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vendredi 9 janvier 2015

A Most Violent Year


Margin Call était - pour moi - un des meilleurs films de 2012. Après Wall Street, son réalisateur J.C. Chandor pose cette fois sa caméra dans le New York du début des années 80 et revisite le polar.

Abel Morales a un objectif: faire croître sa société. Il doit faire face à la violence et la corruption qui menacent son business.

A Most Violent Year est un film de gangster qui dénonce les dérives du capitalisme. Alors que Margin Call nous racontait la journée d'une banque sur le point de basculer dans un crach boursier, nous sommes cette fois-ci au cœur d'un environnement tout aussi violent, y compris au niveau physique. 
C'est par son personnage principal que ce film se démarque. Alors qu'il a tout du malfrat (les origines, la tête, l'ambition), Abel Morales décide de rester droit et fait ses choix de manière honorable. Il résiste à ses concurrents, ses conseillers, même sa femme qui le poussent à entrer dans la spirale de la violence et de l'illégal.

Le New York que filme Chandor (et son chef opérateur très doué Bradford Young) fait froid dans le dos: poisseux, glacial impitoyable. Le travail de reconstitution est impeccable, des Mercedes aux tenues Armani de la femme d'Abel, Anna.

A Most Violent Year offre à Jessica Chasatin un nouveau rôle marquant. Femme d'affaires redoutable, elle est le côté obscur de son mari. 
Elle forme avec Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis) un duo implacable: entre respect mutuel et différence de morale, ils flirtent avec les limites pour atteindre leur objectif commun.

Il y a tout de même un problème de rythme qui m'a gêné. A trop vouloir respecter les codes du genre, le film s'essouffle et ne surprend pas du tout. Certaines scènes sont carrément longues.
Chandor installe une tension palpable, qu'il résout de façon très fine. Mais le spectateur a besoin de plus de variations. Les subtilités psychologiques d'Abel ne suffisent pas à tenir 2h.

A Most Violent Year réussit à recréer un environnement très particulier et à nous y plonger. J.C. Chandor confirme qu'il est sans doute l'un des meilleurs réalisateur pour parler du capitalisme.
Mais ce film de gangster à la sauce eighties souffre d'une lenteur qui l'étouffe et c'est bien dommage.

La petite anecdote:
Jessica Chastain et Oscar Isaac se connaissent bien puisqu'ils ont étudié ensemble à Juilliard à New York. C'est d'ailleurs elle qui a suggéré Isaac au réalisateur quand Javier Bardem, initialement prévu pour le rôle, a quitté le projet.

Note:
2.5/5 

Infos pratiques:
A Most Violent Year
sorti le 31 décembre 2014 en France
Réalisé par: J.C. Chandor
avec: Jessica Chastain, Oscar Isaac, David Oyelowo


jeudi 20 novembre 2014

Interstellar


L'espace est à la mode. Après Gravity c'est au tour d'Interstellar de nous faire faire le grand saut dans le vide.
Christopher Nolan est un réalisateur qui peut à peu près tout se permettre. Après la trilogie des  et Inception, il signe ici une odyssée de science-fiction au budget de 165 millions de $.

La vie sur Terre est condamnée et l'homme doit aller chercher au-delà de notre galaxie une autre planète où la vie est possible.

Pas de publicité mensongère, Interstellar est un film de science-fiction. C'est même un film de science-fiction volontairement compliqué. Nolan n'a pas cherché à simplifier à outrance les travaux de l'astro-physicien Kip Thorne qui sont à la base du scénario (le chercheur y a même contribué en tant que consultant). Si vous êtes allergiques aux mots comme "tesseract", "trous noirs" et autres théories sur l'espace temps, fuyez. 
L'art de Nolan est de faire évoluer des personnages de chair et de cœur au sein de ces éléments scientifiques.

