'adressent directement au public, face caméra.

Cependant, malgré un montage vif qui insuffle un rythme soutenu au film, il s'installe progressivement une mollesse. On monte rapidement en puissance mais l'histoire tire en longueur.
Et même si Eastwood a bien réalisé, on a du mal à sentir sa patte sur le film. On ne vibre pas vraiment pour ces quatre garçons et on est bien loin des Gran Torino et autres Sur la Route de Madison. On penserait plutôt au (pas très bon) J. Edgar

Les acteurs jouent leur rôle avec prestance. Ils chantent également eux-mêmes et réinventent ces rôles qu'ils connaissent pourtant si bien puisqu'ils les jouent tous les soirs ou presque.

Chansons pop entraînantes, histoire bien racontée, mise en scène efficace: Jersey Boys ne brille pas de mille feux mais se laisse agréablement regarder.

La petite anecdote:
Christopher Walken est un très bon danseur. Il le prouve dans le clip de Fat Boy Slim ici.  

Note:
3/5

Infos pratiques:
Jersey Boys
sorti le 18 juin 2014
réalisé par: Clint Eastwood
avec: Christopher Walken, John Lloyd Young

mardi 13 mai 2014

Joe


Le Texas est une terre mythique du cinéma et fait figure de symbole d'une Amérique crasseuse et violente. David Gordon Green nous plonge dans la noirceur de ces terres du Sud pour nous raconter une histoire de rédemption.

Joe est un ancien taulard qui maîtrise tant bien que mal ses élans violents malgré un fort penchant pour la boisson. Gary est un ado baladé et tabassé par un beau-père alcoolique. L'ex-taulard va alors prendre le jeune sous son aile.

Joe est une adaptation du roman de Larry Brown , auteur américain spécialiste du "rough South" dans lequel il a planté le décor de la plupart de ses histoires.
David Gordon Green est un proche du réalisateur Jeff Nichols, qui a récemment signé Mud
On n'est donc pas surpris de l'atmosphère qui règne: poussière, moiteur, pluies diluviennes, gros pick-ups et serpents mortels: le Texas de Joe est à la fois bucolique et dangereux. Chaque beau paysage cache une violence prête à surgir. 
Grâce à une très belle photo, les forêts dans lesquelles travaille l'équipe de Joe revêtent une couleur mystique.

Les personnages qui y vivent sont d'ailleurs façonnés par cette nature, entre rusticité et fragilité. C'est sur cette confrontation entre le beau et le mal que repose le film.
Ici, les gens chassent et dépècent des chevreuils dans leur cuisine, ont tous une carabine dans la boîte à gants et carburent au whisky-coca. 

Joe est donc un personnage complexe et il méritait un Nicolas Cage des grands jours, ce qui est heureusement le cas ici. Tout en rage contenue et en colère maîtrisée, il est un gentil que la vie a transformé en méchant. En rencontrant Gary, il fait face à lui-même quelques années auparavant. Il va alors tenter à sa façon de lui donner ce qui lui avait manqué à l'époque.
Face à Cage, on retrouve Tye Sheridan, qu'on avait vu dans Mud et dans Tree of Life. Originaire lui-même du Texas, il se glisse sans problème dans ce rôle. Il confirme par la même occasion un gros potentiel.

Les thématiques de la rédemption et de la transmission sont au coeur de Joe. Ce n'est pas un film gracieux comme pouvait l'être Mud (avec qui vous l'aurez compris, il partage beaucoup de points communs). C'est un film crado comme peut l'être le Texas et Gordon Green ne prend pas de gants avec ses spectateurs.
On peut lui reprocher un certain manichéisme et des clichés du Sud un peu maladroits. Mais le scénario et le rythme sont très maîtrisés, tout comme le jeu des acteurs.

