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vendredi 9 janvier 2015

A Most Violent Year


Margin Call était - pour moi - un des meilleurs films de 2012. Après Wall Street, son réalisateur J.C. Chandor pose cette fois sa caméra dans le New York du début des années 80 et revisite le polar.

Abel Morales a un objectif: faire croître sa société. Il doit faire face à la violence et la corruption qui menacent son business.

A Most Violent Year est un film de gangster qui dénonce les dérives du capitalisme. Alors que Margin Call nous racontait la journée d'une banque sur le point de basculer dans un crach boursier, nous sommes cette fois-ci au cœur d'un environnement tout aussi violent, y compris au niveau physique. 
C'est par son personnage principal que ce film se démarque. Alors qu'il a tout du malfrat (les origines, la tête, l'ambition), Abel Morales décide de rester droit et fait ses choix de manière honorable. Il résiste à ses concurrents, ses conseillers, même sa femme qui le poussent à entrer dans la spirale de la violence et de l'illégal.

Le New York que filme Chandor (et son chef opérateur très doué Bradford Young) fait froid dans le dos: poisseux, glacial impitoyable. Le travail de reconstitution est impeccable, des Mercedes aux tenues Armani de la femme d'Abel, Anna.

A Most Violent Year offre à Jessica Chasatin un nouveau rôle marquant. Femme d'affaires redoutable, elle est le côté obscur de son mari. 
Elle forme avec Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis) un duo implacable: entre respect mutuel et différence de morale, ils flirtent avec les limites pour atteindre leur objectif commun.

Il y a tout de même un problème de rythme qui m'a gêné. A trop vouloir respecter les codes du genre, le film s'essouffle et ne surprend pas du tout. Certaines scènes sont carrément longues.
Chandor installe une tension palpable, qu'il résout de façon très fine. Mais le spectateur a besoin de plus de variations. Les subtilités psychologiques d'Abel ne suffisent pas à tenir 2h.

A Most Violent Year réussit à recréer un environnement très particulier et à nous y plonger. J.C. Chandor confirme qu'il est sans doute l'un des meilleurs réalisateur pour parler du capitalisme.
Mais ce film de gangster à la sauce eighties souffre d'une lenteur qui l'étouffe et c'est bien dommage.

La petite anecdote:
Jessica Chastain et Oscar Isaac se connaissent bien puisqu'ils ont étudié ensemble à Juilliard à New York. C'est d'ailleurs elle qui a suggéré Isaac au réalisateur quand Javier Bardem, initialement prévu pour le rôle, a quitté le projet.

Note:
2.5/5 

Infos pratiques:
A Most Violent Year
sorti le 31 décembre 2014 en France
Réalisé par: J.C. Chandor
avec: Jessica Chastain, Oscar Isaac, David Oyelowo


lundi 16 septembre 2013

J'ai été voir... Le Majordome


Annoncé comme le film à Oscars de 2013, Le Majordome ne déçoit pas: casting impressionnant, scénario tiré d'une histoire vraie (mais largement romancée)... Le réalisateur Lee Daniels (Precious, Paperboy) nous livre ici sa version de "l'histoire des noirs américains pour les nuls".

Cecil Gaines naît esclave dans les champs de coton du Sud des États-Unis. Il apprend à servir et devient majordome à la Maison Blanche. Durant sept présidences, il sera aux premières loges...

a la manière de Forrest Gump, Cecil Gaines est le témoin privilégié des grands événements de l'histoire des États-Unis. Il assiste aux tractations et aux hésitations de ces présidents, à leurs succès et à leurs tragédies. En parallèle, sa vie de famille reflète aussi les évolutions de la société américaine: son fils aîné s'engage progressivement dans la défense des droits civiques.

La fresque que nous peint Daniels est fluide et on s'y repère facilement. Il a le mérite de ne retenir que l'essentiel de chaque période.
Évidemment, on n'évite pas les caricatures quand on résume 40 ans d'histoire en 2h15. Les présidents sont ramenés à des traits simplifiés et aisément reconnaissables. Les spécialistes de l'histoire américaine noteront sans doute le manque de subtilité, pour les autres, c'est compréhensible. En se servant de la "petite" histoire (celle de la famille Gaines) comme témoin de l'Histoire, il nous y intègre facilement.