La comparaison et les références à 2001 Odyssée de l'Espace  de Kubrick sont nombreuses et inévitables. Les deux films utilisent l'expédition spatiale comme métaphore. Mais les différences sont au moins aussi nombreuses que les ressemblances. Par moment, Interstellar fait d'ailleurs davantage penser à Spielberg (qui a travaillé sur le projet à l'origine): la thématique de la famille, les relations père-fille et d'une manière générale les 50 premières minutes du film qui se passent dans une Amérique profonde sur une Terre revenue aux fondamentaux. 
Ces thèmes sont ce qui rend le film accessible et agréable. Les motivations des personnages ne sont pas uniquement centrés autour de la curiosité scientifique. Certes, ils sont embarqués dans la plus grande aventure spatiale mais ils restent humains, avec leurs élans, leurs amours, leurs principes.

L'autre axe d'Interstellar est celui du temps qui passe. Comme il ne s'écoule pas de la même façon sur toutes les planètes et donc pour tous les personnages, s'engage alors une véritable course contre la montre. L'expression prend un sens littéral quand une heure sur une planète équivaut à sept ans sur une autre.
Les 2h50 que dure le films sont donc à relativiser elles aussi. Certaines scènes tirent clairement en longueur mais n'est-ce pas volontaire de la part de Nolan?...

A film hors-norme, casting hors-norme: Matthew McConaughey (oscarisé pour Dallas Buyers Club) est l'acteur sur-mesure pour ce rôle de cosmonaute fermier. Anne Hathaway (Catwoman dans le dernier Batman de Nolan The Dark Knight Rises) l'accompagne avec douceur et élégance. On se délecte aussi de quelques seconds rôles très agréables pour Michael Caine (qui signe sa 6ème collaboration avec Nolan) et John Lithgow.

Interstellar prendra la tête à quiconque essaiera de comprendre ses fondements scientifiques ou voudra tester leur réalisme. Mais si on parvient à voir ces éléments comme un grand décor, il reste un blockbuster comme on en voit peu aujourd'hui. Très bien filmé et dirigé, avec de nombreuses prises de vues réelles (peu de fonds verts qui rendent souvent un résultat peu crédible), basé sur une histoire originale et pas adapté d'un roman. 
Indéniablement un des grands films de cette année. 

La petite anecdote:
comme pour souligner que les relations père-fille sont au cœur, le nom de code du film a longtemps été Flora's Letter. Flora est le (très joli) prénom de la fille de Christopher Nolan.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Interstellar
sorti le 5 novembre 2014 en France
réalisateur: Christopher Nolan
avec: Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine, Casey Affleck, John Lithgow

mercredi 20 février 2013

J'ai été voir... Zero Dark Thirty


J'avais beaucoup aimé Démineurs, le dernier film de Kathryn Bigelow qui avait remporté l'Oscar du meilleur film en 2010. La réalisatrice semble parfaitement à l'aise dans ces ambiances militaires généralement réservées à ces messieurs. Zero Dark Thirty s'annonçait donc prometteur, à la fois grâce à son thème et grâce à son casting (acteurs et techniques).

11 septembre 2001 - 2 mai 2011: 10 ans d'enquête de la CIA pour traquer et éliminer Oussama Ben Laden, du point de vue d'une jeune analyste convaincue de tenir la piste que tout le monde cherche.

Si le cinéma américain a la capacité à se pencher rapidement sur les évènements marquants de l'histoire des USA, on peut souvent lui reprocher son manque de sens critique. Là où le cinéma français est incapable de raconter la guerre d'Indochine ou d'Algérie plus de 50 ans après les faits, les américains savent déjà faire un film sur un épisode qui a marqué leurs années 2000. Mais comment aborder cet évènement majeur sans tomber dans la polémique? Le sujet est encore brûlant, les décideurs encore en place, les débats toujours d'actualité: comment raconter une telle histoire de façon apaisée?

