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lundi 17 octobre 2016

Les Pépites


De temps en temps, un documentaire au cinéma, ça permet de se plonger dans une histoire vraie de vrai. Et si c'est pas toujours aussi joli qu'à Hollywood, il y a des héros dans ces histoires.

Depuis 20 ans, un couple de retraités français se bat pour sortir des enfants cambodgiens de leur misère.

En mélangeant les prises de vues actuelles et les images d'époque tournées au caméscope, Xavier de Lausanne nous raconte au plus près cette aventure hors du commun.
Hors du commun et pourtant... Ce qui ressort en suivant étape par étape l'histoire de Christian et Marie-France, c'est l'évidence.

Grands voyageurs et adeptes du système D, ils ne sont pas arrivés au Cambodge en sauveurs ou en se disant qu'ils voulaient faire le bien autour d'eux. Ils sont tombés un peu par hasard sur cette décharge gigantesque à ciel ouverte sur laquelle vivait des milliers d'enfants.
Ils ont décidé d'agir, à leur échelle. Echelle qui a grandi petit à petit, jusqu'à scolariser aujourd'hui plusieurs milliers de jeunes. 

La situation du Cambodge était (et est encore par bien des aspects) tragique. Les conséquences du régime Khmer Rouge ont été non seulement économiques et démographiques mais aussi sociales. Pour de nombreuses familles, le lien s'est brisé, sombrant dans la violence en même temps que dans la misère.

Avec un regard occidental et il faut l'avouer un peu cynique, on se demande si certaines informations ne manquent pas: sur le financement, sur les relations politiques locales, sur l'absence notable de la religion.
Mais on se laisse volontiers convaincre du positif qui ressort de cette initiative. Les Pépites nous montre que les activités à petite échelle fonctionnent et font la différence.

Préparez vos mouchoirs car on ne raconte pas une histoire comme celle-ci en masquant les drames et les épisodes tristes. On flirte d'ailleurs parfois avec un certain voyeurisme...

On notera que le film a été réalisé avec l'aide technique de l'école de cinéma créée par le couple des Pallières à Phnom Penh. C'est en réalisant un film de promotion de l'association "Pour un Sourire d'Enfant" que l'idée de ce documentaire est née pour le réalisateur.

Loin des "feel-good movies" traditionnels, Les Pépites résonne d'authenticité et crée la même sensation: il y a des raisons de croire que ça peut aller mieux.

(Merci Axel et Géraldine pour la suggestion!)

La petite anecdote:
Comme Demain, Les Pépites a été financé partiellement via le site de crowd-funding KissKissBankBank.
Si vous voulez découvrir les prochains projets de films à financer: https://www.kisskissbankbank.com/fr/discover/categories/film-and-video 

Note:
3/5


Infos pratiques:
Les Pépites
sorti le 5 octobre 2016 en France
réalisateur: Xavier de Lausanne

jeudi 26 mai 2016

Free to Run


Liberté, Egalité, Course à pied.
Documentaire immanquable pour une amatrice de cinéma ET de running...

Des années 60 à aujourd'hui, la course à pied est passée de sport marginal à un phénomène de masse. Free to Run revient sur les grandes étapes de cette mutation.

Le réalisateur suisse Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau. Il se penche sur son sport avec un regard à la fois bienveillant et un peu nostalgique. 

Il dresse un panorama des 60 dernières années qui ont amené la démocratisation et la popularisation du running.
Difficile en effet d'imaginer que les femmes n'avaient pas le droit de courir plus de 800m en compétition officielle jusqu'à la fin des années 60: 1967 pour le 1500m, 1974 pour le 3000m, et le marathon n'a été ouvert aux femmes qu'aux JO de Los Angeles de 1984!

Free to Run dresse le portrait de quelques pionniers plus ou moins célèbres qui ont participé à cette révolution. Morath a fait le choix de ne pas axer son film sur la performance (les coureurs interviewés ne sont pas tous des champions) mais plutôt sur l'état d'esprit de ce sport, son authenticité.
Voyage dans le temps mais aussi autour du monde, Free to Run nous fait courir de New York à la Suisse.

