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lundi 17 octobre 2016

Les Pépites


De temps en temps, un documentaire au cinéma, ça permet de se plonger dans une histoire vraie de vrai. Et si c'est pas toujours aussi joli qu'à Hollywood, il y a des héros dans ces histoires.

Depuis 20 ans, un couple de retraités français se bat pour sortir des enfants cambodgiens de leur misère.

En mélangeant les prises de vues actuelles et les images d'époque tournées au caméscope, Xavier de Lausanne nous raconte au plus près cette aventure hors du commun.
Hors du commun et pourtant... Ce qui ressort en suivant étape par étape l'histoire de Christian et Marie-France, c'est l'évidence.

Grands voyageurs et adeptes du système D, ils ne sont pas arrivés au Cambodge en sauveurs ou en se disant qu'ils voulaient faire le bien autour d'eux. Ils sont tombés un peu par hasard sur cette décharge gigantesque à ciel ouverte sur laquelle vivait des milliers d'enfants.
Ils ont décidé d'agir, à leur échelle. Echelle qui a grandi petit à petit, jusqu'à scolariser aujourd'hui plusieurs milliers de jeunes. 

La situation du Cambodge était (et est encore par bien des aspects) tragique. Les conséquences du régime Khmer Rouge ont été non seulement économiques et démographiques mais aussi sociales. Pour de nombreuses familles, le lien s'est brisé, sombrant dans la violence en même temps que dans la misère.

Avec un regard occidental et il faut l'avouer un peu cynique, on se demande si certaines informations ne manquent pas: sur le financement, sur les relations politiques locales, sur l'absence notable de la religion.
Mais on se laisse volontiers convaincre du positif qui ressort de cette initiative. Les Pépites nous montre que les activités à petite échelle fonctionnent et font la différence.

Préparez vos mouchoirs car on ne raconte pas une histoire comme celle-ci en masquant les drames et les épisodes tristes. On flirte d'ailleurs parfois avec un certain voyeurisme...

On notera que le film a été réalisé avec l'aide technique de l'école de cinéma créée par le couple des Pallières à Phnom Penh. C'est en réalisant un film de promotion de l'association "Pour un Sourire d'Enfant" que l'idée de ce documentaire est née pour le réalisateur.

Loin des "feel-good movies" traditionnels, Les Pépites résonne d'authenticité et crée la même sensation: il y a des raisons de croire que ça peut aller mieux.

(Merci Axel et Géraldine pour la suggestion!)

La petite anecdote:
Comme Demain, Les Pépites a été financé partiellement via le site de crowd-funding KissKissBankBank.
Si vous voulez découvrir les prochains projets de films à financer: https://www.kisskissbankbank.com/fr/discover/categories/film-and-video 

Note:
3/5


Infos pratiques:
Les Pépites
sorti le 5 octobre 2016 en France
réalisateur: Xavier de Lausanne

mercredi 23 septembre 2015

The Program


La vie de Lance Armstrong a tout d'un scénario de film. Elle est ici adaptée sur grand écran, en se basant sur le livre enquête d'un journaliste ayant dévoilé son dopage.

Lance Armstrong, jeune cycliste américain, est loin d'avoir tous les atouts pour devenir un grand champion. Jusqu'à ce qu'il frôle la mort et qu'il n'ait plus rien à perdre.

Stephen Frears, réalisateur de The Queen et Philomena a sauté sur l'occasion de raconter la vie hors norme de ce champion des sommets aux plus bas fonds. En décidant d'adapter le livre "Sept péchés capitaux: ma poursuite de Lance Armstrong", le récit est forcément à charge. The Program, qui porte très bien son titre, démontre à quel point le champion était moteur dans une vaste opération de dopage.

Plus qu'une enquête journalistique (dont on connaît tous l'issue), The Program remonte le temps et nous plonge dans le monde des courses cyclistes professionnelles depuis les années 90. Entre images d'archives et reconstitutions, on s'y croit. On comprend alors à quel point le dopage fait partie du quotidien de ces sportifs et comment un écosystème se construit autour de ces pratiques. 

Le film est également le portrait d'un homme complexe. Armstrong ne supporte pas de perdre. C'est un refus viscéral et une grande douleur de terminer second. Il est donc prêt à tout pour atteindre son objectif.
Habité également par une idée de rédemption, il crée Livestrong, une fondation de recherche et d'aide aux malades atteints du cancer. Cette association deviendra un autre instrument de pouvoir. 

Certains éléments sont survolés: l'implication de Floyd Landis (qui passe un peu pour un débile), tout la partie française de l'enquête. Les scènes de course pourraient être encore plus impressionnantes. Mais on se prend au jeu et on découvre avec effroi l'ampleur de la manipulation. 
The Program  parle de vélo et de piqûres mais aussi d'égo, d'honneur et de triche.

Ben Foster (vu dans Du Sang et des Larmes) incarne Armstrong dans toute sa nervosité. Chris O'Dowd (vu dans Mes Meilleures Amies, Les Saphirs et la série Girls) est le journaliste poil à gratter qui contribue à la chute de celui que personne ne voulait voir tomber.

The Program lève le voile sur les coulisses cra-cra d'un sport devenu spectacle et de ses dérives. Chacun pourra alors se poser la question: Armstrong a-t-il gagné ses 7 sept Tours de France?

La petite anecdote:
La vidéo des aveux d'Armstrong chez Oprah Winfrey, c'est .

Note:
3/5

Infos pratiques:
The Program
sorti le 16 septembre 2016 en France
réalisateur: Stephen Frears
avec: Ben Foster, Chris O'Dowd, Guillaume Canet

mardi 18 août 2015

Le Petit Prince


Traduit en 243 langues et vendu à plus de 145 millions d'exemplaires, Le Petit Prince d'Antoine de Saint Exupéry est le 2ème livre le plus vendu au monde (après la Bible). Mais comment transcrire un tel monument au cinéma? les plus grands (Orson Welles en tête) s'y sont cassé les dents...

Résumé:
Dans un monde froid et adulte, une petite fille est programmée pour réussir. Jusqu'à ce qu'elle rencontre un vieil aviateur farfelu, qui a une histoire à lui raconter.