Kathryn Bigelow choisit de ne pas prendre franchement position. Elle nous expose des faits, un peu à la manière d'un rapport scrupuleux, via l'expérience de cette jeune agent de la CIA. 
A travers elle, on assiste aux scènes de torture, mais elle ne s'en indigne pas; à travers elle, on vit les autres attentats orchestrés par Al-Qaïda et les impacts qu'ils ont eu.  Surtout, à travers son cheminement, on comprend que cette enquête est un vaste puzzle et que sa résolution est due à une série d'erreurs, de tâtonnements, de coups de chance et de la détermination sans faille de cette "Maya" (qui est un personnage inventé). 
Nous sommes témoins de cette chasse à l'homme et donc amenés à répondre nous-même à la question qui sous-tend le film: la fin justifie-t-elle les moyens?

La détermination, c'est le thème central de Zero Dark Thirty. Maya est dévorée par sa mission et ce personnage central (interprétée par Jessica Chastain, très bien choisie pour le rôle) est marquant par sa résolution sans faille. En se concentrant sur elle, Bigelow veut sans doute montrer que les personnes, avec leurs obsessions, leurs concessions et leur (manque) d'humanité, restent au coeur de telles manoeuvres. Elle ne stigmatise ni la CIA, ni les terroristes d'ailleurs qu'elle ne présente pas comme des pantins fanatiques.

Zero Dark Thirty a un effet étrange: il peut paraître confus et assez lent, comme cette enquête qui a mis 10 ans à aboutir. Mais la pression monte petit à petit, jusqu'à l'assaut final (par ailleurs très bien filmé). Pas d'explosion de rythme cependant, pas de grosse accélération. Cela nous amène, une fois Oussama Ben Laden éliminé, à se demander: et maintenant, quoi?...
Comme dans Argo, il nous manque des éléments géopolitiques pourtant fondamentaux pour comprendre la globalité du sujet: il n'est pas fait mention de l'élection d'Obama, du retrait des troupes en Irak, des mouvements en Syrie ou en Iran...

Le film pose donc finalement plus de questions qu'il n'offre de réponses. C'est en cela un film intelligent... N'oublions pas non plus que c'est une fiction, adaptée de récits forcément subjectifs et partiels. La force et la faiblesse de Zero Dark Thirty est de nous laisser responsable de l'interprétation, en nous donnant "seulement" un rôle de témoin privilégié.

La petite anecdote:
L'expression "Zero Dark Thirty" désigne en langage militaire l'heure 00:30 mais c'est également une expression pour décrire les opérations réalisées sous couvert de l'obscurité.

Infos pratiques:
Zero Dark Thirty
sorti le 23 janvier 2013 en France
réalisatrice: Kathryn Bigelow
avec: Jessica Chastain, Jason Clarke, Mark Strong, Kyle Chandler
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19433295&cfilm=193444.html 

jeudi 13 septembre 2012

J'ai été voir... Des Hommes Sans Loi


La sélection du film Des Hommes Sans Loi en compétition officielle du dernier festival de Cannes en avait surpris plus d'un. Et même si le réalisateur John Hillcoat (La Route) est reparti bredouille, le film avait fait bonne impression.

Au début des années 30 aux Etats-Unis, la Prohibition a transformé le compté de Franklin en Virginie en un haut lieu de production d'alcool de contre-bande. Les trois frères Bondurant gèrent leur trafic en famille jusqu'à ce qu'un agent fédéral corrompu tente de leur imposer sa propre loi.

A mi-chemin entre le western et le film de gangster, Des Hommes Sans Loi est globalement une réussite. On s'accroche avec plaisir aux membres de cette famille plus à cheval sur leur honneur que sur la légalité. Ils sont par ailleurs entourés de personnages hauts en couleurs qui les mettent agréablement en valeur.

Hillcoat a choisi de raconter cette histoire inspirée de faits réels et tirée du roman The Wettest County In The World, écrit par un des descendants de la vraie famille Bondurant. Nick Cave, musicien avec lequel il avait déjà travaillé sur The Proposition, signe ici le scénario ET la bande son, créant une ambiance musicale parfaitement adaptée et intégrée à l'histoire.
Le décor est par ailleurs très bien planté et les détails dans les costumes et les décors sont assez bluffant. 

