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mercredi 14 décembre 2016

Snowden


Les lanceurs d'alerte ont encore récemment fait la une. Si, comme moi, vous mélangez un peu les histoires entre Assange, Snowden and Co, ce film pourra vous aider à y voir plus clair.

Edward Snowden a travaillé en tant qu'analyste pour la CIA et la NSA. Au cœur du système de renseignement américain, il est choqué de ce qu'il découvre et décide d'en parler.

Difficile d'imaginer un réalisateur plus approprié qu'Oliver Stone pour dresser le portrait d'Edward Snowden. Après JFK, NixonW (mais aussi, dans un autre style, L'Enfer du Dimanche, Platoon, etc.) le réalisateur engagé a choisi de nous raconter cette histoire qui a récemment fait trembler l'Amérique. 

La NSA ou National Security Agency est l'administration américaine chargée de la surveillance informatique. Snowden a diffusé des document via la presse qui prouvent que le gouvernement américain collecte des données personnelles d'utilisateurs sans qu'ils le sachent. Il est aujourd'hui accusé d'espionnage et de vol de données.

Le challenge de ce film est de raconter une histoire vraie, qui ressemble beaucoup à un film d'espionnage, mais qui n'en a forcément pas tous les ressorts. Snowden passe la plupart de son temps derrière un écran d'ordinateur: comment rendre ça palpitant?

Stone se fait le porte-parole du lanceur d'alerte et son film creuse peu le personnage. Il accorde cependant de l'importance au personnage de Lindsay, la petite amie de Snowden, qui explique en partie son changement de position et pourquoi il remet en question les règles. Mais pas d'enquête fouillée: on colle au livre The Snowden Files: The Inside Story of the World's Most Wanted Man du journaliste Luke Harding. 
Le vrai Edward Snowden a participé à la création du film, en conseillant Oliver Stone et les acteurs. C'est à peu près le seul gage de crédibilité du film dans la mesure où la NSA ne confirmera jamais que ça s'est effectivement passé de cette façon. Snowden est donc une version approuvée par son propre personnage principal.

Le film évite les explications trop techniques et est relativement pédagogique. On se concentre plutôt sur des aspects très concrets (la prise de contrôle d'une webcam quand le PC est éteint par exemple) qui sont suffisamment parlants et évocateurs. 
Par l'intermédiaire de personnages secondaires, on entend les réactions habituelles: "pourquoi s'inquiéter si on a rien à cacher?"... et on est mis en face de ses propres contradictions.
On n'évite pas certains clichés mais on ressort de Snowden plus renseigné, ainsi qu'avec d'avantage de questions.

Joseph Gordon Lewitt (Inception, 500 Days of Summer, Looper...) joue Snowden de façon très honnête. Oliver Stone a par ailleurs confié qu'il avait pensé à lui dès le début du projet. Shailene Woodley (Divergente, Nos Etoiles Contraires) est la fameuse Lindsay.

Snowden joue son rôle d'exposé. Il manque cependant une vraie progression dramatique qui nous prendrait aux tripes. C'est un "film dossier" qui ne restera pas dans les annales mais qui aide à décrypter ce qui restera comme un scandale historique.

La petite anecdote:
On parle beaucoup de "lanceurs d'alerte" et il y  a actuellement des débats sur le statut et le besoin d'une éventuelle protection juridique.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Snowden
sorti le 2 novembre 2016 en France
réalisateur: Oliver Stone
avec: Joseph Gordon Lewitt, Shailene Woodley, Zachary Quinto

lundi 7 novembre 2016

L'Odyssée


Chaussez votre bonnet rouge, le commandant Cousteau est de retour.

Cousteau et ses aventures: marines, d'entrepreneur, de star et autres...

Jérôme Salle (Zulu, Largo Winch) s'attaque à un monstre sacré. L'idée initiale lui est venue quand il s'est rendu compte que son fils ne connaissait pas Cousteau alors que pour sa génération à lui, il était une légende. Il a alors monté le projet de ce biopic et tenté d'en éviter les écueils. 

Le scénario mise sur un récit chronologique qui nous permet de suivre les évolutions des personnages et de leurs relations.
Salle a choisi d'accorder une grande importance à la relation entre Cousteau et son fils Philippe, notamment après avoir rencontré Pierre Niney qui interprète ce dernier. D'autres personnages gravitent autour d'eux en révélateurs de certains traits de caractère: sa femme Simone (jouée par Audrey Tautou), son autre fils, etc.

On découvre un Cousteau ambitieux, égoïste, homme à femmes. Mais aussi un homme passionné, habité par son projet et par une mission dont il se sent investi. Multi-facette car tantôt dur et profondément égoïste puis blessé et finalement plus ouvert que prévu.
Grâce à son fils, Cousteau s'ouvre (sur le tard, dans les années 80) aux problématiques environnementales alors qu'il a dans un premier temps été financé par des pétroliers qu'il a aidé dans leurs opérations de forage. Dans cet aspect Cousteau est un témoin d'une époque où l'on pensait les ressources naturelles inépuisables.

Lambert Wilson rate son entrée en matière: son Cousteau jeune est sur joué et on craint pour le reste du film. Ça s'améliore quand le personnage vieillit. Wilson parvient à créer un équilibre entre ressemblance physique et sensibilité qui fonctionne finalement.
Pierre Niney est donc Philippe Cousteau, plein d'énergies contradictoires, de dynamisme et de volonté d'exister d'abord dans les yeux de son père.

