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jeudi 3 mars 2016

Ave Cesar!


Les frères Coen sont fans de cinéma et rendent hommage film après film aux différents styles du 7ème art.

Dans les années 50, le studio hollywoodien Capitol Pictures produit en simultané des films de tous les genres: western, drames, numéros de claquettes, etc.

Les réalisateurs de No Country for Old Men, The Big Lebowski ou encore Burn After Reading se plongent cette fois-ci dans la période faste d'Hollywood: celle des grandes stars, des studios omniprésents et des décors gigantesques. Ils le font avec enthousiasme et sous l'angle de la comédie. On flirte avec la parodie mais leur œil reste toujours bienveillant. 

On suit à la trace Eddie Mannix (Josh Brolin), le "fixer" du studio dont le job consiste à régler tout ce qui dérape. Il nous permet de nous balader entre les plateaux, de passer du désert de western à la piscine du ballet aquatique. Un semblant d'histoire rythme cette visite guidée: un acteur vedette est mystérieusement kidnappé.

C'est là que le bât blesse. Ave Cesar! souffre d'un manque cruel de scénario. Les sketchs s'enchaînent et le casting (royal) s'en donne à cœur joie. Mais une suite de tableaux ne fait pas un film et on se lasse vite de passer du coq à l'âne. La cohérence générale est de moins en moins évidente au fur et à mesure du récit.

Certaines performances sont très réussies: Scarlett Johansson en sirène / poissonnière ou Channing Tatum faisant des claquettes et s'auto-parodiant (on pense beaucoup à Magic Mike). Les stars jouent le second degré et ça fonctionne. George Clooney, qui travaille avec les Coen pour la 4ème fois, cabotine à fond mais, là encore, ça colle avec le ton du film.

La reconstitution des années 50 et de l'atmosphère des studios est minutieuse: costumes, décors, l'ambiance est là. C'est bien un film hommage: les réalisateurs ont voulu montrer le talent d'artisan déployé à cette époque.

Il est évident que les frères Coen se sont amusés à faire Ave Cesar!
On s'amuse beaucoup moins à le regarder...

La petite anecdote:
Après avoir joué dans O'Brother, Burn After Reading et Intolérable Cruauté, George Clooney pensait avoir fini ce que Joel et Ethan Coen ont appelé la "trilogie des idiots". Il rempile pourtant ici avec un rôle que l'acteur qualifie lui-même "d'encore plus stupide que les précédents".

Note:
2/5


Infos pratiques:
Ave Cesar!
sorti le 17 février en France
réalisateurs: Joel et Ethan Coen
avec: Josh Brolin, George Clooney, Channing Tatum, Scarlett Johansson

vendredi 30 octobre 2015

Sicario


La frontière entre les USA et le Mexique est devenue un no man's land gouverné par les cartels de drogue. C'est le théâtre d'affrontements quotidiens avec les forces d'ordre américaines. Et c'est le cadre du nouveau polar d'action dirigé par Denis Villeneuve.

Kate Macer, jeune agent du FBI, est recrutée pour une mission inter-agences pour frapper les cartels afin qu'ils fassent un faux pas.

Le réalisateur Denis Villeneuve trace depuis quelques années son parcours à Hollywood: Incendies, Prisoners, et récemment Enemy ont fait mouche. Sicario a pour sa part été présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes. Le réalisateur maîtrise parfaitement le rythme et sait créer une atmosphère étouffante, à la limite de la claustrophobie. Prenez votre souffle et préparez-vous pour 2h d'apnée!

L'histoire de Sicario va au-delà d'une simple opposition entre deux "clans" ennemis (police US versus cartels). Tout comme la frontière physique entre les deux pays devient perméable aux trafics et passages clandestins, la limite entre le bien et le mal, le légal et l'illégal, le légitime et l'inexcusable est très floue.
Les troupes d'élite américaines agissent sans contrôle, utilisant des méthodes ultra-violentes. La fin justifie-t-elle les moyens? Est-ce le terrain de jeu rêvé pour des militaires sans scrupules? Les valeurs de l'agent Macer sont remises en cause. Partagée entre l'envie de voir les choses bouger et la nécessité de suivre les procédures légales, elle perd pied.

