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mercredi 14 décembre 2016

Snowden


Les lanceurs d'alerte ont encore récemment fait la une. Si, comme moi, vous mélangez un peu les histoires entre Assange, Snowden and Co, ce film pourra vous aider à y voir plus clair.

Edward Snowden a travaillé en tant qu'analyste pour la CIA et la NSA. Au cœur du système de renseignement américain, il est choqué de ce qu'il découvre et décide d'en parler.

Difficile d'imaginer un réalisateur plus approprié qu'Oliver Stone pour dresser le portrait d'Edward Snowden. Après JFK, NixonW (mais aussi, dans un autre style, L'Enfer du Dimanche, Platoon, etc.) le réalisateur engagé a choisi de nous raconter cette histoire qui a récemment fait trembler l'Amérique. 

La NSA ou National Security Agency est l'administration américaine chargée de la surveillance informatique. Snowden a diffusé des document via la presse qui prouvent que le gouvernement américain collecte des données personnelles d'utilisateurs sans qu'ils le sachent. Il est aujourd'hui accusé d'espionnage et de vol de données.

Le challenge de ce film est de raconter une histoire vraie, qui ressemble beaucoup à un film d'espionnage, mais qui n'en a forcément pas tous les ressorts. Snowden passe la plupart de son temps derrière un écran d'ordinateur: comment rendre ça palpitant?

Stone se fait le porte-parole du lanceur d'alerte et son film creuse peu le personnage. Il accorde cependant de l'importance au personnage de Lindsay, la petite amie de Snowden, qui explique en partie son changement de position et pourquoi il remet en question les règles. Mais pas d'enquête fouillée: on colle au livre The Snowden Files: The Inside Story of the World's Most Wanted Man du journaliste Luke Harding. 
Le vrai Edward Snowden a participé à la création du film, en conseillant Oliver Stone et les acteurs. C'est à peu près le seul gage de crédibilité du film dans la mesure où la NSA ne confirmera jamais que ça s'est effectivement passé de cette façon. Snowden est donc une version approuvée par son propre personnage principal.

Le film évite les explications trop techniques et est relativement pédagogique. On se concentre plutôt sur des aspects très concrets (la prise de contrôle d'une webcam quand le PC est éteint par exemple) qui sont suffisamment parlants et évocateurs. 
Par l'intermédiaire de personnages secondaires, on entend les réactions habituelles: "pourquoi s'inquiéter si on a rien à cacher?"... et on est mis en face de ses propres contradictions.
On n'évite pas certains clichés mais on ressort de Snowden plus renseigné, ainsi qu'avec d'avantage de questions.

Joseph Gordon Lewitt (Inception, 500 Days of Summer, Looper...) joue Snowden de façon très honnête. Oliver Stone a par ailleurs confié qu'il avait pensé à lui dès le début du projet. Shailene Woodley (Divergente, Nos Etoiles Contraires) est la fameuse Lindsay.

Snowden joue son rôle d'exposé. Il manque cependant une vraie progression dramatique qui nous prendrait aux tripes. C'est un "film dossier" qui ne restera pas dans les annales mais qui aide à décrypter ce qui restera comme un scandale historique.

La petite anecdote:
On parle beaucoup de "lanceurs d'alerte" et il y  a actuellement des débats sur le statut et le besoin d'une éventuelle protection juridique.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Snowden
sorti le 2 novembre 2016 en France
réalisateur: Oliver Stone
avec: Joseph Gordon Lewitt, Shailene Woodley, Zachary Quinto

jeudi 10 mars 2016

Room


Inspiré de faits divers sordides, le challenge était grand pour Lenny Abrahamson de ne pas tomber dans le voyeurisme déplacé.

Jack a 5 ans. Il vit seul avec sa mère. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde. Sauf que leur monde est confiné aux 4 murs de la pièce dans laquelle ils sont séquestrés.

Pour éviter toute mauvaise surprise, ne regardez pas la bande-annonce qui dévoile une partie non négligeable de l'intrigue et risquerait de gâcher votre plaisir.

Ce drame maternel est tiré du roman de Emma Donoghue, qu'elle a elle-même construit en se renseignant sur plusieurs affaires de jeunes femmes séquestrées (sans pour autant en raconter une en particulier). Room est par bien des aspects un thriller psychologique. L'oppression de l'enfermement, la peur, la pénombre donnent un ton étouffant.

Avec un tel sujet, le pathos malsain guette. Mais le réalisateur parvient à insuffler la poésie dans Room, en nous mettant dans la perspective de Jack. Il n'a connu que cette pièce mais grâce à la douceur de sa mère et à la relation qu'ils créent, quelque chose de beau émerge au milieu du terrible.

Room parle de l'immensité des possibles, de ce qui se cache derrière ces murs et qu'on a du mal à imaginer. Jack a du mal à distinguer ce qui se passe dans sa télé de ce qui est réel puisqu'il n'a jamais vu autre chose. 

Le film ne s'enferme jamais et le récit rebondit régulièrement afin de nous emmener ailleurs. Cette mère s'accroche à son fils pour survivre et lui s'accroche à elle car elle est sa seule certitude. L'émotion est évidemment palpable et surgit dans les détails, principalement grâce à la candeur de Jack et à son regard sur les choses.
La 2ème partie du film est plus prévisible et d'aucuns reprocheront trop de bons sentiments. J'ai pour ma part trouvé l'évolution du récit nécessaire et assez logique.