Divers aspects sont abordés, des règles strictes des fédérations aux rémunérations des athlètes, de la portée symbolique face aux conservateurs à la place des marques d'équipement.
Cette notion économique est abordée en profondeur, évoquant les limites de l'éthique. C'est là que l'aspect nostalgique intervient, une sorte de "c'était mieux avant" assez paradoxal. Morath prône un retour à l'essentiel, à cette liberté de courir qui a donné son titre au film.

Mêlant images d'archives et interviews, le récit est fluide et pédagogique. 
Émouvant aussi, quand courir devient un symbole ou un acte de résistance.
Captivant donc, suffisamment pour oublier les faiblesses de style (bande-son un peu lourde, voix off pas forcément judicieuse...)

Difficile pour moi d'être objective et de savoir si le film plaira aux spectateurs qui ne courent pas. Mais en liant les facettes économiques, sociétales et spirituelles, Morath réalise un documentaire passionné et réussi.

La petite anecdote:
Vivre de son sport, c'est encore aujourd'hui compliqué pour certains.
Le lien ICI vers un reportage récent de France Télévisions sur ces champions qui vont à Rio mais qui galèrent pour boucler leurs fin de mois.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Free to Run
sorti le 13 avril 2016 en France
réalisateur: Pierre Morath



mardi 23 février 2016

Demain


Les documentaires sont assez rares sur grand écran aujourd'hui. Demain mérite donc le détour, ne serait-ce que pour changer un peu de ce qu'on voit habituellement au cinéma.

Ça commence mal: par la publication d'une étude annonçant la possibilité de disparition de l'humanité d'ici 2100. 
Mais ça se poursuit de façon positive: par des dizaines d'initiatives à l'échelle humaine qui changent le monde de ceux qui les mettent en place.

Mettre bout à bout des initiatives positives et concrètes pour montrer qu'il est possible de changer les choses, demain. Voilà le projet de Cyril Dion et Mélanie Laurent. C'est cet état d'esprit constructif qu'ils ont voulu insuffler à leur film. Plutôt que de se lamenter sur une potentielle catastrophe, ils préfèrent montrer de petits projets qui marchent.

Agriculture, énergie, économie, démocratie, éducation: ces 5 thématiques sont abordées successivement et nous embarquent aux quatre coins du monde. 

Cyril Dion a été impliqué dans le Mouvement Colibris de Pierre Rabhi (qu'on voit également dans le film) et le film défend clairement une position. Pas de place ici pour la remise en question de ces initiatives: les détracteurs n'ont pas leur mot à dire. Mais libre à chacun de faire fonctionner son libre-arbitre et d'aller chercher des contre-exemples pour enrichir le débat. 

Présenté à l'ouverture de la COP 21, Demain continue de rencontrer un franc succès en salle: plus de 500 000 spectateurs à ce jour.

En tant qu'objet cinématographique, pas grand chose à noter: on se balade avec nos réalisateurs. Les sujets sont intéressants et le montage efficace si bien qu'on ne voit pas passer le temps.

Demain fait du bien au milieu de l'hiver tout gris. Il ne présente pas une recette miracle mais dresse le portrait d'idées d'aujourd'hui. On peut être en désaccord avec les théories présentées, ou considérer que la solution ne se situe pas au niveau individuel. Il n'empêche que 2 heures pleines d'énergie positive, ça ne se refuse pas. Chacun répondra à sa façon à la question qui se pose à la fin: et moi, demain, je fais quoi?

La petite anecdote:
Pour financer le projet, une campagne de crowdfunding a permis de réunir 450 000€ (contre 200 000 demandés au départ) grâce à la participation de 10 266 personnes.

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Demain
sorti le 2 décembre 2015 en France
réalisateurs: Mélanie Laurent et Cyril Dion




jeudi 20 mars 2014

La Cour de Babel


Mieux qu'"inspiré d'une histoire vraie": le documentaire. Ou comment on peut se plonger via le grand écran dans une réalité qu'on ne soupçonnait pas forcément.

