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samedi 31 décembre 2016

Rogue One: A Star Wars Story


Star Wars? Déjà l'épisode 8? pas tout à fait...
Difficile de ne pas perdre le fil dans la continuité de la saga. Rogue One: A Star Wars Story est, comme son nom l'indique, un spin-off et se situe chronologiquement entre les épisodes 3 et 4. Il y a tout à fait sa place.

Face à l'Empire, la Rebellion cherche à s'emparer des plans de l'Etoile Noire. 

L'intrigue de Rogue One est résumée en 2 lignes qui défilent au début de l'Episode 4 Un Nouvel Espoir (sorti en 1977, c'était le 1er de la saga. Vous suivez toujours?) "Les forces rebelles se sont emparées des plans de l'Etoile Noire". Comment ont-ils réussi? c'est toute l'intrigue de ce film.
Pas de Luke Skywalker, pas de Yoda à l'horizon, peu de sabre laser mais un Dark Vador en pleine forme.

Impossible aujourd'hui de faire un nouveau Star Wars sans y inclure de nombreuses références. Et les fans sont tellement pointilleux avec leur univers qu'il semble impossible de ne pas les décevoir. L'épisode XVI, Le Réveil de la Force sorti en 2015 souffrait ainsi de cette contrainte, comme si l'héritage pesait lourd sur ses épaules. 
La solution vient peut-être des spin-offs autonomes qui sont prévus autour de l'histoire principale. Rogue One est le premier alors qu'une série autour du personnage de Han Solo est en préparation. Ce film permet de compléter l'histoire mais il fonctionne également seul. 
Je ne le conseillerais cependant pas à quelqu'un n'ayant jamais vu les autres films ou n'appréciant pas l'univers. Pour les autres, ils risquent bien de se régaler.

Le réalisateur Gareth Edward (Godzilla) a pris le parti de faire un film de guerre, plus sombre et plus violent que ses prédécesseurs. Il a même été assorti d'un avertissement pour les moins de 13 ans aux USA. 
Peu de mentions de la Force et de la mythologie Jedi, beaucoup de combats de vaisseaux et de poursuites intergalactiques, voilà la recette choisie pour ce Rogue One
Le spectacle est au rendez-vous de cette superproduction.

Un peu long à se mettre en place et laissant peu de place à l'exploration des personnages (faisant de toute façon partie d'un commando suicide, on a pas vraiment le temps de les pleurer), on se délecte cependant de l'humour, distillé ici via le droïde K2SO) et on retrouve les composantes de l'ADN Star Wars.

Tout comme dans Le Réveil de la Force, le personnage principal est féminin. Felicity Jones est plus charismatique que Daisy Ridley et elle incarne avec autorité Jyn Erso.
Le reste du casting est évidemment 5 étoiles. Ben Mendelsohn, découvert dans l'excellent Animal Kingdom , enfile la cape du méchant. Alors que Mads Mikkelsen continue de prouver qu'il est à l'aise dans tous les genres de films.
Forest Whitaker donne quant à lui corps à Saw Gerrera, un personnage qui avait été créé dans le dessin animé Clone Wars. 
Certains acteurs vont jusqu'à ressusciter puisque Peter Cushing, décédé en 1994, reprend son rôle de Tarkin grâce aux images de synthèse. Le résultat est plus ou moins heureux mais on s'y retrouve.

On peut être confus par cette nouvelle aventure qui doit trouver sa place dans une narration déjà touffue. J'ai trouvé l'exercice réussi notamment grâce à certaines scènes bluffantes visuellement.

Un "épisode 3,5" qui occupera les fans et ravira les studios Disney qui ont racheté la franchise en 2012 et qui comptent bien la rentabiliser. En attendant l'Episode XIV, prévu pour la fin 2017.

La petite anecdote:
Suite au décès de Kenny Baker qui interprétait depuis les années 70 le robot R2-D2, seul Anthony Daniels, qui joue le droïde C3PO, apparaît dans tous les longs métrages de la saga.

Note:
4/5

Infos utiles
Rogue One: A Star Wars Story
sorti le 14 décembre 2016 en France
réalisateur: Gareth Edwards
avec: Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen; Forest Whitaker

Moi, Daniel Blake

Palme d'Or à Cannes en 2016, Moi, Daniel Blake est le dernier film en date du prolifique Ken Loach qui dénonce ici le manque d'humanité du système d'aides sociales au Royaume Uni.

Daniel Blake a travaillé toute sa vie en tant que charpentier. Quand un problème cardiaque le contraint à rester chez lui, il se retrouve coincé dans les méandres d'un système qu'il ne comprend pas.

C'est un record: Moi, Daniel Blake est la 13ème nomination en compétition officielle à Cannes pour Ken Loach et sa 2ème Palme d'Or après Le Vent se Lève en 2006.
Ce réalisateur s'applique depuis les années 80 à montrer les inégalités sociales et les dérives du système britannique (Sweet Sixteen, It's a free world, The Navigators...)