La réalisation est très classique et on retrouve les codes et les clichés des westerns américains (nature, gueules cassées et feux de camp).
La violence des films de gangsters a également sa place et certaines scènes sans fard m'ont poussé à détourner le regard.
Des Hommes Sans Loi parle de la famille, et en particulier des liens qui unissent ces trois frères aux caractères et aux ambitions très différents. Par cet angle, on pense parfois à un film sur la mafia.
Enfin, Des Hommes Sans Loi est un film d'hommes. Les personnages féminins (interprétés par Jessica Chastain et Mia Wasikowska, jolies et sensibles au milieu de ce monde de brutes) ne sont qu'à peine effleurés, et servent de faire-valoir à ces messieurs.

2011-2012, années Tom Hardy ( Warrior, La Taupe, The Dark Knight Rises) ? Il livre ici une performance massive en interprétant Forrest Bondurant, l'aîné et chef de la famille. Tout en puissance retenue et en silences, l'acteur confirme son potentiel de brute au coeur tendre. Il a d'ailleurs confié en interview que la virilité de son personnage vient paradoxalement, selon lui, du fait qu'il est un "matriarche".

Sous l'aile de la Maman Ours - Tom Hardy on trouve Shia LaBeouf en petit dernier de la fratrie, pas très costaud et rêvant de grandeur. Il est subtil et tout en nuances et c'est plutôt une bonne surprise (je partais avec un a priori plutôt négatif depuis le navet Eagle Eye et les Transformers).

Pour incarner le méchant face à ces péquenauds trafiquants d'alcool, Hillcoat a fait appel à Guy Pearce. Il campe un flic pourri, inquiétant et sadique, aussi répugnant à l'intérieur qu'il est impeccable en surface.

Des Hommes Sans Loi ne sort pas des sentiers battus.
Le final est en dessous de ce qu'il aurait pu être, certains personnages auraient mérité plus de place (notamment Floyd Banner, interprété par Gary Oldman)... On pense à Public Enemies de Michael Mann ou aux Sentiers de la Perdition  de Sam Mendes
Hillcoat n'a pas souhaité ré-interpréter un genre, il voulu s'inscrire dans une tradition de cinéma américain.
Et de temps en temps, un film qui ne cherche pas à réinventer la poudre, ça fait du bien.

La petite anecdote
Des Hommes Sans Loi, film australien? outre le réalisateur John Hillcoat et le scénariste et musicien Nick Cave, le casting compte plusieurs autres australiens: Jason Clarke qui joue le troisième frère, Guy Pearce et Mia Wasikowska.

Infos pratiques
Des Hommes Sans Loi
sorti le 12 septembre 2012 en France
réalisateur: John Hillcoat
avec: Tom Hardy, Shia LaBeouf, Guy Pearce, Jessica Chastain, Mia Wasikowka, Gary Oldman
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19337840&cfilm=200399.html 

lundi 18 juin 2012

J'ai été voir... Madagascar 3: Bons Baisers d'Europe


On retrouve pour la 3ème fois Alex le lion et sa bande qui tentent toujours de rentrer à New York. Comme indiqué dans le titre Madagascar 3: Bons Baisers d'Europe, leurs nouvelles aventures vont les mener sur le Vieux Continent.
Après une étape à Monte Carlo et pour échapper à l'agent Dubois du contrôle des animaux, ils s'associent à un cirque itinérant qu'ils vont réinterpréter "Madagascar Style".

Ce 3ème épisode est une bonne illustration de l'expression "Pour quoi changer une équipe qui gagne?". Les deux premiers films avaient respectivement rapporté 590 et 600 millions de $. Dreamworks mise donc à nouveau sur la franchise Madagascar pour empocher le pactole.

Pour cela, pas moins de trois réalisateurs: Tom McGrath et Eric Darnell, qui étaient déjà aux commandes des deux premiers, et un nouveau venu, Conrad Vernon, qui avait notamment travaillé sur Shrek 2.