Avis:
Porté par le producteur Dimitri Rassam, le projet aura mis 10 ans à voir le jour. 
Le roman original est en effet bien complexe à adapter... Plutôt que de le faire littéralement, la scénariste Irena Brignull et le réalisateur Mark Osborne (Kung Fu Panda) ont choisi d'intégrer l'histoire initiale dans une autre, plus récente. 

Pour ne pas se perdre dans cette double narration, deux procédés visuels se succèdent: l'animation numérique et le stop-motion en papier. Les deux sont très réussis et on navigue sans problème.

Le Petit Prince est un film très doux, qui parvient à retrouver la poésie des illustrations de St Exupéry. Il aborde les sujets essentiels du roman (l'importance de l'imagination, grandir sans oublier) et leur donne une résonance dans un environnement plus moderne. 

Le film n'est pas exempt de maladresses: j'ai moins été emballée par la seconde moitié (sans rien dévoiler), plus lisse et plus aseptisée. Certains disent que l'oeuvre originale a été dénaturée. Il y a bien sûr quelques libertés qui ont été prises mais dans l'ensemble, c'est plutôt réussi.
J'ai bien entendu versé ma petite larme car Le Petit Prince  est un film plein de poésie, qui suggère plus qu'il n'impose.

Les voix des personnages (principaux ou non) sont presque toutes assurées par des acteurs renommés et on s'amuse à les reconnaître. André Dussolier en l'Aviateur, Florence Foresti la maman de la petite fille, mais aussi Guillaume Galienne en troublant serpent et Vincent Cassel en renard pas encore apprivoisé. Mention spéciale à la géniale voix du Petit Prince, assurée par Andrea Santamaria.

Le Petit Prince plaira au jeune public, qui se régalera de la maladresse de l'aviateur, du renard en peluche et du rythme soutenu. Les plus grands se remémoreront ce classique et feront le plein de douceur, sans abîmer le souvenir qu'ils ont du livre.

Un film délicat et émouvant. Quand le cinéma nous dessine un mouton, ne boudons pas notre plaisir...

La petite anecdote:
Présenté hors compétition à Cannes, Le Petit Prince a fait la montée des marches en mai dernier. Pour que sa mère Carole Bouquet soit présente, le producteur Dimitri Rassam a acheté l'ensemble des billets de la pièce de théâtre dans laquelle l'actrice jouait ce soir-là.

Note:
3/5

Infos pratiques:
Le Petit Prince
sorti le 29 juillet 2015 en France
réalisateur: Mark Osborne
avec les voix de: André Dussolier, Andrea Santamaria, Clara Poincarré, Florence Foresti, Vincent Cassel, Guillaume Gallienne
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19552871&cfilm=178545.html 

mercredi 31 décembre 2014

Les Pingouins de Madagascar


Tout comme les Minions de Moi, Moche et Méchant, les pingouins de Madagascar, personnages secondaires à l'origine, ont droit à leur long métrage (Les Minions sortira en juillet 2015). Accrochez-vous, ça déménage!

Skipper, Rico, Kowalski et Private s'embarquent dans une nouvelle aventure qui va les confronter au terrible Pr Octavius Brine et leur faire rencontrer une autre troupe d'élite, North Wind.

Co-réalisé par des habitués de la franchise Madagascar (Simon J. Smith et Eric Darnell) Les Pingouins de Madagascar reste dans l'ambiance. On retrouve avec plaisir ce mélange de couleurs pop et d'humour décalé. La première scène en Antarctique, parodie des documentaires animaliers, nous met tout de suite dans le bain.
Suit 1h30 de délire comique, à un rythme effréné, caricature de film d'espionnage où le smoking de James Bond est cette fois revêtu par une équipe de pingouins.

Les références sont ultra nombreuses et vraiment très drôles. Je recommande d'ailleurs la VO, non seulement pour les voix de John Malkovitch et Benedict Cumberbatch, mais aussi pour les blagues intraduisibles en français (faites attention aux noms des pieuvres sous les ordres de Brine).

Alors qu'elle était réussie dans Madagascar 3, Bons Baisers d'Europe , la 3D n'est pas très utile ici. 
La mise en scène survoltée ne laisse pas de répit au spectateur. Les plus jeunes se régaleront des explosions et autres scènes d'action. Les plus grand riront aux gags qui tapent tous dans le mille.

Sans doute moins subtil que ses grands frères de Madagascar, Les Pingouins de Madagascar s'appuie tout de même sur un scénario qui, même s'il est mince, donne une trame. A 100 à l'heure, on suit nos héros aux quatre coins du monde et on se demande régulièrement où les scénaristes ont été pêcher leurs idées. 

Divertissement jouissif: missions accomplie, Pingouins!

La petite anecdote:
Les pingouins étaient des personnages mineurs au départ, ils étaient donc doublés par des membres de l'équipe technique et pas par des acteurs. 
C'est toujours le cas ici puisque Tom McGrath (Skipper) est le réalisateur des Madagagscar, Chris Miller (Kowalski) et Conrad Vernon (Rico) sont animateurs chez Dreamworks et Chris Knight (Private) est chef-monteur.

Note:
3/5

Infos utiles:
Les Pingouins de Madagascar
réalisateurs: Simon J. Smith & Eric Darnell
avec les voix de: John Malkovitch, Benedict Cumberbatch 

lundi 21 octobre 2013

J'ai été voir... Prisoners


Le cinéma n'a pas son pareil pour vous pousser dans vos retranchements. Et les thrillers (réussis) ont cette capacité de vous faire passer par des états d'émotion et de tension qu'on ne vit pas tous les jours. C'est le cas de Prisoners.

Dans une calme banlieue américaine, deux petites filles disparaissent. Alors que l'enquête policière peine à avancer, le père de l'une d'entre elles est persuadé de pouvoir les retrouver lui-même.

Il règne sur Prisoners une atmosphère lourde, humide et poisseuse qui vient tout contaminer: la vie de famille, les relations de couple et de voisinage, la foi, etc. C'est contagieux et le spectateur est vite pris au piège de cet environnement oppressant.
Le cœur de l'enquête provoque d'entrée un malaise: une disparition d'enfants, on imagine difficilement pire. Surtout quand un certaine nombre de personnages assez déséquilibrés font leur apparition.