Joe est donc à voir pour se souvenir que Nicolas Cage est un grand acteur. Avant l'horrible série des Ghost Rider  et autres Benjamin Gates, il a reçu un Oscar pour Leaving Las Vegas en 1996, tourné avec De Palma, David Lynch et Coppola (qui est d'ailleurs son oncle)...
Mais Joe permet également de se plonger dans ce Texas poisseux, capable du plus beau comme du plus affreux.

La petite anecdote:
Le beau-père de Gary est joué par Gary Poulter, un sans-abri que le réalisateur a rencontré à Austin. L'acteur non-professionnel est décédé en mars 2013 après être retourné à la rue et sans avoir pu voir la version finale du film.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Joe
sorti le 30 avril 2014 en France
réalisateur: David Gordon Green
avec: Nicolas Cage, Tye Sheridan
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19542113&cfilm=212468.html 

mercredi 28 août 2013

J'ai été voir... Jobs


La saga Apple et l'histoire de son fondateur Steve Jobs font partie de ces aventures dont on se dit qu'elles sont faites pour être adaptées au cinéma. C'est chose faite avec Jobs.
Un autre film est également en préparation, basé sur la biographie de l'inventeur et écrit par Aaron Sorkin (également scénariste de The Social Network).

Jobs se penche sur les 25 ans qui voient la création de l'entreprise Apple dans les années 70 jusqu'au grand retour de Jobs aux rênes de la société en 1996.

"Inspiré d'une histoire vraie" semble être un label très valorisé ces derniers temps à Hollywood. On accorde plus de crédibilité à ces films, comme si on était déjà convaincus que l'histoire est bonne. Cependant, un scénario bien écrit reste indispensable et ce n'est pas le cas de celui de Jobs.

Par comparaison, on pense naturellement à The Social Network de David Fincher, sorti en 2010 et qui racontait la création de Facebook et l'ascension de son créateur Mark Zuckerberg. Là où le film de Fincher parvenait à nous emporter dans une aventure entrepreneuriale comme si c'était un thriller, Jobs peine à nous intéresser.
Partant d'un matériau pourtant riche (un homme connu et admiré, une entreprise mythique...), le film est creux. On n'apprend rien sur Apple, pas grand chose sur l'homme, on n'explique rien et on laisse le spectateur sur sa faim.

Personnage charismatique, Steve Jobs fait rêver des générations de geeks qui voient en lui le créateur et inventeur qui a révolutionné l'informatique. On sait aussi qu'il avait un caractère déplorable et des sautes d'humeur régulières.
Comment alors faire le portrait d'un homme si complexe, animé par un idéal de beauté et de création mais également profondément égocentrique?

Jobs prend le parti de nous conter les événements de manière chronologique: des débuts dans le garage de Palo Alto au dévoilement de l'iPod en 2001.
En découle une narration plate et globalement sans intérêt. Les grands moments sont uniquement ponctués d'une musique caricaturalement dramatique. Pas d'interrogation ou de tentative d'explication: on nous montre Steve Jobs sans qu'on puisse comprendre ce qui se cache derrière les événements qu'on nous décrit.

Ashton Kutcher incarne Steve Jobs. au-delà d'une certaine ressemblance physique (renforcée par un régime frugivore qui a valu à l'acteur un séjour à l'hôpital pour cause de carences), il n'y a pas grand chose... Son jeu est terne et tient plus souvent de l'imitation.

La galerie de personnages secondaires qui entoure Jobs est plutôt solide, de Dermot Mulroney à Josh Gad.

On sent qu'une grande attention a été apportée aux détails, notamment aux costumes. Pourtant, Steve Wozniak, cofondateur d'Apple, critique les nombreuses inexactitudes du film...

En bref, on a une histoire hors du commun mais la désagréable impression qu'on ne nous la raconte pas comme il faut. Il manque le souffle que provoque par exemple la vidéo du discours prononcé par Steve Jobs à Stanford en 2005. On en est loin...