Villeneuve cache bien plus qu'il ne montre et parvient à créer un climat de tension forte, comme dans tout thriller réussi. Le cadre est d'une violence primitive et on n'est pas épargnés. L'adrénaline monte petit à petit et fait son effet.

La réussite de Sicario tient également à son casting, impeccable. Les trois acteurs principaux sont tous très convaincants. Emily Blunt (Looper, The Edge of Tomorrow) fragile et forte à la fois, apporte la juste dose de féminité qui permet de prendre un recul nécessaire. Josh Brolin (Sin City, True Grit) est un barbouze plus intelligent qu'il n'y paraît. 
Et surtout Benicio Del Toro, grand habitué des films autour de la drogue (oscar du meilleur second rôle pour Traffic, vu dans Savages, etc.) est ici impressionnant par sa présence et son intensité. 90% de ses répliques initialement prévues dans le scénario ont été supprimées, pour laisser place à un silence et un mystère autour de son personnage encore plus évocateurs que tous les discours.

Mise en scène maîtrise, direction d'acteurs remarquable, bande-son métallique et oppressante, images léchées (Roger Deakins - Les Evadés, Skyfall, est le directeur de la photo): Sicario est l'un des très bons films d'action de 2015.

La petite anecdote:
Denis Villeneuve réalisera la suite de Blade Runner avec Ryan Gosling et Harrison Ford. 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Sicario
sorti le 7 octobre 2015 en France
réalisateur: Denis Villeneuve
avec: Emily Blunt, Josh Brolin, Benici Del Toro

vendredi 19 septembre 2014

Sin City: J'ai Tué Pour Elle


Neuf ans plus tard, le noir et blanc graphique de Frank Miller mis en scène par Robert Rodriguez est de retour. On revient dans la ville du vice avec impatience et beaucoup d'attentes...

A Sin City règne la loi du plus fort: entre vengeance, violence et séduction Marv, Nancy, Dwight et d'autres se croisent au Katie's.

Sin City: j'ai tué pour elle n'est pas vraiment la suite du Sin City de 2005. L'histoire compte quatre segments et trois d'entre eux se situent chronologiquement avant le 1er film (notamment celui autour Ava Lord). Cette construction du scénario est parfois un peu lourde et laisse une drôle d'impression: celle de lire les BD d'une même série sans être sûr(e) de les avoir choisies dans l'ordre. 

Le style graphique en noir et blanc avec seulement quelques éléments en couleur avait fait le choc visuel du premier film. La surprise n'est plus là mais la signature reste, la 3D venant même l'enrichir et lui donner encore plus de profondeur. 

Le casting est l'autre gros point for de Sin City: j'ai tué pour elle . Bon nombre d'acteurs présents dans le premier film reviennent: Mickey Rourke en brute épaisse, Jessica Alba en strip-teaseuse en quête de vengeance ou Rosario Dawson en amazone chef de clan. De nouvelles têtes non moins connues les accompagnent: Joseph Gordon Lewitt (Inception, The Dark Knight Rises, Looper,  Don Jon) en jeune joueur de poker et surtout Eva Green, plus dénudée que jamais en femme fatale vénéneuse. 

Cette galerie de personnages vaut à elle seule le détour même si on frôle souvent le too-much avec des répliques sorties de mauvais romans noirs et une atmosphère qui peine à s'installer.

La violence est à tous les coins de rue dans Sin City: j'ai tué pour elle et le film a beau être en noir et blanc, le sang est bien rouge et il coule à flots. Le réalisateur Rodriguez (connu pour Machete) est un proche de Tarantino et on retrouve le même goût pour les scènes de baston sanglantes. 

On se replonge donc avec plaisir dans les rues de Sin City, sans pour autant retrouver le frisson de la première fois. Moins surprenant et moins bien écrit, il reste une originalité visuelle et une équipe d'acteurs de premier plan.

La petite anecdote:
Une des affiches promotionnelles du film a été bloquée par le comité de classification américain qui a trouvé les courbes d'Eva Green trop exposées. Le peignoir est donc devenu (légèrement) plus opaque.

