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lundi 21 mars 2016

Brooklyn


Un film bonbon, de temps en temps, ça fait plaisir.

Eilis n'a pas d'avenir en Irlande. Aidée par un prêtre, elle quitte sa mère et sa sœur pour tenter sa chance en Amérique et débarque à New York.

Brooklyn est une romance et l'assume complètement. Adapté du roman de Colm Toibin, le scénario écrit par Nick Hornby a été nominé aux Oscars. C'est un duo de productrices qui a déjà signé Une Education qui a cache derrière ce mélo vintage. L'esthétique du New York des années 50 est tendance.

La perspective est originale. Des films sur l'immigration aux Etats-Unis dans les années 50, il y en a eu beaucoup. Ici, on se place du point de vue d'une jeune femme. Malheureusement, cette thématique ne sert que pour le cadre et n'est pas creusée.
Car Brooklyn est une romance. Le cœur d'Eilis balance entre un monde connu dont elle maîtrise les codes et une nouvelle chance où tout est à créer.
On frôle parfois le roman Harlequin tant on reste sage et sans aspérité. On pense par moment à The Notebook, ce qui ravira les grand(e)s romantiques. On verse sa petite larme de bon cœur.

La photo est très travaillée et suit les trois temps de l'histoire. Elle met en valeur le minutieux travail de reconstitution. On n'évite pas les clichés: les irlandais sont tous un peu roux, la logeuse américaine est pleine de mimiques et les italiens parlent en faisant de grands gestes.

Saoirse Ronan a été nominée aux Oscars pour ce rôle qui fait écho à sa propre histoire (elle est née à New York et a grandi à Dublin). Pudique et intense, elle est authentique.
Domhnall Gleeson (Star Wars: Le Retour de la Force, The Revenant, Il Etait Temps) et Emory Cohen forment le duo masculin.

Convenu et un peu trop classique, Brooklyn est une belle histoire d'amour comme il fait bon par moment d'en voir sur grand écran.

La petite anecdote:
Brooklyn est l'adaptation du roman de Colm Toibin, que je conseille vivement (disponible ici)

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Brooklyn
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: John Crowley
avec: Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen


vendredi 29 janvier 2016

Carol


En ce début d'année 2016 riche en films de tous genres, c'est vers ce succès du dernier Festival de Cannes que s'est tournée ma curiosité.

Dans l'Amérique des années 50, deux femmes se rencontrent. Alors que l'âge, la condition sociale et la morale les séparent, elles vont tomber amoureuses.

Le réalisateur Todd Haynes avait fait sensation avec I'm not there qui retraçait la vie de Bob Dylan qui était interprété par 6 acteurs et actrices différents (dont Cate Blanchett). Il adapte ici le roman de Patricia Highsmith publié pour la première fois en 1952. Celle-ci est également l'auteure de Mr Ripley qui a été porté à l'écran en 2000 (avec... Cate Blanchett)

Todd Haynes nous emmène à New York, en hiver, et installe une atmosphère suave et ouatée.
Le sujet, qui paraît aujourd'hui simple, était à l'époque un potentiel scandale dans l'Amérique puritaine des années 50. Les héroïnes risquent des poursuites pénales pour leur relation homosexuelle. Tout est donc caché et dans la retenue. On se place du point de vue de l’amoureuse qui observe, admire, voire est sidérée. Todd Haynes filme ce regard qui devient forcément sensuel tout en restant chaste.

On regrettera cependant un manque de passion. La mise en scène très académique ne sort jamais des clous et le rythme un peu lent crée un manque d'émotion par moment.

La forme est cependant splendide. Le réalisateur et son chef opérateur ont étudié les photographes des années 50 et certains plans semblent être des reproductions de travaux de Saul Leiter notamment. On pense aussi aux tableaux de Hopper.
Les costumes et décors sont également particulièrement soignés.

C'est enfin l'interprétation qui donne à Carol toute sa profondeur. Cate Blanchett en beauté bourgeoise si sophistiquée et si proche de l'effondrement. Et Rooney Mara (Millenium) qui a reçu à Cannes le Prix d'Interprétation Féminine et qui semble une réincarnation d'Audrey Hepburn.

Carol est un mélo d'époque qui fait la part belle à ses personnages. La romance taboue est volontairement mise sous cloche et un peu étouffée: c'est dommage mais c'est une vraie réussite esthétique.

La petite anecdote:

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Carol
sorti le 13 février 2016 en France
réalisateur: Todd Haynes
avec: Cate Blanchett, Rooney Mara

vendredi 20 février 2015

Fifty Shades of Grey


C'est le coup marketing ciné de ce début 2015: la sortie de l'adaptation du best-seller romantico-érotique d'E.L. James, vendu à plus de 100 millions d'exemplaires dans le monde.

Anastasia Steele est étudiante en littérature anglaise. Sa vie sentimentale et sexuelle va basculer quand elle rencontre le milliardaire Christian Grey.

Attendu au tournant par des millions de fans qui ont fantasmé en lisant le roman, Fifty Shades of Grey avait un défi de taille à relever. Comment un film américain, où l'industrie ciné est connue pour son conservatisme (qui a dit pudibonderie?), allait pouvoir raconter une histoire qui tourne autour du sado-masochisme? 
Certes, le roman d'E.L. James n'est pas de la grande littérature (surtout dans son horrible version traduite en français), mais les scènes de sexes sont pour le moins explicites.