Certaines prises de vue des éléments naturels sont grandioses, par exemple en Antarctique ou au milieu des requins. Entre ces séquences spectaculaires, le rythme peine à s'installer. 
Reste un film romanesque mais très convenu sur un personnage plus complexe qu'il n'y parait.

La petite anecdote:
Des effets spéciaux numériques ont été nécessaires. Pour positionner la Calypso dans les eaux glacées de l’Antarctique qui ne peuvent pas accueillir de bateaux en bois. Mais également (et c'est plus triste) pour ajouter des poissons dans les eaux méditerranéennes car ils se sont raréfiés depuis les années 70.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
L'Odyssée
sorti le 12 octobre 2016 en France
réalisateur: Jérôme Salle
avec: Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou

mardi 2 février 2016

Danish Girl


Nominé deux fois aux prochains Oscars et présenté lors de la dernière Mostra de Venise, le nouveau film du réalisateur Tom Hooper (Le Discours d'un Roi) a de quoi séduire.

Au début du XXème siècle, le peintre danois Einar Wegener découvre que sa vraie personnalité est féminine. Il va se battre, accompagné de son épouse, pour pouvoir changer se sexe.

Inspiré de faits réels mais adapté d'un roman américain (Danish Girl de David Ebershoff), ce film signe l'entrée de la transexualité dans le cinéma le plus commercial. Le sujet avait déjà été évoqué dans d'autres films (Laurence Anyways de Xavier Dolan par exemple) mais l'ampleur de celui-ci est autre.

En effet, Danish Girl est destiné au grand public et son réalisateur a à coeur de ne choquer personne. Cette angoisse de déplaire se sent tout au long du film dans une atmosphère un peu trop ampoulée.
La mise en scène très académique fait la part belle aux magnifiques costumes et décors: Copenhague et Paris à la fin des années 20, un monde d'artistes et de couleurs, des paysages méticuleusement éclairés.

Danish Girl est un film sensible.
Par son sujet tout d"bord: on parle ici d'une des premières opérations de changement de sexe. 
Sensible également par ses personnages délicats et fragiles. L'histoire d'Einar/Lili est dramatique et on ressort de la séance avec un grand sentiment de tristesse pour cette personne qui a sans doute vécu toute sa vie malheureuse.

Danish Girl est aussi le récit d'une histoire d'amour hors du commun entre Einar et sa femme Gerda, peintre elle aussi. Elle va choisir de soutenir et d'épauler son mari dans sa démarche. A noter que le récit de cette relation est semble-t-il assez éloigné de la réalité.

Ce couple est interprété par Eddie Redmayne (récompensé en 2015 par l'Oscar du Meilleur Acteur pour La Merveilleuse Histoire du Temps et nominé à nouveau cette année pour ce rôle) d'une part. Le méticuleux travail de maquillage et d'éclairage vient compléter des attitudes très travaillées qui le rendent effectivement féminin. Certains ont trouvé qu'il frôlait d'ailleurs avec le cabotinage.
Gerda Wegener est jouée par Alicia Vikander (vue récemment dans Agents très spéciaux: code U.N.C.L.E et aussi dans Royal Affair) avec beaucoup de sincérité. Elle a quant à elle toutes ses chances dans la course à l'Oscar du meilleur second rôle féminin.

Le sujet potentiellement sulfureux est étouffé dans un académisme un peu ampoulé. Danish Girl est un beau film, triste mais pas aussi dérageant qu'on aurait pu l'espérer.

La petite anecdote:
Les premières opérations de changement de sexe ont vraisemblablement eu lieu dans les années 20, notamment en Allemagne. Cependant, les archives ont été détruites par les nazis en 1933 et il n'y a donc pas de trace officielle de ces interventions pionnières.

Note:
3/5

Infos pratiques:
Danish Girl
sorti le 20 janvier 2016 en France
réalisateur: Tom Hooper
avec: Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaert, Ben Whishaw

mardi 19 janvier 2016

The Big Short: le casse du siècle


Annoncé comme un Ocean's Eleven à Wall Street et avec un casting royal (indice: les noms des acteurs sont écrits plus gros que le titre du film sur l'affiche), The Big Short avait de quoi séduire sur le papier.

En 2005, quelques outsiders de la finance voient ce que le reste du monde refusait d'admettre: le système financier américain était pourri. Ils décident alors de parier contre les banques.

Adapté du roman de Michael Lewis The Big Short: Inside the Doomsday Machine, ce film a une volonté de vulgarisation des mécanismes financiers ayant mené à la crise de 2008. Celle-ci a eu des répercussions mondiales et pourtant, on a bien du mal à comprendre d'où c'est parti. "C'est à cause des subprimes", et vous, vous savez ce que c'est que les subprimes?
Le réalisateur Adam McKay, abonné jusqu'ici aux comédies (dont le loufoque Ricky Bobby, Roi du Circuit) décide donc de nous expliquer ce qui a provoqué cette crise.

Il adopte un montage très rythmé, des images d'archives, des prises de vue caméra à l'épaule et même des apartés pour clarifier quand ça devient vraiment technique. 
Sauf que mettre Margot Robbie (Le Loup de Wall Street) dans un bain moussant ne m'aide pas vraiment à comprendre le marché obligataire...
J'ai bien saisi que les banques étaient véreuses et que l'appât du gain a mené à la création d'une bulle. J'ai aussi compris que tout un environnement se protégeait mutuellement: banques, agences de notations, journalistes, etc. Mais je ne suis toujours pas capable d'expliquer ce qu'est un subprime...

