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lundi 21 mars 2016

Brooklyn


Un film bonbon, de temps en temps, ça fait plaisir.

Eilis n'a pas d'avenir en Irlande. Aidée par un prêtre, elle quitte sa mère et sa sœur pour tenter sa chance en Amérique et débarque à New York.

Brooklyn est une romance et l'assume complètement. Adapté du roman de Colm Toibin, le scénario écrit par Nick Hornby a été nominé aux Oscars. C'est un duo de productrices qui a déjà signé Une Education qui a cache derrière ce mélo vintage. L'esthétique du New York des années 50 est tendance.

La perspective est originale. Des films sur l'immigration aux Etats-Unis dans les années 50, il y en a eu beaucoup. Ici, on se place du point de vue d'une jeune femme. Malheureusement, cette thématique ne sert que pour le cadre et n'est pas creusée.
Car Brooklyn est une romance. Le cœur d'Eilis balance entre un monde connu dont elle maîtrise les codes et une nouvelle chance où tout est à créer.
On frôle parfois le roman Harlequin tant on reste sage et sans aspérité. On pense par moment à The Notebook, ce qui ravira les grand(e)s romantiques. On verse sa petite larme de bon cœur.

La photo est très travaillée et suit les trois temps de l'histoire. Elle met en valeur le minutieux travail de reconstitution. On n'évite pas les clichés: les irlandais sont tous un peu roux, la logeuse américaine est pleine de mimiques et les italiens parlent en faisant de grands gestes.

Saoirse Ronan a été nominée aux Oscars pour ce rôle qui fait écho à sa propre histoire (elle est née à New York et a grandi à Dublin). Pudique et intense, elle est authentique.
Domhnall Gleeson (Star Wars: Le Retour de la Force, The Revenant, Il Etait Temps) et Emory Cohen forment le duo masculin.

Convenu et un peu trop classique, Brooklyn est une belle histoire d'amour comme il fait bon par moment d'en voir sur grand écran.

La petite anecdote:
Brooklyn est l'adaptation du roman de Colm Toibin, que je conseille vivement (disponible ici)

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Brooklyn
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: John Crowley
avec: Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen


mardi 19 janvier 2016

The Big Short: le casse du siècle


Annoncé comme un Ocean's Eleven à Wall Street et avec un casting royal (indice: les noms des acteurs sont écrits plus gros que le titre du film sur l'affiche), The Big Short avait de quoi séduire sur le papier.

En 2005, quelques outsiders de la finance voient ce que le reste du monde refusait d'admettre: le système financier américain était pourri. Ils décident alors de parier contre les banques.

Adapté du roman de Michael Lewis The Big Short: Inside the Doomsday Machine, ce film a une volonté de vulgarisation des mécanismes financiers ayant mené à la crise de 2008. Celle-ci a eu des répercussions mondiales et pourtant, on a bien du mal à comprendre d'où c'est parti. "C'est à cause des subprimes", et vous, vous savez ce que c'est que les subprimes?
Le réalisateur Adam McKay, abonné jusqu'ici aux comédies (dont le loufoque Ricky Bobby, Roi du Circuit) décide donc de nous expliquer ce qui a provoqué cette crise.

Il adopte un montage très rythmé, des images d'archives, des prises de vue caméra à l'épaule et même des apartés pour clarifier quand ça devient vraiment technique. 
Sauf que mettre Margot Robbie (Le Loup de Wall Street) dans un bain moussant ne m'aide pas vraiment à comprendre le marché obligataire...
J'ai bien saisi que les banques étaient véreuses et que l'appât du gain a mené à la création d'une bulle. J'ai aussi compris que tout un environnement se protégeait mutuellement: banques, agences de notations, journalistes, etc. Mais je ne suis toujours pas capable d'expliquer ce qu'est un subprime...

Le très bon Margin Call évoluait dans le même cadre sans chercher à rentrer dans les détails techniques et parvenait à nous raconter une atmosphère. The Big Short nous perd dans des détails. 
L'humour savamment distillé vient heureusement nous sortir du ron-ron des tutoriels.

Le casting 4 étoiles s'en donne à cœur joie. 
Christian Bale (nominé aux Oscars pour ce rôle) en geek complètement perché en fait trop. 
Ryan Gosling en moumoute et faux bronzage s'amuse et ça se voit.
Steve Carell continue sur sa lancée de rôles sérieux (Foxcatcher par exemple), voulant sans doute changer son image comique. 
Brad Pitt a un rôle décalé, qui sert de repère moral dans cette frénésie décorelée de la réalité économique.