On retrouve dans Moi, Daniel Blake son style qui flirte souvent avec le documentaire. Certaines scènes sont directement inspirées d'épisodes auxquels le réalisateur ou son scénariste ont assisté (c'est le cas de celle dans la banque alimentaire). Certains acteurs ne sont pas professionnels, ce qui renforce encore cette sensation de réalisme.

Loach démontre simplement l'absurdité des administrations en charge de l'aide sociale. Daniel Blake est baladé entre les allocations santé et l'indemnisation chômage, il est sommé de répondre à des questionnaires stupides et standardisés et il doit prouver qu'il cherche un emploi via des outils informatiques qu'il n'a jamais appris à utiliser. C'est un symbole: lui qui a cotisé et travaillé pendant des années se retrouve exclu le jour où il a besoin d'aide.

A force de rationalisations et de coupes budgétaires, l'humain a été oublié. Les frustrations montent et la violence devient une réponse logique face à tant d'absurdité. En tant que spectateur, on assiste à ces scènes en se demandant comment on peut dériver jusqu'à tant d'injustice. Puis on allume sa télé en rentrant et on se rend compte que certains discours actuels prône un tel modèle...

Le personnage principal est interprété par l'humoriste Dave Johns qui joue avec beaucoup de modestie et beaucoup d'humour. Il parvient à incarner tout le parcours de cet homme avec sensibilité. L'actrice Hayley Squires l'accompagne et leur duo est poignant.

Bien sûr Moi, Daniel Blake est partisan. Loach ne trompe pas: on sait quand on va voir un de ses films qu'il va attaquer et militer contre le néo-libéralisme. La réussite du film tient à la pudeur qui s'en dégage. La colère est bien présente mais elle est contenue et glaçante. 
On peut trouver cela manichéen, illusoire ou sentimentaliste mais on ne peut pas reprocher à Ken Loach de faire du Ken Loach. Surtout aujourd'hui...

La petite anecdote:
La standing ovation à Cannes a duré 15 minutes suite à la projection du film.

Note:
4/5

Infos utiles:
Moi, Daniel Blake
sorti le 26 octobre 2016 en France
réalisateur: Ken Loach
avec: Dave Johns, Hayley Squires

mercredi 5 octobre 2016

Juste la Fin du Monde


Le jeune réalisateur québécois, coqueluche de Cannes depuis plusieurs années, avait frappé un grand coup avec Mommy. On attendait donc son nouveau film avec beaucoup d'impatience, et forcément un peu d’appréhension.

Alors qu'il ne les a pas vu depuis 12 ans, un jeune écrivain revient passer une journée avec sa famille.

Grand Prix à Cannes en 2016, Juste la Fin du Monde poursuit la filmographie à part de Xavier Dolan. Il choisit d'adapter la pièce de JL Lagarce qui date des années 90 (il avait déjà adapté une pièce, Tom à la ferme en 2013 de Michel Marc Bouchard). Même si l'histoire n'est pas de lui, on sent poindre tous les thèmes qui lui sont chers et qu'il aime filmer.

Propre d'une adaptation de pièce, Juste la Fin du Monde est un huis clos, les scène se déroulent dans de petits espaces confinés. Dolan filme alors en (très) gros plans les visages de ses acteurs et met en place son style. Cette façon de filmer peut agacer mais elle a pour effet de nous coller au plus près des personnages.
Moins sentimental que Mommy, les émotions ont mis plus de temps à m'atteindre. Puis, d'un coup, un déclic et on est submergé.

Cette famille est dysfonctionnelle: les personnages ne parviennent pas à se parler. Pour communiquer, ils hurlent et personne ne s'entend. Quand le calme apparaît, c'est via un monologue, souvent surprenant par sa justesse. 
La famille de Louis a géré son absence, chacun à leur façon. En quelques heures, ils ont tant à lui dire et le font avec leurs maladresses.

C'est grâce au personnage de Louis que le film est supportable. Il reste en retrait, en observation. Il ne parvient pas à formuler ce qu'il est venu dire et ce silence (qu'on lui reproche) face aux cris permet de mesurer l'écart qui le sépare des siens. Face à l'hystérie chorale, Louis rentre dans sa coquille.

Dolan parvient à filmer quelque chose de très particulier: la certitude qu'on voit les choses pour la dernière fois. S'installe alors de la mélancolie, de la poésie et parfois un certain réconfort.
Le travail sur la BO (Moby, Blink 182,...) nous accompagne dans cette ambiance.

L'avantage quand on est vu comme un prodige, c'est que les plus grandes stars se bousculent pour travailler avec vous. Juste la Fin du Monde est le premier film au casting 100% français du réalisateur canadien, qui doit donc se passer de l'accent si typique qui avait fait une de ses marques de fabrique.
Gaspard Ulliel est sur le fil, fragile et perdu. Marion Cotillard est dans la retenue avec un personnage bafouillant et bienveillant qui au final est sans doute la seule à comprendre ce qui se passe. Même Lea Seydoux que j'affectionne peu est ici à la hauteur.