Brie Larson, que j'avais déjà beaucoup aimé dans States of Grace habite littéralement son personnage. Bouleversante en mère courage, elle remporte assez logiquement l'Oscar de la meilleure actrice.
Jacob Tremblay, 10 ans, parvient presque à lui voler la vedette. Il est une éponge à émotions et sa simplicité va droit au but.

Passer deux heures dans Room n'est pas une expérience particulièrement agréable. Mais c'est un film sobre et juste qui parvient une combinaison rare: à la fois fort et doux.

La petite anecdote:
Le prénom Joy était très représenté lors des Oscars 2016: c'est le prénom du personnage interprété par Brie Larson dans Room mais également celui joué par Jennifer Lawrence dans.. Joy. Enfin, c'est le nom de l'une des émotions dans Vice-Versa (Oscar du meilleur film d'animation). 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Room
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: Lenny Abrahamson
avec: Brie Larson, Jacob Tremblay

vendredi 4 décembre 2015

Strictly Criminal


Le cinéma américain est fasciné par la figure du gangster. Scorcese, De Palma et d'autres ont créé un panthéon des malfrats et de leurs vies démesurées. Panthéon auquel vient s'ajouter ce biopic sur la vie de Whitey Bulger.

Boston, années 70, un agent du FBI convainc le caïd irlandais James Whitey Bulger de collaborer avec les autorités en tant qu'informateur.

En adaptant le libre "Black Mass" de Dick Lehr et Gerard O'Neill, le réalisateur Scott Cooper (Les Brasiers de la Colère, Crazy Heart) concrétise un projet de producteur. Au travers de cette histoire, c'est un portrait de l'Amérique des années 80-90 qui nous est présenté.

Le personnage de Whitey Bulger est le centre de gravité de l'intrigue, la Black Mass (titre du film en VO) qui absorbe et contamine ce qu'il approche. Psychotique ultra-violent, il semble détaché des émotions et entretient une aura mystérieuse. C'est un personnage qui met mal à l'aise: contrairement aux mafieux mis en valeurs dans certains films, Bulger est tellement fou qu'il est seul, ses acolytes n'arrivant pas eux-mêmes à le suivre.

Le pouvoir de fascination qu'il exerce sur son entourage, la peur qu'il inspire sont des aspects intéressants. Je n'ai malheureusement pas adhéré, sans doute à cause du jeu extrêmement froid et mono-expressif de Johnny Depp. Celui-ci est grimé, porte une postiche et des lentilles bleues, il est à peine reconnaissable.
Mais pourquoi maquiller Johnny Depp en Christopher Walken?...


Les rumeurs d'Oscar courent pour Johnny Depp: il est vrai que les rôles "à transformation physique" sont souvent récompensés (Marion Cotillard, Charlize Theron, Matthew McConaughey...)

L'autre axe du scénario repose sur la loyauté aveugle qui relie les personnages principaux. Connelly, l'agent du FBI, a grandi avec les frères Bulger (l'un est le truand, le second est sénateur). Forcément, ces relations qui remontent à l'enfance sont complexes, entre souvenirs, services rendus, rapport de force, etc. Mais je trouve par exemple que la relation entre les deux frères n'est pas assez explicitée.
Benedict Cumberbatch (la série Sherlock Holmes, Imitation Game) gomme son accent british pour incarner le frère rangé. Outre un âge qui ne colle pas avec le personnage, il n'a pas le temps de le creuser et de nous renseigner sur ce lien fraternel.
Joel Edgerton (Gatsby le Magnifique, Animal Kingdom) s'en sort mieux mais ne brille pas.

L'atmosphère du film est étrange: Boston est désert, les fusillades se passent sans témoins... Le rythme est lent, l'intrigue s'embourbe. On se doute bien d'où tout cela va terminer mais on est à aucun moment chahuté. Même les scènes violentes sont convenues, déjà vues.

Au final Strictly Criminal nous rappelle de nombreux autres films de gangsters: Les Affranchis, Scarface, Les Infiltrés...
Il nous rappelle que cette histoire a déjà été racontée.
En (beaucoup) mieux...

La petite anecdote:
Le mot "fuck" est prononcé 254 fois au cours du film.

Note:
2/5

Infos pratiques:
Strictly Criminal
sorti le 25 novembre 2015 en France
réalisateur: Scott Cooper
avec: Johnny Depp, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch




vendredi 30 octobre 2015

Sicario


La frontière entre les USA et le Mexique est devenue un no man's land gouverné par les cartels de drogue. C'est le théâtre d'affrontements quotidiens avec les forces d'ordre américaines. Et c'est le cadre du nouveau polar d'action dirigé par Denis Villeneuve.

Kate Macer, jeune agent du FBI, est recrutée pour une mission inter-agences pour frapper les cartels afin qu'ils fassent un faux pas.

Le réalisateur Denis Villeneuve trace depuis quelques années son parcours à Hollywood: Incendies, Prisoners, et récemment Enemy ont fait mouche. Sicario a pour sa part été présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes. Le réalisateur maîtrise parfaitement le rythme et sait créer une atmosphère étouffante, à la limite de la claustrophobie. Prenez votre souffle et préparez-vous pour 2h d'apnée!