Les classes d'accueil permettent aux adolescents non francophones qui arrivent en France de s'acclimater avant de basculer vers une classe normale de collège. Pendant un an, Julie Bertuccelli a suivi les élèves d'une de ces classes.

Ils arrivent du monde entier: Sénégal, Angleterre, Roumanie, Venezuela... et leurs histoires sont variées: fille de diplomate, ayant fui la persécution ou victime de guerre civile. Leur point commun: ils ne parlent pas français suffisamment bien pour suivre les cours classiques.
Sans dresser leur portrait individuel ni jamais s’immiscer dans la cellule familiale, la réalisatrice s'appuie sur ces jeunes pour bâtir son film. Ce sont leurs indignations, leurs surprises, leurs frustrations qui vont ponctuer cette année.

La Cour de Babel nous montre une certaine immigration, celle de ces ados arrivés en France sans l'avoir forcément décidé, mais convaincus que c'est par l'école que passe la prise en main de leur avenir.
Loin du portrait de l'adolescence molle et indolente que le cinéma sait si bien caricaturer, les ados de La Cour de Babel sont plein d'une énergie qu'il fait bon ressentir. Tous (ou presque) ont des histoires difficiles faites d'éloignement familiaux, de déracinements mais ils sont bien décidés à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Si leurs colères prêtent souvent à sourire, leurs parcours sont souvent touchants. Et par leur bouche, ce sont nos propres comportements qu'ils renvoient. Comment se sentent-ils dans ce nouveau pays? sont-ils heureux?
On retrouve l'énergie et les angoisses des ados, mélangées aux problématiques propres à ces jeunes étrangers.
Cette école sur laquelle on aime tant tirer produit aussi de belles leçons. Et si le rôle de l'Education Nationale est de préparer les jeunes citoyens de demain, alors le dispositif des classes d'accueil y a tout à fait sa place.

En privilégiant un rôle de témoin (elle a tout simplement installé sa caméra dans la classe pendant 1 an), Julie Bertuccelli n'avance pas d'opinion. On comprend vite son admiration pour la professeur encadrant cette classe. Mais La Cour de Babel n'est pas un documentaire revendicatif. 
Il n'est pas non plus forcément très pédagogue: on n'en sait pas beaucoup plus sur le dispositif à la fin du film.

Pour des raisons de rythme et cette absence de prise de position, le spectateur peut vite s'ennuyer. On assiste nous aussi en témoin à ces morceaux d'histoire sans pour autant parvenir à s'attacher profondément aux protagonistes. La professeur est par exemple quasi absente de l'image.
Je m'attendais à un nouveau choc type Entre les Murs et ce n'est pas le cas.

La Cour de Babel est donc un documentaire fin et affectueux sur un sujet intéressant et d'actualité. Difficile pour autant d'en faire un objet de cinéma: attendez la sortie en DVD ou la diffusion sur ARTE...

La petite anecdote:
Pendant l'année scolaire 2010-2011, ce sont 16200 enfants non francophones qui ont été accueillis dans les Classes d’Accueil en collège (18500 en primaire). 
Elles sont à distinguer des classes d'alphabétisation qui accueillent les jeunes n'ayant pas été scolarisés dans leur pays d'origine.

Infos pratiques:
La Cour de Babel
sorti le 12 mars 2014 en France
réalisatrice: Julie Bertuccelli
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19541945&cfilm=221636.html 

samedi 6 avril 2013

J'ai été voir... Samsara


Attention OVNI! Objet Visuel Non Identifié: Samsara est un film à part et on se demande même comment il a pu voir le jour.

Documentaire tourné dans 25 pays pendant 5 ans, voyage muet mais musical qui nous montre les facettes d'un monde pas toujours évident à regarder en face.

Le réalisateur Ron Fricke a parcouru le monde et en a rapporté des images, qui vont des paysages tibétains aux pyramides du Caire, en passant par les huttes des guerriers masaïs. La performance est d'avoir réussi un montage chirurgical d'1h40 qui permet de voyager dans ce kaléidoscope de façon intelligente et sans s'y perdre.

Sans aucune parole mais porté par un bande-son idéale, Samsara nous parle. Il nous parle d'une Terre qu'on maltraite et de nos habitudes qui dévorent tout.