On suffoque presque et un étrange rythme s'installe qui ralentit la pourtant courte heure trente que dure le film.
La claque est moins forte qu'avec Mommy, Dolan dit que Juste la Fin du Monde est son premier film d'homme. Il parvient à maintenir cet équilibre entre l'outrance (les cris, les tenues, les couleurs) et la précision (des regards, des mots quand ils sont énoncés calmement) qui font une de ses pattes. 

A voir pour les amateurs de cinéma qui auront a cœur de voir se construire une filmographie. 

La petite anecdote
La pièce de Lagarce avait été jouée en 2008 à La Comédie Française et avait remporté le Molière su spectacle du Théâtre Public. 

Note:
4/5 

Infos utiles:
Juste la Fin du Monde
sorti le 21 septembre 2016 en France
réalisateur: Xavier Dolan
avec: Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Nathalie Baye, Marion Cotillard

jeudi 15 septembre 2016

Divine(s)

Avoir envie d'aller au ciné un mardi soir.
Choisir une séance un peu au hasard.
Se retrouver à assister à l'avant-première du film récompensé par la Caméra d'Or à Cannes cette année, avec l'équipe du film pour un débat après la projection.

Dounia vit dans une banlieue et elle rêve de pouvoir et d'argent. Elle décide avec sa meilleure amie de marcher dans les pas de Rebecca, une dealeuse respectée.

La réalisatrice Houda Benyamida a fait du bruit à Cannes, avec un discours fleuve et spontané au moment de recevoir son prix (à voir ici). Cette énergie débordante, on la retrouve dans Divines
Elle décrit son film comme "une rencontre entre le politique et le sacré" et là on se dit: mince, encore un film prise de tête, spécial Festival de Cannes. Mais non. Divines parle de politique, de sacré, mais Divines parle aussi d'amitié, de romantisme, de colère.

On pense à Audiard, à Kechiche pour la façon de filmer la banlieue comme un décor et pas comme un sujet.
Divines brouille les repères masculins et féminins. Tout ce qui est fin, esthétique, artistique est porté par des personnages d'hommes (notamment Djigui, joué par Kevin Mischel, épatant danseur-acteur). Alors que la violence, la rage, les coups, sont du côté des filles.

Les héroïnes renversent les codes de la bienséance: elles sont bruyantes, elles courent après l'argent comme un sésame pour une vie meilleure. Elles veulent de la "money, money, money", des ferraris, des Rolex, du bling-bling. Ce rêve matérialiste est lié à une violence verbale et physique: Dounia et Maimounia en feront brutalement l'expérience.

C'est un premier film à la fois pour la réalisatrice et pour la plupart des acteurs. On sent leur fraîcheur et leur envie de raconter cette histoire. Oulaya Amamra (qui est la soeur de Houda Benyamida) est lumineuse mais aussi Deborah Lukumuena et Jisca Kalvenda, excellentes.

Pas forcément ultra original (scènes inévitables d'échec scolaire, de confrontation avec la police), Divines est surtout très efficace. C'est un film qui fonce dans le tas, qui nous laisse étourdi et qui fait ensuite réfléchir sur des éléments plus cachés dans les recoins du film. Divines touche parce qu'on sent que toute cette énergie doit être canalisée, comme Dounia qui doit trouver un équilibre entre sa rage et ses peurs.

La petite anecdote:
La réalisatrice Houda Benyamida a créé en 2006 l'association 1000 visages (www.1000visages.fr) destinée à promouvoir la diversité dans les castings de cinéma.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Divines
sorti le 31 août 2016 en France
réalisatrice: Houda Benyamida
avec: Oulaya Amamara, Deborah Lukumuena, Jisca Kelvenda, Kevin Mischel

jeudi 26 mai 2016

Free to Run


Liberté, Egalité, Course à pied.
Documentaire immanquable pour une amatrice de cinéma ET de running...

Des années 60 à aujourd'hui, la course à pied est passée de sport marginal à un phénomène de masse. Free to Run revient sur les grandes étapes de cette mutation.

Le réalisateur suisse Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau. Il se penche sur son sport avec un regard à la fois bienveillant et un peu nostalgique. 

Il dresse un panorama des 60 dernières années qui ont amené la démocratisation et la popularisation du running.
Difficile en effet d'imaginer que les femmes n'avaient pas le droit de courir plus de 800m en compétition officielle jusqu'à la fin des années 60: 1967 pour le 1500m, 1974 pour le 3000m, et le marathon n'a été ouvert aux femmes qu'aux JO de Los Angeles de 1984!

Free to Run dresse le portrait de quelques pionniers plus ou moins célèbres qui ont participé à cette révolution. Morath a fait le choix de ne pas axer son film sur la performance (les coureurs interviewés ne sont pas tous des champions) mais plutôt sur l'état d'esprit de ce sport, son authenticité.
Voyage dans le temps mais aussi autour du monde, Free to Run nous fait courir de New York à la Suisse.