La petite anecdote:
Apple s'apprête à lancer iWatch, une montre intelligente qui permettra de téléphoner, répondre aux mails, jouer et écouter de la musique...

Infos utiles:
Jobs
sorti le 21 août 2013 en France
réalisateur: Joshua Michael Stern
avec: Ashton Kutcher, Dermont Mulroney, Josh Gad
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19535262&cfilm=198187.html

jeudi 22 août 2013

J'ai été voir... Jeune & Jolie


Présenté à Cannes au printemps, Jeune & Jolie, le nouveau film de François Ozon (Sous le sable, 8 femmes, Swimming Pool, Dans la maison) sortait hier.

Isabelle a 17 ans. Après des vacances d'été pendant lesquelles elle découvre la sensualité, elle se lance à la rentrée dans un jeu dangereux.

Jeune & Jolie est un film déroutant. Ozon filme le personnage d'Isabelle pendant 4 saisons. Pourtant, jamais il ne nous éclaire sur les motivations de cette jeune et jolie fille qui choisit de se prostituer. 
Elle paraît tellement indifférente à son propre sort qu'il nous est difficile de la plaindre ou même de la comprendre. A défaut, on l'observe.

Ozon filme l'adolescence avec une grande mélancolie. Non pas comme dans un documentaire qui chercherait à montrer les sources d'un comportement. Pas non plus comme un voyeur. Mais comme un observateur distant qui nous laisse nous faire notre propre impression de ce personnage.

Isabelle fascine car elle ne cherche pas les limites comme les autres jeunes de son âge. Plutôt que la drogue ou les fêtes à outrance, elle choisit la prostitution. Elle n'a pourtant pas besoin d'argent et n'a pas l'air d'y prendre un grand plaisir. Elle a tout pour elle et c'est bien là tout son mystère. 
En même temps, sa situation paraît réaliste. En tous cas il ne faut pas déployer des trésors d'imagination pour y croire. Après tout, combien de reportages à la télé nous parlent de ces jeunes étudiantes qui choisissent de se prostituer pour payer leurs études.
Ozon parvient à éviter les clichés et livre un film sensible et souvent drôle.

Évidemment, c'est autour de l'actrice Marine Vacth que tourne Jeune & Jolie. Elle est tout simplement sublime et on comprend pourquoi le réalisateur veut la filmer sous toutes les coutures. Venue du mannequinat, elle a non seulement une beauté plastique impeccable mais aussi un regard distant et mélancolique qui incarnent parfaitement la secrète Isabelle.

Elle est accompagnée par Géraldine Pailhas et Frédéric Pierrot (Polisse) dans le rôle des parents forcément choqués et désorientés par les choix de leur ado. Ils sont tous les deux impeccables.

Jeune & Jolie est un film particulier. Très français sans être psychologique à outrance, il parle de cette transition vers l'âge adulte et de la confiance en soi. Il peut déranger car François Ozon peut parfois avoir l'air de présenter la prostitution comme un fantasme féminin.
Au-delà du thème, chacun se laissera troubler par cette jeune fille et c'est là que réside la subtilité du film: sans jugement, sans excès et sans vulgarité, Ozon nous met tout simplement face à un personnage et à ses choix.

La petite anecdote:
Le psy que voit Isabelle est joué par Serge Hefez qui n'est pas acteur mais... psychiatre. François Ozon l'a d'abord contacté pour lui demander son avis sur le scénario. De fil en aiguille, il lui a proposé le rôle. Serge Hefez a même prêté ses fauteuils pour le décor du cabinet.

Infos pratiques:
Jeune & Jolie
sorti le 21 août 2013
réalisateur: François Ozon
avec: Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frederic Pierrot
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19504608&cfilm=209525.html

dimanche 30 décembre 2012

J'ai été voir... Jack Reacher


Annoncé comme le film d'action de cette fin d'année 2012, Jack Reacher avait de quoi séduire: le scénariste de Usual Suspects à la réalisation, adaptant un roman de Lee Child et Tom Cruise en héros plein écran (il n'y a tout simplement rien d'autre que lui sur l'affiche).

