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lundi 7 novembre 2016

L'Odyssée


Chaussez votre bonnet rouge, le commandant Cousteau est de retour.

Cousteau et ses aventures: marines, d'entrepreneur, de star et autres...

Jérôme Salle (Zulu, Largo Winch) s'attaque à un monstre sacré. L'idée initiale lui est venue quand il s'est rendu compte que son fils ne connaissait pas Cousteau alors que pour sa génération à lui, il était une légende. Il a alors monté le projet de ce biopic et tenté d'en éviter les écueils. 

Le scénario mise sur un récit chronologique qui nous permet de suivre les évolutions des personnages et de leurs relations.
Salle a choisi d'accorder une grande importance à la relation entre Cousteau et son fils Philippe, notamment après avoir rencontré Pierre Niney qui interprète ce dernier. D'autres personnages gravitent autour d'eux en révélateurs de certains traits de caractère: sa femme Simone (jouée par Audrey Tautou), son autre fils, etc.

On découvre un Cousteau ambitieux, égoïste, homme à femmes. Mais aussi un homme passionné, habité par son projet et par une mission dont il se sent investi. Multi-facette car tantôt dur et profondément égoïste puis blessé et finalement plus ouvert que prévu.
Grâce à son fils, Cousteau s'ouvre (sur le tard, dans les années 80) aux problématiques environnementales alors qu'il a dans un premier temps été financé par des pétroliers qu'il a aidé dans leurs opérations de forage. Dans cet aspect Cousteau est un témoin d'une époque où l'on pensait les ressources naturelles inépuisables.

Lambert Wilson rate son entrée en matière: son Cousteau jeune est sur joué et on craint pour le reste du film. Ça s'améliore quand le personnage vieillit. Wilson parvient à créer un équilibre entre ressemblance physique et sensibilité qui fonctionne finalement.
Pierre Niney est donc Philippe Cousteau, plein d'énergies contradictoires, de dynamisme et de volonté d'exister d'abord dans les yeux de son père.

Certaines prises de vue des éléments naturels sont grandioses, par exemple en Antarctique ou au milieu des requins. Entre ces séquences spectaculaires, le rythme peine à s'installer. 
Reste un film romanesque mais très convenu sur un personnage plus complexe qu'il n'y parait.

La petite anecdote:
Des effets spéciaux numériques ont été nécessaires. Pour positionner la Calypso dans les eaux glacées de l’Antarctique qui ne peuvent pas accueillir de bateaux en bois. Mais également (et c'est plus triste) pour ajouter des poissons dans les eaux méditerranéennes car ils se sont raréfiés depuis les années 70.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
L'Odyssée
sorti le 12 octobre 2016 en France
réalisateur: Jérôme Salle
avec: Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou

lundi 3 mars 2014

Only Lovers Left Alive


Les films de vampires ont leurs codes: traque, suspense, meurtres... Quand Jim Jarmusch fait un film de vampires, ces codes sont oubliés et il les transforme en métaphores pour des thèmes qui lui sont chers: la désillusion et l'importance de l'Art.

Adam vit à Détroit. Musicien reclus, il refuse de voir le monde qui l'entoure et le dégoûte.
Eve vit à Tanger. Elle est entourée de livres et entretient quelques amitiés.
Adam et Eve s'aiment depuis 500 ans.

En compétition à Cannes en mai dernier, Only Lovers Left Alive rassemble beaucoup d'ingrédient d'un film "cannois": un réalisateur sélectionné pour quasiment tous ses films depuis 1983, un thème et une esthétique très intellectuelle, un bande-son aboutie. 
C'est pour moi le genre de film qui doit être vu en sachant ce qu'on va trouver. Un fan de Twilight qui penserait y trouver une nouvelle love story de vampires serait... déçu.