Le résultat est "moins pire" que prévu. C'est évidemment plus soft que dans le livre mais la réalisatrice Sam Taylor-Johnson va plus loin que les habituels gros plans sur la tête de lit qui tremble. Au final, c'est 15 minutes "d'érotique" sur 2h d'un film "romantico-érotique". Ça laisse 1h45 de "romantique": le cul-cul après le cul.
Car il faut bien le dire, Fifty Shades of Grey raconte l'histoire souvent mièvre d'une jeune fille très naïve, fascinée par un milliardaire certes très généreux mais aussi très tordu. On est pas loin du roman Harlequin.

Le roman manque d'une pointe d'humour qui permettrait de dédramatiser certaines scènes qui deviennent ici un peu ridicules tant elles véhiculent de clichés. 
L'adaptation est fidèle au roman et évite heureusement les passages un peu lourds de questionnement d'Ana sur à peu près TOUT ce qui lui arrive.
Fifty Shades of Grey  est le premier épisode d'une trilogie: la sortie en salle du n°2 est prévue en 2016.

On peut se demander si c'est vraiment du SM: les adeptes crient au scandale car le film nierait la notion de consentement entre les participants.
On peut penser que si Grey n'était pas milliardaire, on l'accuserait de violence sur sa copine. Le fait de la couvrir de cadeaux faisant passer la pilule plus facilement.
On peut aussi se dire que c'est un film de pur divertissement et qu'on y vient entre copines pour glousser en voyant l'ex-mannequin Calvin Klein Jamie Dornan (qui joue Christian Grey).

Je pense surtout que le film a rempli sa mission: faire venir au cinéma toutes les filles qui ont lu le livre. Pour qu'elles se rendent compte finalement que leur imagination est bien plus excitante que ce que produit Hollywood...

La petite anecdote:
Le roman Fifty Shades of Grey est une épopée qui peut se résumer en quelques chiffres (impressionnants):
- 100 millions d'exemplaires vendus dans le monde. Aux US, plus de la moitié sur tablettes et livres électroniques: plus discrets dans les transports...
- 2: nombre de romans vendus par seconde
- 127 : nombre de fois où Ana rougit dans le roman
- 43: le nombre de fois où elle se mord la lèvre
- 5 millions: le montant (en $) déboursé par Universal pour acheter les droits d'adaptation du roman

Note:
2/5

Infos pratiques:
Fifty Shades of Grey
sorti en France le 11 février 2015
réalisatrice: Sam Taylor-Johnson
avec: Jamie Dornan, Dakota Johnson


jeudi 21 août 2014

Nos Etoiles Contraires


Attention! mélodrame en vue... Le roman best-seller The Fault In Our Stars (Nos Etoiles Contraires en VO) de John Green est adapté au cinéma et a fait un carton au box-office américain. J'avais déjà eu du mal à retenir mes larmes à la lecture du livre, j'étais donc préparée (et armée de mouchoirs).

Hazel et Gus sont deux ados un peu différents: elle promène son chariot d'oxygène, il plaisante à propos de sa prothèse de jambe et ils se sont rencontrés dans un groupe de soutien pour jeunes atteints du cancer.

Nos Etoiles Contraires parle de cancer mais ce n'est pas un film sur le cancer. Le roman donnait déjà cette impression, bien retranscrite à l'écran: la maladie fait évidemment partie de la vie de Hazel et de Gus, comme de celle de leurs parents, elle a un impact sur leur façon de penser. Mais l'histoire n'est pas là. Le réalisateur Josh Boone a évité le pathos.

Tout d'abord, les personnages sont intelligents et ont un grand sens de l'humour, qui sauve beaucoup de situations et évite de nous apitoyer sur leur sort. Les dialogues sont bien écrits, le scénario bien ficelé et on passe ainsi au-dessus des bons sentiments. 

Le casting réunit deux jeunes acteurs qui étaient déjà présents à l'affiche de Divergente (dans lequel ils étaient frère et sœur). Shailene Woodley, qui a coupé ses longs cheveux pour le rôle, incarne Hazel Grace et elle rayonne dans ce rôle de jeune fille délicate et sage. Ansel Elgort est Augustus Waters, l'autre moitié du duo et il passe sans soucis de l'ado voulant être un héros au jeune homme fragile qu'Hazel veut protéger.

Nos Etoiles Contraires est une histoire d'amour d'adolescents. Ils gardent une vitalité et une énergie débordante malgré les obstacles que la maladie met en travers de leur chemin.
Bien sûr, faire pleurer en racontant une histoire de gamins cancéreux et relativement simple. Là où je trouve que Nos Etoiles Contraires est plutôt réussi (malgré quelques maladresses tout de même), c'est qu'une certaine pudeur s'en dégage. On pouvait s'attendre au pire avec le pitch et c'est finalement un joli film.
On n'évite pas les clichés sur l'ode à la vie et la nécessité de profiter du moment présent. Mais, après tout, le cinéma est là aussi pour nous raconter ces histoires...