Les créateurs du projet, le réalisateur Ron Fricke et le scénariste Mark Magidson qualifient l'expérience Samsara de méditation contrôlée. Inutile de préciser qu'il vaut mieux être dans le bon état d'esprit pour l'apprécier. 
Si vous hésitez avec G.I Joe 2, il y a un problème...

Un phénomène assez surprenant se produit quand on se prend à tenter de deviner quelle sera la prochaine image... et qu'on ne tombe pas si loin. Il y a un fil conducteur très difficile à expliquer mais indéniablement présent, qui tient de l'association d'idées et de la poésie.
On peut cependant reprocher certaines associations un peu faciles: par exemple, des élevages en batteries aux fast-food aux silhouettes obèses... Mais on retient surtout l'impression d'ensemble...

L'autre jeu (plus frustrant car vous n'aurez pas la bonne réponse) consiste à deviner où on été tournées les images. Si la palme de Dubaï est facilement reconnaissable, les bidonvilles sont malheureusement semblables partout dans le monde, tout comme les enfants ramassant les ordures dans les décharges à ciel ouvert.

Samsara dénonce les excès de la race humaine mais il nous donne aussi à voir des beautés qu'elle est capable de créer. Le film ne vous remontera sans doute pas le moral mais il donne l'impression de vouloir mettre l'homme face à ses responsabilités.

Samsara est un mot d'origine sanskrit (une langue indienne ancienne) qui signifie "ensemble de ce qui circule" et "courant des renaissances successives". Le choix de ce titre montre à quel point le film est loin des documentaires type Home d'Al Gore, à vocation éducative et surtout moralisatrice. Avec Samsara, c'est une autre utilisation du média cinéma pour faire réfléchir (méditer?) sur la complexité et la fragilité de notre monde.

Larguez les amarres, le voyage commence...

La petite anecdote:
Alors que la musique de MIchael Stearns et Lisa Gerrard semble évidente quand on regarde le film, le montage a en fait d'abord été fait dans un silence total. La bande son n'a été ajoutée que dans un deuxième temps.

Infos pratiques:
Samsara
sorti le 27 mars 2013 en France
réalisateur: Ron Fricke
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19464340&cfilm=196602.html 


lundi 4 mars 2013

J'ai été voir... Sugar Man


Pour aller voir un documentaire au cinéma, il faut généralement qu'on vous l'ait conseillé. C'était le cas pour Sugar Man: trois recommandations d'amis + un Oscar du meilleur documentaire m'ont convaincue.

Sixto Rodriguez enregistre deux albums dans les années 70: ils sont très bien reçus par la critique mais ne connaissent aucun succès commercial aux USA; rapidement, le musicien disparaît. Cependant, en Afrique du Sud, la musique de Rodriguez devient un symbole de la lutte anti-apartheid et le mystère qui l'entoure s'épaissit.
Sugar Man raconte l'enquête que mène deux fans sud-africains pour en savoir plus sur leur idole.

Les mots "suspense" et "documentaire" sont rarement compatibles. Et c'est pourtant bien le cas ici. N'ayant aucune idée de l'histoire (fuyez tous les articles si vous comptez le voir), c'est une surprise totale et une découverte surprenante, tant sur le fond que sur la forme.

Visuellement, Sugar Man est une réussite, malgré un budget réduit. Le réalisateur Malik Bendjelloul fait preuve d'ingéniosité pour agrémenter ses images et rendre ce voyage original. Lui qui n'avait jamais dessiné a réalisé les illustrations pour les animations. Certaines scènes ont même été tournées avec une application iPhone Vintage Camera, faute de moyens pour racheter de la pellicule! Inventif et inattendu, un bon cocktail au résultat cependant assez discret pour ne pas que la forme prenne le dessus sur le fond.