Le réalisateur Denis Villeneuve (Incendies) réussit un habile tour de force: il nous accompagne dans l'enquête mais il s'en sert surtout pour explorer les failles de ses personnages. Principalement celui de Keller, le père d'une des fillettes (joué magistralement par Hugh Jackman) et celui de l'inspecteur Loki (impeccable Jake Gyllenhaal, qu'on aimerait décidément voir plus souvent).

Grâce à ces deux hommes et à leurs cheminements, on explore des questions sensibles: qu'est-on prêt à faire pour ceux qu'on aime? la douleur peut-elle tout excuser? à quel point la perte d'un être cher nous transforme-t-elle?

De façon élégante mais frontale, Villeneuve mène sa réalisation au millimètre. On pense à Mystic River de Clint Eastwood ou à Gone Baby Gone de Ben Affleck. 
Nous, on s'accroche au siège, parfois en avance sur l'enquête quand le réalisateur nous donne davantage que ce qu'il donne à ses personnages, parfois surpris des retournements de situations, frustrés de ne pas les avoir devinés...

Hugh Jackman (X-Men, Australia) est parfait en père de famille parano et malade de frustration de ne pouvoir agir pour sauver sa fille. Jake Gyllenhaal (Le Secret de Brokeback Mountain, Brothers) incarne l'obstination et le mystère de ce jeune flic qui résout toutes ses enquêtes. Ils sont entourés par d'autres très bons acteurs comme Paul Dano (Little Miss Sunshine, Elle s'appelle Ruby) et Viola Davis (La Couleur des Sentiments).

Prisoners est donc un thriller très réussi, qui tient en haleine pendant 2h30, dominé par deux acteurs en grande forme et dont le scénario très abouti risque de vous empêcher de dormir pour quelques nuits.

La petite anecdote:
Prisoners n'est pas vraiment un film sponsorisé par l'office du tourisme mais si le climat et la verdure du film vous tentent, sachez qu'il a été tourné dans la banlieue est d'Altlanta et dans les environs de Stone Mountain dans l'état de Géorgie.

Infos pratiques:
Prisoners
sorti le 9 octobre 2013 en France
réalisateur: Denis Villeneuve
avec: Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Paul Dano
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19536953&cfilm=180887.html

lundi 14 octobre 2013

J'ai été voir... Parkland


Passé plutôt inaperçu, le premier film de Peter Landesman vaut pourtant le détour, apportant un éclairage différent sur l'un des faits divers les plus connus du XXème siècle.

22 novembre 1963, le président John Fitzgerald Kennedy est en visite à Dallas et reçoit plusieurs balles. Pendant qu'il est accompagné aux urgences de l'hôpital Parkland, l'enquête autour de son assassinat démarre.

Parkland retrace les événements du 22 novembre et des 3 jours qui ont suivi en s'attardant sur des personnages touchés directement par l'événement: l'équipe médicale de l'hôpital, l'équipe du FBI chargée de l'enquête, le cinéaste amateur qui a filmé la scène avec sa caméra 8mm...

C'est donc un film choral, sans personnage principal mais avec plusieurs morceaux d'histoire qui s'entrechoquent. On est plongés au coeur de l'action, aux côtés de ceux qui la vivent.
Le choix de filmer caméra à l'épaule s'explique sans doute par cette volonté d'immersion. Cela crée cependant une instabilité des images qui peut rapidement donner la nausée. D'autant que les scènes sanguinolentes à l'hôpital ne sont pas vraiment édulcorées...

En multipliant les points de vue, Landesman crée une certaine confusion car il passe rapidement d'un protagoniste à l'autre. En se contentant de cette position de témoin, il ne propose aucune explication et ne rouvre pas l'enquête sur l'assassinat de JFK. Il raconte les détails, ces petites anecdotes auxquelles on n'a jamais réfléchi. Il replace ainsi cet événement historique dans un contexte humain et nous montre comment il a marqué les gens qui l'ont vécu.

Pas de grande performance mais un casting au sein duquel vous reconnaîtrez quelques visages. Zac Efron (Paperboy) ne prononce que quelques phrases et fait donc un jeune médecin crédible; Paul Giamatti (Cosmopolis, Les Marches du Pouvoir) joue le cinéaste amateur qui se retrouve malgré lui auteur d'images qui le dépassent. C'est surtout Jacki Weaver (Happiness Therapy, Animal Kingdom) qui se démarque et qui donne à la mère d'Oswald un côté frapadingue jouissif tout en posant le doute sur la culpabilité de son fils.

Parkland nous pousse donc à regarder d'un autre oeil ces images que l'on a vu 100 fois. Nous nous sommes approprié cet événement a posteriori. Landesman nous montre comment les principaux intéressés ont réagi sur le coup. 
Ce n'est ni polémique, ni exceptionnel mais haletant et pertinent.

La petite anecdote:
Alors que le casting compte plusieurs visages connus, notamment au travers de séries TV (Tom Welling de Smallville, Colin Hanks vu dans Dexter, etc.) les personnages les plus connus ont été interprétés par des acteurs inconnus. Les rôles du vice-président Lyndon Johnson et de Jacki Kennedy sont joués par deux texans anonymes avant Parkland.

Infos utiles:
Parkland
sorti le 2 octobre 2013 en France
réalisateur: Peter Landesman
avec: Zac Efron, Paul Giamatti, Billy Bob Thorton, Jacki Weaver
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537306&cfilm=211703.html

mardi 18 juin 2013

J'ai été voir... Le Passé


Dans le paysage ciné actuel, un film qui n'est ni adapté d'un roman, ni une suite, ni un biopic fait figure d'exception. C'est donc avec une curiosité teintée de scepticisme (un film iranien, récompensé à Cannes, ça fait toujours un peu peur...) que j'allais voir Le Passé.

Ahmad revient d'Iran pour finaliser son divorce. Après 4 ans d'absence, il retrouve Marie, sa femme française, ainsi que les deux filles de celle-ci. Il mesure alors les fossés que le temps a creusé.

