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vendredi 3 janvier 2014
J'ai été voir... Yves Saint Laurent
Yves Saint Laurent n'est sans doute pas le héros les plus "grand public" qu'on puisse imaginer. Le couturier, dandy aristocratique, a évolué dans le monde de la mode et on peut imaginer que seuls les fans s'intéressent aux détails de sa vie. Et pourtant, la vision du réalisateur Jalil Lespert est bluffante d'accessibilité et d'élégance. Un biopic à mettre entre toutes les mains.
A 21 ans, Yves Saint Laurent reprend la direction artistique de la maison Christian Dior à la mort de ce dernier. Il rencontre alors Pierre Bergé qui deviendra l'homme de sa vie personnelle et professionnelle jusqu'à sa mort en 2008.
Un autre film sur le "petit prince de la mode" est en préparation et devrait sortir en mai 2014. Mais il semble y avoir tant de facettes au mythe YSL que les deux films pourraient bien se compléter.
Le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert a reçu l'approbation de Pierre Bergé, ce qui a ouvert les portes des dressings de sa fondation. Les lieux (les ateliers rue Marceau, le jardin Majorelle à Marrakech) et les costumes (des robes des défiles aux lunettes portées par Pierre Niney) sont les originaux. Le mot "authenticité vient donc naturellement aux lèvres. Guillaume Gallienne, qui joue Pierre Bergé dans le film a également pu discuter avec ce dernier et lire des extraits de la correspondance entre les deux hommes.
Lespert a décidé de nous présenter le génie de Saint Laurent via le prisme de sa relation avec Pierre Bergé. Grâce à un regard tour à tour passionné, amoureux, attentif, jaloux, on voit évoluer Saint Laurent dans ses moments de création et de dépression.
Il signe un biopic tendre et élégant qui nous décrit à la fois une personne et une relation hors du commun.
Saint Laurent atteint la gloire en 1957; il va ensuite traverser la seconde moitié du XXème siècle et y poser son empreinte dans la mode. On voyage donc dans cette époque au travers d'événements qui restent en arrière plan mais qui rythme intelligemment le film, de la guerre en Algérie aux événements de mai 68 puis les années 70 et leurs débordements artistiques.
La très bonne bande-son composée par Ibrahim Maalouf joue également un rôle délicat dans cette évolution de l'histoire.
Surtout, les deux acteurs principaux sont exceptionnels. Pierre Niney (vu dans Comme des Frères) et Guillaume Gallienne (vu récemment dans Les Garçons et Guillaume, à table!), tous deux pensionnaires de la Comédie Française, sont la raison n°1 pour aller voir Yves Saint Laurent.
Niney a travaillé le mimétisme tant au niveau de la silhouette qu'au niveau de la voix et de l'élocution mais aussi jusqu'à sa façon de dessiner. Il paraît tellement à l'aise dans la peau du couturier qu'il peut se concentrer sur les émotions qui le traversent.
Gallienne est, lui, l'homme fort du couple, celui qui organise et décide. Il est surprenant de compassion et d'admiration.
On sent le profond respect des deux interprètes pour l'histoire qu'ils racontent.
Seule ombre au tableau, celle de Pierre Bergé justement. En ayant approuvé ce film, il l'a également sans nul doute surveillé. C'est sa version de l'histoire qui est contée ici. Il travaille à entretenir le mythe Saint Laurent et, si sa réputation de grand contrôleur est justifiée, on peut raisonnablement penser que Lespert n'avait pas les mains complètement libres...
Yves Saint Laurent est un biopic habilement construit et remarquablement interprété, qui parvient à faire vibrer en racontant une histoire et pas seulement une vie.
2014 démarre très bien...
La petite anecdote:
Si vous souhaitez vous-même visiter le studio d'Yves Saint Laurent, c’est possible: ça se passe ici.