Le très bon Margin Call évoluait dans le même cadre sans chercher à rentrer dans les détails techniques et parvenait à nous raconter une atmosphère. The Big Short nous perd dans des détails. 
L'humour savamment distillé vient heureusement nous sortir du ron-ron des tutoriels.

Le casting 4 étoiles s'en donne à cœur joie. 
Christian Bale (nominé aux Oscars pour ce rôle) en geek complètement perché en fait trop. 
Ryan Gosling en moumoute et faux bronzage s'amuse et ça se voit.
Steve Carell continue sur sa lancée de rôles sérieux (Foxcatcher par exemple), voulant sans doute changer son image comique. 
Brad Pitt a un rôle décalé, qui sert de repère moral dans cette frénésie décorelée de la réalité économique.

Adam McKay parvient à véhiculer son message: on ressort de The Big Short convaincus que le système est pourri de l'intérieur et que les erreurs du passé n'ont pas du tout servi de leçon. La volonté d'indigner est noble mais il est difficile de s'énerver quand on a été noyé sous les explications financières trop techniques.
Dommage...

La petite anecdote:
Si Wikipédia peut vous aider à y voir plus clair... https://fr.wikipedia.org/wiki/Subprime

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
The Big Short: le casse du siècle
réalisateur: Adam McKay
avec: Steve Carell, Ryan Gosling, Christian Bale, Brad Pitt



mercredi 23 septembre 2015

The Program


La vie de Lance Armstrong a tout d'un scénario de film. Elle est ici adaptée sur grand écran, en se basant sur le livre enquête d'un journaliste ayant dévoilé son dopage.

Lance Armstrong, jeune cycliste américain, est loin d'avoir tous les atouts pour devenir un grand champion. Jusqu'à ce qu'il frôle la mort et qu'il n'ait plus rien à perdre.

Stephen Frears, réalisateur de The Queen et Philomena a sauté sur l'occasion de raconter la vie hors norme de ce champion des sommets aux plus bas fonds. En décidant d'adapter le livre "Sept péchés capitaux: ma poursuite de Lance Armstrong", le récit est forcément à charge. The Program, qui porte très bien son titre, démontre à quel point le champion était moteur dans une vaste opération de dopage.

Plus qu'une enquête journalistique (dont on connaît tous l'issue), The Program remonte le temps et nous plonge dans le monde des courses cyclistes professionnelles depuis les années 90. Entre images d'archives et reconstitutions, on s'y croit. On comprend alors à quel point le dopage fait partie du quotidien de ces sportifs et comment un écosystème se construit autour de ces pratiques. 

Le film est également le portrait d'un homme complexe. Armstrong ne supporte pas de perdre. C'est un refus viscéral et une grande douleur de terminer second. Il est donc prêt à tout pour atteindre son objectif.
Habité également par une idée de rédemption, il crée Livestrong, une fondation de recherche et d'aide aux malades atteints du cancer. Cette association deviendra un autre instrument de pouvoir. 

Certains éléments sont survolés: l'implication de Floyd Landis (qui passe un peu pour un débile), tout la partie française de l'enquête. Les scènes de course pourraient être encore plus impressionnantes. Mais on se prend au jeu et on découvre avec effroi l'ampleur de la manipulation. 
The Program  parle de vélo et de piqûres mais aussi d'égo, d'honneur et de triche.

Ben Foster (vu dans Du Sang et des Larmes) incarne Armstrong dans toute sa nervosité. Chris O'Dowd (vu dans Mes Meilleures Amies, Les Saphirs et la série Girls) est le journaliste poil à gratter qui contribue à la chute de celui que personne ne voulait voir tomber.

The Program lève le voile sur les coulisses cra-cra d'un sport devenu spectacle et de ses dérives. Chacun pourra alors se poser la question: Armstrong a-t-il gagné ses 7 sept Tours de France?

La petite anecdote:
La vidéo des aveux d'Armstrong chez Oprah Winfrey, c'est .

Note:
3/5

Infos pratiques:
The Program
sorti le 16 septembre 2016 en France
réalisateur: Stephen Frears
avec: Ben Foster, Chris O'Dowd, Guillaume Canet

lundi 23 mars 2015

American Sniper


Clint Eastwood, 84 ans, revient avec un film poids lourd, gros carton au box-office américain. Très loin du sujet plutôt léger de son film précédent (Jersey Boys), il nous raconte ici l'histoire vraie d'un sniper américain engagé en Irak.

Chris Kyle, tireur d'élite dans l'armée américaine, détient un record: celui du nombre de tués en opération. Derrière la "Légende", que se cache-t-il?

American Sniper est un film à l'ADN 100% américain. Je pense que pour bien le comprendre, il faut se rappeler qu'il a été fait par le réalisateur le plus patriotique qui soit et à destination du public US. Sans cette clé de lecture, on passe à côté et on crée des polémiques. 

On a par exemple reproché au film de ne pas questionner l'intervention américaine en Irak. Pour moi, ce sujet ne fait absolument pas partie du film. American Sniper parle d'un homme, que l'Amérique a transformé en héros. Utilisée par l'armée pour son recrutement, l'image de Chris Kyle n'est pourtant que la face visible d'un iceberg bien plus nuancé qu'il n'en a l'air.
Le sujet du film, ce n'est pas la justification ou non de cette guerre. Ce n'est pas non plus de juger si ce qui a été fait là-bas a été fait correctement. Le sujet du film, c'est de nous montrer ce que provoque une guerre, l'exposition prolongée à la violence sur un homme aux principes très ancrés.