Le film parle de la lassitude d'exister, d'être persuadé que le meilleur est derrière soi. Paradoxalement, Only Lovers Left Alive n'est pas un film déprimé. Il est parsemé d'ironie qui relativise la mélancolie ambiante. Car, si Adam est désabusé et revenu de tout, son histoire d'amour avec Eve lui permet de survivre. Ces deux-là s'aiment comme des rock-stars, en dandys snobs plaçant l'art au-dessus de tout.

Jarmusch évite l'ennui en nous promenant entre Détroit et Tanger. La première n'est plus que l'ombre d'une capitale industrielle, la seconde un dédale de ruelles où l'on se perd. Forcément sombre (on est dans un film de vampires), l'esthétique très rock et prend parfois l'aspect d'une pub pour The Kooples. 
La poésie règne en maître puisque les vampires sont en fait les auteurs des plus grandes œuvres de la littérature (Shakespeare en tête) et de la musique (l'adagio de Shubert par exemple). Il faut donc arriver à se plonger dans cet univers mélancolique et romantique.

Car ces vampires ont des sentiments et c'est là que le film prend tout son sens. Mi-amants mi-jumeaux, Adam et Eve poursuivent depuis 500 ans la même conversation. C'est grâce au personnage d'Eve, plus optimiste et lumineux que celui d'Adam est supportable. Elle apporte l'ironie et la distance nécessaire à cet ermite aigri et suicidaire.
Tilda Swinton (We Need to Talk About Kevin, Moonrise Kingdom) prête son physique si particulier à cette créature. Teint diaphane et crinière blonde, elle est parfaite en lady vampire. Tom Hiddleston (le méchant Loki dans Thor) joue Adam avec enthousiasme.
Mia Wasikoswka (aperçue dans Des Hommes Sans Loi, et héroïne de l'Alice au Pays des Merveilles de Burton) vient donner un coup de pied salutaire dans cet univers statique.

Contemplatif et mélancolique, Only Lovers Left Alive n'est pas pour tous les publics. Il reste cependant l'un des films de Jarmusch les plus accessibles. Noir mais ironique, c'est un film élégant qui déjoue les codes des vampires pour jouer une balade subtile et un peu snob.

La petite anecdote:
Le 18 juillet 2013, Detroit est la première grande ville américaine à demander sa mise en faillite, la ville ayant cumulé une dette, devenue impayable, de 18.5 milliards de dollars.

Infos pratiques:
Only Lovers Left Alive
sorti le 19 février 2014 en France
réalisateur: Jim Jarmusch
avec: Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540179&cfilm=193927.html 

vendredi 7 juin 2013

J'ai été voir... Only God Forgives


La critique sera courte... je n'ai pas aimé.
On m'avait pourtant prévenue que ce Only God Forgives n'était pas un nouveau Drive même si on retrouve le réalisateur (le danois Nicolas Winding Refn) et l'acteur principal (Ryan Gosling). Plus sombre, plus violent, plus symbolique et malheureusement... plus obscur.

Julian gère à Bangkok une salle de boxe thaï. Quand son frère est assassiné et que leur mère réclame vengeance, il fait face à un mystérieux policier.

Cette trame d'histoire sert au réalisateur à mettre en scène une atmosphère très particulière...

... imaginez donc un scénario qui tient sur un timbre poste mais aussi...

... imaginez une nuit qui n'en finit pas, un éclairage rouge, un Bangkok stylisé et une musique entêtante (Refn a fait à nouveau appel à Cliff Martinez, qui avait déjà réalisé la BO de Drive)

... imaginez Ryan Gosling, dont on ne se lasse pas mais qui ne déploie ici que deux expressions faciales. Manque le magnétisme de Drive (ou les abdos de Crazy Stupid Love).

... imaginez un symbolisme à outrance et une psychanalyse de comptoir. Refn parle de mythologie mais j'y ai vu un film qui intellectualise trop et qui laisse les spectateurs désemparés.