Suite à une tuerie qui a l'air de l'oeuvre d'un déséquilibré, toutes les preuves accusent un homme. Le suspect en question n'a qu'une demande: trouver Jack Reacher. Quand celui-ci débarque, il s'associe à l'avocate de la défense pour démêler une enquête plus complexe qu'elle en a l'air.

Ça démarre très fort: la scène d'ouverture est carrément scotchante avec ses 10 minutes sans aucune parole qui plante non seulement le décor mais aussi la base de tout le reste du film.
Malheureusement, le reste du film n'est pas aussi bon malgré quelques scènes très réussies.

Jack Reacher aimerait ne pas être un film d'action comme les autres c'est à dire un film pour lequel on peut oublier son cerveau au vestiaire. Comme son titre l'indique, Jack Reacher tourne autour d'un héros, ancien enquêteur militaire, au sens de la justice très personnel et qui ne s'encombre pas de ce qu'il a le droit ou pas de faire. Dans les romans de Lee Child, Reacher a une façon originale de raisonner et de fonctionner. Dans le film, il manque une dimension psychologique à ce méchant héros qui paraît du coup bancal. 
Les ficelles de l'histoire sont trop visibles: le temps parait donc bien long pour arriver au bout d'une intrigue dont on a compris les tenants et aboutissants depuis longtemps.

Tom Cruise est Jack Reacher, héros bad-ass pour lequel on pourrait bien s'enthousiasmer. Or, Cruise a beau être très bon pour casser des rotules et conduire (lui-même) des voitures lors de courses-poursuites, il ne parvient pas à donner le côté sombre indispensable au personnage. On sent pourtant qu'il s'est amusé comme un gamin et qu'il se marre à sortir les punchlines second degré.
Les personnages qui l'entourent ne sont pas super intéressants: Rosamund Pike (aperçue dans Une Education) joue l'avocate blonde faire-valoir de Reacher à la poitrine généreuse, David Oyelowo (Paperboy  et bientôt dans le Lincoln de Spielberg) un flic moins brillant que l'enquêteur. Et Jai Courtney, qui sera bientôt le fils de Bruce Willis dans le prochain Die Hard (qui sort en février 2013) et qui est donc en passe de devenir un nouveau M. Muscles.

Jack Reacher avait le potentiel d'un film décomplexé avec un héros sombre, sorte d'héritier de l'Inspecteur Harry. Il ne manque pas d'atouts comme l'humour décalé et sa très belle photo. Mais le sourire ultra-bright de Tom Cruise et le faux rythme qui s'installent empêchent de savourer pleinement.

La petite anecdote:
La série de romans de Lee Child dont Jack Reacher est le héros compte à ce jour 17 titres et 2 nouvelles.

Infos pratiques:
Jack Reacher
sorti le 26 décembre 2012 en France
réalisateur: Christopher McQuarrie
avec: Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Richard Jenkins, David Oyelowo, Jai Courtney
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19417566&cfilm=111473.html 

lundi 12 mars 2012

J'ai été voir... John Carter


Quand Avatar rencontre Gladiator au pays de Star Wars, ça donne… John Carter, dernier-né des studios Disney.
On pourrait penser qu’il s’agit d’une récente création qui surfe sur la vague science-fiction… mais John Carter a 100 ans cette année ! C’est le héros de la saga « Le Cycle de Barsoom » écrite par Edgar Rice Burroughs (qui a également créé Tarzan).
Le film est dans les cartons depuis 79 ans puisqu’un premier projet datait de 1931. S’il avait abouti, ce John Carter aurait été le premier film d’animation, avant le Blanche Neige de Walt Disney en 1937.