Infos pratiques:
Yves Saint Laurent
sorti le 8 janvier 2013 en France
réalisateur: Jalil Lespert
avec: Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19541103&cfilm=217634.html
lundi 29 avril 2013
J'ai été voir... L’Écume des Jours
Certains choix apparaissent d'emblée comme de bonnes idées: confier la réalisation de L’Écume des Jours à Michel Gondry fait partie de ceux-là. Le réalisateur, connu pour son côté inventeur et roi de l'imaginaire, paraît tout indiqué pour adapter le roman de Boris Vian tant les univers sont proches.
Colin, jeune homme idéaliste et un peu poète, vit à Paris entouré d'amis. Il "exige de tomber amoureux" et rencontre Chloé...
Réputé inadaptable, le roman est plein de trouvailles visuelles que les fans (et ils sont nombreux) allaient forcément attendre au tournant. La fantaisie et l'imagination de Gondry devraient les satisfaire puisqu'il a su incarner les éléments fondamentaux: le pianoctail est là, tout comme le biglemoi.
C'est d'ailleurs le premier coup de cœur: les trouvailles du réalisateur sont délicates, souvent drôles. Impossible d'adapter un roman truffé de jeux de mots? Gondry les transforme en jeux d'image, et ça fonctionne.
L’Écume des Jours a un côté artisanal puisque la plupart des effets spéciaux sont mécaniques et non réalisés avec des ordinateurs. Le résultat fait penser à ces tours de magie à base de bouts de ficelle ou de boîtes en carton. Les trucages sont presque visibles et ils donnent du charme.
L'imaginaire du spectateur est largement sollicité. Celui qui connaît le roman doit se plonger dans l'interprétation personnelle de Gondry de l'univers de Vian: les grands repères sont là mais il a également fait des choix liés à ses premières impressions de lecture.
Le spectateur qui ne connaît pas le roman doit dans un premier temps réaliser qu'il a affaire à une histoire surréaliste puis il doit accepter de ne plus réfléchir et de se laisser emporter.
Contrairement à ce que peut laisser penser la bande-annonce, L’Écume des Jours n'est pas un film gai. On y parle de la mort, de la maladie, de l'addiction. C'est surtout la seconde partie du film qui aborde ces thèmes. Le ton léger et fantaisiste du démarrage laisse petit à petit la place au drame.
Les surprises se font alors plus rares et s'installe une impression de malaise. Certes, ça colle à l'histoire et à l'état d'esprit de Colin. Sauf qu'à trop imposer d'effets visuels, on en arrive à une indigestion et qu'il n'y a plus de place pour les émotions. Le roman de Vian est déconcertant par sa forme mais également par les forts sentiments qu'il déclenche. Gondry ne parvient malheureusement pas à susciter cet enthousiasme pour l'histoire d'amour de Colin et Chloé. Du coup, on passe à côté du désespoir de la seconde partie et on n'en retient que les longueurs.
Le casting de L’Écume des Jours ferait pâlir d'envie plus d'un réalisateur. Romain Duris et Audrey Tautou forment à nouveau un couple à l'écran (après L'Auberge Espagnole de Klapish). Les bonnes surprises viennent surtout des seconds rôles: Omar Sy en Nicolas, le cuisiner - chauffeur - maître à penser de Colin et surtout Gad Elmaleh qui, pour une fois, fait autre chose que du Gad Elmaleh (il est Chick, l'ami accro à Jean-Sol Partre).
L’Écume des Jours est un film forcément original, qui demande un certain lâcher prise pour l'apprécier. On rit et on s'émerveille mais on sature vite du surplus d'effets visuels qui gène plus qu'il ne sert les sentiments.
La petite anecdote:
Les discours de Jean-Sol Partre que l'on entend dans le film sont adaptés des vrais textes de Jean-Paul Sartre. Ils ont été réécrits grâce au procédé de l'oulipisme qui consiste à remplacer chaque mots par celui situé 5 mots plus loin dans le dictionnaire. Charabia assuré!
Infos pratiques:
L’Écume des Jours
sorti le 24 avril 2013 en France
réalisateur: Michel Gondry
avec: Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy, Gad Elmaleh, Aïssa Maïga, Charlotte Le Bon
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19487939&cfilm=196832.html
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