Chantage émotionnel pour certains, tragédie passionnelle éphémère pour d'autres, une chose est sûre: Nos Etoiles Contraires  ne ment pas sur la marchandise. Au fond, vous savez déjà si vous êtes sensible à ce genre de spectacle...

La petite anecdote:
C'est peu dire que le film était attendu: la 1ère bande-annonce du film a été diffusée en janvier 2014 et elle a été visionnée 3 millions de fois dans les 24h qui ont suivi. Elle a depuis dépassé les 14 millions de vue.

Note:
3.5/5

Infos pratiques:
Nos Etoiles Contraires
sorti le 20 août 2014 en France
réalisateur: Josh Boone
avec: Shailene Woodley, Ansel Elgort, Willem Defoe

lundi 4 août 2014

New York Melody


Le réalisateur du très réussi Once (sorti en 2006) retrouve l'univers de la musique pour cette romance estivale de bonne humeur.

Gretta s'installe à New York avec son copain qui vient de signer un contrat avec un label pour sortir un album. Elle-même compositeur, elle se sent petit à petit écartée. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Dan, producteur porté sur la bouteille.

J'avais un peu peur d'une romance sirupeuse arrosée de pop mélancolique. 
Musicien lui-même, le réalisateur a su intégrer non seulement de jolies chansons (la BO est à écouter ici) mais surtout représenter la place que prend la musique pour ceux qui ont choisi d'en vivre.

John Carney réussit un film qui flirte avec les codes de la romance mais qui évite soigneusement les clichés. Dan et Gretta sont deux personnages abîmés et le réalisateur en fait un portrait doux-amer. Mais ce qu'ils construisent les ranime et leur énergie devient contagieuse. On a finalement envie de chantonner avec eux.
Cependant, aucune aspérité ne vient perturber le bon déroulement de cette histoire. La création musicale est ici une communion facile, les labels ouvrent grand leurs portes et on peut sortir un CD sans un sou en poche.

Côtés acteurs, Keira Knightley a du se mettre au chant et à la guitare pour le film. Elle ne quitte pas ses tics qui deviennent énervants (elle se touche la bouche au moins 15 fois) mais sa fine silhouette et son accent britannique collent très bien au personnage de Gretta.
Mark Ruffalo est rare et c'est chouette de le voir dans ce genre de film après l'avoir vu en Hulk dans Avengers
Un autre membre du casting tient une place centrale, c'est... New York. La ville est filmée sous toutes ses coutures et on ne s'en lasse pas.

Alors certes le scénario New York Melody est cousu de fil blanc, parfois un peu guimauve. Mais le film s'écoute autant qu'il se regarde et il a l'avantage d'éviter le ton moralisateur de nombreuses comédies romantiques américaines.

Bref, une romance musicale plutôt charmante mais un peu trop lisse pour convaincre vraiment.

La petite anecdote:
Adam Levine, chanteur des Maroon 5, tient ici pour la première fois un rôle dans un long métrage. Il a par ailleurs été élu "homme le plus sexy du monde" en 2013.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
New York Melody (en anglais Begin Again)
sorti le 30 juillet 2014 en France
réalisateur: John Carney
avec: Keira Knightley, Mark Ruffalo, Adam Levine

mardi 15 avril 2014

Divergente


Les studios américains ne s'y trompent pas: le public adolescent est rentable. Il est donc largement visé depuis quelques années avec des franchises et séries de 2,3 ou 4 films adaptés de romans à succès. Harry Potter, Twilight et Hunger Games ont engrangé en 15 films plus de 12 milliards de dollars...
C'est donc au tour de la série Divergente de romans de Véronica Roth d'être adaptée au cinéma. 

Le monde post-apocalyptique dans lequel vit Tris est divisé en 5 clans (Audacieux, Érudits, Altruistes, Sincères, Fraternels). Quand vient son tour de choisir sa place, elle se rend compte qu'elle ne rentre dans aucune catégorie et qu'elle va devoir trouver sa propre voie.

En se basant sur les best-sellers de Veronica Roth, les studios Summit ne prennent que peu de risques. La base de fans est présence et assure un "buzz" avant même la sortie du film. Et tous les ingrédients sont réunis pour un "young adult movie" pur jus. La réalisation a été confiée à Neil Burger (Limitless) qui a choisi un univers assez sombre et "réaliste" en tournant notamment de nombreuses scènes à Chicago, là où est sensée se dérouler l'action du film. 

On a donc une jeune fille qui se cherche, jouée par Shailene Woodley qu'on avait vu dans The Descendants. Elle doit faire face à des choix et passer des épreuves physiques et psychologiques. Les hormones n'étant jamais loin d'un film pour adulescent, la romance n'est pas loin... Car, côté testostérone, c'est Théo James (vu dans Underworld  et un petit rôle dans la série Downton Abbey) qui incarne le mystérieux instructeur de Tris.