Car c'est bien une histoire extraordinaire qui est au coeur de Sugar Man. Cette histoire que Bendjelloul a qualifié de "trop dingue" avant de vouloir la raconter. Grâce à un scénario minutieux qui fait alterner scènes d'interviews, images d'archives et visites, le documentaire prend des airs d'enquête policière. On est scotché, du rire aux larmes. 
Malik Bendjelloul relève le challenge de raconter cette histoire sans l'embellir, en conservant sa part d'incroyable et en posant subtilement les questions nécessaires (pourquoi ce non-succès américain? où est passé l'argent des ventes sud-africaines?...). 

On découvre petit à petit le personnage de Rodriguez et toutes les qualités que les protagonistes lui prêtent: génie de la musique, sage, etc... Il se dégage du film un grand enthousiasme, une admiration profonde pour la musique mais également pour tout ce qu'elle peut provoquer.

La musique de Rodriguez qui se mêle d'ailleurs habilement à la narration pour illustrer les propos du documentaire. La bande-originale qui rassemble des titres des deux albums du chanteur est un petit bijou.

Coup de coeur pour ce documentaire à la fois authentique et mystérieux, émouvant et étonnant sans vouloir en mettre plein les yeux (ou les oreilles)...
Et puisqu'on va souvent voir un documentaire parce qu'on vous le conseille, je recommande chaudement celui-ci!

Spéciale dédicace à Manu, Mary et Nico: RDV le 3 juin ;) 

La petite anecdote
A sa sortie en France en décembre, Sugar Man était diffusé dans 3 salles seulement (2 à Paris, 1 à Lyon). Grâce à l'Oscar et au bouche à oreille, vous aurez maintenant un peu plus de chances de le trouver.
Pour ma part, il aura aussi été l'occasion de découvrir l'Etoile St Germain, cinéma du 6ème arrondissement. Une seule salle, qui ne programme qu'un film à la fois mais dans des conditions très agréables (et qui accepte les cartes illimitées UGC et Gaumont, que demande le peuple?...)

Infos pratiques:
Sugar Man
sorti en France le 26 décembre 2012
réalisateur: Malik Bendjelloul
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19408238&cfilm=200631.html 

lundi 8 octobre 2012

J'ai été voir... Diana Vreeland, The Eye Has To Travel


Et si on se penchait sur la vraie vie pour une fois, plutôt que sur de la fiction?...

Diana Vreeland, The Eye Has to Travel est un documentaire mais le personnage dont il relate la vie est tellement excentrique qu'on a parfois du mal à garder en tête qu'elle a vraiment existé.

Diana Vreeland a été l'impératrice de la mode pendant 55 ans. Née au début du siècle, elle a été rédactrice du Harper's Bazaar dans les années 40-50 puis elle a dirigé et ré-inventé Vogue dans les années 60-70. A la fin de sa carrière, elle a relancé l'Institut du Costume du Metropolitan Museum of Art de New York.

Le film retrace la vie et la carrière de celle dont la devise était "N'ennuyez jamais!".

Au travers de cette histoire, c'est le XXème siècle qu'on découvre. De la Belle Époque à Paris au Swinging London des années 60 en passant par les Années Folles, Vreeland a toujours su capter l'essence des époques qu'elle vivait.

Tous les témoins conviés à raconter leurs souvenirs (grands créateurs, mannequins, actrices, photographes, assistantes...) sont d'accord: il s'agissait d'une femme extra-ordinaire.
Pas très belle, elle accordait une place centrale au style (qui ne passe, d'après elle, pas par les vêtements). Visionnaire, elle a senti et façonné l'influence de la mode, la place des célébrités. Elle a découvert Lauren Bacall, conseillé Jackie Kennedy, lancé la carrière de nombreux photographes de mode, publié la première photo de Mick Jagger.
Pour Richard Avedon, c'est tout simplement elle qui a "inventé le métier de fashion editor".

Tyrannique, mythomane, froide avec ses enfants, intransigeante, Mrs V. avait aussi des côtés sombres mais ils sont à peine abordés, comme si ce n'était pas le lieu d'en parler.

Les témoignages sont donc exclusivement admiratifs et enthousiastes. Tout comme les extraits de l'impératrice elle-même qui s'exclame sans cesse que tout est "Maaaaaahrvelous!..." Un peu fatiguant à la longue...