Adam McKay parvient à véhiculer son message: on ressort de The Big Short convaincus que le système est pourri de l'intérieur et que les erreurs du passé n'ont pas du tout servi de leçon. La volonté d'indigner est noble mais il est difficile de s'énerver quand on a été noyé sous les explications financières trop techniques.
Dommage...

La petite anecdote:
Si Wikipédia peut vous aider à y voir plus clair... https://fr.wikipedia.org/wiki/Subprime

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
The Big Short: le casse du siècle
réalisateur: Adam McKay
avec: Steve Carell, Ryan Gosling, Christian Bale, Brad Pitt



lundi 13 avril 2015

Birdman


Inarritu (Babel, 21 grammes) revient avec un OVNI ciné qui a tout raflé aux Oscars: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photo.

Riggan Thomson a connu la gloire à Hollywood en incarnant le super-héros Birdman. Oublié du public, il cherche à remonter en haut de l'affiche en montant une pièce de théâtre à Broadway.

Birdman est un objet de cinéma bien particulier qui ne plaira pas à tout le monde. Il est fait de miroirs, de références et de mises en abimes. La confrontation entre Broadway et Hollywood nous laisse un peu indifférents de ce côté de l'Atlantique.

Mais le sujet principal du film est la célébrité et son côté éphémère. Comment certaines personnes ne vivent plus qu'au travers de l'image qu'ils renvoient à leur public. Comment cela façonne leur vie et celle des gens qui les entoure.

Birdman parle d'un comédien qui s'accroche à sa gloire passée et qui souhaite laisser une trace. Il court après une crédibilité qu'il cherche à racheter. Il veut revenir sur le devant de la scène mais dans un rôle qu'il juge noble, pour qu'on se souvienne de son talent.
Le personnage central (incarné par Michael Keaton) passe par des moments où il se croit le roi du monde, suivis par des phases où il est au fond du trou.

Le réalisateur nous plonge dans ces allers-retours en se fixant un défi de mise en scène. Birdman repose sur un seul plan, sans coupe mais pas sans montage. Les scènes étaient jouées en plan-séquences par les acteurs, dans l'ordre chronologique, et le montage a habilement enchaîné ces plans. Cela donne une grande fluidité: on passe d'un personnage à l'autre, d'une pièce à l'autre sans coupure et sans changement de point de vue. 
On a souvent l'impression d'être dans un labyrinthe. Sentiment renforcé par le fait que la plupart des scènes ont lieu dans les coulisses d'un théâtre aux couloirs étroits (et couverts de la même moquette que l'hôtel dans Shining). Ce dédale où se croise les personnages nous plonge dans cette folie puisque la plupart on un rapport pour le moins étrange à la réalité en plus d'un égo sur-dimensionné.

Le casting est idéal. A commencer par Michael Keaton dont la propre carrière ressemble à celle de son personnage: Batman dans les années 90, il a peu a peu disparu des écrans.
Edward Norton est impressionnant en comédien de théâtre déjanté et convaincu qu'il ne vit vraiment que sur scène. Naomi Watts, Emma Stone, Zach Galifianakis s'en donnent à coeur joie.

Birdman est tortueux, un peu prise de tête et parfois arrogant. Mais il est aussi intelligent, original visuellement, et très bien interprété.

La petite anecdote:
Saurez-vous repérer Martin Scorcese dans le public du théâtre?

Note:
3,5/5

Informations pratiques:
Birdman
sorti le 25 février 2015 en France
réalisateur: Alejandro Gonzalez Inarritu
avec: Michael Keaton, Naomi Watts, Edward Norton, Emma Stone, Zach Galifianakis


jeudi 10 octobre 2013

J'ai été voir... Blue Jasmine


Avec une précision redoutable, Woody Allen sort un film par an. La sortie 2013 s'intitule Blue Jasmine et signe le retour du réalisateur sur le sol américain, après une série de cartes postales européennes (Vicky, Christina, Barcelona, Midnight in Paris et To Rome With Love).

Jasmine quitte New York et vient s'installer chez sa soeur à San Francisco pour se remettre sur pied après une faillite scandaleuse.

Blue Jasmine est donc l'histoire d'une femme aveuglée par sa propre vanité et qui refuse de regarder la réalité en face. Belle, raffinée, élégante, Jasmine a tout pour plaire, y compris une personnalité égocentrique et une addiction aux anti-dépresseurs. Une vraie héroïne made in Woody Allen...