Le réalisateur iranien Asghar Farhadi avait signé en 2011 Une Séparation, récompensé par l'Oscar du meilleur film étranger. On retrouve dans Le Passé la cellule familiale comme décor principal ainsi qu'une façon bienveillante de filmer tous les personnages.

Sans musique, avec des plans séquences très construits et sans doute minutieusement répétés, Farhadi installe progressivement une atmosphère lourde de tensions. Les personnages détiennent chacun un morceau du puzzle et le réalisateur les distille petit à petit.

Le Passé est filmé en France, en français, par un réalisateur qui ne parle pas cette langue. Même si l'aide d'un traducteur a dû faciliter le travail, on ressent cette distance dans le résultat final. Par moment, des erreurs d'intonation donnent une impression de "texte récité" qui vient perturber notre relation aux personnages.

Car c'est bien eux qui sont au centre de cette histoire. Ils se débattent chacun avec leur part de passé et leurs souhaits de futur. Au spectateur de juger s'ils sont réalistes ou dans le déni. La question centrale est finalement celle-ci: peut-on décider d'oublier?...

Les interactions entre les personnages nous guident dans la compréhension de l'intrigue. Intrigue qu'on pourra d'ailleurs trouver inutilement complexe et qui tire l'histoire en longueur.
Ahmad (Ali Mossafa, très juste), avec sa voix calme et son ton posé, vient apaiser les tensions et fait se délier les langues. Mais il a lui aussi des chapitres à clore. 
Samir (Tahar Rahim, révélé par Un Prophète, ici plutôt moyen) jongle entre deux vies sans vraiment faire preuve d'initiative.
Au milieu, Marie (Bérénice Béjo, vue dans The Artist, ici dans un rôle d'un nouveau genre pour elle mais pas si extraordinaire) tente de vivre sa vie.

C'est surtout le trio d'enfants qui donne l'énergie du film: Pauline Burlet (Lucie), Jeanne Jestin et surtout Elyes Aguis ont ce naturel et cette justesse qui provoque inévitablement un attachement.

Le Passé n'est pas un film confortable. L'ambiance est tendue et elle contamine la salle. J'ai cependant admiré la façon de filmer, de rendre les choses claires par des sous-entendus et des regards.

Contrairement à ce que l'on peut craindre, Le Passé est en fait un film accessible dans le sens où il provoque des émotions mais vous n'en sortirez pas en ayant le moral remonté.

La petite anecdote:
C'est Marion Cotillard qui devait jouer le rôle de Marie. Pour des raisons d'emploi du temps trop chargé, c'est finalement Bérénice Béjo qui a été choisie.

Infos utiles:
Le Passé
sorti le 17 mai 2013 en France
réalisateur: Asghar Farhadi
avec: Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mossafa
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19497833&cfilm=204198.html

mercredi 17 avril 2013

J'ai été voir... Perfect Mothers


Le sujet est potentiellement sulfureux, les paysages aperçus dans la bande-annonce sont superbes et réchauffent en cette période de printemps qui n'en finit plus d'arriver, et les actrices phares (Naomi Watts et Robin Wright) déçoivent rarement: voici quelques unes des raisons qui m'ont poussé à aller voir Perfect Mothers.

Roz et Lil sont amies depuis l'enfance. Elles vivent dans une petite ville d'Australie avec leurs fils uniques. Démarre alors une histoire à quatre hors des normes et de la morale.

Perfect Mothers est adapté de la nouvelle de Doris Lessing The Grandmothers. Adroitement, la réalisatrice française Anne Fontaine aborde cette histoire de façon très fine. Le sujet est délicat - on flirte tout le long du film avec l'inceste - la façon de le traiter l'est aussi. On sent d'ailleurs fortement que c'est une femme qui est aux commandes.

Le décor choisi pour Perfect Mothers est paradisiaque. Les plages australiennes et la petite ville dans laquelle se déroule ce presque huis-clos ont un côté quasi surnaturel. On dirait même que certains panoramas ont été tournés par l'Office du Tourisme. Il s'installe vite une atmosphère particulière, liée au soleil, à la mer, une atmosphère de plénitude qui  contraste avec les passions qui se nouent entre les personnages.

La réalisatrice nous permet de contempler au plus près ces passions inavouables. Sans vraiment chercher à les expliquer, Anne Fontaine nous montre comment ces mères, liées entre elles par une profonde amitié, franchissent le pas. On a le rôle de l'observateur extérieur, qui fait face à cette situation avec ses a priori mais aussi avec son envie.

Certains moments manquent de rythme et font paraître l'1h50 un peu longue. D'autres moments, souvent silencieux et passant par des regards, suggèrent simplement ce qui se trame et sont très réussis.

Tout comme les maisons pourraient figurer dans un magasine de décoration, les acteurs et actrices sont tous presque trop beaux pour être vrais.
Les jeunes apollons sont interprétés par Xavier Samuel (Twilight 3) et James Frecheville (vu dans l'excellent film australien Animal Kingdom).
Quand aux "perfect mothers", ce sont Nanomi Watts et Robin Wright. Sans fard et avec beaucoup de charisme, elles portent le film avec leur sensibilité.
Les personnages secondaires sont peu nombreux tant les quatre s'appliquent à faire le vide autour d'eux. On notera tout de même la présence d'un autre australien, Ben Mendelsohn (Animal Kingdom, Cogan, Killing Them Soflty, The Place Beyond the Pines) en mari éconduit et père qui ne voit pas ce qui se passe.

Perfect Mothers est un film assez lent, qui laisse s'installer une atmosphère tendue par la sensualité et par son côté amoral. Anne Fontaine ne transgresse cependant pas totalement les tabous et le film peu paraître lisse. Elle réussit cependant à rendre plus fluide cette histoire qui, dans la nouvelle de Lessing, laissait un goût d'inachevé.

Le spectateur sera interpellé mais finalement pas vraiment bousculé par cette histoire d'amour qui sort du modèle familial classique. La chose qui dérange, c'est que par moment, on est presque jaloux...

La petite anecdote:
Anne Fontaine avait dans un premier temps écrit un scénario en français. Finalement, elle a jugé que le côté psychologique prenait trop le dessus et a donc choisi de tourner le film en anglais, ce qu'elle faisait pour la première fois.