Préparez-vous donc à en prendre plein les yeux. Ce Madagascar 3 est en 3D et l'utilise à fond. Les animateurs de Dreamworks mettent la barre très haut.

Côté scénario, malgré la présence au casting de Noah Baumbach, scénariste du génial Fantastic Mr Fox, rien d'extraordinaire ici. Le film alterne entre des scènes narratives un peu nunuches et des scènes d'action fluides.
Pas vraiment de morale ou de message comme c'est souvent le cas dans les films d'animation: Madagascar 3  joue surtout la carte de l'humour facile (voire limite pipi-caca). Quelques références ciné sont saupoudrées ici et là pour faire sourire les adultes. Mais dans l'ensemble, ça ne vole pas très haut... et ce n'est pas le but.

Les fans des pingouins peuvent se rassurer, le commando est toujours là et occupe une place de choix (surtout dans la première partie du film).
De nouveaux personnages font leur apparition et sont autant d'opportunités de gags (mention spéciale à Stephano le phoque). C'est aussi l'occasion d'élargir le casting de stars qui prêtent leurs voix aux animaux. En VO, Ben Stiller (Alex le lion), Chris Rock (Marty le zèbre), David Schwimmer (Melman la girafe) et Sacha Baron Cohen (le roi Julien) sont rejoints par Jessica Chastain en jolie panthère et Bryan Cranston (le papa de Malcolm et héros de la série Breaking Bad) en tigre russe.
Nouvelle recrue également Frances Mc Dormand qui double l'horrible (et française) agent Dubois, méchante avec un grand M et à l'origine de scènes de poursuite plutôt époustouflantes.

C'est donc visuellement que Madagascar 3: Bons Baisers d'Europe est une réussite. Le film va crescendo et termine en feu d'artifice assez dingue. Deux scènes sont tout simplement démentes et justifient à elles seules le déplacement: ça bouge dans tous les sens, ça pétille, c'est coloré et ça flirte clairement avec le psychédélique.
Pour une fois, on ne regrette pas ces lunettes 3D souvent si désagréables.

Madagascar 3 est un film habile qui ne s'encombre pas de trop de cérébral: c'est juste explosif...

La petite anecdote:
Le réalisateur Tom Mc Grath prête lui-même sa voix à l'un des personnages depuis le 1er opus: le commandant Pingouin!

Infos pratiques:
Madagascar 3: Bons Baisers d'Europe
sorti le 6 juin 2012 en France
réalisateurs: Tom McGrath, Eric Darnell & Conrad Vernon
avec: Ben Stiller, Chris Rock, David Schwimmer, Sacha Baron Cohen, Jessica Chastain, Bryan Cranston, Frances Mc Dormand
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19321313&cfilm=146915.html

samedi 7 janvier 2012

J'ai été voir... Take Shelter


2012, année apocalyptique? Avec Take Shelter, Jeff Nichols nous livre une variation sur le thème de la fin du monde.

Curtis LaForche, père de famille sans histoire, se met à rêver de violentes tempêtes et ces cauchemards vont le convaincre que la fin est proche. Il va donc faire ce qui lui semble approprié pour protéger sa femme et sa fille.

Take Shelter est un film étrange et il y règne cette atmosphère propre aux orages: lourde, électrique et sombre.

Malgré le thème, on n'est pas du tout ici dans le registre du film catastrophe puisque c'est dans la tête de Curtis que règne le chaos.
On n'assiste pas à un "show": Nichols préfère faire appel à notre imagination grâce à des suggestions afin de nous raconter sa tempête.

Jeff Nichols est le protégé de Terrence Malik et on sent vite qu'ils partagent un certain univers (visuel, symbolique...).
Est-ce Malik qui a recommandé Jessica Chastain (qui a joué dans Tree Of Life)?... en tous cas elle interprète avec beaucoup de justesse et de force l'épouse de Curtis. Elle est partagée entre l'inquiétude que lui inspire son mari et sa volonté de le soutenir.