A la différence de nombreux autres films du réalisateur, le ton général n'est pas à la comédie mais plutôt au drame. Plus sombre, plus mélancolique, plus contemplatif... On assiste à la descente plus bas que terre de ce personnage. Et même si elle nous énerve, on ne peut s’empêcher de la plaindre.
Restent tout de même un rythme très dynamique, des répliques qui fusent et des situations cocasses.

Woody Allen n'a décidément pas son pareil pour raconter les personnalités tordues. Et il sait tirer le meilleur de ses acteurs. Voir Blue Jasmine, c'est assister à un très grand numéro de Cate Blanchett (Le Seigneur des Anneaux, Elizabeth, L'Etrange Histoire de Benjamin Button). Sans cesse au bord du gouffre, elle porte le film sans tomber dans le mélo. Elle y met une énergie incroyable et nous fait ressentir à quel point son mal-être doit être épuisant.
Les seconds rôles qui l'entourent servent de révélateurs à certains aspects de la personnalité de Jasmine. Ginger (Sally Hawkins) la soeur un peu trop gentille, Hal (Alec Baldwin, excellent) le mari volage par qui tout arrive, Augie (Adrew Dice Clay) l'ex beau-frère roulé...

Woody Allen nous montre la vie qui déraille, même chez ceux qui ont tout. Et quand on tombe, on peut vite perdre la tête.

La petite anecdote:
Le réalisateur a refusé que le film sorte en Inde à cause des messages anti-tabac qui s'affichent dès qu'un personnage fume à l'écran. Il a préféré retirer Blue Jasmine des écrans indiens.

Infos pratiques:
Blue Jasmine
sorti le 25 septembre 2013 en France
réalisateur: Woody Allen
avec: Cate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins, Andrew Dice Clay
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19536444&cfilm=206191.html

jeudi 21 juin 2012

J'ai été voir... Blanche Neige et le Chasseur


Après la version rose bonbon de Tarsem Singh (Blanche Neige, sorti en avril), voici la version noir foncé de Rupert Sanders.
Pour son premier long métrage, le réalisateur connu pour ses pubs et ses clips revisite le conte des frères Grimm et nous en livre sa vision inspirée de l'héroic fantasy.

Il était une fois... une jolie princesse et une méchante reine dotée de pouvoirs maléfiques. Pour rester éternellement jeune et belle la reine doit manger le coeur de la jeune et pure Blanche Neige... qui ne l'entend pas vraiment ainsi et qui va s'échapper pour mener la reconquête de son royaume.

Pas moins de trois scénaristes de gros calibre (Evan Daugherty, John Lee Hancock et Hossein Amini qui a écrit Drive) avaient en charge de dépoussiérer le conte et d'en renouveler la mythologie.
Sauf qu'à vouloir rivaliser avec ses très (trop?) nombreuses références, le film en devient illisible et sans identité propre.

On pense souvent au Seigneur des Anneaux, heroic fantasy oblige. Mais on y pense en se disant que certaines scènes n'en sont qu'une pâle copie. Il manque le souffle épique qui nous ferait trembler pour les héros. J'ai aussi pensé à Game of Thrones en me disant que les scènes de bataille et de charge à cheval avaient beaucoup plus d'allure et de sens dans la série.

Rupert Sanders fait aussi des clins d'oeil aux films d'animation et en particulier à Princesse Mononoké de Miyazaki dont il reprend quasi à l'identique une scène. Mais la magie de Blanche Neige et le Chasseur ne fonctionne que par à-coups et ne parvient pas à tenir la distance.

C'est d'un problème de rythme dont souffre le film: beaucoup de scènes d'actions, souvent tournées à l'épaule donc peu fluides, suivies de scènes très lentes qui ne nous permettent même pas de nous attacher aux personnages.

Les effets spéciaux et plus largement tous les visuels (costumes, décors, paysages) sont particulièrement réussis. L'armée noire de Ravenna n'a par exemple rien à envier aux mange-morts d'Harry Potter. On se dit même que certaines scènes auraient mérité une 3D.

Autre satisfaction: les grands symboles du conte sont bien là (la pomme, le miroir, les nains, le baiser) et souvent habilement détournés.
Pas de doute, c'est donc bien à Blanche Neige qu'on a affaire. Mais une Blanche Neige qui prend des airs de Jeanne d'Arc...