Chris Kyle est quasiment né un fusil dans les mains (j'ai dit que c'était un film 100% US?). Il a grandi dans l'idée qu'il devait devenir suffisamment fort pour protéger les autres: son frère, sa femme, ses camarades, son pays... Eastwood nous présente les étapes qui vont faire de cet homme une machine à tuer redoutable. 
Mais la machine reste un homme et une lueur de doute s'allume parfois dans ses yeux.

Pour survivre à quatre tournées en Irak, Kyle se cramponne a ses principes. Servir son pays, protéger ses frères d'arme. Sans ces idéaux, il perd la raison. Comment accepter d'avoir pris plus de 150 vies s'il ne peut pas l'expliquer par son devoir?
Mais cette obstination a forcément des conséquences sur sa vie une fois rentré auprès de sa famille. Comment reprendre une vie normale après ça?

American Sniper est un film portrait. Le personnage de Kyle est présent dans toutes les scènes du film. La sobriété de la mise en scène nous met face aux réactions brutes des personnages. On est scotchés pendant les scènes d'action militaire et mal à l'aise à son retour.

Eastwood a mis en place un découpage limpide et utilise parfaitement le son pour nous plonger dans son film. La musique se fait rare mais le son des balles et des scènes de combat est glaçant de précision.

Bradley Cooper (Happiness Therapy, American Bluff) est à l'origine du projet de film. Il a décidé d'endosser le rôle suite au refus de Chris Pratt. Au-delà de la performance physique (il a pratiqué la musculation de façon intensive et avait un régime à 8000 calories par jour), il s'est glissé dans la peau du Marine et sa performance lui a valu sa 3ème nomination aux Oscars d'affilée. 

American Sniper n'est pas un film de guerre comme les autres. La guerre est là comme un environnement dans lequel évolue cet homme qu'on cherche à cerner. Broyé par ses idéaux que rien ne vient perturber, même sa vie de famille, Chris Kyle doit se créer un équilibre.

Complexe, dense, très manichéen: du grand Eastwood.

La petite anecdote:
Nominé 6 fois aux Oscars 2015, American Sniper est reparti avec une récompense, celui du meilleur montage Son.

Note:
4/5

Infos pratiques:
American Sniper
sorti le 18 février 2015 en France
réalisateur: Clint Eastwood
avec: Bradley Cooper, Sienna Miller

mercredi 25 février 2015

Imitation Game


Avec 8 nominations aux Oscars et une promo orchestrée par les frères Weinstein, Imitation Game semblait parti pour tout rafler. Il ne repart finalement qu'avec l'Oscar du Meilleur Scénario.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le mathématicien Alan Turing va travailler à décoder la machine Enigma que les nazis utilisent pour crypter tous leurs messages.

Imitation Game est un biopic très classique. Le réalisateur norvégien Morten Tydllum nous relate la vie de ce personnage oublié des livres d'histoires. Il a fallu attendre que les dossiers militaires soient déclassés pour pouvoir envisager une adaptation, qui était évidente tant l'histoire est un matériau de cinéma. Espionnage, guerre, génie scientifique, personnages hauts en couleurs: tout est là, le cachet "histoire vraie" en plus.

La vie d'Alan Turing est passionnante et Benedict Cumberbatch (la série SherlockLa Taupe) en donne une très bonne interprétation. Britannique jusqu'au bout des ongles, il prête au personnage ce mélange d'élégance et d'humour so british.
Turing était un génie, expert en codes et persuadé de pouvoir construire une machine pouvant résoudre tout problème mathématique. Il était aussi à la limite de l'autisme, incapable de percevoir le second degré et de vivre en groupe. Pour finir, son homosexualité (illégale à cette époque en Angleterre) a causé sa persécution après la guerre. Ses travaux ont finalement inspiré des générations de chercheurs et les ordinateurs actuels sont issus de ces recherches.

Imitation Game n'est pas un chef d'oeuvre: très linéaire dans sa construction, il manque d'originalité dans la narration. On peut s'ennuyer si on ne trouve pas le personnage principal suffisamment fascinant pour nous tenir en haleine pendant deux heures.
Le film est basé sur des allers-retours dans le temps entre la période de guerre pendant laquelle Turing livre une course contre la montre pour décoder Enigma et la période après-guerre pendant l'enquête pour attentant à la pudeur. Les flash-backs sont fluides mais on n'est surpris à aucun moment.
Cependant, un suspense s'installe pour la résolution de ce code et les relations entre les personnages changent. Turing évolue et on s'attache à cet homme à la fois extrêmement sensible et incapable d'empathie.

Au delà du portrait, c'est donc sur l'histoire incroyable que se concentre le film: la contribution de Turing à la victoire des Alliés n'a été reconnue qu'en 2013... D'autres thèmes sont abordés: la place des femmes, le rejet violent de l'homosexualité jusqu'à très récemment. Le grand sujet étant finalement l'éloge de la différence. Sujet qui est mentionné de façon assez peu subtile via des morales répétées plusieurs fois au long de l'histoire. 