L'histoire de Sicario va au-delà d'une simple opposition entre deux "clans" ennemis (police US versus cartels). Tout comme la frontière physique entre les deux pays devient perméable aux trafics et passages clandestins, la limite entre le bien et le mal, le légal et l'illégal, le légitime et l'inexcusable est très floue.
Les troupes d'élite américaines agissent sans contrôle, utilisant des méthodes ultra-violentes. La fin justifie-t-elle les moyens? Est-ce le terrain de jeu rêvé pour des militaires sans scrupules? Les valeurs de l'agent Macer sont remises en cause. Partagée entre l'envie de voir les choses bouger et la nécessité de suivre les procédures légales, elle perd pied.

Villeneuve cache bien plus qu'il ne montre et parvient à créer un climat de tension forte, comme dans tout thriller réussi. Le cadre est d'une violence primitive et on n'est pas épargnés. L'adrénaline monte petit à petit et fait son effet.

La réussite de Sicario tient également à son casting, impeccable. Les trois acteurs principaux sont tous très convaincants. Emily Blunt (Looper, The Edge of Tomorrow) fragile et forte à la fois, apporte la juste dose de féminité qui permet de prendre un recul nécessaire. Josh Brolin (Sin City, True Grit) est un barbouze plus intelligent qu'il n'y paraît. 
Et surtout Benicio Del Toro, grand habitué des films autour de la drogue (oscar du meilleur second rôle pour Traffic, vu dans Savages, etc.) est ici impressionnant par sa présence et son intensité. 90% de ses répliques initialement prévues dans le scénario ont été supprimées, pour laisser place à un silence et un mystère autour de son personnage encore plus évocateurs que tous les discours.

Mise en scène maîtrise, direction d'acteurs remarquable, bande-son métallique et oppressante, images léchées (Roger Deakins - Les Evadés, Skyfall, est le directeur de la photo): Sicario est l'un des très bons films d'action de 2015.

La petite anecdote:
Denis Villeneuve réalisera la suite de Blade Runner avec Ryan Gosling et Harrison Ford. 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Sicario
sorti le 7 octobre 2015 en France
réalisateur: Denis Villeneuve
avec: Emily Blunt, Josh Brolin, Benici Del Toro

lundi 4 mai 2015

Good Kill


Pour compléter American Sniper, sorti il y a quelques semaines, voici un autre film sur les interventions militaires américaines et leurs dégâts sur les soldats.

Thomas Egan est un pilote qui ne vole plus. Après avoir eu un F-16 entre les mains, il commande maintenant un drone de combat, depuis une base située à côté de Las Vegas.

Le réalisateur Andrew Niccol s'intéresse depuis longtemps à la place que prend la technologie dans nos vies. Après Bienvenue à Gattaca et plus récemment Time Out, le scénariste de The Truman Show abandonne la science-fiction et base son récit sur des faits réels. 
La problématique reste cependant proche: la guerre se fait maintenant par écrans interposés et devient de plus en plus virtuelle, même si les victimes sont toujours de chair et de sang.

L'armée américaine utilise de plus en plus souvent ces drones pour bombarder les théâtres d'opération. Capable d'une précision chirurgicale alors qu'ils sont stationnés à 10 000 pieds et minimisant les dangers (moins d'hommes au sol), cette technique a aussi ses détracteurs. Les dommages collatéraux, les morts de civils sont en effet non négligeables.
C'est d'ailleurs là que se trouve le premier reproche qu'on peut faire au film: Niccol dénonce ces frappes et leur côté inhumain mais il le fait de façon peu subtile. Il ne donne pas à Good Kill l'ampleur nécessaire à un réquisitoire anti sale guerre. Certains dialogues entre soldats frisent d'ailleurs la caricature.

Pour Thomas Egan, ce n'est pas l'éthique de ces frappes qui le dérange mais plutôt de ne pas être lui-même en danger. A l'abri dans son caisson climatisé, il rentre chez lui le soir pour border ses enfants et ça le rend malade. 
Le sujet pouvait être passionnant: ces pilotes, souvent recrutés parce qu'ils sont bons aux jeux vidéos, comment font-ils la part des choses? Comment compartimenter? A quels conflits moraux font-ils face?
Alors que le film aurait pu traiter plus en profondeur de cette déconnexion à la réalité, il dérive vers un grand classique des films qui touchent à l'armée: le personnage principal traverse une crise conjugale. Tous les soldats américains ont-ils tous des problèmes à la maison? Les états d'âme de notre pilote de drones tournent finalement davantage autour des soupçons d'infidélité de sa femme que sur le nombre de civils qu'il a pu tuer. Et c'est dommage.

Le rythme est volontairement lent et le spectateur, comme le personnage principal, se retrouve en mal d'action. Un malaise s'installe et ont suit passivement que l'histoire se déroule. Niccol n'évite d'ailleurs pas l'écueil la démagogie sur la fin du film. Il réalise une démonstration assez laborieuse: certes très documentée mais pas enthousiasmante.

Ethan Hawke (dés)incarne ce pilote qui rêve de Top Gun mais qui est coincé avec une X-Box meurtrière dans le désert de Las Vegas. Son visage se creuse petit à petit et il garde une fermeture qui correspond bien au personnage complexe.
On remarque également January Jones, déjà vue dans la série Mad Men et qui endosse à nouveau le costume de mère de famille délaissée.