Le résultat est assez hétérogène, entre extraits d'interviews, morceaux de films, textes, animations, témoignages. C'était peut-être nécessaire pour rendre compte de l'énergie et de la créativité de cette femme.

Diana Vreeland, The Eye Has to Travel vaut donc plus pour son personnage fascinant et les époques qu'elle traverse que pour sa forme finalement sans grande originalité.

La petite anecdote:
"Une robe, ça ne sert à rien. C'est la vie que vous allez mener dans cette robe qui importe"

Infos pratiques:
Diana Vreeland, The Eye Has to Travel
sorti le 3 octobre 2012 en France
réalisatrice: Lisa Immordino Vreeland
avec: Diana Vreeland
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19401921&cfilm=196348.html



lundi 19 mars 2012

J'ai été voir... Entre les Bras


Dans ce documentaire, Paul Lacoste nous plonge dans l’univers de la famille Bras, chez qui on est chef étoilé de génération en génération.
Michel Bras, le père, décide en 2009 de laisser progressivement sa place à son fils Sébastien à la tête de son restaurant 3 étoiles (19.5/20). On les accompagne pendant un an, au fil des saisons…

Les films ou les émissions consacrés à la cuisine vont généralement à 100 à l’heure et tout le monde court dans tous les sens.
Ici, le temps semble suspendu et les chefs prennent le temps d’aller regarder le soleil se lever. Lacoste ne filme pas pendant les services mais plutôt avant : au marché, au jardin, pendant l’explication des menus. Surtout, il filme dehors, dans la nature de l’Aubrac qui est la source d’inspiration principale de ces cuisiniers-génies.

On est d’ailleurs à un niveau de cuisine qui s’apparente plus à de la création artistique qu’à autre chose. Les plats sont imaginés, dessinés, travaillés puis déconstruits… comme des œuvres d’art.

Les Bras, père et fils, ne sont pas des bavards. C’est donc plus par les regards et les silences qu’on devine ce qui se passe entre eux, entre admiration et volonté de s’affranchir.
Les silences sont nombreux et parfois un peu pesants. Par ailleurs, la musique qui accompagne le film donne une ambiance inutilement déprimante.

Les thèmes abordés sont profonds : la filiation et l’héritage, le poids du destin, etc… on assiste donc à un film qui a pour décor la cuisine mais qui est plus large que ça.

Enfin, on se régale de certaines scènes : le dressage du « gargouillou », spécialité de Michel Bras avec 40 légumes et herbes ; et surtout la fête des vendanges à Gaillac avec des invités prestigieux (4 personnes, 12 étoiles).

L’adjectif qui caractérise selon moi Entre les Bras – la cuisine en héritage est « pudique ». Ce qu’il gagne en intimité, le film le perd en dynamisme. Comme un plat agréable mais qui ne vous laisse pas un souvenir indélébile…

La petite anecdote
Les tarifs du Suquet, le restaurant des Bras à Laguiole. Le menu « Aubrac » est à 120€, le menu « Légumes » à 145€ et le menu « Balade » est à 191€.
Le restaurant ouvre le 6 avril.

Infos pratiques
Entre les Bras – la cuisine en héritage
Sorti le 14 mars 2012 en France
Réalisateur : Paul Lacoste



mardi 14 février 2012

J'ai été voir... Félins



Si on allait voir un documentaire animalier pour changer un peu ?
Félins est la nouvelle production de DisneyNature, le dernier-né des labels Disney, qui se spécialise dans ce genre.

Au cœur de la savane au Kenya, une lionne et une femelle guépard élèvent leurs petits dans un environnement hostile et sauvage.

Les moyens techniques déployés pour obtenir les images de Félins sont impressionnants. On se retrouve plongé au cœur de la tribu de lions et tous les animaux sont filmés en très gros plan. Une caméra à grande vitesse Phantom HD a été utilisée pour filmer jusqu’à 450 images par seconde !