John Carter était soldat pendant la guerre de Sécession, il vit aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Il est mystérieusement transporté sur Mars où il se retrouve rapidement – et bien malgré lui – impliqué dans la guerre qui oppose deux cités. Son chemin va alors croiser celui du peuple thark et de la princesse Dejah…

Andrew Stanton a déjà de beaux succès à son actif, notamment Le Monde de Némo et Wall-E. Il signe ici son premier film en prises de vue réelles et s’attaque donc à un grand classique de la science-fiction.

Disney n’a pas imposé d’acteurs stars pour interpréter les rôles principaux. Taylor Kitsch prête ses muscles et sa tignasse au héros alors que la princesse Dejah est incarnée par Lynn Collins. Les acteurs plus connus comme William Defoe sont méconnaissables puisqu’ils jouent en motion capture (prise de vue modifiée par ordinateur) les Tharks, ces grands bonshommes verts à six pattes.

Pour apprécier John Carter, plusieurs options s’offrent à vous (elles peuvent se combiner) :
soit vous êtes fan des romans de Burroughs et vous attendiez ça depuis longtemps ;
soit vous êtes armé d’un solide sens de l’humour et surtout d’un second degré à toute épreuve ;
soit vous souhaitez voir un film qui ne demande pas trop de réflexion et qui en met plein la vue.

On pourra reprocher à John Carter d’être un film plein de clichés et de frôler de très près la caricature. Mais il y a une volonté de bien faire les choses qui rend le film divertissant, même quand il va trop loin. Et certaines trouvailles « made in Disney » sont vraiment drôles (spéciale dédicace à Woola).

L’œuvre originale de Burroughs a influencé tellement de romans et de films par la suite qu’on a une forte impression de déjà-vu. La planète Barsoom (Mars) de John Carter ressemble beaucoup à celle de Tatooine dans Star Wars par exemple et Masai Shang a un faux air de personnage de Star Trek. Ce n’est pas désagréable en fait, on a l’impression de retrouver un univers que l’on a déjà visité.

Car il est bien question d’univers dans John Carter. Au fond, l’histoire est secondaire car ce qui importe, c’est le monde dans lequel elle a lieu. Comme pour Star Wars ou (dans un autre genre) Le Seigneur des Anneaux, on est transportés dans un univers créé de toute pièce, peuplé par des êtres qui parlent une langue imaginée par l’auteur…

J’ai apprécié John Carter parce que c’est un film soigné et parce qu’il ne peut pas y avoir d’erreur sur la marchandise. Regardez la bande-annonce : on nous présente un film de science-fiction avec de gros effets spéciaux, des scènes d’action impressionnantes et une histoire d’amour cliché à souhait. Eh bien, pas de surprise, c’est exactement ce que vous allez voir !

La petite anecdote
Le projet s’est un temps intitulé « La Princesse de Mars », comme le roman dont il est tiré. Estimant qu’on risquait de faire fuir les garçons, le titre a été changé pour « John Carter of Mars ». Cette fois, c’est les filles qui risquaient de ne pas venir. On a donc gardé l’essentiel : John Carter.

Infos pratiques
John Carter
sorti le 7 mars 2012 en France
réalisateur : Andrew Stanton
avec : Taylor Kitsch, Lynn Collins, Mark Strong, William Dafoe

lundi 16 janvier 2012

J'ai été voir... J. Edgar


J. Edgar raconte la vie de l’homme qui a créé puis dirigé le FBI pendant près de 50 ans. Aux premières loges (voire partie prenante) de l’histoire américaine, il cachait une personnalité complexe sous une carapace d’homme implacable.

Sur le papier, tout y est : le réalisateur célèbre (Clint Eastwood), le sujet passionnant (un personnage historique mystérieux, un demi-siècle d’histoire des Etats-Unis), des acteurs au sommet (Léonardo DiCaprio, Naomi Watts), un scénariste oscarisé (Dustin Lance Black, récompensé en 2009 pour Milk)...
C’est à se demander ce qui s’est passé pour en arriver à ces 2h15 que comptent J.Edgar.