Good Kill (expression à traduire par "dans le mille") explore un sujet d'actualité et à fort potentiel cinématographique: la guerre à distance et à armes inégales. Malheureusement, le réalisateur ne se donne pas la chance d'aller au bout. Le résultat est trop sobre et défend des idéaux trop manichéens pour nous embarquer avec lui.

A voir pour nourrir le débat sur les nouvelles formes d'intervention armée, pas nécessairement pour l'objet ciné.

La petite anecdote:
A ce jour, l'armée américaine est quasiment la seule à utiliser des drones de combat, en particulier pour des frappes (la France en possède deux qu'elle utilise pour des missions de reconnaissance). 
Les USA viennent par ailleurs d'autoriser la vente des drones de combat à leurs alliés, ce qui va ouvrir un marché conséquent aux entreprises américaines qui ont pris de l'avance dans le domaine.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Good Kill
sorti le 22 avril 2015 en France
réalisateur: Andrew Niccol
avec: Ethan Hawke, January Jones, Zoe Kravitz

jeudi 23 octobre 2014

Gone Girl


Le maître du thriller est de retour. David Fincher (Se7en, Fight Club et plus récemment, Millenium) adapte un best-seller de Gillian Flynn et nous fait trembler.

Nick Dunne rentre chez lui pour fêter ses 5 ans de mariage. Mais sa femme Amy a disparu et il se rend progressivement compte que tout l'accuse.

Gone Girl est tiré du roman Les Apparences de Gillian Flynn, qui a elle-même écrit le scénario (et a ainsi pris quelques libertés). 
Tout part d'un couple en apparence idéal et dont on découvre les fêlures petit à petit. Difficile de ne rien révéler du scénario qui va de surprises en rebondissements. 
Le réalisateur crée une tension qu'il fait grandir petit à petit et qu'il manipule à sa guise. 

L'intelligence de Fincher est de se servir de cette histoire pour parler d'autres aspects de la société américaine. Il a réalisé The Social Network en 2010: les conséquences de l'omniprésence de Facebook et la place de la vie privée sont abordés dans Gone Girl. La disparition d'Amy prend en effet des proportions gigantesques quand les médias s'en emparent. Les effets sur la vie des protagonistes sont démultipliés.

Fincher dénonce également l'image du couple et du mariage qui sont, selon lui sources de non-dits, de malaise et de désir de contrôler l'autre. A ce titre, Gone Girl est un film très pessimiste: sous de faux airs de comédie et en faisant appel à l'humour, le réalisateur a une vision très noire.

C'est finalement de l'image dont il est question (n'oublions pas le titre du roman d'origine Les Apparences): l'image qu'on renvoie aux autres, à ceux qu'on aime, à ceux qui nous entourent, à ceux qui jugent sans nous connaître. Jusqu'à quel point crée-t-on un illusion et comment peut-on jouer de ces apparences?

Ben Affleck est le mari pas si parfait qui risque d'être victime de lui-même. Il s'en sort correctement, sans plus. Rosamund Pike (vue dans le mauvais Jack Reacher) sort, elle, son épingle du jeu en héroïne hitchcockienne: beauté froide et fragile mais pas seulement.

Fincher maîtrise ses effets de réalisation à la perfection et nous balade de bout en bout. Certes, certains rebondissements sont difficilement crédibles et d'autres prévisibles. Mais on se dit quand même que ce sera bien de voir Gone Girl une 2ème fois pour ne rien louper.
Les références aux maîtres du genre sont nombreuses (une scène de douche par exemple n'est pas sans rappeler Hitchock) et on s'en délecte comme autant de clins d’œil. 

Une machine diaboliquement bien huilée...

La petite anecdote:
Pour les fans du clip "Blurred Lines" de Robin Thicke qui a fait couler beaucoup d'encre en 2013, sachez qu'Emily Ratajkowski est au générique de Gone Girl, et que c'est davantage pour sa taille de soutien gorge que pour son jeu d'actrice.

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Gone Girl
sorti le 8 octobre 2014 en France
réalisateur: David Fincher
avec: Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Emily Ratajkowski

vendredi 19 septembre 2014

Sin City: J'ai Tué Pour Elle


Neuf ans plus tard, le noir et blanc graphique de Frank Miller mis en scène par Robert Rodriguez est de retour. On revient dans la ville du vice avec impatience et beaucoup d'attentes...

A Sin City règne la loi du plus fort: entre vengeance, violence et séduction Marv, Nancy, Dwight et d'autres se croisent au Katie's.

Sin City: j'ai tué pour elle n'est pas vraiment la suite du Sin City de 2005. L'histoire compte quatre segments et trois d'entre eux se situent chronologiquement avant le 1er film (notamment celui autour Ava Lord). Cette construction du scénario est parfois un peu lourde et laisse une drôle d'impression: celle de lire les BD d'une même série sans être sûr(e) de les avoir choisies dans l'ordre. 

Le style graphique en noir et blanc avec seulement quelques éléments en couleur avait fait le choc visuel du premier film. La surprise n'est plus là mais la signature reste, la 3D venant même l'enrichir et lui donner encore plus de profondeur. 