Curtis, justement, c'est Michael Shannon et sa gueule facilement identifiable. Il est tout simplement immense dans ce rôle. Il habite ce personnage qui éprouve une terreur viscérale qui le pousse à agir de façon irrationnelle. On assiste impuissant d'un côté à l'ampleur des dégâts et de l'autre à son désir de comprendre ce qui lui arrive...

Moins catastrophe que Twister, moins mystique et plus digeste que Melancholia, aussi psychologiquement dérangeant mais moins violent que Shining... il y a un peu de tout ça dans Take Shelter.
Ça donne un film OVNI, et, pour être honnête, je ne suis pas vraiment capable de vous dire si j'ai aimé ou pas...
Take Shelter est indéniablement un film puissant et qui ne laisse pas indifférent. Il est encensé par la critique et il mérite que vous vous fassiez votre propre avis.

N'y allez cependant pas si vous avez besoin de vous remonter le moral. Mais si vous êtes prêt(e) à vous laisser embarquer et à vous faire secouer un peu, n'hésitez pas.

La petite anecdote
Parents d'une petite fille atteinte de surdité dans le film, les acteurs Michael Shannon et Jessica Chastain ont tous les deux pris des cours de langage des signes en dehors du plateau de tournage.

Infos pratiques
Take Shelter
sorti le 4 janvier 2012 en France
réalisateur: Jeff Nichols
avec: Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart

Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19258242&cfilm=189944.html

mercredi 4 janvier 2012

J'ai été voir... Killing Fields


Killing Fields est inspiré de faits réels et ça fait froid dans le dos.
Un duo de flics mène une enquête de meurtre qui va les mener hors de leur juridiction, jusqu'aux "fields", un marécage à la réputation lugubre.

Ce qui frappe dans ce film c'est que le décor fait entièrement partie de l'histoire: ce bayou texan a en effet un effet différent sur chacun des personnages mais il ne laisse personne indifférent. Et la réalisatrice Ami Canaan Mann (fille de Michaël Mann, réalisateur de Heat et Collatéral) a su créer une atmosphère glauque à souhait.

Mais elle ne va pas jusqu'au bout et c'est comme s'il manquait un cran dans la noirceur pour finir ce film comme il se devrait.
Pourtant la plupart des personnages sont de pathétiques bouseux et les méchants sont vraiment méchants. Mais non, il manque quelque chose...

En ressortant, je me suis dit que c'était une histoire pour la télé. C'est plutôt dans des séries télé style 'Les Experts' ou 'FBI: portés disparus' qu'on a l'habitude de voir des flics un peu cabossés courir après des vilains meurtriers tordus. Eh bien Killing Fields, c'est un peu comme un épisode de 2h, avec les moyens du cinéma (Papa Mann étant producteur, le financement a été simplifié).

Côté casting, c'est impeccable et c'est ce qui fait passer le reste.

Sam Worthington (Avatar, Last Night, L'Affaire Rachel Stinger) troque son accent australien d'origine contre celui du Texas et ça lui va comme un gant.

Son partenaire est joué par Jeffrey Dean Morgan, qui a un petit air de Javier Bardem et qu'on a déjà vu dans PS: I Love You et dans la série Grey's Anatomy. C'est donc un changement radical de registre puisqu'il incarne très justement un homme croyant, dédié à sa mission et au final très humain.

Mais c'est du côté des filles qu'on se régale vraiment.
Chloé Moretz, 14 ans, joue parfaitement une ado pas franchement aidée dans la vie et qui tente de s'en sortir tant bien que mal. Elle était au top dans Kick-Ass et a tourné avec Scorcese pour Hugo Cabret. En espérant qu'elle continue dans cette voie...

Et Jessica Chastain, que l'on voit partout en ce moment (Tree Of Life, La Couleur des Sentiments, Take Shelter), elle prend ici le contre-pied de ses rôles doux et maternels pour jouer une fliquette dure à cuire qui n'hésite pas à cogner en cas de besoin.