Cumberbatch est entouré d'un casting très british: Keira Knightley (Orgueil et Préjugés, A Dangerous Method, New York Melody), Mark Strong (Zero Dark Thirty, La Taupe) et Matthew Goode (Match Point) en tête. Les fans de séries reconnaîtront également Charles Dance (Tywin dans Games Of Thrones) et Allen Leech (Downton Abbey).

La curiosité historique, un scénario fluide et un Benedict Cumberbatch en grande forme: choisissez vos arguments pour aller voir Imitation Game

La petite anecdote:
Alan Turing était un coureur longue distance de niveau international. Il a bouclé le marathon en 2h46 en 1946.

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Imitation Game
sorti le 28 janvier 2015 en France
réalisateur: Morten Tydlum
avec: Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Mark Strong, Matthew Goode

mercredi 21 janvier 2015

Invincible


Pour sa 2ème réalisation, Angelina Jolie filme a nouveau la guerre. Après celle de Bosnie dans Au Pays du Sang et du Miel, elle raconte ici l'épopée d'un héros de la 2ème Guerre Mondiale.

Louie Zamperini est un athlète olympique promis à un bel avenir quand les Etats-Unis entrent en guerre. Il devient bombardier et part pour le Pacifique. Sa vie déjà extraordinaire prend un nouveau tournant.

Si le label "histoire vraie" ne figurait pas au début du générique, on se dirait que c'est trop gros, que ce n'est pas possible. Et pourtant, Louie Zamperini a bien vécu ces épreuves du sort qui semble s'acharner sur lui. Sans les dévoiler, on peut dire qu'il a plus que frôlé la mort à de nombreuses reprises.

Angelina Jolie a choisi de raconter ce destin de façon assez linéaire. Quelques flash-backs nous renseignent sur le passé du jeune soldat. Ils nous donnent par ailleurs la clé du film: la devise de Zamperini, confiée par son frère: "si tu peux encaisser, tu t'en sortiras". On sait donc qu'il se relèvera toujours et s'enchaînent alors les scènes où il tombe et les scènes où il reprend le dessus: ça devient un peu répétitif.

Les scènes de combat, notamment aérien, sont impressionnantes et nous plongent tout de suite dans l'atmosphère. Mais au fur et à mesure de l'avancée du film, on perd en intensité et donc en intérêt.

Angelina Jolie sait s'entourer. Le scénario d'Invincible a été écrit par les frères Coen, ce qui est un gage de qualité mais qui ne se reconnaît pas du tout tant on est loin de leur style habituel.
Jack O'Connell ('71, 300: La Naissance d'un empire, la série Skins) prête ses beaux yeux au personnage principal et on le suit à la trace. Les seconds rôles sont tenus par des têtes connues qu'on cherche à replacer: Domhnall Gleeson (Il Etait Temps), Garett Hedlund (Inside Llewyn Davis), Jai Courtney (Jack Reacher, Divergente). 
Toute cette équipe donne un côté "gravures de mode" (voire quasiment boysband par moment) qui ne colle pas toujours au propos. Mais ils y mettent du leur et ça se voit.

L'ambition ne manque pas à Angleina Jolie. Cette histoire est lourde, on y parle de torture, de résistance, on y voit des figures christiques, on met en scène l'esprit qui est plus fort que le corps... 
Ce qui manque à Angelina Jolie dans Invincible, c'est un style. On pense à plein d'autres films en le voyant et on se dit parfois que ces morceaux d'histoire ont déjà été racontés. Sa version ne nous apportant pas grand chose de nouveau.

Invincible raconte un destin extraordinaire et suscite la curiosité. Ça en fait un film intéressant mais pas passionnant.

La petite anecdote:
Alors qu'il était annoncé comme un favori aux prochains Oscars, Invincible n'a reçu que 3 nominations techniques: meilleur son, meilleur montage son et meilleure photo.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Invincible
sorti en France le 7 janvier 2015 en France
réalisatrice: Angelina Jolie
avec: Jack O'Connell, Domhnall Gleeson, Jai Courtney, Garett Hedlund, Miyavi

lundi 13 octobre 2014

Saint Laurent


2014, année Saint Laurent. Après un premier biopic (très poli) sorti en janvier signé Jalil Lespert (Yves Saint Laurent), c'est Bertrand Bonello, réalisateur de L'Apollonide qui signe cette 2ème version en moins de 9 mois.

Décennie 1967-1976, dans un Paris de tous les excès, Yves Saint Laurent le couturier devient YSL, la marque planétaire.

Ce Saint Laurent est une commande: les frères Altmayer, producteurs, ont contacté Bonello pour lui proposer le sujet. Celui-ci à accepté à condition de pouvoir raconter sa propre vision de la vie de Saint Laurent.
Il en résulte un film miroir. Yves Saint Laurent, personnage narcissique, se cherche dans toutes les glaces, se retrouve dans des muses et se perd dans son propre reflet. Bonello réalisateur et artiste réfléchit aux effets de la célébrité, à la place du business dans le monde de l'art. 

La construction est assez biscornue et pas facile à décoder. En refusant une construction linéaire et chronologique, on fait des bonds dans les temps (au passé et au futur) et c'est assez déconcertant.
Ce Saint Laurent est un exercice de style. Bonello ne livre quasiment pas d'informations sur la biographie. Le couturier devient juste une image, un support à la réflexion. 