La violence est très (trop) souvent suggérée et la réalisation policée permet au film de rentrer dans le format "film d'ado" mais fait perdre en impact au niveau du message politique qui se cache dans la description des dérives fascisantes de la société de Divergente

Certes, Divergente n'est pas un film original. On a souvent l'impression d'avoir déjà vu ça quelque part, notamment dans The Hunger Games. Il n’empêche que c'est un film efficace si on se met dans le bon état d'esprit. La BO faite de titres pop-rock fonctionne plutôt bien et je me suis surprise à m'enthousiasmer pour deux ou trois rebondissements. 
C'est une nouvelle histoire d'initiation, avec ce qu'elle peut comporter de longueurs et de naïveté. Mais Neil Burger crée un univers qui tient la route.

La réussite de Divergente tient dans le fait qu'il nous propose une héroïne qui tient la route, qui prend des coups autant qu'elle en donne et qui n'a pas les deux pieds dans le même sabot. Les personnages masculins gravitent autour d'elle mais le méchant est une femme (Kate Winslet).

Un peu fade, assez lisse et pas subversif pour deux sous, Divergente n'est pas là pour révolutionner le genre. Il surfe sur une tendance et le fait plutôt bien... Le public cible devrait y trouver son compte.

La petite anecdote:
Si Kate Winslet vous paraît plus ronde que d'habitude dans Divergente c'est tout simplement parce qu'elle était enceinte de 5 mois au moment du tournage. Elle tente (maladroitement) de cacher son ventre à l'aide de dossiers et autres ordinateurs portables.

Infos pratiques:
Divergente
sorti le 9 avril 2014 en France
réalisateur: Neil Burger
avec: Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet

lundi 24 mars 2014

Her


Her est le 4ème long métrage de Spike Jonze (Dans la Peau de John Malkovitch, Max et les Maximonstres), réalisateur prolifique de clips et courts métrages. Il a remporté il y a quelques semaines l'Oscar du meilleur scénario original.

Théodore vit à Los Angeles. Suite à sa rupture avec sa femme, il a du mal à passer à autre chose. Jusqu'au jour où il charge dans son téléphone portable un nouveau système d'exploitation à l'intelligence artificielle, appelée Samantha. Il va tomber sous son charme.

L'idée de départ peut faire peur: un LA futuriste, des robots intelligents dont on tombe amoureux... le risque était grand de tomber dans le ridicule. C'était sans compter sur Spike Jonze qui réussit à construire un monde du futur à la fois chaleureux, cohérent et surtout très probable. Pas de voitures, pas de publicités, des couleurs chaudes: le futur que nous propose le réalisateur n'est pas du tout anxiogène, il ressemble même beaucoup à une grosse barbe à papa...

Le maître mot pour décrire l'ambiance du film est la mélancolie. Cette ville est pleine de solitudes qui se consolent comme elles peuvent avec leurs jeux vidéos et la technologie qui vient à leur secours. Ce qui n'est pas si loin de ce que nous pouvons vivre aujourd'hui...

Le sujet central qui intéresse Jonze c'est le sentiment amoureux. Et plus particulièrement, est-il nécessaire que l'autre ait un corps pour tomber amoureux?
Grâce à un Joaquin Phoenix en grande forme et bien plus souriant qu'à son habitude et surtout grâce à la voix suave et envoûtante de Scarlett Johansson qui incarne littéralement Samantha, on croit en cette histoire sans se poser de question. La technologie n'est pas intrusive et on se surprend même de la facilité avec laquelle on y croit...

La première heure du film explore ces complexités des relations physiques et virtuelles, ce qu'elles engendrent. Est-ce que finalement, l'autre n'est-il pas toujours une représentation dont on tombe amoureux? Le rythme est doux et on s'attache à ces personnages tendres et remplis d'émotions qu'ils découvrent et qui les submergent.
Dans la seconde partie de Her, le scénario perd en intensité et l'ennui s'installe. Dans ce monde en coton où toutes les sensations sont amorties, on peine à voir le relief et même la douleur. Ça devient mou...

Her est un film au style léché. Spike Jonze est ami de longue date des Arcade Fire qui signent la BO. Tout l'identité visuelle du film est également très marquée, entre esthétique hipster et costumes sans cols, sans plis et sans couleur noire. Et le réalisateur frise sans cesse avec le too much: trop de tendresse, trop de jolies petites musiques, trop de pantalons taille haute, pendant 30 minutes de trop.

A voir donc pour le concept et pour écouter Scarlett susurrer des mots doux dans vos oreilles. Vous ne regarderez plus votre iPhone du même oeil...

La petite anecdote:
Les plans de la ville n'ont pas été créés par effets spéciaux mais ont été tournés en décors réals: à Los Angeles et à Shanghaï. C'est en mélangeant les paysages que Jonze obtient son LA du futur.

Infos pratiques:
Her
réal: Spike Jonze
avec: Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19541325&cfilm=206799.html 

lundi 3 mars 2014

Only Lovers Left Alive


Les films de vampires ont leurs codes: traque, suspense, meurtres... Quand Jim Jarmusch fait un film de vampires, ces codes sont oubliés et il les transforme en métaphores pour des thèmes qui lui sont chers: la désillusion et l'importance de l'Art.

Adam vit à Détroit. Musicien reclus, il refuse de voir le monde qui l'entoure et le dégoûte.
Eve vit à Tanger. Elle est entourée de livres et entretient quelques amitiés.
Adam et Eve s'aiment depuis 500 ans.