Infos pratiques:
Perfect Mothers
sorti le 3 avril 2013 en France
réalisatrice: Anne Fontaine
avec: Naomi Watts, Robin Wright, Xavier Samuel, James Frecheville, Ben Mendelsohn 
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19476730&cfilm=136524.html

vendredi 29 mars 2013

J'ai été voir... The Place Beyond The Pines


Quand Ryan Gosling et Bradley Cooper vous proposent d'aller voir ce qui se passe "au-delà des pins" (beyond the pines), vous dites oui, sans trop d'hésitation. Et même si finalement, The Place Beyond the Pines réserve quelques longueurs, l'aura des acteurs fait passer le temps.

Luke est un cascadeur à moto dans un show itinérant, sans attache. Quand il découvre qu'il a un fils, il décide de subvenir à ses besoins et bascule du mauvais côté en braquant des banques. Il va croiser la route d'un policier ambitieux et leur rencontre va avoir des conséquences à long terme.

The Place Beyond the Pines est très (trop?) nettement découpé en trois parties. Le réalisateur Derek Cianfrance nous présente les conséquences sur plusieurs personnes et plusieurs années d'un événement unique.

Cianfrance et Ryan Gosling avaient déjà travaillé ensemble sur Blue Valentine et le réalisateur sait comment capter le côté mystérieux de l'acteur. On pense bien sûr à Drive dans lequel Gosling incarnait déjà un gentil-méchant dur à cuire qui écrase une larme de temps en temps. S'il est vrai qu'il est bon dans ce rôle et que Cianfrance sait construire l'atmosphère qui rend sa performance encore meilleure, j'ai tout de même envie qu'il prouve rapidement qu'il sait faire autre chose. 

La seconde partie est dominée par le personnage incarné par Bradley Cooper, mais l'acteur ne se distingue pas particulièrement. On remarque davantage Ray Liotta, délicieusement malfaisant, ou Eva Mendes, plutôt juste. Cette deuxième étape de l'histoire est assez réussie même si elle manque d'élan. On suit avec intérêt ce flic pas trop pourri qui se transforme en politicien naissant et pas vraiment sympathique. 

Jusqu'à ces 2/3, The Place Beyond the Pines est assez réussi, même si on se sent un peu baladé sans savoir où on va.
La 3ème partie est sensée être celle qui conclut la question du film: que laisse-t-on à ses enfants? Ce sujet de l'héritage est abordé ici sans subtilité et c'est dommage. Cianfrance enchaîne les clichés et le spectateur, qui voit les grosses ficelles, commence à trouver le temps long.
Les deux acteurs interprétant les ados sont pourtant bons: Emory Cohen et surtout Dane DeHaan. On avait aperçu ce dernier dans Des Hommes Sans Loi et il confirme ici un potentiel qui fait penser à un Léonardo DiCaprio jeune. 

Cianfrance avait un challenge ambitieux: traiter de l'hérédité de la violence en construisant une fresque familiale. Il y parvient par moment grâce à des acteurs très justes. Mais The Place Beyond the Pines manque de souffle et on se perd en route. 
Restent les abdos de Ryan et les yeux bleus de Bradley...

La petite anecdote
C'est la ville au nom imprononçable de Schenectady, lieu de tournage et où se déroule le film qui lui a donné son titre. En effet, Schenectady en mohawk (iroquois) signifie l'endroit au-delà des pins.

Infos pratiques
The Place Beyond the Pines
sorti le 20 mars 2013 en France
réalisateur: Derek Cianfrance
avec: Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Ray Liotta, Dane DeHaan
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19465183&cfilm=194891.html 

lundi 29 octobre 2012

J'ai été voir... Paperboy


Paperboy avait créé en mai dernier des remous du côté de la Croisette où il était présenté en compétition officielle du Festival de Cannes. Nombreux étaient ceux qui se demandaient tout simplement comment il avait pu être sélectionné... L'une des raisons est sans doute son casting, qui garantissait une montée des marches glamour à souhait (Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron).
J'avais donc envie de m'en faire ma propre opinion.

Paperboy raconte l'enquête menée par un journaliste (Matthew McConaughey) pour innocenter un pauvre type (John Cusack) accusé un peu précipitamment du meurtre d'un policier. Accompagné par son petit frère (Zac Efron) et à la demande de la copine du taulard (Nicole Kidman), il va donc revenir dans sa ville natale et tenter de comprendre ce qui s'est passé.

Le premier mot qui vient à l'esprit en parlant de Paperboy est "trash". Le réalisateur Lee Daniels (qui avait réalisé Precious en 2009) ne nous épargne rien et prend même un malin plaisir à nous mettre en face de scènes difficiles à digérer.

Le scénario n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour explorer les facettes déviantes et les parts d'ombre des personnages. Du coup, on est vite perdus dans l'histoire et on a la sensation de perdre le fil, ce qui est désagréable. Trop de petits morceaux d'histoire(s) qui ne s'emboîtent pas bien et qui ne sont pas aboutis.

Esthétiquement, Daniels pousse les références aux années 70 à fond. Couleurs criardes, costumes bariolés, musique: pas de doute, on est en 1969.
Les thèmes abordés sont d'époque également: racisme sous-jacent, homosexualité refoulée, etc. Sauf qu'à vouloir parler de trop de choses, le film s'éparpille et perd de son intensité.

En revanche, il reste une constante qui dure 1h50: le côté poisseux.
L'action se situe en Floride, dans ce sud bouseux des Etats-Unis qui a été filmé tant de fois qu'on a l'impression de le connaître sans y avoir pourtant jamais mis les pieds. L'atmosphère, chaude et humide, vous prend à la gorge et ne vous lâche pas.
Le bayou de Floride étant visiblement un endroit approprié pour grandir avec une case en moins, les protagonistes de Paperboy sont tous un peu barrés.