Le casting est l'autre gros point for de Sin City: j'ai tué pour elle . Bon nombre d'acteurs présents dans le premier film reviennent: Mickey Rourke en brute épaisse, Jessica Alba en strip-teaseuse en quête de vengeance ou Rosario Dawson en amazone chef de clan. De nouvelles têtes non moins connues les accompagnent: Joseph Gordon Lewitt (Inception, The Dark Knight Rises, Looper,  Don Jon) en jeune joueur de poker et surtout Eva Green, plus dénudée que jamais en femme fatale vénéneuse. 

Cette galerie de personnages vaut à elle seule le détour même si on frôle souvent le too-much avec des répliques sorties de mauvais romans noirs et une atmosphère qui peine à s'installer.

La violence est à tous les coins de rue dans Sin City: j'ai tué pour elle et le film a beau être en noir et blanc, le sang est bien rouge et il coule à flots. Le réalisateur Rodriguez (connu pour Machete) est un proche de Tarantino et on retrouve le même goût pour les scènes de baston sanglantes. 

On se replonge donc avec plaisir dans les rues de Sin City, sans pour autant retrouver le frisson de la première fois. Moins surprenant et moins bien écrit, il reste une originalité visuelle et une équipe d'acteurs de premier plan.

La petite anecdote:
Une des affiches promotionnelles du film a été bloquée par le comité de classification américain qui a trouvé les courbes d'Eva Green trop exposées. Le peignoir est donc devenu (légèrement) plus opaque.

Note:
3/5

Infos pratiques:
Sin City: j'ai tué pour elle
sorti le 17 septembre 2014 en France
réalisateur: Frank Miller et Robert Rodriguez
avec: Jessica Alba, Mickey Rourke, Joseph Gordon-Lewitt, Bruce Willis, Josh Brolin, Eva Green
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19546146&cfilm=61087.html 


mardi 11 février 2014

J'ai été voir... American Bluff


David O Russell revient... vite. Un an après Happiness Therapy et ses 8 nominations, 1 Oscar (Meilleure actrice pour Jennifer Lawrence), voici American Bluff et ses 10 nominations aux Oscars 2014. 

Années 70, New Jersey, un couple d'arnaqueurs se voit obligé de collaborer avec le FBI pour coincer des politiciens véreux. Un jeu de cache-cache vicieux et dangereux.

Ce qui frappe tout d'abord dans Amercian Bluff c'est son casting. David O Russel a réuni les stars avec lesquelles il a déjà travaillé sur ses deux derniers films: Christian Bale et Amy Adams qui avaient joué dans Fighter et Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro qui étaient à l'affiche de Happiness Therapy. Une affiche alléchante, surtout quand on voit ces pointures en total look seventies: brushing improbables, décolletés plongeants et cols pelle à tarte.

Cette esthétique 70's, O Russell s'en amuse et prend un malin plaisir à y faire évoluer ses personnages. Car ce sont eux qui intéressent vraiment le réalisateur.
Le scénario a pour point de départ une histoire vraie d'affaire de lutte contre la corruption. Mais on comprend vite que ce n'est qu'un prétexte. Il se sert de cette opération pour étudier les relations entre les différents personnages.

Un réplique résume d'ailleurs bien le film: "Les choses ne sont pas noires ou blanches. Tout est extrêmement gris." Aucun personnage n'est complètement bon ou complètement mauvais. Chacun est tour à tour escroc et dupé. C'est en explorant ces multi-facettes qu'O Russell crée un film original.
De loin, on croit à un film d'escrocs, sorte de film mafieux saupoudré de bling-bling et de disco. Mais en fait, c'est une analyse au plus près des mensonges qui existent dans ces histoires d'amour et d'amitié.

Sauf que le nombre de personnages multiplie le nombre de relations étudiées et on est vite perdus. Un peu brouillon et sans s'accrocher à l'histoire comme ligne directrice, on se sent vite baladé. Christian Bale a indiqué que la majorité du tournage avait eu lieu en improvisation, sans suivre le script pré-établi. O Russell dit qu'il "préfère les personnages aux scénarios". Ça se sent...

Il laisse donc la part belle aux acteurs et actrice et les laisse évoluer dans une esthétique léchée vintage très réussie. La BO notamment accompagne parfaitement le film, entre Donna Summer, Elton John et Duke Ellington.
Christian Bale et Amy Adams sont tous les deux nominés aux Oscars pour leur prestation dans American Bluff. Lui a pris 18kg de bedaine et de gras et se lâche dans un rôle de beauf sensible. Il rend subtil ce mec aux apparences très lourdes. Elle est à la fois fragile et super sexy, forte sans maîtriser toutes les facettes de son charme.
Jennifer Lawrence (nominée elle aussi pour l'Oscar du second rôle) est un tête à claque parfaite en épouse peroxydée et écervelée.

Bref, un film plus complexe qu'il n'y paraît, à voir pour ses interprètes et sa BO mais qui manque d'une trame d'histoire solide pour ne pas nous perdre en route.