En compétition à Cannes en mai dernier, Only Lovers Left Alive rassemble beaucoup d'ingrédient d'un film "cannois": un réalisateur sélectionné pour quasiment tous ses films depuis 1983, un thème et une esthétique très intellectuelle, un bande-son aboutie. 
C'est pour moi le genre de film qui doit être vu en sachant ce qu'on va trouver. Un fan de Twilight qui penserait y trouver une nouvelle love story de vampires serait... déçu.

Le film parle de la lassitude d'exister, d'être persuadé que le meilleur est derrière soi. Paradoxalement, Only Lovers Left Alive n'est pas un film déprimé. Il est parsemé d'ironie qui relativise la mélancolie ambiante. Car, si Adam est désabusé et revenu de tout, son histoire d'amour avec Eve lui permet de survivre. Ces deux-là s'aiment comme des rock-stars, en dandys snobs plaçant l'art au-dessus de tout.

Jarmusch évite l'ennui en nous promenant entre Détroit et Tanger. La première n'est plus que l'ombre d'une capitale industrielle, la seconde un dédale de ruelles où l'on se perd. Forcément sombre (on est dans un film de vampires), l'esthétique très rock et prend parfois l'aspect d'une pub pour The Kooples. 
La poésie règne en maître puisque les vampires sont en fait les auteurs des plus grandes œuvres de la littérature (Shakespeare en tête) et de la musique (l'adagio de Shubert par exemple). Il faut donc arriver à se plonger dans cet univers mélancolique et romantique.

Car ces vampires ont des sentiments et c'est là que le film prend tout son sens. Mi-amants mi-jumeaux, Adam et Eve poursuivent depuis 500 ans la même conversation. C'est grâce au personnage d'Eve, plus optimiste et lumineux que celui d'Adam est supportable. Elle apporte l'ironie et la distance nécessaire à cet ermite aigri et suicidaire.
Tilda Swinton (We Need to Talk About Kevin, Moonrise Kingdom) prête son physique si particulier à cette créature. Teint diaphane et crinière blonde, elle est parfaite en lady vampire. Tom Hiddleston (le méchant Loki dans Thor) joue Adam avec enthousiasme.
Mia Wasikoswka (aperçue dans Des Hommes Sans Loi, et héroïne de l'Alice au Pays des Merveilles de Burton) vient donner un coup de pied salutaire dans cet univers statique.

Contemplatif et mélancolique, Only Lovers Left Alive n'est pas pour tous les publics. Il reste cependant l'un des films de Jarmusch les plus accessibles. Noir mais ironique, c'est un film élégant qui déjoue les codes des vampires pour jouer une balade subtile et un peu snob.

La petite anecdote:
Le 18 juillet 2013, Detroit est la première grande ville américaine à demander sa mise en faillite, la ville ayant cumulé une dette, devenue impayable, de 18.5 milliards de dollars.

Infos pratiques:
Only Lovers Left Alive
sorti le 19 février 2014 en France
réalisateur: Jim Jarmusch
avec: Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540179&cfilm=193927.html 

mardi 19 novembre 2013

J'ai été voir... Il Etait Temps


Quand les températures baissent, il y a plusieurs solutions pour se réchauffer: enfiler un gros pull et des mufles ou enfiler un gros pull et des moufles pour aller voir un feel-good movie. Il était temps peut donc servir de bouillotte. (Cette recette marche d'autant mieux si vous êtes sensible aux comédies romantiques à l'anglaise).

Dans la famille de Tim, les hommes partagent un secret: ils peuvent remonter le temps et revivre des moments de leur propre passé. Un don pratique mais qui ne vaccine pas contre tout...

Le réalisateur Richard Curtis n'est pas un débutant. Scénariste (entre autres) de Coup de Foudre à Notting Hill, 4 mariage et 1 enterrement, créateur de la série Mr Bean, réalisateur de Love Actually et Good Morning England: s'il y en a un qui maîtrise les codes de la rom' com' britannique, c'est bien lui.
Je n'ai pas trouvé Il était temps au niveau de ses deux autres réalisations mais le film est habilement construit et on passe un bon moment.

Le scénario bien ficelé permet de faire passer l'astuce du voyage dans le temps de façon fluide. A une ou deux exceptions près, cela s'insère logiquement dans la réalité et ne gène pas le spectateur.
Surtout, tout ne tourne pas autour de ça. Alors qu'on peut s'attendre à une débauche de flashbacks, Curtis préfère ramener le don de Tim à un simple élément de son environnement.

Il était temps n'est finalement pas une comédie romantique toute bête où le héros court après sa belle pendant 1h30 (à base de rencontre/séduction/union/rupture/réconciliation)
L'histoire est évidemment en sucre d'orge (on est dans une comédie romantique) mais elle évoque de façon délicate et attendrissante les relations père-fils.
C'est bien le lien entre Tim et son père qui sous-tend Il était temps. Comment transmettre à ses enfants la joie de vivre et le goût du bonheur?

Grâce au génial Bill Nighy (déjà vu dans Good Morning EnglandIndian Palace ou la saga Harry Potter), le rôle du papa devient décalé, bancal, si drôle et so british. Tim est joué par Domhnall Gleeson vu dans Anna Karénine (le fils de Brendan Gleeson, vu dans Gangs of New York entre autre) qui livre ici une prestation plutôt translucide. 
Et Rachel McAdams est, elle, toujours pétillante et mignonne.