Pour les interpréter, Lee Daniels a mis sur pied un casting solide (et glamour donc) qui le suit sans complexe dans ses scènes tordues.
Tout d'abord Nicole Kidman qui écorche avec plaisir son image de diva froide en interprétant avec une grande fragilité ce personnage très ambigu de bimbo vieillissante obsédée par les prisonniers. Trois scènes ont particulièrement fait couler l'encre des critiques, pendant lesquelles elle flirte avec l'exhibitionnisme (on vous laissera identifier les moments en question).
John Cusack, malgré peu de temps à l'écran, campe un type complètement taré, le cheveux sale, l'esprit tordu et le regard vide.
Zac Efron, lui, saute dans la cour des grands. Après les films pour adolescentes qui l'ont lancé (High School Musical 1,2 et 3, 17 ans encore ou Happy New Year), il ne livre pas ici la performance du siècle mais donne à voir un potentiel. On a en revanche de temps en temps l'impression que Daniels le filme davantage pour ses abdos et pour le fantasme qu'il représente que pour son jeu.
Enfin Matthew McConaughey, encore une fois en grande forme, nous régale avec le personnage de Ward Jansen, très juste dans sa recherche des limites. On ne se lasse pas de le voir aussi souvent en 2012 (Magic Mike, Killer Joe et bientôt Mud de Jeff Nichols)

C'est donc là que se trouve le plaisir, un peu pervers, du spectateur de Paperboy: voir de bons acteurs aller jusqu'au bout du challenge que leur propose un réalisateur qui n'a pas peur de faire dans le cra-cra. Même si le résultat est globalement vulgaire et dérangeant, il est aussi captivant. 
Pervers on vous dit...

La petite anecdote
Paperboy est un roman de Peter Dexter, inspiré d'une histoire vraie.
L'adaptation a longtemps été entre les mains de Pedro Almodovar, qui a finalement décliné.

Infos pratiques
Paperboy
sorti le 17 octobre 2012 en France
réalisateur: Lee Daniels
avec: Nicole Kidman, Matthew McConaughey, John Cusack, Zac Efron
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19400197&cfilm=193901.html


mardi 24 juillet 2012

J'ai été voir... La Part des Anges


Ken Loach est un réalisateur spécialiste des drames sociaux. Dans tous ses films, il oppose les petits, les opprimés, les ouvriers aux grands méchants capitalistes. Avec La Part des Anges, il a choisi de traiter le sujet avec humour et de faire "une comédie qui est un film sérieux".

Irlande, Glasgow. Robbie est un jeune délinquant sur le point de devenir papa. Quand il échappe de justesse à une peine de prison, il doit faire des travaux d'intérêt général et rencontre un éducateur qui va l'aider. En l'initiant à la dégustation de whisky, il va non seulement lui révéler un don mais également lui donner une idée qui va lui permettre de s'en sortir.

La Part des Anges démarre par une description assez précise du destin qui accable Robbie: violence, drogues, chômage, les perspectives sont minces... La première heure du film est donc consacrée à planter ce décor. On sent bien vite la dénonciation du système par le réalisateur et même si c'est parfois un peu caricatural, on s'attache à ces personnages paumés. Mais on se demande aussi où le réalisateur veut nous amener.

Puis vient le dernier tiers du film, qui se transforme en farce version "Les Pieds Nickelés en Écosse" et l'humour sauve le propos de Loach.

Robbie est en effet entouré d'une bande de canards boiteux à l'accent écossais. Cet accent et ces expressions donnent sa couleur au film, celle-ci étant renforcée dans la dernière partie par les paysages des Highlands.
L'accent écossais est d'ailleurs tellement prononcé que le film était sous-titré en anglais lors de sa projection au festival de Cannes!

On rit de bon coeur aux gags, principalement causés par Alfred (Gary Maitland), ahuri écossais génial et source inépuisable de bêtise(s).

Et puis il y a les whisky. Ken Loach filme les dégustations d'une façon qui donnerait presque l'eau à la bouche. Il faut dire qu'il a choisi de confier le rôle de l'expert à un vrai professionnel, Charles McLelan. On en vient presque à douter de l'adage qui veut que l'alcool soit mauvais pour la santé.

Pour mener sa bande d'acteurs (quasiement tous écossais d'origine), le réalisateur s'est appuyé sur William Ruane avec qui il avait déjà travaillé sur Sweet Sixteen et Le Vent se Lève.
Et si le jeu de Paul Branningan (qui tient le rôle central) sonne très vrai, c'est parce que le parcours de l'acteur n'est pas si éloigné de celui du personnage. Le scénariste Paul Laverty l'a en effet rencontré dans un foyer pour jeunes délinquants lors de repérages à Glasgow.

Loach choisit donc de nous raconter une sorte de fable, un conte dans lequel les braves voyous prennent leur revanche sur les riches et les nantis. Et comme c'est un conte, au diable la vraisemblance, voire la logique. Tant pis si la rédemption de Robbie passe par une entourloupe illégale...

La Part des Anges a ce côté agréable et entraînant d'un "petit film" sans grandes ambitions mais qui fait passer son message de manière efficace, à grand renfort d'humour et de sincérité.

La petite anecdote
Ken Loach est un grand habitué de la Croisette. Avec La Part des Anges, il participait pour la 17ème fois au Festival de Cannes! Le Prix du Jury pour ce film est sa 5ème récompense: il a reçu le Prix du Cinéma Contemporain en 1981 pour Regards et Sourires , deux Prix du Jury (pour Hidden Agenda et Raining Srones) et la Palme d'Or en 2006 pour Le Vent se Lève.

Infos pratiques
La Part des Anges
sorti le 27 juin 2012 en France
réalisateur: Ken Loach
avec Paul Brannigan, William Ruane, John Henshaw, Gary Maitland
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19332495&cfilm=193360.html

lundi 16 juillet 2012

J'ai été voir... Piégée


Avec Piégée, Steven Soderbergh, réalisateur de Ocean's Eleven et ses suites, de Traffic et de Erin Brockovitch entre autres, se lance dans un nouveau genre: le film d'agent secret qui cherche sa vengeance (oui c'est un genre à part entière)

Mallory Kane, ancienne marine, se rend compte qu'elle a été trahie par son employeur (et ex petit ami) et veut se venger.
L'un des atouts du film est ce personnage principal féminin, tenu par Gina Carano, dont c'est la première apparition au cinéma. Elle est en revanche une immense star dans un autre domaine: c'est une championne de MMA (Mixed Martial Arts, un mélange de techniques de combat, sorte de free fight). Soderbergh cherchait une actrice capable de faire elle-même ses cascades et crédible au niveau des scènes de combat.