Le projet n'ayant pas été approuvé par Pierre Bergé (joué ici par Jérémie Rénier), l'équipe n'a eu accès à aucune archive et aucun lieu touchant la vie d'Yves Saint Laurent. Tout a été recréé et le résultat est visuellement assez réussi. Tout une séquence tourne autour de la conception et de la réalisation de la collection "Ballets Russes" de 1976 et le défilé est bluffant

Bonello a une façon de filmer qui peut être assez fatigante. Outre la durée du film (2h30), les nombreux gros plans de mains, pieds et autres ourlets de robes plombent un peu le film. Au nom du style visuel, j'ai trouvé qu'on tombait souvent dans de l'intellectualisation un peu inutile.

La seconde moitié du film explore la relation vénéneuse de Saint Laurent avec Jacques de Bascher, amant de Karl Lagerfeld. Le dandy va l'initier aux drogues et à des expériences sexuelles abusives qui vont petit à petit faire sombrer le créateur dans une dépendance et des abus en tous genre. Bonello choisit alors un style très immersif et plonge le spectateur dans la peau d'Yves Saint Laurent.
Car son sujet est là: qu'est-ce que cela signifie d'être Yves Saint Laurent? Artiste de génie, diva déconnectée de la réalité, constamment à la recherche de l'élégance et irrésistiblement attiré par le malsain.

Gaspard Ulliel prête son corps longiligne au couturier et trouve une diction qui, sans pousser le mimétisme, l'incarne très bien. Louis Garrel est l'amant démoniaque et magnétique. Seule Léa Seydoux fait un peu défaut en Loulou de La Falaise.

Sélectionné à Cannes en mai dernier, représentant la France aux prochains Oscars, Saint Laurent n'est pas un biopic comme un autre. C'est davantage une réflexion hypnotique sur la place de l'artiste. 2h30 de réflexion hypnotique, ponctuée de bonnes idées de mise en scène mais globalement trop intellectualisée pour moi.

La petite anecdote:
Ma prochaine lecture pour continuer à me plonger dans ce monde de style et de paillettes: Beautiful People d'Alicia Drake, qui retrace les vies parallèles de Saint Laurent et Lagerfeld.

Note:
2/5

Infos pratiques:
Saint Laurent
sorti le 24 septembre 2014 en France
réalisateur: Bertrand Bonello
avec: Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Jérémie Rénier, Léa Seydoux, Helmut Berger

jeudi 26 juin 2014

Jersey Boys


Sauriez-vous dire qui chantait Can't Take My Eyes Off You ou Big Girls Don't Cry ? Clint Eastwood revient sur la carrière fulgurante des Four Seasons dans les années 50-60.

Quatre garçons du New Jerseys se lancent la chanson et parviennent à percer après quelques galères et deviennent des stars.

Jersey Boys est l'adaptation au cinéma d'une comédie musicale de Broadway qui a connu un immense succès. Eastwood, depuis longtemps passionné de musique, a repris le projet quand Jon Favreau (Iron Man) l'a quitté. 
Il a par ailleurs choisi de s'entourer de l'équipe du show puisque la plupart des acteurs interprètent leur rôle à la fois à l'écran et sur les planches. C'est notamment le cas de John Lloyd Young qui avait obtenu un Tony Award (l'équivalent des oscars pour les comédies musicales) en 2006 pour le rôle de Frankie Valli.

Même s'il est adapté d'une comédie musicale, Jersey Boys est avant tout un biopic. Il nous raconte l'histoire de ce groupe en l'illustrant de chansons qu'ils ont interprétées. La musique s'intègre naturellement, et il n'y a pas de scène chantée (ce n'est pas Chicago ou un Disney...). 

Le thème n'est pas nouveau: ces quatre jeunes partis de loin et qui grimpent très vite au sommet, sans finalement savoir comment gérer le succès qui leur tombe dessus. Eastwood s'appuie sur un scénario et des dialogues très bien écrits et sur une mise en scène assez classique. Il y ajoute quelques clins d’œil comme les personnages qui s'adressent directement au public, face caméra.

Cependant, malgré un montage vif qui insuffle un rythme soutenu au film, il s'installe progressivement une mollesse. On monte rapidement en puissance mais l'histoire tire en longueur.
Et même si Eastwood a bien réalisé, on a du mal à sentir sa patte sur le film. On ne vibre pas vraiment pour ces quatre garçons et on est bien loin des Gran Torino et autres Sur la Route de Madison. On penserait plutôt au (pas très bon) J. Edgar

Les acteurs jouent leur rôle avec prestance. Ils chantent également eux-mêmes et réinventent ces rôles qu'ils connaissent pourtant si bien puisqu'ils les jouent tous les soirs ou presque.

Chansons pop entraînantes, histoire bien racontée, mise en scène efficace: Jersey Boys ne brille pas de mille feux mais se laisse agréablement regarder.

La petite anecdote:
Christopher Walken est un très bon danseur. Il le prouve dans le clip de Fat Boy Slim ici.  

Note:
3/5

Infos pratiques:
Jersey Boys
sorti le 18 juin 2014
réalisé par: Clint Eastwood
avec: Christopher Walken, John Lloyd Young

mercredi 12 mars 2014

Dans l'Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney


Mary Poppins a 50 ans et elle n'a pas pris une ride. Disney a choisi de remettre sur le devant de la scène cette nounou volante en se penchant sur sa créatrice. L'occasion pour deux grands acteurs de nous livrer un beau numéro.

PL Travers est l'auteur du best-seller pour enfants Mary Poppins. Pendant 20 ans, Walt Disney a souhaité acquérir les droits de ce roman pour l'adapter au cinéma. L'auteure, quant à elle, est bien décidée à ne pas galvauder sa chère Mary au pays de Mickey.