Je m’attendais à en prendre plein la vue, à voir d’immenses paysages et des courses-poursuites à 100 à l’heure. Je dois dire que j’ai été déçue. Certes, les bébés félins sont craquants et la course du guépard au ralenti est chouette. Mais il n’y a que très peu de plans larges qui permettraient de prendre la mesure de l’environnement quotidien de ces petites bêtes…

Surtout, le récit/scénario qui vient orchestrer les images n’est pas bon. A vouloir mettre en scène un drame épique, les réalisateurs ont trop humanisé les relations entre les animaux. Le résultat n’est tout simplement pas crédible en terme de succession d’événements (un petit guépard qui miaule n’est pas forcément « seul au monde, désespéré de retrouver sa mère » !)

Quant à la voix off, j’ai dû me résoudre à voir Félins en français (il n’est pas diffusé en VO à Paris) et donc à écouter Pascal Elbé au lieu de Samuel L. Jackson qui assure la narration de la version originale. C’est pas terrible.

On peut donc aller voir Félins avec des enfants s’il fait trop froid pour aller au zoo. A condition sans doute de leur expliquer que la vie dans la savane n’est pas aussi romancée…
Mais après tout, on est chez Disney… (qui ressort Le Roi Lion en 3D le 11 avril prochain)

La petite anecdote
Restez jusqu’au générique de fin qui est très rigolo et qui présente les animaux à des postes techniques (la girafe est opérateur grue par exemple…)

Infos pratiques
Félins
sorti le 1er février 2012 en France
réalisateurs : Keith Scholey et Alastair Fothergill

mercredi 1 février 2012

J'ai été voir... Les Nouveaux Chiens de Garde




C’est la première fois que je parle ici d’un documentaire et je me rends compte que c’est un exercice bien différent de la « critique » d’un film de fiction.

Les Nouveaux Chiens de Garde parle de la place des médias dans la société française.
C’est l’adaptation d’un essai écrit en 1997 par Serge Halimi, directeur du Monde Diplomatique, à la suite des grandes grèves de décembre 1995.

Si on reproche parfois au cinéma de ne pas assez prendre position, c’est loin d’être le cas ici.
Les méchants et les gentils sont aussi bien identifiés que dans un Disney : méchants industriels propriétaires des principaux média contre gentils journalistes indépendants qui ne veulent pas rentrer dans le rang.

Le message est clair : les grands groupes industriels et financiers contrôlent l’information et le pluralisme n’existe pas.
Le film fait preuve d’une certaine pédagogie pour délivrer ce message. Le ton au second-degré peut parfois être arrogant mais certaines démonstrations, images d’archive à la clé, sont édifiantes.
Un bon exemple est la séance qui présente le « mercato » des journalistes vedettes, qui changent d’antenne comme dans un jeu de chaises musicales.

On ressort donc moins bête du cinéma après avoir été voir Les Nouveaux Chiens de Garde, mais surtout, on aiguise son sens critique.
Sens critique qu’on exerce aussi sur le documentaire en question puisqu’il frise parfois la caricature… mais qu’il a le mérite de poser des questions qui dérangent, notamment sur le pouvoir réel du journaliste d’aujourd’hui.

Autre démonstration efficace, celle qui prouve par A+B que les « experts » économistes (toujours les mêmes d’ailleurs) n’ont absolument pas vu venir la crise de 2008, tout occupés qu’ils étaient à vanter les mérites du système des marchés financiers.

Il manque quand même un des acteurs indispensables du monde de l’information d’aujourd’hui : le documentaire ne mentionne pas du tout Internet et son potentiel rôle de contre-pouvoir.

Les Nouveaux Chiens de Garde est donc un film résolument militant et argumente sa thèse de façon efficace, même si c’est parfois avec de gros sabots.

Finalement, la place d’un tel film n’est peut-être pas dans une salle de cinéma mais sur un écran de télé. Je doute cependant qu’aucune chaîne ne prenne l’initiative de le diffuser…

La petite anecdote
Pour ceux que ça intéresse, voici un lien qui recense les débats organisés après la projection du film : http://www.acrimed.org/article1667.html

Infos pratiques
Les Nouveaux Chiens de Garde
Sorti le 11 janvier 2012 en France
réalisateurs : Gilles Balbastre et Yannick Kergoat