Car Piégée est un film d'action et les scènes de combat sont essentielles (même si il n'y en a pas assez à mon goût). Soderbergh filme ces combats de manière assez large, ce qui permet de prendre conscience de la performance des acteurs. Souvent, les réalisateurs privilégient les très gros plans dans ce genre de scènes, et on est vite perdu, sans trop savoir où regarder. Ce n'est pas du tout le cas ici puisque Soderbergh privilégie la simplicité et exploite à fond les capacités physiques de son actrice.

Carano est très bien entourée puisqu'elle botte successivement les fesses de Channing Tatum, Michaël Fassbender et Ewan McGregor. On notera également la présence de Michael Douglas, Antonio Banderas, Matthieu Kassovitz. Rien que du beau monde. Malheureusement ces seconds rôles sont très très légers et qu'on n'en profite pas vraiment.

Le gros problème de Piégée est son scénario très pauvre. Outre le fait que le thème a déjà été visité de nombreuses fois (de James Bond à Jason Bourne), il n'y a aucune surprise. Pas vraiment d'histoire et donc pas de rythme, pas de souffle: certaines scènes s'éternisent et la BO ne vient pas relever l'ensemble. C'est finalement assez frustrant de ne pas voir le film décoller alors qu'on voudrait y croire. Outre quelques scènes de baston fort agréables, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent.

Allez vois Piégée si vous êtes fan de Gina Carano, qu'on reverra sans doute rapidement (il y a des rumeurs sur sa participation à un Wonder Woman en préparation).
Ou si vous souhaitez voir des gros bras se faire ratatiner par une fille. Girl power!

La petite anecdote
La voix de Gina Carano a été modifiée pour donner à son personnage une voix plus grave.

Infos pratiques
Piégée
sorti le 11 juillet 2012 en France
réalisateur: Steven Soderbergh
avec: Gina Carano, Ewan McGregor, Channing Tatum, Michael Fassbender, Michael Douglas, Antonio Banderas, Matthieu Kassovitz
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19275219&cfilm=172392.html 

lundi 4 juin 2012

J'ai été voir... Prometheus


Je n'aime pas avoir peur au cinéma: je ne vais pas voir de films d'horreur, je ferme les yeux quand une petite musique m'indique que le pire est à craindre, je fais des cauchemars...
Tout comme je ris très fort ou je pleure beaucoup au cinéma, quand j'ai peur, j'ai très peur.
Or Prometheus est un film "d'épouvante-horreur" (classification Allociné): pourquoi n'ai-je pas fui en courant? J'ai tout simplement succombé à la promotion gigantesque qui a accompagné la sortie du film et qui l'annonçait comme un événement (bande-annonces mystérieuses, acteurs soumis au secret pendant les interviews...)

Prometheus a d'abord été présenté comme une préquelle à Alien, que Ridley Scott avait également réalisé. Le projet a finalement évolué vers une histoire qui tourne autour du même univers mais qui est indépendante. Ce qui m'arrangeait bien puisque je n'ai vu aucun des Alien...

Fin du XXIème siècle, des scientifiques pensent avoir découvert l'origine de l'humanité et mettent sur pied une expédition pour rencontrer les "ingénieurs" qui nous auraient créés. Ce qu'ils vont découvrir une fois arrivés à destination pourrait mettre en péril l'avenir de l'espèce humaine.

Le réalisateur Ridley Scott (Alien, Blade Runner, Gladiator, La Chute du Faucon Noir) revient à ses premières amours: horreur et science-fiction. Budget de 130 millions de $, tournage 3D, décors titanesques, Scott a voulu faire les choses en grand.

Tout ça mène forcément à quelques attentes, même quand on n'est pas fan d'Alien, et à fortiori encore plus si on l'est.
Le contrat est partiellement rempli mais avec de grosses lacunes.

Visuellement, Prometheus est plutôt réussi. La 3D fait son effet et on est plongé dans l'univers sombre et dangereux que crée Ridley Scott pour l'occasion. Certaines scènes sont franchement impressionnantes et des petites astuces bien trouvées. Surtout, l'action est fluide et on sent une belle maîtrise.
Niveau frissons, j'ai eu ma dose, mais comme je l'ai déjà dit, je ne suis pas une référence en la matière. Je présente d'ailleurs mes excuses à mon voisin de fauteuil qui a dû subir mes sursauts et autres manifestations d'angoisse.

Autre bon point: Noomi Rapace (Millénium version suédoise, Sherlock Holmes) et Michael Fassbender (Shame, A Dangerous Method) qui interprètent deux personnages principaux. Elle est l'héroïne scientifique mais croyante et elle est convaincante, même quand le scénario lui dicte une conduite absurde comme courir un sprint cinq minutes après avoir subi une opération. Fassbender interprète un androïde très abouti en quête de sa part d'humanité, à la fois froid et sensible.

Les seconds rôles sont nombreux et le casting plutôt alléchant, mais le résultat n'est pas toujours à la hauteur. Charlize Theron porte très bien la combinaison moulante mais sa performance s'arrête à peu près là. Guy Pearce est tellement maquillé qu'on le distingue à peine.

Là où pèche Prometheus, c'est par son scénario. Le scénariste aux commandes est Damon Lindelof, auteur de la série Lost, et adepte des concepts mystiques.
Non seulement l'histoire de Prometheus est pleine d'invraisemblances mais en plus elle tourne en rond. Sous prétexte d'aborder des questions métaphysiques ("D'où venons-nous?" "Qui nous a créé?"), le film prend des airs de trip cosmique. Pourquoi pas... si la réflexion était poussée jusqu'au bout et proposait des réponses. Mais tout reste ici en suspens et donne une impression d'inachevé, voire bâclé.
Cela ajouté à certains aspects quasi comiques tant ils sont illogiques donne un résultat franchement bancal.