Autre réussite, le casting "all stars" admirablement utilisé au service du scénario.
En première ligne, Forest Whitaker (oscarisé pour Le Dernier Roi d'Ecosse) prête tout son charisme à ce personnage et lui donne une élégance qui illumine le film. A ses côtés, Oprah Winfrey joue sa femme Gloria. Elle retrouve le grand écran 28 ans après La Couleur Pourpre qui lui avait valu une nomination aux Oscars. Trop maquillée et souvent pas assez subtile, on ne peut s’empêcher de voir l'animatrice télé davantage que le personnage...
Pour les rôles secondaires  (les sept présidents, le personnel de la Maison Blanche mais aussi les autres personnages historiques comme Martin Luther King), ce sont majoritairement de grandes stars qui s'y collent: Robin Williams est Eisenhower, John Cusack est un inquiétant Nixon, Alan Rickman (Harry Potter, Love Actually) un gentil Reagan, Jane Fonda une pétillante Nancy Reagan. A quelques rares exceptions près (Jackie Kennedy), ils donnent tous un côté "clin d'oeil". On s'amuse à les reconnaître et cela pimente le spectacle.

Car c'est bien à un spectacle qu'on assiste, de ceux que seuls les américains savent produire. Ils ont une capacité à mettre en scène leur propre histoire qui reste impressionnante. On n'évite pas les clichés et le pathos mais Le Majordome reste un film efficace qui dénonce le racisme ordinaire qui habitait les États-Unis il n'y a pas si longtemps. En mesurant le chemin parcouru à l'échelle d'un homme, il rend compte des évolutions de la société.
De quoi nous tirer une petite larme et sans doute faire le plein de statuettes en mars 2014.

La petite anecdote: 
Barack Obama a affirmé avoir pleuré en visionnant le film. 
Moi aussi mais il n'y aura sans doute pas autant d'articles qui relaieront la nouvelle...

Infos pratiques:
Le Majordome
sorti le 11 septembre 2013 en France
réalisateur: Lee Daniels
avec: Forest Withaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr., Alan Rickman, John Cusack, Robin Williams, Jane Fonda
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19515848&cfilm=188951.html

dimanche 30 décembre 2012

J'ai été voir... Jack Reacher


Annoncé comme le film d'action de cette fin d'année 2012, Jack Reacher avait de quoi séduire: le scénariste de Usual Suspects à la réalisation, adaptant un roman de Lee Child et Tom Cruise en héros plein écran (il n'y a tout simplement rien d'autre que lui sur l'affiche).

Suite à une tuerie qui a l'air de l'oeuvre d'un déséquilibré, toutes les preuves accusent un homme. Le suspect en question n'a qu'une demande: trouver Jack Reacher. Quand celui-ci débarque, il s'associe à l'avocate de la défense pour démêler une enquête plus complexe qu'elle en a l'air.

Ça démarre très fort: la scène d'ouverture est carrément scotchante avec ses 10 minutes sans aucune parole qui plante non seulement le décor mais aussi la base de tout le reste du film.
Malheureusement, le reste du film n'est pas aussi bon malgré quelques scènes très réussies.

Jack Reacher aimerait ne pas être un film d'action comme les autres c'est à dire un film pour lequel on peut oublier son cerveau au vestiaire. Comme son titre l'indique, Jack Reacher tourne autour d'un héros, ancien enquêteur militaire, au sens de la justice très personnel et qui ne s'encombre pas de ce qu'il a le droit ou pas de faire. Dans les romans de Lee Child, Reacher a une façon originale de raisonner et de fonctionner. Dans le film, il manque une dimension psychologique à ce méchant héros qui paraît du coup bancal. 
Les ficelles de l'histoire sont trop visibles: le temps parait donc bien long pour arriver au bout d'une intrigue dont on a compris les tenants et aboutissants depuis longtemps.

Tom Cruise est Jack Reacher, héros bad-ass pour lequel on pourrait bien s'enthousiasmer. Or, Cruise a beau être très bon pour casser des rotules et conduire (lui-même) des voitures lors de courses-poursuites, il ne parvient pas à donner le côté sombre indispensable au personnage. On sent pourtant qu'il s'est amusé comme un gamin et qu'il se marre à sortir les punchlines second degré.
Les personnages qui l'entourent ne sont pas super intéressants: Rosamund Pike (aperçue dans Une Education) joue l'avocate blonde faire-valoir de Reacher à la poitrine généreuse, David Oyelowo (Paperboy  et bientôt dans le Lincoln de Spielberg) un flic moins brillant que l'enquêteur. Et Jai Courtney, qui sera bientôt le fils de Bruce Willis dans le prochain Die Hard (qui sort en février 2013) et qui est donc en passe de devenir un nouveau M. Muscles.

Jack Reacher avait le potentiel d'un film décomplexé avec un héros sombre, sorte d'héritier de l'Inspecteur Harry. Il ne manque pas d'atouts comme l'humour décalé et sa très belle photo. Mais le sourire ultra-bright de Tom Cruise et le faux rythme qui s'installent empêchent de savourer pleinement.