... imaginez une violence fétichiste à laquelle on ne peut même pas associer un second degré qui permettrai de souffler un peu. Only God Forgives se prend au sérieux et quand les coups de poing virent au gore, on se demande le sens de tout cela. A noter que Gaspard Noé (réalisateur de Irréversible) est remercié au générique, ça vous donne une idée de ce que j'entends par gore.

... imaginez Kristin Scott Thomas en mère vénéneuse, entre Madonna et Donatella Versace, cruelle et manipulatrice. Hypnotique.

... imaginez une esthétique asiatique faite de clichés (la boxe, le sabre, les prostituées) et d'images chocs. Imaginez des scènes de ralentis qui tombent comme des cheveux sur la soupe et des karaoké qui font sourire jaune.

Concentrez tout ça en 1h30 et vous aurez un aperçu de cet OVNI visuel qui a été boudé à Cannes et qui m'a laissé sur le carreau.

La petite anecdote
Ryan Gosling, qui devait venir à Cannes pour présenter Only God Forgives, a été contraint de rester à Detroit, où il réalise actuellement son premier film. La raison? la compagnie d'assurance a tout simplement refusé qu'il prenne l'avion!
Et même si Ryan est très fort, Detroit-Cannes en kayak, c'est pas possible en 2 jours.

Infos pratiques
Only God Forgives
sorti le 22 mai 2013 en France 
réalisateur: Nicolas Winding Refn
avec: Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19504215&cfilm=172433.html

lundi 14 janvier 2013

J'ai été voir... L'Odyssée de Pi


Sorti peu avant les fêtes de fin d'année, L'Odyssée de Pi a refait parler de lui cette semaine avec ses 11 nominations aux Oscars (dont meilleur film et meilleur réalisateur). Un des points forts de ce film étant son esthétique, je vous conseille vivement, si vous souhaitez le voir, de le voir sur grand écran.

Suite au naufrage du cargo qui les transportait à travers le Pacifique, un jeune indien doit cohabiter sur un canot de sauvetage avec... un tigre.

Et là vous vous dites: 2h de tête à tête entre un ado et un animal de cirque, ça va être long. Vous n'aurez pas complètement tort. Et pourtant, Ang Lee a fait de ces deux heures un spectacle assez époustouflant.

Adapté du roman philosophique de Yann Martel, L'Odyssée de Pi présentait de nombreux défis. Comment raconter l'aventure et le cheminement essentiellement psychologique d'un personnage livré à lui-même? Le réalisateur de Tigre et Dragon et Le Secret de Brokeback Mountain a choisi de s'appuyer sur la 3D pour nous plonger dans un univers où les limites entre rêve et réalité sont très floues.

Au coeur de L'Odyssée de Pi est la question de la foi: en quoi croire? en soi? en Dieu? en quel Dieu? et à quoi se raccroche-t-on quand tout s'écroule?
Dans une première demi heure de film un peu laborieuse mais nécessaire pour la présentation des personnages, le jeune Pi (qui a encore les pieds au sec) découvre et essaie plusieurs religions. Plus tard, confronté à des épreuves quasi insurmontables, il y fait face en sollicitant ses différentes croyances mais également en acceptant de les remettre en cause. Avec lui, on se questionne, on désespère, on trouve des ressources inattendues. Tout évènement au milieu de l'océan prend des proportions gigantesques. 

La grande réussite de L'Odyssée de Pi est visuelle. Plus l'écran sera grand, plus vous pourrez plonger dans ces belles images. Les scènes de tempête sont terrifiantes. La 3D rend les vagues et la violence des éléments très palpables. Même par temps calme, c'est magique: les méduses sont phosphorescentes, le ciel et l'océan se mélangent et on perd les limites...
Le fameux tigre (nommé Richard Parker...) qui accompagne Pi lors de cette odyssée est impressionnant lui-aussi. Ang Lee a eu l'intelligence de ne pas lui enlever son côté dangereux. Richard Parker n'est pas une peluche, pas un animal domestique, et c'est justement en cela qu'il aide Pi à survivre.