Grâce à des répliques bien senties, quelques quiproquos très comiques et une bande-son très léchée, Curtis met son talent de conteur au service d'une histoire qui fonctionne.

Il était temps est un film qu'on oubliera sans doute vite mais qui fait du bien. Surtout un dimanche soir d'automne...

La petite anecdote:
Sans rien dévoiler, une scène du film se passe dans un restaurant qui plonge ses clients dans le noir total. Richard Curtis a organisé la 1ère rencontre entre Domhnall Gleeson et Rachel McAdams dans ce restaurant pour qu'il en captent l'atmosphère.

Infos pratiques:
Il était temps
sorti le 6 novembre 2013 en France
réalisateur: Richard Curtis
avec: Domhnall Gleeson, Rachel McAdams, Bill Nighy
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537020&cfilm=201760.html

jeudi 23 mai 2013

J'ai été voir... Gatsby le Magnifique


Pour ouvrir le Festival de Cannes 2013, quoi de mieux qu'un film qui promet de déborder de paillettes, de fêtes et de stars?... Gatsby le Magnifique a donc fait (hors compétition) la première montée des marches de cette année. C'est Baz Luhrmann, le réalisateur de Roméo + Juliette et de Moulin Rouge! qui se lance dans cette nouvelle adaptation du roman culte de Francis Scott Fitzgerald.

EN 1922 à New York, Nick Carraway, trentenaire et financier débutant, profite de l'ambiance de l'époque, faite de jazz, de fortunes insolites et rapides et de soirées de fête. Accompagné par son voisin, le mystérieux millionnaire Gatsby et par Daisy, sa belle cousine, il va découvrir ce monde fascinant.

Le casting, le budget (105 millions $), ainsi que les précédents films de Luhrmann laissaient présager du grand spectacle. L'époque de l'intrigue, les "années folles" semblent elles aussi toutes indiquées pour servir de décor à l'imagination du réalisateur.
On est servis à ce niveau-là pendant la première heure du film. La 3D et les effets spéciaux viennent (souvent maladroitement) renforcer l'impression de vertige. On est littéralement plongés dans la démesure. On retrouve souvent la façon de filmer de Moulin Rouge!, même si Gatsby paraît plus retenu. Le show est au rendez-vous, le spectateur profite du feu d'artifice mais ce n'est pas la débauche totale. Sans doute parce que le narrateur reste souvent en dehors et qu'il nous force à voir tout ça avec un peu de recul.

On aimera ou pas, j'ai trouvé que le choix de la musique était réussi. En confiant la BO à Jay-Z, on est très clairement plus du côté RnB que jazz (Beyoncé reprenant Amy Winehouse, Lana del Rey, Florence and the Machine, etc.). Le décalage est maîtrisé et donne une ambiance anachronique et fiévreuse.

Tous les effets visuels s'articulent autour d'une histoire, adaptée de l'un des romans les plus classiques de la littérature américaine. Luhrmann a fait le choix de coller de près au texte original (avec évidemment quelques altérations). Les fans de Fitzgerald y retrouveront leurs petits.
Dans la seconde partie du film, on passe davantage de temps avec les personnages, que l'on apprivoise et dont chacun se fait son opinion. La richesse du roman vient ici donner du corps à ces protagonistes. Aucun d'entre eux n'est facile à déchiffrer, ils ont tous plusieurs facettes: idéalistes, romantiques, manipulateurs, manipulés, etc.

Il n’empêche que pour qu'un film de la sorte tienne la route, il faut un acteur principal solide pour le rôle titre. Léonardo DiCaprio est ici impérial. Il dévoile les facettes de Gatsby les unes après les autres, subtilement.
Difficile pour les autres personnages d'exister. Joel Edgerton (Animal Kingdom, Zero Dark Thirty) parvient à imposer sa prestance pour le rôle de Tom Buchanan, le mari de Daisy. En revanche Tobey Maguire (Spiderman, Brothers) est transparent. Carey Mulligan (Une Education, Drive, Shame) est Daisy. Elle est, certes, très jolie mais pour moi trop fade.

On a reproché à Baz Luhrmann d'être plus un metteur en scène de Broadway qu'un réalisateur de cinéma. Il est vrai que certains détails deviennent gênants au fur et à mesure du film.Par exemple l'expression "old sport" utilisée 40 fois ou les travellings qui donnent mal au cœur pour passer d'un côté à l'autre de la baie.
Il est vrai aussi que le roman était une satire sociale et que le film ne fait qu'effleurer cet aspect. De même, Luhrmann a du mal à capter le côté fragile du roman: trop de confettis rendent la subtilité difficile...
Les trouvailles sont nombreuses également et on se régale du niveau de détails dans les costumes, les décors, etc. Il faut accepter le côté bling-bling, qui a ici une justification, et lire entre les lignes.

Gatsby est donc un film à paillettes, agréable à regarder. Vous n'en ressortirez sans doute pas bouleversé.