Divers aspects sont abordés, des règles strictes des fédérations aux rémunérations des athlètes, de la portée symbolique face aux conservateurs à la place des marques d'équipement.
Cette notion économique est abordée en profondeur, évoquant les limites de l'éthique. C'est là que l'aspect nostalgique intervient, une sorte de "c'était mieux avant" assez paradoxal. Morath prône un retour à l'essentiel, à cette liberté de courir qui a donné son titre au film.

Mêlant images d'archives et interviews, le récit est fluide et pédagogique. 
Émouvant aussi, quand courir devient un symbole ou un acte de résistance.
Captivant donc, suffisamment pour oublier les faiblesses de style (bande-son un peu lourde, voix off pas forcément judicieuse...)

Difficile pour moi d'être objective et de savoir si le film plaira aux spectateurs qui ne courent pas. Mais en liant les facettes économiques, sociétales et spirituelles, Morath réalise un documentaire passionné et réussi.

La petite anecdote:
Vivre de son sport, c'est encore aujourd'hui compliqué pour certains.
Le lien ICI vers un reportage récent de France Télévisions sur ces champions qui vont à Rio mais qui galèrent pour boucler leurs fin de mois.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Free to Run
sorti le 13 avril 2016 en France
réalisateur: Pierre Morath



jeudi 10 mars 2016

Room


Inspiré de faits divers sordides, le challenge était grand pour Lenny Abrahamson de ne pas tomber dans le voyeurisme déplacé.

Jack a 5 ans. Il vit seul avec sa mère. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde. Sauf que leur monde est confiné aux 4 murs de la pièce dans laquelle ils sont séquestrés.

Pour éviter toute mauvaise surprise, ne regardez pas la bande-annonce qui dévoile une partie non négligeable de l'intrigue et risquerait de gâcher votre plaisir.

Ce drame maternel est tiré du roman de Emma Donoghue, qu'elle a elle-même construit en se renseignant sur plusieurs affaires de jeunes femmes séquestrées (sans pour autant en raconter une en particulier). Room est par bien des aspects un thriller psychologique. L'oppression de l'enfermement, la peur, la pénombre donnent un ton étouffant.

Avec un tel sujet, le pathos malsain guette. Mais le réalisateur parvient à insuffler la poésie dans Room, en nous mettant dans la perspective de Jack. Il n'a connu que cette pièce mais grâce à la douceur de sa mère et à la relation qu'ils créent, quelque chose de beau émerge au milieu du terrible.

Room parle de l'immensité des possibles, de ce qui se cache derrière ces murs et qu'on a du mal à imaginer. Jack a du mal à distinguer ce qui se passe dans sa télé de ce qui est réel puisqu'il n'a jamais vu autre chose. 

Le film ne s'enferme jamais et le récit rebondit régulièrement afin de nous emmener ailleurs. Cette mère s'accroche à son fils pour survivre et lui s'accroche à elle car elle est sa seule certitude. L'émotion est évidemment palpable et surgit dans les détails, principalement grâce à la candeur de Jack et à son regard sur les choses.
La 2ème partie du film est plus prévisible et d'aucuns reprocheront trop de bons sentiments. J'ai pour ma part trouvé l'évolution du récit nécessaire et assez logique.

Brie Larson, que j'avais déjà beaucoup aimé dans States of Grace habite littéralement son personnage. Bouleversante en mère courage, elle remporte assez logiquement l'Oscar de la meilleure actrice.
Jacob Tremblay, 10 ans, parvient presque à lui voler la vedette. Il est une éponge à émotions et sa simplicité va droit au but.

Passer deux heures dans Room n'est pas une expérience particulièrement agréable. Mais c'est un film sobre et juste qui parvient une combinaison rare: à la fois fort et doux.

La petite anecdote:
Le prénom Joy était très représenté lors des Oscars 2016: c'est le prénom du personnage interprété par Brie Larson dans Room mais également celui joué par Jennifer Lawrence dans.. Joy. Enfin, c'est le nom de l'une des émotions dans Vice-Versa (Oscar du meilleur film d'animation). 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Room
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: Lenny Abrahamson
avec: Brie Larson, Jacob Tremblay

mercredi 2 mars 2016

The Revenant


Il est de ces films qu'on va voir pour répondre à une question: "Alors, Léo, il le mérite son Oscar ?"

1823, au début de l'hiver dans une Amérique sauvage, un groupe de trappeur échappe à une attaque d'Indiens et bat en retraite. Leur éclaireur, Hugh Glass tombe entre les pattes d'un ours et est grièvement blessé.

Alejandro Gonzalez Innaritu (réalisateur de Babel, Birdman) adapte - et prend de nombreuses libertés - le roman de Michael Punke qui relate l'histoire vraie et parfois difficilement croyable de Hugh Glass. 
The Revenant est une démonstration de force. Uniquement filmé en lumières naturelles, le travail du chef opérateur Emmanuel Lubezki (qui collabore également avec Terrence Malik) est bluffant. Il lui a par ailleurs valu l'Oscar de la meilleure photo.