Dans l'Ombre de Mary se penche donc sur les coulisses de la préparation du film Mary Poppins, de l'écriture du scénario au casting et aux choix de mise en scène. Il est peu de dire que cette préparation fut mouvementée. Difficile en effet d'imaginer deux personnes aux caractères aussi éloignés que Walt Disney et PL Travers. L'un est un monstre sacré, paternaliste et débonnaire, là où l'autre est une britannique pincée et aigrie, aussi flexible qu'un manche à balai.
Quand ces personnages sont interprétés par deux pointures telles que Tom Hanks et Emma Thompson, on se régale.

Le film est une production Disney et on ne peut s'empêcher de penser que le portrait de Walt Disney a été édulcoré. Connu pour être un gros fumeur et avoir des positions politiques peu recommandables aujourd'hui, ces aspects sont soigneusement évités dans Dans l'Ombre de Mary. Il n’empêche que Tom Hanks se glisse dans la peau du créateur de Mickey avec un plaisir évident.

La vraie performance vient d'Emma Thompson qui campe PL Travers. Elle parvient à rendre cette femme à la fois acariâtre, profondément casse-pied et en même temps fragile et humaine. 
Là aussi, certains aspects de la vie de Travers ont été omis. Par exemple, elle avait à l'époque dépeinte dans le film un fils adoptif d'une vingtaine d'années qui n'est pas mentionné. Cependant, les bandes enregistrées lors des répétitions dépeignent bien une femme extrêmement ferme sur ses positions (voire totalement bornée) et refusant de transformer son roman en divertissement frivole.

Le scénario est construit en allers-retours entre l'enfance de Travers et deux semaines en 1961 qu'elle est venue passer à Hollywood pour travailler sur le projet de film. Petit à petit, on comprend mieux les névroses de cette femme qui s’agrippe à son héroïne comme à une bouée de sauvetage.

Si vous êtes, comme moi, fan du Mary Poppins de 1964, vous serez naturellement intéressés d'en savoir plus sur les coulisses humaines d'un film culte. Pour les compléments de vérité, j'ai prévu de lire Mary Poppins, She Wrote, la biographie de PL Travers écrite par Valerie Lawson.
Si, en revanche, vous ne savez pas chanter Supercalifragilisticexpialidocious par coeur, Dans l'Ombre de Mary  n'aura pas la même saveur. Il reste tout de même un bon divertissement porté par deux acteurs au sommet de leur art.

La petite anecdote:
Les frères Sherman, interprétés dans Dans l'Ombre de Mary par Jason Schwartzman et BJ Novak, sont non seulement les auteurs des chansons de Mary Poppins mais aussi de It's a Small World, l'hymne entêtant que l'on peut entendre dans les Disneyland du monde entier. Ils ont aussi signé les bandes-sons du Livre de la Jungle et des Aristochats

Infos pratiques:
Dans l'Ombre de Mary
sorti le 5 mars 2014 en France
réalisateur: John Lee Hancock
avec: Tom Hanks, Emma Thompson, Paul Giamatti, Colin Farrell
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540088&cfilm=204100.html 

lundi 24 février 2014

Dallas Buyers Club


Dans la course aux Oscars 2014, Dallas Buyers Club fait figure de challenger très crédible avec ses 6 nominations (dont Meilleur Film). Mais c'est sans doute dans les catégories "Meilleur acteur" et "Meilleur acteur dans un second rôle" que ses chances sont les plus solides. Et ce ne sont que 2 raisons parmi d'autres qui devraient vous pousser à aller voir ce film.

Quand Ron Woodroof apprend en 1986 qu'il est atteint du VIH, les médecins lui donnent 1 mois à vivre. Il décide de recourir à des traitements alternatifs et va les diffuser à d'autres malades du Sida, même si c'est illégal.

Les américains se régalent de ces scenario estampillés "histoire vraie". C'est pourtant à un réalisateur canadien que le projet est confié après presque 20 ans dans les tiroirs. C'est Jean-Marc Vallée, réalisateur du très bon C.R.A.Z.Y qui est derrière la caméra et qui parvient à raconter cette histoire sans mélodrame et sans pathos.

Pas gagné puisque le fond du récit est profondément triste: les personnages principaux sont malades et condamnés, l'industrie pharmaceutique est vicieuse et même les médecins sont perdus face à cette maladie que personne ne comprend vraiment au milieu des années 80.
Vallée décide de se concentrer sur ses personnages et c'est un pari gagnant. L'histoire n'est pas larmoyante puisqu'ils ont choisi de vivre, elle n'est pas dramatique puisqu'ils rient d'eux-mêmes, elle ne s'apitoie sur personne puisqu'ils ne le font pas.

La maladie a un curieux effet sur Woodroof: elle va transformer le cow-boy bouseux et homophobe en un homme engagé et altruiste. Il paraît paradoxalement plus en paix avec lui-même lorsque la maladie est déclarée. On assiste à cette transformation sans forcément ressentir de grande sympathie pour le bonhomme mais en admirant sa capacité à changer son énergie vers un but positif.