La petite anecdote:
Ben Affleck a longtemps été pressenti pour réalisé ce scénario qui s'appelait alors "American Bullshit"

Infos pratiques:
American Bluff
sorti le 5 février 2014 en France
réalisateur: David O Russell
avec: Amy Adams, Bradley Cooper, Chrsitian Bale, Robert De Niro, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence


jeudi 14 novembre 2013

J'ai été voir... Cartel


Sur le papier, Cartel a tout bon: aux manettes, un réalisateur solide (Ridely Scott, Gladiator, Mensonges d'Etat, American Gangster et plus récemment Prometheus) , à l'écriture, un romancier reconnu qui signe son premier scénario (Cormac Mc Carthy, auteur de La Route, No Country For Old Men) et devant la caméra, un casting en béton armé (leurs noms occupent d'ailleurs les 2/3 de l'affiche, et en font l'argument n°1 pour aller voir le film).
Mais Cartel fait Pschitt là où il aurait dû faire Boum...

Un avocat s'implique sans trop y réfléchir dans un trafic de drogues à la frontière mexicaine. Il va peu à peu réaliser dans quel engrenage il s'est engagé.

Pour raconter le monde des cartels et des trafics de drogues, il y a plusieurs angles possibles, allant du documentaire à la quasi caricature. Cartel tient à première vue du film de gangsters en chemises à fleurs et chapeaux de cow-boy. C'est en fait plus compliqué que ça... et c'est bien là le problème.

Le scénario de Mc Carthy est noir et nihiliste. Pas d’échappatoire: quand la descente aux enfers démarre, il est déjà trop tard. Cartel aurait pu être jouissif, un feu d'artifice violent et stylé. Mais un rythme étrange s'installe. La réflexion sur les conséquences de ses actes est poussive et verbeuse. Les scènes de dialogue sexo-psycho-philo-mafioso s'éternisent et tournent vite en rond. Bref, ce n'est pas ce à quoi on s'attendait. Trop alambiqué...

Il y a tout de même quelques fusillades, des courses poursuites et des assassinats dans les règles de l'art. Mais tout ça a lieu dans un flottement, comme si Ridley Scott n'y croyait pas lui-même.
Reste une maîtrise incontestable des prises de vue: Ridley Scott a 75 ans et il connaît son métier de faiseur d'images.

Le casting est irréprochable et c'est encore plus désagréable de voir ces acteurs et actrices (Cameron Diaz est au top) se débattre dans un exercice de style qui tourne à vide.

Allez voir Cartel pour les courbes de Mmes Diaz et Cruz, pour les beaux yeux de M. Pitt et Fassbender ou pour les chemises hallucinogènes de Javier Bardem.
Mais n'y allez pas si vous comptez sur un polar nerveux, vous risqueriez de vous ennuyer.

La petite anecdote:
Le personnage joué par Cameron Diaz est originaire de la Barbade. L'actrice a cependant trop forcé pour reproduire l'accent: la production lui a demande de ré-enregistré sa propre voix et elle se double donc elle-même...

Infos Pratiques:
Cartel
sorti le 13 novembre 2013 en France
réalisateur: Ridley Scott
avec: Cameron Diaz, Javier Bardem, Brad Pitt, Michael Fassbender, Penelope Cruz
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537239&cfilm=202971.html

lundi 21 octobre 2013

J'ai été voir... Prisoners


Le cinéma n'a pas son pareil pour vous pousser dans vos retranchements. Et les thrillers (réussis) ont cette capacité de vous faire passer par des états d'émotion et de tension qu'on ne vit pas tous les jours. C'est le cas de Prisoners.

Dans une calme banlieue américaine, deux petites filles disparaissent. Alors que l'enquête policière peine à avancer, le père de l'une d'entre elles est persuadé de pouvoir les retrouver lui-même.

Il règne sur Prisoners une atmosphère lourde, humide et poisseuse qui vient tout contaminer: la vie de famille, les relations de couple et de voisinage, la foi, etc. C'est contagieux et le spectateur est vite pris au piège de cet environnement oppressant.
Le cœur de l'enquête provoque d'entrée un malaise: une disparition d'enfants, on imagine difficilement pire. Surtout quand un certaine nombre de personnages assez déséquilibrés font leur apparition.

Le réalisateur Denis Villeneuve (Incendies) réussit un habile tour de force: il nous accompagne dans l'enquête mais il s'en sert surtout pour explorer les failles de ses personnages. Principalement celui de Keller, le père d'une des fillettes (joué magistralement par Hugh Jackman) et celui de l'inspecteur Loki (impeccable Jake Gyllenhaal, qu'on aimerait décidément voir plus souvent).

Grâce à ces deux hommes et à leurs cheminements, on explore des questions sensibles: qu'est-on prêt à faire pour ceux qu'on aime? la douleur peut-elle tout excuser? à quel point la perte d'un être cher nous transforme-t-elle?

De façon élégante mais frontale, Villeneuve mène sa réalisation au millimètre. On pense à Mystic River de Clint Eastwood ou à Gone Baby Gone de Ben Affleck. 
Nous, on s'accroche au siège, parfois en avance sur l'enquête quand le réalisateur nous donne davantage que ce qu'il donne à ses personnages, parfois surpris des retournements de situations, frustrés de ne pas les avoir devinés...