Note:
3/5

Infos pratiques:
Sin City: j'ai tué pour elle
sorti le 17 septembre 2014 en France
réalisateur: Frank Miller et Robert Rodriguez
avec: Jessica Alba, Mickey Rourke, Joseph Gordon-Lewitt, Bruce Willis, Josh Brolin, Eva Green
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19546146&cfilm=61087.html 


lundi 25 février 2013

J'ai été voir... Gangster Squad


Certains thèmes semblent être une source inépuisable d'histoires à raconter au cinéma: la lutte contre les gangsters en fait partie. Et ce thème se décline à toutes les époques: années 20-30 (Lawless), les années 40-50 (Le Parrain, Les Affranchis, L.A Confidential), les années 70-80 (American Gangster, Scarface) jusqu'à aujourd'hui (Les Infiltrés)...

Après la Seconde Guerre Mondiale, à Los Angeles, une unité spéciale est mandatée par le chef de la police pour détruire l'empire de Mickey Cohen, un parrain de la mafia qui contrôle la ville.

Sur le papier, le scénario ressemble beaucoup à celui des Incorruptibles; en fait, on en est loin. Mais ce n'est pas la seule référence puisque les clins d'oeil à Scarface et Public Enemies sont nombreux.  

Gangster Squad est sensé aborder le sujet de la différence entre le bien et le mal: qu'est-ce qui différencie les gentils policiers des méchants s'ils sont prêts à tout ? 
Mais on ne va pas jusque là dans la réflexion car le film s'arrête au niveau esthétique du film de gangster.
Les années 50 sont parfaitement reconstituées: les chapeaux et les impers tombent parfaitement, les robes du soir ressemblent à celle de Jessica dans Qui veut la peau de Roger Rabbit? et les sulfateuses font un bruit d'enfer. C'est à un exercice de style que se livre le réalisateur Ruben Fleisher, il nous donne à voir un Los Angeles fantasmé.

Et il faut admettre que son casting a de l'allure. A la tête de l'équipe de policiers de chocs, Josh Brolin et sa mâchoire hyper-carrée. Pas hyper charismatique mais il a le physique parfait pour le personnage...
Pour continuer dans les physiques parfaits, Ryan Gosling prête sa gueule d'ange à Jerry Wooters, flic désabusé et séducteur second degré. Ok, il est plus mannequin qu'acteur: Los Angeles fantasmé on vous dit... 
La déception surprise vient de Sean Penn qui est d'habitude impeccable mais qui, ici, en fait beaucoup trop. Sur-maquillé pour le transformer en ex-boxeur, il s'énerve très fort et se fâche tout rouge mais il ne fait pas un Mickey Cohen convaincant.

Gangster Squad ressemble en fait à une BD, un de ces comics américains qui rassemblerait une bande de héros pour une quête de justice. Dans cette équipe de flics, que l'on pourrait rebaptiser "United Colors of LAPD", tous les quotas sont remplis (1 noir afro-américain, 1 mexicain, 1 geek, 1 vieux senior). 
Visuellement aussi, on est dans le film de super-héros avec des ralentis et des arrêts sur images qui ressemblent aux vieux dessins animés Batman.
La Ligue des Policiers Extraordinaires fait donc son travail et cet esprit BD est renforcé par un humour un peu lourd. Cela permet également de dédramatiser la violence, pourtant bien présente dans le film: on ne prend pas au sérieux les bastons et les fusillades qui paraissent très chorégraphiées.
Pas de subtilité: on ne fait pas dans la dentelle et on ne s'attarde pas sur des détails de l'histoire qui pourraient pourtant lui donner la profondeur qui lui manque.

Gangster Squad est une succession de clichés sur ce qu'est sensé être un film de gangsters dans les années 50. Ce n'est pas désagréable mais ça pourrait être tellement mieux...

La petite anecdote:
La sortie de Gangster Squad a été retardée suite à la fusillade dans le cinéma d'Aurora. Alors qu'il devait sortir en septembre 2012 et que la bande-annonce tournait déjà, la production a décidé de couper une scène du film qui représentait... une fusillade dans un cinéma. Il a même fallu re-tourner entièrement une scène.

Infos pratiques:
Gangster Squad
sorti le 6 février 2013 en France
réalisateur: Ruben Fleisher
avec: Josh Brolin, Sean Penn, Ryan Gosling, Emma Stone
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19415289&cfilm=186168.html