Matthew McConaughey a produit en partie le film et lui a donné beaucoup. au-delà de la performance physique (notamment une impressionnante perte de poids), il incarne littéralement Woodroof. Il donne à cet homme qui refuse de mourir son dynamisme et sa compassion: le résultant est impressionnant. Après Mud, Killer Joe et Magic Mike, on va croire que McConaughey ne peut jouer que des texans au stetson vissé sur le crâne. Mais il parvient à chaque fois à donner une nouvelle nuance à ces personnages.

A ses côtés, Jared Leto (Requiem for a dream, Lord of War) que l'on avait pas vu à l'écran depuis 5 ans, est tout simplement méconnaissable. Il joue Rayon, travesti malade et optimiste, gai et tragique, toxico au grand coeur. Sidérant.

On pourra reprocher à Dallas Buyers Club un côté leçon de morale: le méchant homophobe change finalement pour devenir le Robin des Bois des gays séropositifs. 
Vallée filme avec sobriété mais sans ennuyer: le rythme est suffisamment soutenu pour nous emporter et ne nous laisse pas le temps de verser une larme.

Deux grandes performances d'acteur pour un récit subtil parlant de rédemption sans grands sentiments.

La petite anecdote:
La petite anecdote sera - contrairement à Dallas Buyers Club - plutôt triste.
Selon l'OMS en 2012, 1.6 million de personnes sont mortes du SIDA, 35.3 millions de personnes vivent avec le virus et seulement 9.7 millions d'entre eux ont accès aux traitements.

Infos pratiques:
Dallas Buyers Club
sorti le 29 janvier 2014 en France
réalisateur: Jean-Marc Vallée
avec: Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537471&cfilm=137097.html 

vendredi 3 janvier 2014

J'ai été voir... Yves Saint Laurent


Yves Saint Laurent n'est sans doute pas le héros les plus "grand public" qu'on puisse imaginer. Le couturier, dandy aristocratique, a évolué dans le monde de la mode et on peut imaginer que seuls les fans s'intéressent aux détails de sa vie. Et pourtant, la vision du réalisateur Jalil Lespert est bluffante d'accessibilité et d'élégance. Un biopic à mettre entre toutes les mains.

A 21 ans, Yves Saint Laurent reprend la direction artistique de la maison Christian Dior à la mort de ce dernier. Il rencontre alors Pierre Bergé qui deviendra l'homme de sa vie personnelle et professionnelle jusqu'à sa mort en 2008.

Un autre film sur le "petit prince de la mode" est en préparation et devrait sortir en mai 2014. Mais il semble y avoir tant de facettes au mythe YSL que les deux films pourraient bien se compléter.
Le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert a reçu l'approbation de Pierre Bergé, ce qui a ouvert les portes des dressings de sa fondation. Les lieux (les ateliers rue Marceau, le jardin Majorelle à Marrakech) et les costumes (des robes des défiles aux lunettes portées par Pierre Niney) sont les originaux. Le mot "authenticité vient donc naturellement aux lèvres. Guillaume Gallienne, qui joue Pierre Bergé dans le film a également pu discuter avec ce dernier et lire des extraits de la correspondance entre les deux hommes.

Lespert a décidé de nous présenter le génie de Saint Laurent via le prisme de sa relation avec Pierre Bergé. Grâce à un regard tour à tour passionné, amoureux, attentif, jaloux, on voit évoluer Saint Laurent dans ses moments de création et de dépression.
Il signe un biopic tendre et élégant qui nous décrit à la fois une personne et une relation hors du commun.

Saint Laurent atteint la gloire en 1957; il va ensuite traverser la seconde moitié du XXème siècle et y poser son empreinte dans la mode. On voyage donc dans cette époque au travers d'événements qui restent en arrière plan mais qui rythme intelligemment le film, de la guerre en Algérie aux événements de mai 68 puis les années 70 et leurs débordements artistiques.
La très bonne bande-son composée par Ibrahim Maalouf joue également un rôle délicat dans cette évolution de l'histoire.

Surtout, les deux acteurs principaux sont exceptionnels. Pierre Niney (vu dans Comme des Frères) et Guillaume Gallienne (vu récemment dans Les Garçons et Guillaume, à table!), tous deux pensionnaires de la Comédie Française, sont la raison n°1 pour aller voir Yves Saint Laurent.
Niney a travaillé le mimétisme tant au niveau de la silhouette qu'au niveau de la voix et de l'élocution mais aussi jusqu'à sa façon de dessiner. Il paraît tellement à l'aise dans la peau du couturier qu'il peut se concentrer sur les émotions qui le traversent.
Gallienne est, lui, l'homme fort du couple, celui qui organise et décide. Il est surprenant de compassion et d'admiration.
On sent le profond respect des deux interprètes pour l'histoire qu'ils racontent.

Seule ombre au tableau, celle de Pierre Bergé justement. En ayant approuvé ce film, il l'a également sans nul doute surveillé. C'est sa version de l'histoire qui est contée ici. Il travaille à entretenir le mythe Saint Laurent et, si sa réputation de grand contrôleur est justifiée, on peut raisonnablement penser que Lespert n'avait pas les mains complètement libres...

Yves Saint Laurent est un biopic habilement construit et remarquablement interprété, qui parvient à faire vibrer en racontant une histoire et pas seulement une vie.
2014 démarre très bien...

La petite anecdote:
Si vous souhaitez vous-même visiter le studio d'Yves Saint Laurent, c’est possible: ça se passe ici.

Infos pratiques:
Yves Saint Laurent
sorti le 8 janvier 2013 en France
réalisateur: Jalil Lespert
avec: Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19541103&cfilm=217634.html