Les scènes d'action sont dantesques, en particulier (mais pas uniquement) cette fameuse scène d'attaque d'ours. Mangez peu avant votre séance, The Revenant flirte parfois avec le gore.
Les longs plans séquences ne nous laissent aucun répit. On est happés dans cette nature hostile et pourtant tellement majestueuse, face à ces personnages aux réactions viscérales.

A la vue de la bande-annonce, je craignais une longue errance métaphysique dans les plaines enneigées. Cet aspect spirituel est présent mais le rythme ne manque pas. On est même souvent surpris de la tournure que prennent les événements.

The Revenant n'est pas seulement un film de vengeance, ce n'est pas non plus seulement une grande épopée ou une démonstration de survie. C'est un peu tout ça à la fois.
Le but d'Inarritu est de mettre l'homme à nu et d'observer ses réactions. Alors il ne ménage personne: il brutalise ses personnages autant que les spectateurs. On ne ressort pas indemne de The Revenant.

On peut reprocher au scénario d'enchaîner les événements les plus improbables. Il est vrai qu'au bout de 2h30 on se demande encore ce qui va tomber sur la tête de ce pauvre Glass.
C'est là que la dimension spirituelle prend le relais. Au travers de scènes de rêves mais aussi au travers de sa douleur physique, le personnage rampant et bavant passe petit à petit à un autre stade. A la fois sauvage et très pur.

The Revenant repose sur les épaules de Léonardo Di Caprio qui a enfin décroché l'Oscar du Meilleur Acteur pour ce rôle. Peu de mots: il laisse parler pour lui la puissance de son jeu. Et ça marche. On peut débattre pour savoir si c'est son meilleur rôle (je ne pense pas) mais la récompense cette année est méritée.
2015 était l'année Tom Hardy: Mad Max: Fury Road  a fait un carton au box-office et a raflé 6 Oscars, dans Legend il interprétait les 2 rôles principaux. Il est ici entier et donne toute sa puissance physique au rôle de salopard.

The Revenant est un magnifique objet esthétique. Il secoue et interroge. On a au final le sentiment d'avoir assisté à un grand poème: pas besoin d'en comprendre tous les sens cachés pour le trouver beau.

La petite anecdote:
Si vous voulez faire croire que vous avez vu The Revenant c'est de la scène de l'ours dont il vous faudra parler (comme la "scène de l'ascenseur" dans Drive).
Pour en savoir plus sur cette scène et savoir comment elle a été tournée, c'est ici.

Note:
4/5

Infos pratiques:
The Revenant
sorti le 24 février 2016 en France 
réalisateur: Alejandro Gonzalez Inarritu
avec: Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson


mercredi 10 février 2016

Spotlight


Longtemps sur la "blacklist" d'Hollywood qui recense les scénari à potentiel mais sans producteur, Spotlight sort en ce début d'année et compte d'ores et déjà 6 nominations aux Oscars - dont meilleur réalisateur et meilleur film.

Le Boston Globe est doté d'une équipe de journalistes d'investigation. En 2001, ces quatre reporters enquêtent sur des soupçons d'abus sexuels sur mineurs par des prêtres de l'Eglise catholique.

Les films d'enquête journalistique sont presque un genre à part entière. Spotlight est ainsi un digne héritier des Hommes du Président qui relatait le scandale du Watergate.
Le propre de ces histoires est qu'on en connaît déjà l'issue. Ce qui n'enlève rien à notre plaisir de suivre l'évolution de l'investigation. 
Les personnages sont ici des bosseurs, ils retournent toutes les pierres pour être sûrs de tenir la vérité. En ce sens, Spotlight est une ode au journalisme et à l'indépendance de la presse, qui fait espérer que ces équipes existent toujours, avec les moyens pour travailler dans de bonnes conditions.

La subtilité tient ici à la relation que chacun des personnages a avec l'Eglise. Ils gèrent chacun à leur manière l'ampleur du scandale, leur dégoût et la violation de leur confiance en cette institution.

Spotlight est un film très classique dans sa mise en scène. Tout est au service du scénario et des dialogues millimétrés. Pas de chichis dans les décors et les costumes, qui collent au plus près à la réalité. Les vrais journalistes du Globe ont par ailleurs contribué à ce que le rendu corresponde à ce qu'ils ont connu. Chacun a collaboré avec l'acteur qui allait l’interpréter et ils ont été troublés du résultat, comme s'ils étaient "devant un miroir, sans pouvoir maîtriser le reflet".

L'affiche aligne de grand noms dont aucun ne tire la couverture à lui. Les interprétations sont sérieuses et efficaces. Mark Ruffalo (Foxcatcher, New York Melody) et Rachel McAdams (The Notebook, Il Était Temps) sont tous deux nominés aux Oscars pour leurs prestations.