Hugh Jackman (X-Men, Australia) est parfait en père de famille parano et malade de frustration de ne pouvoir agir pour sauver sa fille. Jake Gyllenhaal (Le Secret de Brokeback Mountain, Brothers) incarne l'obstination et le mystère de ce jeune flic qui résout toutes ses enquêtes. Ils sont entourés par d'autres très bons acteurs comme Paul Dano (Little Miss Sunshine, Elle s'appelle Ruby) et Viola Davis (La Couleur des Sentiments).

Prisoners est donc un thriller très réussi, qui tient en haleine pendant 2h30, dominé par deux acteurs en grande forme et dont le scénario très abouti risque de vous empêcher de dormir pour quelques nuits.

La petite anecdote:
Prisoners n'est pas vraiment un film sponsorisé par l'office du tourisme mais si le climat et la verdure du film vous tentent, sachez qu'il a été tourné dans la banlieue est d'Altlanta et dans les environs de Stone Mountain dans l'état de Géorgie.

Infos pratiques:
Prisoners
sorti le 9 octobre 2013 en France
réalisateur: Denis Villeneuve
avec: Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Paul Dano
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19536953&cfilm=180887.html

mardi 20 août 2013

J'ai été voir... Elysium


L'été 2013 étant pauvre en films intéressants, la sortie d'Elysium fait figure d'événement: enfin un film que j'avais envie d'aller voir! 
Le réalisateur Neill Blomkamp avait frappé un grand coup avec District 9  en 2009. Film de science-fiction à petit budget, il dénonçait l'apartheid et traitait de façon intelligente et nouvelle son sujet. Avec un budget multiplié par 3 et des acteurs stars (Matt Damon et Jodie Foster), Elysium était attendu au tournant.

En 2154, les humains les plus riches ont déserté la Terre, surpeuplée, et vivent sur Elysium, un vaisseau en orbite, sorte de paradis artificiel. Un homme va accepter une mission qui risque de faire basculer cet équilibre du monde.

Blomkamp crée des univers de science-fiction de manière à pointer du doigt les dérives de notre société. L'Afrique du Sud de District 9  ou la Terre du 22ème siècle d'Elysium forcent le trait et mettent en avant les problèmes qui touchent le réalisateur. Alors que son premier film était subversif et dérangeant, Elysium est beaucoup plus policé et sage (sans doute les conséquences d'un budget de 100 000$...). L'ambition est cependant là.
Les ficelles du scénario sont un peu grosses mais l'histoire tient debout. On parle d'immigration (vers un système de santé performant notamment), on parle d'une élite totalement coupée du peuple et vivant en vase clos, on parle des dérives policières et de la déshumanisation.

Le héros est un type assez ordinaire, sorte de petit délinquant qui tente de s'en sortir de façon légale. Matt Damon incarne bien ce Max qui n'a pas pour vocation de sauver le monde. On a presque l'impression qu'il a peur quand il se bat et qu'il ne maîtrise pas les conséquences.
Face à lui, Kruger, un mercenaire sadique interprété par Sharlto Copley (vu dans District 9) et qui aurait sa place dans la liste des méchants les plus dérangeants d'Hollywood. L'accent sud africain ajoute l'exotisme à ce vilain ultra-violent.

Car Elysium n'est pas pour tout public. En arrivant à Hollywood, Neill Blomkamp n'a pas renié son goût prononcé pour le gore et les bagarres qui éclaboussent. On se régale donc de scènes de combat cra-cra et de la créativité en terme de conception d'armes...
En revanche certaines bastons sont filmées caméra à l'épaule (voire en mode go-pro) et ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. On perd vite le fil et on est déboussolé. Ce n'est pas le cas pour les autres prises de vue qui sont très maîtrisées et souvent fluides.

Blomkamp a intelligemment utilisé les effets spéciaux: avec parcimonie. Il a tourné une grande partie du film en prises réelles (au Mexique pour la décharge terrienne et au Canada pour le vaisseau), ce qui donne une authenticité remarquable pour un film de science-fiction.

On reprochera un côté "cousu de fil blanc" à l'histoire, ce qui déçoit un peu quand on a vu le potentiel subversif du réalisateur. C'est un traitement très manichéen du sujet qu'il a choisi de traiter et les personnages sont un peu caricaturaux (le rebelle ressemble même vaguement à Che Guevara...).

Il n'empêche qu'Elysium est un bon film d'action car il n'est pas QU'un film d'action... Il ne prend pas ses spectateurs pour des cruches mais n'oublie pas le côté divertissant.

La petite anecdote:
Pour tenter votre chance et rejoindre l'élite sur Elysium, vous pouvez passer le teste d'admission ici: http://www.itsbetteruphere.com/


Infos pratiques:
Elysium
sorti le 14 août 2013 en France
réalisateur: Neill Blomkamp
avec: Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley

lundi 10 juin 2013

J'ai été voir... Sous Surveillance


Robert Redford signe sa 9ème réalisation et choisit un thème qui lui est proche: un retour sur l'engagement politique des années 70 et les conséquences aujourd'hui.

A la fin des années 1970, la Guerre au Vietnam fait rage et un groupe d'activistes anti-guerre sévit sur le sol américain. Suite à une action qui tourne mal, certains de ses membres disparaissent dans la clandestinité. Jusqu'à ce qu'un journaliste déterre l'histoire ancienne 30 ans plus tard.