Killing Fields est donc un film avec de bons acteurs et une histoire de base qui avait un gros potentiel. Dommage qu'Ami Mann ne l'ait pas exploitée à fond car on reste un peu sur sa faim.

La petite anecdote
Le film n'a pas été tourné au Texas, où s'est déroulé le fait divers, mais en Louisiane. En effet, cet état offrait beaucoup plus d'avantages fiscaux.

Infos pratiques
Killing Fields
sorti le 28 décembre 2011 en France
réalisatrice: Ami Canaan Mann
avec: Sam Worthington, Jeffrey Dean Morgan, Jessica Chastain, Chloe Moretz
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19265899&cfilm=175594.html

mardi 15 novembre 2011

J'ai été voir... La Couleur des Sentiments


La Couleur des Sentiments est l'un de ces films qu'on ne peut pas recommander à tout le monde. J'ai beau avoir passé un très bon moment, je sais très bien que ce n'est pas un film qui plaira à tous les spectateurs.
C'est un film de femmes: avec un casting quasi-exclusivement féminin, un thème qui parle des femmes, adapté d'un best-seller écrit par une femme. Vous êtes prévenu(e)s...

Mississippi, dans les années 60, les familles blanches emploient quasiment toutes des domestiques noires pour les aider à tenir leur maison et élever leurs enfants. Quand l'une de ces enfants blanches revient de l'université et décide de demander aux domestiques de l'aider à écrire un livre qui raconte leurs histoires, c'est un vent de panique qui souffle sur Jackson, Mississippi...

Outre le contexte "historique" dans lequel se situe le film (le début du mouvement des droits civils aux Etats-Unis), c'est plus dans une atmosphère que l'on se plonge avec La Couleur des Sentiments. On entre dans ces foyers par la petite porte et on suit les "femmes au foyer", leurs clubs de bridge, leurs chamailleries, leurs angoisses et leur personnel de maison.
Même si on est à la même époque, on est visuellement très loin de Mad Men : autant le New York de Mad Men est sombre, autant le Jackson de La Couleur des Sentiments est ensoleillé... Et pourtant les preoccupations de ces housewifes ne sont pas si éloignées.

La force de La Couleur des Sentiments réside dans les personnages qu'elle met en scène.
Côté "blacks", les caractères sont bien trempés, on se rentre dans le lard régulièrement et la solidarité règne. L'humour aussi puisqu'il permet de surmonter les coups et les humiliations...
Côté "blanches", on est ridicules jusqu'à la caricature, on ne supporte pas le changement et on se prend beaucoup trop au sérieux.
Quand ces deux camps s'affrontent, ça fait des étincelles. Et finalement parfois, entre les deux, on trouve aussi de la tendresse.

La bande d'actrices qui interprète toutes ces femmes est largement à la hauteur. On sent qu'elles ont saisi la chance d'incarner ces beaux rôles que le film leur offre.

Le film aurait donc pu s'intituler "La Couleur des Bons Sentiments" ou "Autant en Emporte le Racisme" car le sujet est traité de façon peu nuancée et assez prévisible. Mais j'ai rit et j'ai été touchée, alors pourquoi bouder son plaisir?...
Pour plus d'aspérités dans les personnages et de profondeur dans l'histoire, j'attaque prochainement la lecture du best-seller dont le film est tiré. 

La petite anecdote
Kathryn Stockett (l'auteure du roman) a écrit le rôle de Minny en s'inspirant directement de l'actrice Octavia Spencer... qui interprète le rôle dans le film!
L'auteure l'a en effet cotoyée puisque l'actrice a vécu pendant 4 ans en colocation avec Tate Taylor, le réalisateur du film et ami d'enfance de Kathryn Stockett.
Ils ont donc naturellement décidé de confier le rôle à son modèle...

Infos pratiques:
La Couleur des Sentiments
sorti le 26 octobre 2011 en France
réalisateur: Tate Taylor
avec: Emma Stone, Jessica Chastain, Viola Davis, Octavia Spencer
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19246232&cfilm=176673.html