Le résultat est sobre et précis, maîtrisé. Pas besoin de superlatifs pour sonner juste, l'histoire est suffisante et les interprètes parfaitement convaincants. 
Le sujet méritait respect et minutie et le réalisateur Tom McCarthy remplit le contrat. 
A voir.

La petite anecdote:
Cette enquête a reçu le Prix Pulitzer. Pour en savoir plus sur ce prix, c'est ici.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Spotlight
sorti le 27 janvier 2016 en France
réalisateur: Tom McCarthy
avec: Rachel McAdams, Michael Keaton, Mark Ruffalo, Stanley Tucci




lundi 4 janvier 2016

Star Wars: Le Réveil de la Force


Article garanti sans spoiler!
Rachetée en 2012 par Disney, la franchise Star Wars voit donc arriver son épisode 7 (après les 4, 5, 6 sortis fin des années 70 et les 1,2,3 début des années 2000). La réalisation a été confiée à J.J Abrams (créateur de Lost, Super 8, Star Trek), fan affiché des films originaux de George Lucas.

30 ans après les faits relatés dans Star Wars: Le Retour du Jedi, une nouvelle menace plane sur la République. L'ordre Jedi n'existe plus et le Premier Ordre grandit. La résistance s'organise...

Qu'il est agréable de ne pas être déçu(e) à la sortie d'un film très attendu (quel euphémisme). Alors que la prélogie (épisodes 1-2-3), réalisée par Georges Lucas avait chagriné de nombreux fans à cause d'une utilisation mal maîtrisée d'effets spéciaux numériques, ce nouveau départ suscite beaucoup d'enthousiasme.

JJ Abrams a réussi à réaliser un épisode de transition en respectant les règles mais également en introduisant une nouvelle génération de personnages. Star Wars: Le Reveil de la Force est le 1er épisode d'une nouvelle trilogie et il fallait l'enchaîner correctement avec les précédents.

Qu'on ne s'y trompe pas, cet épisode VII reste un produit ultra-calibré, destiné à plaire à la communauté de fans et à vendre des produits dérivés.
Pas de grosse surprise donc au niveau du scénario. On a même parfois l'impression d'un copier-coller de scènes des films précédents tant les clins d'oeil se font nombreux. 

32 ans se sont écoulés depuis la sortie de l'épisode VI (Star Wars: Le Retour du Jedi) et les acteurs ont donc vieilli en même temps que leurs personnages. Ils ont tous accepté de rempiler et on retrouve donc Han Solo, Chewbacca (qui a pris moins de rides que ses partenaires), Leia, etc. 
Le temps qui a passé est évoqué hors-champs et Abrams filme ces retrouvailles sans ironie et avec beaucoup de douceur. La narration est assez linéaire mais le rythme entre scènes d'action, poursuites spatiales et moments plus calmes est le bon.

Abrams réintègre par ailleurs une dose d'humour très bienvenue, notamment par le personnage de Finn (joué par John Boyega).

La nouvelle génération de personnage est diverse et pleine de possibilités. En confiant ces rôles à des acteurs peu connus du grand public, Abrams fait le bon choix. Daisy Ridley est Rey, une pilleuse d'épave dont on ne connaît pas les origines. Sorte de double de Keira Knightley, elle donne corps à ce personnage principal, féminin et surdoué. 
Le débat porte plutôt sur Adam Driver (vu dans la série Girls, aperçu dans Lincoln) qui joue Kylo Ren, le nouveau méchant et représentant du côté obscur de la Force. Evidemment moins charismatique que Dark Vador, je trouve sa complexité intéressante. Mais elle ne plait pas à tout le monde.
Tout au long de la saga, et cet épisode n'y échappe pas, les personnages évoluent en duo ou en trio, quelles que soient leurs allégeances et ces interactions fonctionnent bien. 

On appréciera d'autant plus ce film qu'on est familier de l'univers Star Wars tant les clins d'oeil scénaristiques et visuels sont nombreux. On est heureux de voir ces souvenirs dépoussiérés même si on peut déplorer un manque d'audace et de nouveautés.

La mission est selon moi accomplie avec une saga qui renaît, un film qui fait le pont avec les épisodes précédents et un spectacle de 2h15 réussi.

La petite anecdote:
Les produits dérivés de Star Wars: Le Reveil de la Force ont déferlé au moment de la sortie du film. En voici parmi les plus étranges: le mascara Star Wars, le raisin Yoda, le dérouleur de scotch C3-PO ou encore le déambulateur...

Note:
4/5
Infos pratiques:
Star Wars: Le Reveil de la Force
sorti le 16 décembre 2015 en France
réalisateur: J.J Abrams
avec: daisy Ridley, John Boyega, Harrisson Ford, Carrie Fisher, Adma Driver
  

vendredi 30 octobre 2015

Sicario


La frontière entre les USA et le Mexique est devenue un no man's land gouverné par les cartels de drogue. C'est le théâtre d'affrontements quotidiens avec les forces d'ordre américaines. Et c'est le cadre du nouveau polar d'action dirigé par Denis Villeneuve.