Commençons par ce point : 2h15. Certes, la période historique dont il est question est vaste et riche. Mais la durée du film ne se justifie pas mais la quantité d’événements relatés mais par un rythme lent qui nous empêche de nous emballer et de faire passer le temps plus vite.

Clint Eastwood a choisi de raconter la vie de Hoover en le faisant lui-même écrire son histoire. On se balade donc entre le passé des souvenirs et un présent où le vieux directeur dicte ses mémoires à de jeunes scribes. Ces allers-retours dans le temps sont plutôt bien construits, et ne gênent pas, notamment grâce à un souci du détail au niveau des décors et des costumes. Surtout, on se rend rapidement compte que Hoover livre sa version de l’histoire, celle dont il aimerait qu’on se souvienne plutôt que l’exacte vérité.

Eastwood fait le choix de présenter la face cachée du personnage et le scénario se concentre donc sur les aspects privés de sa vie. En particulier sa relation avec sa mère puis celle, ambiguë, avec son bras droit, Clyde Tolson. A mon sens, ce focus sur le côté personnel se fait au détriment des éléments historiques et de témoignage. Je ne m’attendais pas à voir un documentaire sur le FBI mais il est tout de même très frustrant de sortit sans avoir l’impression d’en savoir plus sur cette institution.
Dans la presse et pour expliquer le contexte du film, on présente Hoover comme l’homme qui a côtoyé huit présidents des États-Unis, qui est parfois surnommé le « faiseur de rois ». Or le film ne nous donne rien à voir de cet aspect politique : on survole les événements historiques comme des péripéties et ne sait pas ce qui se passe dans le bureau ovale…

On assiste au récit de la vie d’un homme obsédé par le secret parce que rongé lui-même par l’amour qu’il éprouve pour un autre homme et que son éducation (et son époque) empêchent d’assumer publiquement. C’est tragique sans doute, mais même les ficelles psychologiques sont grosses et difficiles à avaler.

Clint Eastwood se débat peut-être avec une histoire mal ficelée mais il sait tirer le meilleur des acteurs qu’il dirige.
Léonardo DiCaprio habite J. Edgar Hoover et sait lui donner les mimiques qui le rendent vivant. Si on doit comparer les biopics dans lesquels il a joué, sa performance dans l’Aviator de Scorcese et tout de même un cran au-dessus. La faute peut-être ici au masque de plâtre et au maquillage destiné à le vieillir qui doivent sacrément gêner pour jouer.
Le bras droit / ami / amant est interprété par Armie Hammer, que l’on avait (doublement) vu dans The Social Network dans lequel il jouait les jumeaux Winkelvoss. Il est ici tout en retenue pour nous montrer l’amour et l’admiration de son personnage.
Enfin Naomi Watts est Helen Gandy, la secrétaire particulière de Hoover. Sur elle, le maquillage ne fait pas faux et elle arrive à véhiculer à la fois la tendresse et la fidélité pour cet homme avec qui elle a travaillé pendant 50 ans.

J’attendais J. Edgar avec impatience, en me disant que Au-delà n’avait été qu’une erreur de parcours de Clint Eastwood réalisateur. Mais le film est long et lent, et on s’ennuie en attendant qu’il se passe enfin quelque chose. Bref, c’est poussif.
Et c’est dommage qu’un sujet pareil n’ait pas été confié à un réalisateur plus ambitieux…

La petite anecdote
Reproduire le sol de granit du Ministère de la Justice, c’était trop cher. Le chef décorateur a donc pris le vrai sol en photo sous tous les angles et l’ont reproduit sur du contreplaqué.

Infos pratiques
J. Edgar
sorti le 11 janvier 2012
réalisateur : Clint Eastwood
avec : Léonardo DiCaprio, Naomi Watts, Armie Hammer, Judi Dench