Kristen Stewart (Twilight, The Runaways, Sur la Route) interprète la princesse qui passe sans aucun problème de 8 ans de prison à générale en chef d'une armée rebelle et combattante aguerrie. Outre ces incohérences de l'histoire, Kristen Stewart a la fâcheuse tendance de n'avoir qu'une seule expression faciale: bouche entre ouverte, yeux mi-clos, respiration haletante. Si ça colle parfois avec le personnage, on s'en lasse tout de même très vite.

La reine Ravenna est jouée par la blonde Charlize Theron, superbe et impitoyable. Sauf que son interprétation de cette femme obsédée par son apparence vire rapidement à l'hystérie et frise donc avec le too-much.

Les autres acteurs sont également moyens et on s'amuse seulement à reconnaître les acteurs (tous anglais) qui jouent les nains, notamment Ian McShane vu dans Pirate des Caraïbes ou Toby Jones qui a joué entre autres dans La Taupe.

Là où Blanche Neige et le Chasseur perd le spectateur avec ses invraisemblances et son manque d'identité, il les reconquiert avec des images à couper le souffle, un sens poussé du détail et un décalage des clichés du conte.
Un film ambitieux ambitieux mais bancal...

La petite anecdote
Les nains en grève: pour protester contre le choix de confier les rôles des 7 nains à des acteurs de taille normale, les acteurs nains d'Hollywood se sont mis en grève. Représentés par l'association "Little People of America", ils ont jugé ce choix "inexcusable" étant donné "les nombreux talents qui existent parmi les acteurs de petite taille".

Infos pratiques
Blanche Neige et le Chasseur
sorti le 13 juin 2012 en France
réalisateur: Rupert Sanders
avec: Kristen Stewart, Charlize Theron, Chris Hemsworth
bande-annonce: (ne regardez pas cette bande-annonce si vous souhaitez allez voir le film, vous vous gâcheriez de belles surprises) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19320357&cfilm=187396.html 

mercredi 18 avril 2012

J'ai été voir... Blanche Neige


Comment remettre au goût du jour les mythes et les légendes d'autrefois? Tarsem Singh tente l'expérience avec Blanche Neige, grand classique des contes de fées.

La princesse Blanche Neige est élevée par sa belle-mère fort peu sympathique et qui va tout faire pour occuper le trône à sa place. La rencontre avec un jeune prince va précipiter l'affrontement entre les deux femmes.

Comme dans  Raiponce ou Shrek, la princesse de Blanche Neige n'est pas une jeune fille sans défense qui attend patiemment qu'un prince de passage veuille bien la délivrer de son donjon. Ici, Blanche Neige décide de son destin et le film prend du coup des airs de parcours initiatique.
Autre côté moderne, le réalisateur multiplie les clins d'oeil au culte de la beauté et à la dictature de la jeunesse. Cela se fait via le personnage de la reine, habilement joué par Julia Roberts.

On croit d'ailleurs pendant un moment que la réinterprétation du conte va passer par un changement d'héroïne: la méchante belle-mère pourrait être au centre de l'histoire. On reste finalement dans le schéma classique et c'est un peu dommage.
Schéma classique mais il manque au film  la magie d'un Disney ou un humour plus poussé qui aurait pu le rendre plus intéressant.

Lily Collins (la fille du chanteur Phil Collins) joue cette nouvelle Blanche Neige et elle en a tous les traits physiques: cheveux (et sourcils) très noirs, peau blanche. Sauf qu'à côté d'une Julia Roberts en pleine forme, elle est bien transparente.
Vous avez déjà vu le prince, Armie Hammer: en double dans The Social Network où il jouait les jumeaux Winklevoss et grimé-vielli dans J. Edgar. Il met ici sa chevelure de sauveteur charmant et ne fait pas d'étincelles.

Tarsem Singh a voulu créer un univers visuel bien marqué, et j'ai trouvé le résultat mitigé. Les costumes sont réussis et plutôt impressionnants, mais les décors ressemblent à une version en carton d'un dessin animé.

Pour ré-inventer Blanche Neige, il faut faire plus que donner de nouveaux noms (et un nouveau job) aux nains. Il ne suffit pas non plus de donner une épée à Blanche Neige...
Malgré quelques bonnes trouvailles, on reste sur sa faim.

Je mise donc sur Blanche Neige et le Chasseur, autre version ciné, qui sort début juin et qui est sensé explorer la part sombre du conte.

La petite anecdote:
Quand le prince se rebelle: une scène a dû être réécrite car Armie Hammer a refusé de se raser le torse pour le film...

Infos pratiques:
Blanche Neige
sorti le 11 avril 2012 en France
réalisateur: Tarsem Singh
avec: Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19302849&cfilm=185932.html