Kate Macer, jeune agent du FBI, est recrutée pour une mission inter-agences pour frapper les cartels afin qu'ils fassent un faux pas.

Le réalisateur Denis Villeneuve trace depuis quelques années son parcours à Hollywood: Incendies, Prisoners, et récemment Enemy ont fait mouche. Sicario a pour sa part été présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes. Le réalisateur maîtrise parfaitement le rythme et sait créer une atmosphère étouffante, à la limite de la claustrophobie. Prenez votre souffle et préparez-vous pour 2h d'apnée!

L'histoire de Sicario va au-delà d'une simple opposition entre deux "clans" ennemis (police US versus cartels). Tout comme la frontière physique entre les deux pays devient perméable aux trafics et passages clandestins, la limite entre le bien et le mal, le légal et l'illégal, le légitime et l'inexcusable est très floue.
Les troupes d'élite américaines agissent sans contrôle, utilisant des méthodes ultra-violentes. La fin justifie-t-elle les moyens? Est-ce le terrain de jeu rêvé pour des militaires sans scrupules? Les valeurs de l'agent Macer sont remises en cause. Partagée entre l'envie de voir les choses bouger et la nécessité de suivre les procédures légales, elle perd pied.

Villeneuve cache bien plus qu'il ne montre et parvient à créer un climat de tension forte, comme dans tout thriller réussi. Le cadre est d'une violence primitive et on n'est pas épargnés. L'adrénaline monte petit à petit et fait son effet.

La réussite de Sicario tient également à son casting, impeccable. Les trois acteurs principaux sont tous très convaincants. Emily Blunt (Looper, The Edge of Tomorrow) fragile et forte à la fois, apporte la juste dose de féminité qui permet de prendre un recul nécessaire. Josh Brolin (Sin City, True Grit) est un barbouze plus intelligent qu'il n'y paraît. 
Et surtout Benicio Del Toro, grand habitué des films autour de la drogue (oscar du meilleur second rôle pour Traffic, vu dans Savages, etc.) est ici impressionnant par sa présence et son intensité. 90% de ses répliques initialement prévues dans le scénario ont été supprimées, pour laisser place à un silence et un mystère autour de son personnage encore plus évocateurs que tous les discours.

Mise en scène maîtrise, direction d'acteurs remarquable, bande-son métallique et oppressante, images léchées (Roger Deakins - Les Evadés, Skyfall, est le directeur de la photo): Sicario est l'un des très bons films d'action de 2015.

La petite anecdote:
Denis Villeneuve réalisera la suite de Blade Runner avec Ryan Gosling et Harrison Ford. 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Sicario
sorti le 7 octobre 2015 en France
réalisateur: Denis Villeneuve
avec: Emily Blunt, Josh Brolin, Benici Del Toro

jeudi 2 juillet 2015

Vice-Versa


Après avoir surtout fait des suites (Toy Story 3, Monstres Academy...), Pixar renoue avec les scénarios originaux pour son 15ème film. Ils nous proposent de voir à quoi ressemblent ces petites voix dans nos têtes.

Riley a 11 ans et cinq émotions gouvernent ses réactions: la Joie, la Tristesse, la Colère, la Peur et le Dégoût. Quand ses parents décident de déménager, c'est le bran-le-bas de combat dans le cerveau de la petite fille.

Vice-Versa appartient à cette catégorie de films qui s'adressent non seulement aux enfants mais surtout à la part d'enfance des adultes. La patte de Disney (dont Pixar fait partie depuis 10 ans) est là, la subtilité en plus.

Le réalisateur Pete Docter (déjà aux commandes du très réussi La-Haut et co-réalisateur de Monstres et Cie) parvient à figurer de manière très concrète et visuelle des notions abstraites. A quoi ressemblent nos émotions? Comment se fabrique un souvenir? Qu'est-ce qui constitue une personnalité? 
En s'appuyant sur des travaux scientifiques et neurologiques, les équipes d'animation ont réussi à créer un univers facilement compréhensible. Alors que d'autres films ou dessins animés nous emmenaient visiter nos organes, c'est cette fois dans le cerveau que se déroule l'histoire.

Les plus jeunes passeront sans doute à côté des très nombreuses références et trouvailles comiques. Chaque émotion est incarnée par un personnage caricatural, acteurs de gags (parfois un poil répétitifs par ailleurs).

Vice-Versa alterne entre deux mondes: celui dans lequel vit Riley avec ses parents et celui de sa tête. Ces deux environnements sont très distincts visuellement avec des couleurs vives (qui a dit criardes?) pour le monde intérieur et des tons plus nuancés et sombres pour le réel. 
J'ai trouvé le résultat moins beau et fouillé en terme d'image que d'autres films d'animations comme le magnifique Monde de Némo. Cependant il y a de belles trouvailles comme les textures des émotions (pas de la peau, pas de la fourrure, de l'énergie?).