Les fans de la saga Alien s'y précipiteront et trouveront des raisons d'espérer (il semblerait que Prometheus soit le début d'une nouvelle trilogie).
Pour les autres, si vous cédez comme moi aux sirènes de la promo à grande échelle, ne mettez pas la barre trop haut. Vous aurez droit à un film de science-fiction, loin d'être révolutionnaire.

La petite anecdote
Les superbes paysages survolés pendant la scène d'ouverture ont été tournés en Islande, notamment sur les chutes de Dettifos.

Infos pratiques
Prometheus
sorti le 30 mai 2012 en France
réalisateur: Ridley Scott
avec: Noomi Rapace, Michael Fassbender, Guy Pearce, Charlize Theron, Logan Marshall-Green
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19338260&cfilm=141564.html 

lundi 16 janvier 2012

J'ai été voir... Parlez-moi de vous


On avait beau me dire qu’il n’était pas terrible, j'ai eu envie de me faire ma propre idée. Eh bien je suis d'accord avec l'avis général...



Mélina anime à la radio une émission à succès pendant laquelle elle écoute et conseille les auditeurs qui lui racontent leurs problèmes. Mais dans la vraie vie elle est Claire Martin, quarantenaire névrosée et qui cherche à régler des comptes avec son passé compliqué.

J'aurai dû me méfier en voyant la population qui m'entourait dans la salle de cinéma: quasi exclusivement des femmes, moyenne d’âge 60 ans, venues à deux ou trois voir ce film "pas vulgaire et pas violent", bref "pas comme ces films de maintenant" (sic)

Moi j'y allais surtout pour Karin Viard (et un peu pour Nicolas Duvauchelle).
C'était la seule qui, selon moi, tirait son épingle du jeu dans Ma Part du Gâteau (film que je n'avais pas aimé). Et elle était très bien plus récemment dans Polisse.
Parlez-moi de vous est complètement centré sur ce personnage à double facette et le réalisateur Pierre Pinaud, dont c'est le premier film, compte vraiment sur Karin Viard pour que l'histoire fonctionne. Elle a beau donner tout ce qu'il faut et être à la limite du comique et de l'émotion, le reste ne suit pas.

Le scénario est tarabiscoté, peu vraisemblable et surtout on fait durer un suspens qui n'en est pas un. Quand on sourit, c'est donc aux dépens de cette femme pleine de névroses. A force de ne pas vouloir tomber dans le pathos et l’affectif, on se perd dans une distance qui nous empêche de nous attacher à ces personnages.
Il m'a manqué un message, une fin explosive ou une étincelle poétique, je ne sais pas mais il manque clairement de l'énergie dans tout ça.

A part ça, il reste Nicolas Duvauchelle. Si, comme moi, vous le trouvez suffisamment sexy pour passer outre le fait qu'il joue toujours un peu la même chose, vous ne serez pas complètement déçu(e) par Parlez-moi de vous

La petite anecdote
Le réalisateur Pierre Pinaud avait rencontré Karin Viard avant le tournage de Parlez-moi de vous : il était stagiaire sur le tournage des Enfants du Siècle et il devait aller chercher l’actrice chez elle tous les jours pour la conduire sur le tournage.

Infos pratiques
Parlez-moi de vous
sorti le 11 janvier 2012 en France
réalisateur : Pierre Pinaud
avec : Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Nadia Barentin

lundi 21 novembre 2011

J'ai été voir... Polisse


Polisse, ou comment prendre une grosse claque en allant au cinéma...
Ne prévoyez pas d'y aller si vous avez besoin de vous remonter le moral (même si l'humour est loin d'être absent).

Le thème du film n'est pas simple puisqu'on accompagne la Brigade de Protection des Mineurs. On se doute donc d'emblée qu'on va parle d'enfants maltraités, de pédophiles et de parents irresponsables: on sait qu'on va entendre des histoires dégueulasses.

Elles sont bien là les histoires dégueulasses et elles retournent l'estomac, comme prévu. Sauf que ce n'est pas le sujet du film. Ces affaires sont "seulement" la toile de fond du quotidien de cette équipe de flics que l'on suit. C'est à eux qu'on s'intéresse: comment travaillent-ils? comment gèrent-ils le stress? quelles sont leurs relations entre eux? comment décompressent-ils?
Peut-être qu'il est plus facile de s'attacher à un flic quand il est là pour protéger les enfants plutôt que pour arrêter les immigrés clandestins... en tous cas on est attendris et touchés par ces flics qui sont tous ultra-impliqués.

Cette Brigade est composée de personnages forts en gueule et très crédibles. Même si on tombe parfois un peu dans la caricature (Jeremie Elkaïm en jeune flic intello ou Arnaud Henriet en sarko-fan), dans l'ensemble, on s'y croit.

Marina Foïs fait une super fliquette donneuse de leçon et confirme (encore une fois) qu'elle est bien plus qu'une ex-Robin des Bois. Karine Viard nous offre une scène "pétage de plombs" mémorable. Et Frédéric Pierrot a du être tôlier dans une autre vie.

Et puis il y a Joey Starr, encensé à Cannes (où le film a reçu le prix du Jury). Personnellement, il m'a fallu bien 30 minutes pour ne plus voir Joey Starr star du rap mais plutôt son personnage. Et dès qu'on touche à la nuance et aux émotions, on voit bien qu'il est un acteur débutant. Avec du potentiel si on veut, mais débutant.

Quant à Maïwenn, je trouve son rôle quasiment inutile. Son personnage n'est là qu'en contraste par rapport à cette équipe de flics dans laquelle elle est parachutée. J'aurai donc tendance à l'encourager dans sa récente décision de "se consacrer uniquement à la réalisation."


Outre quelques maladresses, Polisse prend donc aux tripes parce qu'il est crédible et je vous le recommande parce que ça fait parfois du bien de se prendre des claques... au cinéma



La petite anecdote
Karole Rocher et Nicolas Duvauchelle n'ont pas trop été dépaysés puisqu'ils sont déjà partenaires-flics dans la série Braquo (Canal +) 


Infos pratiques
Polisse
sorti le
réalisatrice: Maïwenn
avec: Karin Viard, Marina Foïs, Joey Starr, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher, Frédéric Pierrot
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19247568&cfilm=181893.html