Là où j'ai été déçue, c'est qu'Ang Lee nous laisse un peu seuls dans cette Odyssée. Certes, chacun interprétera l'histoire avec ses propres croyances et références. Mais à force de ne pas prendre position, le résultat peut paraître flou et dispersé. En voulant parler de la foi mais éviter la leçon de théologie, le réalisateur nous pose les questions de bien belle manière mais ne nous aide pas vraiment à trouver les réponses.

L'Odyssée de Pi est une réussite au niveau esthétique. J'ai cependant raté l’embarquement sur le questionnement mystique...
Cela dit, je vais lire le roman très prochainement, peut-être qu'il me permettra d'y voir plus clair.

La petite anecdote:
La grande majorité du tournage a eu lieu dans un bassin de 70 mètres de long, 30 mètres de large, 4 mètres de profondeur et d'une contenance de 6,4 millions de litres.

Infos pratiques:
L'Odyssée de Pi
sorti le 19 décembre 2012 en France
réalisateur: Ang Lee
avec: Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain, Gérard Depardieu
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19407006&cfilm=54343.html 

jeudi 1 décembre 2011

J'ai été voir... Or Noir


Or Noir n'est pas le 2ème volet des Aventures de Tintin mais le nouveau film de Jean-Jacques Annaud. La ressemblance entre le film en question et la bande-dessinée s'arrête à la situation géographique (le désert) et encore...

Or Noir, c'est l'histoire d'un morceau de désert, sujet de discordes entre deux tribus. Un accord est trouvé mais quand les américains arrivent et trouvent du pétrole, tout est remis en question. Ce sont alors des conceptions différentes de la société qui s'affrontent...

Je trouve qu'Or Noir est un film beau. Jean-Jacques Annaud n'a pas son pareil pour filmer les paysages et il était donc attendu au tournant à ce niveau-là. Ici, les paysages sont faits de dunes et de citadelles, c'est splendide.
Il fait chaud au pays de l'Or Noir et il y a du vent: la lumière et les costumes sont là pour nous le faire ressentir. Les robes et les turbans s'envolent et on plisse presque les yeux quand les scènes se déroulent dans le désert.

Attention pour les âmes sensibles, les scènes de combat sont parfois un peu sanguinolentes mais très prenantes. Qu'est-ce que j'aimerai assister au tournage d'une scène de bataille avec autant de chevaux!...

Le casting est très international puisqu'Antonio Banderas (espagnol) côtoie Tahar Rahim (français), Freida Pinto (indienne) et Mark Strong (britannique d'origine italienne). On se dit que tout ce beau monde a été choisi pour leurs cheveux bruns et leurs yeux noirs... et donc peuvent passer pour des princes arabes crédibles.
De plus, le film a été tourné en anglais et c'est parfois un peu déroutant.
En gros, il faut faire appel à son imagination pour croire à ce melting-pot sensé se passer en Arabie Saoudite.

Tahar Rahim sort clairement du lot. J'avais été plutôt déçue de sa performance dans Les Hommes Libres dans lequel je l'avais trouvé fade. Il joue ici un prince qui sort petit à petit de sa coquille et il est tout aussi convainquant en jeune introverti qu'en leader de tribu.

Antonio Banderas n'est,lui, pas extraordinaire et le personnage de Freida Pinto ne lui laisse pas vraiment la possibilité de s'exprimer...

En conclusion, allez voir Or Noir si vous voulez être dépaysés ou si vous avez besoin de soleil en ce début d'hiver...

La petite anecdote
Toutes les voix et tous les sons ont été ré-enregistrés et ajoutés en post-production. Les acteurs ont donc réenregistré leur voix en studio, après le tournage initial en plateau.

Infos pratiques
Or Noir
sorti le 23 novembre 2011 en France
réalisateur: Jean-Jacques Annaud
avec: Tahar Rahim, Antonio Banderas, Freida Pinto, Mark Strong
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19257181&cfilm=178179.html