La petite anecdote:
La série de romans de Lee Child dont Jack Reacher est le héros compte à ce jour 17 titres et 2 nouvelles.

Infos pratiques:
Jack Reacher
sorti le 26 décembre 2012 en France
réalisateur: Christopher McQuarrie
avec: Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Richard Jenkins, David Oyelowo, Jai Courtney
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19417566&cfilm=111473.html 

lundi 29 octobre 2012

J'ai été voir... Paperboy


Paperboy avait créé en mai dernier des remous du côté de la Croisette où il était présenté en compétition officielle du Festival de Cannes. Nombreux étaient ceux qui se demandaient tout simplement comment il avait pu être sélectionné... L'une des raisons est sans doute son casting, qui garantissait une montée des marches glamour à souhait (Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron).
J'avais donc envie de m'en faire ma propre opinion.

Paperboy raconte l'enquête menée par un journaliste (Matthew McConaughey) pour innocenter un pauvre type (John Cusack) accusé un peu précipitamment du meurtre d'un policier. Accompagné par son petit frère (Zac Efron) et à la demande de la copine du taulard (Nicole Kidman), il va donc revenir dans sa ville natale et tenter de comprendre ce qui s'est passé.

Le premier mot qui vient à l'esprit en parlant de Paperboy est "trash". Le réalisateur Lee Daniels (qui avait réalisé Precious en 2009) ne nous épargne rien et prend même un malin plaisir à nous mettre en face de scènes difficiles à digérer.

Le scénario n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour explorer les facettes déviantes et les parts d'ombre des personnages. Du coup, on est vite perdus dans l'histoire et on a la sensation de perdre le fil, ce qui est désagréable. Trop de petits morceaux d'histoire(s) qui ne s'emboîtent pas bien et qui ne sont pas aboutis.

Esthétiquement, Daniels pousse les références aux années 70 à fond. Couleurs criardes, costumes bariolés, musique: pas de doute, on est en 1969.
Les thèmes abordés sont d'époque également: racisme sous-jacent, homosexualité refoulée, etc. Sauf qu'à vouloir parler de trop de choses, le film s'éparpille et perd de son intensité.

En revanche, il reste une constante qui dure 1h50: le côté poisseux.
L'action se situe en Floride, dans ce sud bouseux des Etats-Unis qui a été filmé tant de fois qu'on a l'impression de le connaître sans y avoir pourtant jamais mis les pieds. L'atmosphère, chaude et humide, vous prend à la gorge et ne vous lâche pas.
Le bayou de Floride étant visiblement un endroit approprié pour grandir avec une case en moins, les protagonistes de Paperboy sont tous un peu barrés.

Pour les interpréter, Lee Daniels a mis sur pied un casting solide (et glamour donc) qui le suit sans complexe dans ses scènes tordues.
Tout d'abord Nicole Kidman qui écorche avec plaisir son image de diva froide en interprétant avec une grande fragilité ce personnage très ambigu de bimbo vieillissante obsédée par les prisonniers. Trois scènes ont particulièrement fait couler l'encre des critiques, pendant lesquelles elle flirte avec l'exhibitionnisme (on vous laissera identifier les moments en question).
John Cusack, malgré peu de temps à l'écran, campe un type complètement taré, le cheveux sale, l'esprit tordu et le regard vide.
Zac Efron, lui, saute dans la cour des grands. Après les films pour adolescentes qui l'ont lancé (High School Musical 1,2 et 3, 17 ans encore ou Happy New Year), il ne livre pas ici la performance du siècle mais donne à voir un potentiel. On a en revanche de temps en temps l'impression que Daniels le filme davantage pour ses abdos et pour le fantasme qu'il représente que pour son jeu.
Enfin Matthew McConaughey, encore une fois en grande forme, nous régale avec le personnage de Ward Jansen, très juste dans sa recherche des limites. On ne se lasse pas de le voir aussi souvent en 2012 (Magic Mike, Killer Joe et bientôt Mud de Jeff Nichols)

C'est donc là que se trouve le plaisir, un peu pervers, du spectateur de Paperboy: voir de bons acteurs aller jusqu'au bout du challenge que leur propose un réalisateur qui n'a pas peur de faire dans le cra-cra. Même si le résultat est globalement vulgaire et dérangeant, il est aussi captivant. 
Pervers on vous dit...

La petite anecdote
Paperboy est un roman de Peter Dexter, inspiré d'une histoire vraie.
L'adaptation a longtemps été entre les mains de Pedro Almodovar, qui a finalement décliné.

Infos pratiques
Paperboy
sorti le 17 octobre 2012 en France
réalisateur: Lee Daniels
avec: Nicole Kidman, Matthew McConaughey, John Cusack, Zac Efron
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19400197&cfilm=193901.html