Mais c'est plus par le scénario que Vice-Versa marque des points. Pixar conserve son talent pour provoquer des émotions authentiques. Ils parviennent à saisir ce complexe moment de la pré-adolescence fait de bouillonnement d'hormones, de repli sur soi et de comportements étranges. Le film parle de l'apprentissage de la mélancolie et de la complémentarité des émotions.

Ce n'est pour moi pas un chef d'oeuvre Pixar mais un film fin, avec des moments très drôles et un message qui n'est pas martelé comme une morale indiscutable.

PS: restez bien jusqu'au générique final, sous peine de rater une des séquences les plus drôles du film!

La petite anecdote:
Les clins d’œil aux autres films Pixar sont très nombreux mais parfois bien cachés. Il ne faut pas cligner des yeux si on veut apercevoir les petits oiseaux sur leur câble en revanche vous devriez remarquer le jeu de société "retrouvez Nemo" ainsi que le souvenir du mariage du couple de La-Haut.

Note:
4/5

Infos pratiques
Vice-Versa
sorti le 17 juin 2015 en France
réal: Pete Docter
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19548545&cfilm=196960.html 


mercredi 10 juin 2015

La Tête Haute


Projeté hors compétition en ouverture du Festival de Cannes 2015, le nouveau film d'Emmanuelle Bercot (co-scénariste de Polisse) a donné le ton d'une sélection centrée sur un cinéma social et engagé.

Malony a 6 ans lorsqu'il se retrouve pour la première fois dans le bureau de la juge pour enfants. Il y reviendra à de nombreuses reprises jusqu'à ses 18 ans.

Les drames sociaux au cinéma, c'est un genre en soi. Certains réalisateurs y excellent (les frères Dardenne, Abdellatif Kechiche, Ken Loach...) et il est indéniable qu'Emmanuelle Bercot lorgne dans leur direction. Même s'il sonne parfois "à la manière de...", cet essai est plutôt convaincant.

Elle choisit de nous raconter l'histoire d'un gamin en manque: en manque de parents, de repères et d'amour. En manque de calme et qui réagit à fleur de peau, qui choisit la violence comme moyen d'auto-défense. Explosions, dérapages incontrôlés, inconscience: Malony paraît irrécupérable. Et c'est pourtant le job de sa juge et de son éducateur de lui donner sa chance.
La réalisatrice s'est renseigné sur son sujet et nous peint un portrait brut et réaliste des centres de détention pour mineurs et des personnes qui y vivent (jeunes délinquants et éducateurs). Elle cite une phrase dans ses inspirations: "L'éducation est un droit fondamental. Il doit être assumé par la famille et si elle n'y parvient pas, il revient à la société de l'assumer". Mais que faire quand le principal intéresser refuse toute aide?...
Malony lutte contre tout, en particulier contre son éducateur, qui représente l'insupportable absence de son père.

Grâce à une mise en scène maîtrisée, des plans fixes, une attention aux regards et des décors naturels, Emmanuelle Bercot échappe aux débordements d'hystérie qui auraient pu polluer son propos.
On  regrettera cependant quelques longueurs, en particulier sur la dernière partie qui méritait un resserrage. Mais l'énergie et l'élan qui guident Le Tête Haute sont touchants. De même, et sans rien révéler, l'issue choisie peut poser question.
Enfin, les acteurs du système administratif et judiciaire sont dépeints tous comme des bons samaritains et leurs actions sont peu questionnées.

Comme dans sa première réalisation (Elle s'en va), Bercot a fait appel à Catherine Deneuve qui interprète avec toute son aura et son autorité cette juge pour enfants. Benoît Magimel joue finement l'éducateur de Malony. En revanche le personnage de la mère (joué par Sara Forestier) frise le cliché.
Le rôle principal a été confié à un jeune acteur non professionnel, Rod Paradot, qui livre une performance sincère et brute. Il est par ailleurs bluffant en étant à la fois crédible à 13 ans et à 18...

On pense à Polisse et à Mommy. Pour ce dernier, le style est différent mais on parle ici aussi d'une relation toxique entre une mère et son fils et de jeunes débordés par leur violence.

La Tête Haute est un film à fleur de peau, réussi dans sa direction d'acteurs (et on est pas obligé d'être fan de Catherine Deneuve pour apprécier sa performance). Authentique et explosif.

La petite anecdote:
C'était LE festival de Cannes pour Emmanuelle Bercot qui, en plus de la diffusion de La Tête Haute en ouverture, a reçu le Prix d’Interprétation féminine pour sa performance dans Mon Roi de Maïwenn (partagé avec Rooney Mara pour son rôle dans Carol  de Todd Haynes).

Note:
4/5

Infos pratiques:
La Tête Haute
sorti le 13 mai 2015 en France
réalisatrice: Emmanuelle Bercot
avec: Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Rod Paradot, Sara Forestier