La petite anecdote:
Le roman de Fitzgerald n'a pas du tout eu de succès au moment de sa sortie, en 1925. Quasiment oublié dans les années 30, ce n'est que dans les années 50, à sa 3ème réédition, qu'il deviendra un classique.

Infos pratiques:
Gatsby le Magnifique
sorti le 15 mai 2013 en France
réalisateur: Baz Luhrmann
avec: Leonardo Di Caprio, Tobey Maguire, Joel Edgerton, Carey Mulligan
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19452224&cfilm=141808.html

jeudi 3 janvier 2013

J'ai été voir.. Le Monde de Charlie


Le Monde de Charlie n'est pas un film de science-fiction mais il risque malgré tout de vous faire voyager dans le temps. Préparez-vous à retomber en adolescence... (surtout si vous avez été ado dans les années 90)

Charlie est un ado sensible et introverti. Quand il rentre en seconde, il reste en marge. Jusqu'à ce qu'il rencontre Patrick et Sam qui vont le guider et l'accompagner dans la jungle du lycée.

La plupart des films sur l'adolescence multiplient les clichés et les caricatures, ce qui empêche souvent de les trouver authentiques. En adaptant lui-même son roman, Stephen Chbosky a réussi à raconter une histoire assez large pour que nombre de spectateurs s'y retrouvent et assez précise pour qu'elle reste, justement, une histoire.

Le ton général du film nous plonge dans ces années où se jouent les premières exaltations et les premiers tourments, où la moindre aventure peut prendre des proportions gigantesques. Il se dégage également une certaine mélancolie du Monde de Charlie, ce qui passe principalement par le rythme du film, comme si les personnages savaient qu'ils quittent un âge intense et important.
On sourit des blagues potaches et des premières défonces, on est nostalgique des compiles sur cassettes et on pense à son prof préféré...

Par l'intermédiaire de Charlie qui est délicat et tourmenté, Chbosky aborde aussi bien les blessures superficielles (à l'amour propre principalement) que les douleurs plus profondes de l'adolescence.

Curieusement, même les gros clichés américains (bals de promos et matches de football) résonnent: sans doute parce que les films et les séries les ont fait rentrer dans nos imaginaires européens.

La BO est très réussie, supervisée par Michael Brook, déjà compositeur pour Fighter  et surtout Into The Wild

Le Monde de Charlie repose sur un trio de jeunes acteurs en grande forme largement responsables du niveau du film.
Logan Lerman prête ses yeux bleus à Charlie et nous donne à voir un ado en construction  avec ses hauts et ses bas.
Emma Watson (Harry Potter) a rangé ses robes de sorcière pour jouer Sam, jolie jeune fille à la confiance en elle plutôt bancale. Elle est brillante et j'ai hâte de revoir son sourire triste.
Enfin Patrick, le bestfriend gay qui cache ses blessures sous une attitude exubérante est joué par Ezra Miller (We Need To Talk About Kevin et Another Happy Day). J'étais ravie de le voir aussi bon dans un rôle moins torturé et terrifiant que ses précédents.

Chbosky ne décevra sans doute pas les fans de son roman (The Perks of Being a Wallflower en VO). Le Monde de Charlie est un film d'atmosphère qui vous transportera si vous vous souvenez de la confusion de l'adolescence et vous touchera par sa sincérité.

La petite anecdote:
Si vous avez été intrigué(e) et que vous êtes parisiens, vous pouvez assister à une représentation du Rocky Horror Picture Show, sachez que le Studio Galande vous propose 2 shows par semaine (vendredi et samedi soir).

Infos pratiques:
Le Monde de Charlie
sorti le 2 janvier 2012 en France
réalisateur: Stephen Chbosky
avec: Logan Lerman, Emma Watson, Ezra Miller
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19442477&cfilm=182120.html 


mercredi 12 décembre 2012

J'ai été voir... Anna Karenine


1000 pages de littérature russe: Anna Karenine, le roman de Tolstoï est un monument qui a de quoi effrayer. Le propre des classiques étant qu'on a tous l'impression de les connaître mais qu'on s'en remet souvent aux interprétations d'autres personnes: des réalisateurs de cinéma aux auteurs de ces fameux livrets "Profils" qui nous ont sauvé la mise au lycée.

Joe Wright, réalisateur d'Atonement, d'Orgueil et Préjugés (tous deux avec Keira Knightley) mais aussi d'Hanna, est un habitué des adaptations littéraires. Il a ici réuni sa troupe habituelle (décoratrice, costumière, producteur, monteurs: tous ont déjà collaboré avec lui) ainsi que sa muse Keira Knightley et il nous livre sa vision d'Anna Karenine, une histoire "sur l'amour sous toutes ses formes" selon lui.

Au milieu des années 1870 à St Petersbourg, Anna Karenine a une situation parfaite: mariée à un fonctionnaire respecté, avec qui elle a un fils, elle évolue dans la haute société. A l'occasion d'une visite à son frère à Moscou, elle rencontre le Comte Vronski, officier de cavalerie, qui va faire basculer sa vie. 
En tentant de résumer l'intrigue, on se rend vite compte de sa richesse et de sa diversité: une seconde partie du film est consacrée à une autre histoire d'amour plus pure (entre Levine et Kitty).