Le scénario de Sous Surveillance est adapté par le scénariste Lem Dobbs du roman Le Dernier d'entre nous de Neil Gordon. J'avais beaucoup aimé le livre qui entremêlait habilement enquête, éléments historiques et psychologie. J'ai donc été très surprise des choix de narration qui ont complètement abandonné certains aspects de l'histoire.

La thématique de Sous Surveillance est intéressante: faut-il faire payer des militants politiques pour une violence qui pouvait se justifier dans le contexte de l'époque? Cette thématique impose une certains mélancolie dans le ton du film. Ces anciens idéalistes regardent leur passé et mesurent le chemin qu'ils ont parcouru, de gré ou de force.

C'est aussi l'occasion de mettre en scène une belle brochette d'acteurs plus âges. Outre Robert Redford (76 ans), on retrouve Susan Sarandon (67 ans), Julie Christie (72 ans), Nick Nolte (72 ans) dans les rôles secondaires. Le problème étant que les stars hollywoodiennes de cet âge sont souvent passées sous le bistouri d'un chirurgien plastique... Difficile d'être crédible en ancien(ne) hippie quand on a les lèvres gonflées au botox.
Shia LaBeouf s'en sort pas mal en jeune journaliste à la recherche du scoop de sa vie. (Ça n'a rien à voir mais je trouve que sur l'affiche, il ressemble beaucoup à Alain Chabat jeune)

Le gros point positif, c'est la place centrale laissée à l'intrigue. Les personnages sont riches et le réalisateur Redford maîtrise la narration. Il laisse s'installer calmement les éléments. Pas de course à la vitesse et aux grands effets. Ce sont les rencontres et les discussions qui font progressivement avancer l'histoire. Dans ce sens, Sous Surveillance  est un film intelligent. En mêlant l'intime et l'historique, Redford donne du relief à ses personnages, ni tout blancs, ni tout noirs.

Cependant le déroulé du film ne réserve pas de surprise et certains éléments font carrément tiquer. L'âge de Redford, une grosse incohérence chronologique: le souci du détail n'est pas présent à tous les niveaux.
Le film s'essouffle petit à petit; on en ressort diverti mais pas enthousiasmé (lisez le livre, vous passerez sans doute un meilleur moment).

La petite anecdote:
Le Weather Underground a véritablement existé. Pour en savoir plus sur ses activités, c'est ici

Infos pratiques:
Sous Surveillance
sorti le 8 mai 2013 en France
réalisateur: Robert Redford
avec: Robert Redford, Shia LaBeouf, Susan Sarandon, Julie Christie, Nick Nolte
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19473508&cfilm=142773.html

vendredi 7 juin 2013

J'ai été voir... Only God Forgives


La critique sera courte... je n'ai pas aimé.
On m'avait pourtant prévenue que ce Only God Forgives n'était pas un nouveau Drive même si on retrouve le réalisateur (le danois Nicolas Winding Refn) et l'acteur principal (Ryan Gosling). Plus sombre, plus violent, plus symbolique et malheureusement... plus obscur.

Julian gère à Bangkok une salle de boxe thaï. Quand son frère est assassiné et que leur mère réclame vengeance, il fait face à un mystérieux policier.

Cette trame d'histoire sert au réalisateur à mettre en scène une atmosphère très particulière...

... imaginez donc un scénario qui tient sur un timbre poste mais aussi...

... imaginez une nuit qui n'en finit pas, un éclairage rouge, un Bangkok stylisé et une musique entêtante (Refn a fait à nouveau appel à Cliff Martinez, qui avait déjà réalisé la BO de Drive)

... imaginez Ryan Gosling, dont on ne se lasse pas mais qui ne déploie ici que deux expressions faciales. Manque le magnétisme de Drive (ou les abdos de Crazy Stupid Love).

... imaginez un symbolisme à outrance et une psychanalyse de comptoir. Refn parle de mythologie mais j'y ai vu un film qui intellectualise trop et qui laisse les spectateurs désemparés.

... imaginez une violence fétichiste à laquelle on ne peut même pas associer un second degré qui permettrai de souffler un peu. Only God Forgives se prend au sérieux et quand les coups de poing virent au gore, on se demande le sens de tout cela. A noter que Gaspard Noé (réalisateur de Irréversible) est remercié au générique, ça vous donne une idée de ce que j'entends par gore.

... imaginez Kristin Scott Thomas en mère vénéneuse, entre Madonna et Donatella Versace, cruelle et manipulatrice. Hypnotique.

... imaginez une esthétique asiatique faite de clichés (la boxe, le sabre, les prostituées) et d'images chocs. Imaginez des scènes de ralentis qui tombent comme des cheveux sur la soupe et des karaoké qui font sourire jaune.

Concentrez tout ça en 1h30 et vous aurez un aperçu de cet OVNI visuel qui a été boudé à Cannes et qui m'a laissé sur le carreau.

La petite anecdote
Ryan Gosling, qui devait venir à Cannes pour présenter Only God Forgives, a été contraint de rester à Detroit, où il réalise actuellement son premier film. La raison? la compagnie d'assurance a tout simplement refusé qu'il prenne l'avion!
Et même si Ryan est très fort, Detroit-Cannes en kayak, c'est pas possible en 2 jours.

Infos pratiques
Only God Forgives
sorti le 22 mai 2013 en France 
réalisateur: Nicolas Winding Refn
avec: Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19504215&cfilm=172433.html