L'originalité de l'approche de Joe Wright tient à son choix de mettre en scène son Anna Karenine dans un théâtre. Les décors changent, on passe d'une scène à l'autre en soulevant un rideau ou en glissant un paravent, on entre dans les paysages naturels en ouvrant une porte... Le réel et le théâtral se mélangent en une valse qui emporte le spectateur dans un tourbillon qui peut donner le vertige.

L'avantage de cette mise en scène est qu'elle libère de la contrainte de réalisme. Elle avertit aussi: on est au théâtre, faites appel à votre imaginaire! 
L'inconvénient c'est que la forme, majestueuse et virevoltante, a tendance à prendre le pas sur le fond. La passion romantique d'Anna est étouffée par les effets de manche et l'agitation dans laquelle elle se déroule. Difficile d'être emporté dans cette histoire d'amour qui constitue pourtant le coeur de l'action.
De même, ce qui se joue en Anna est moins exploré et même si le personnage évolue dramatiquement, on ne s'y attarde que peu.

Le spectacle visuel est donc au rendez-vous. On pense parfois au Moulin Rouge  de Baz Luhrmann, pour le côté cirque, en plus sophistiqué.

Dans ce théâtre évoluent de nombreux personnages qui se complètent et se répondent. Le casting rassemblé par Joe Wright est relevé, se composant de stars ainsi que de visages déjà aperçus mais pas encore reconnus.
Rôle titre et central: Anna Karenine est interprété par Keira Knightley, qui semble être née pour porter le corset et les grandes robes d'époque. Elle est ici intense et donne beaucoup de subtilité à Anna, entre fragilité et cruauté. 
Son mari est interprété par Jude Law, vieillissant mais qui tient là un très beau rôle, cet homme contraint par ses principes mais qui se dévoile petit à petit.
Aaron Taylor-Johnson est le beau Comte Vronski et pour le reconnaître, imaginez-le avec des dread-locks (Savages).
Les séries TV en costumes ont également fourni quelques acteurs et actrices (Downton Abbey, Les Piliers de la Terre).

Tout ce beau monde est au service du style que Joe Wright a choisi de privilégier. Plus que les performance d'acteurs, cet Anna Karenine repose sur une façon de voir l'oeuvre de Tolstoï. Qu'on y adhère ou pas, on ne peut nier que le réalisateur y aura mis sa patte.

Désarmant, long, vertigineux, complexe, maîtrisé, quelques fois répétitif, romanesque, folkorique: ce film ne vous laissera pas indifférent.

La petite anecdote:
Bijoux, robes de bal et fourrures sont nombreux dans Anna Karenine. Le collier qu'Anna porte lors de la scène de bal a été prêté par Chanel, marque pour laquelle Keira Knightley avait tourné une publicité réalisée... par Joe Wright.

Infos pratiques:
Anna Karenine
sorti le 5 décembre 2012 en France 
réalisateur: Joe Wright
avec: Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson, Matthew McFadyen, Domhnall Gleeson
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19416020&cfilm=191856.html 

vendredi 7 décembre 2012

J'ai été voir... Royal Affair


Fresque historique doublement primée lors du dernier Festival de Berlin et représentant le Danemark dans la catégorie "Film étranger" aux prochains Oscars , Royal Affair a fait parler de lui avant sa sortie.

1770, le jeune roi du Danemark Christian VII est névrosé et préfère se laisser aller à la débauche que gérer son pays et passer du temps avec sa femme, l'anglaise Caroline Mathilde. Jusqu'à ce qu'il rencontre le médecin allemand Johann Struensee, secrètement adepte des principes des Lumières. Celui-ci va réussir à calmer le souverain, influencer la Cour, et séduire la Reine.

Le réalisateur Nikolaj Arcel a été co-scénariste du succès danois adaptation de la trilogie Millenium (révélant Noomi Rapace). Il a choisi ici de nous raconter cet épisode oublié en dehors du Danemark: 20 ans avant la Révolution française, des réformes progressistes avaient été tentées.
Il y a donc un intérêt historique à voir Royal Affair où on apprend que Voltaire lui-même a salué les efforts de cette monarchie en avance sur le reste de l'Europe.

Le problème est que le rythme fait cruellement défaut et que les 2h20 paraissent très longues devant cette reconstitution, certes fidèle et esthétiquement réussie, mais laborieuse.

La richesse du film repose sur ses trois acteurs principaux, qui mettent leur énergie au service des trois personnages centraux et de l'intrigue politico-amoureuse qui sous-tend le scénario.
La belle suédoise Alici Vikander, également actuellement à l'affiche de Anna Karénine, prête sa grâce et sa jeunesse à la reine Caroline.
La révélation de Royal Affair est sans doute Mikkel Boe Folsgard, récompensé par l'Ours d'Argent à Berlin pour son interprétation de Christian VII, roi-bouffon malade et dépassé par les évènements.
Enfin on retrouve avec plaisir Mads Mikkelsen (qui avait joué Le Chiffre dans Casino Royale): magnétique, à la fois inquiétant, intelligent et charismatique.

L'atmosphère est grise dans cette cour du Danemark. Alors qu'à la même époque, Marie-Antoinette affole Paris, la vie à Copenhague n'a pas l'air bien gaie. Ciel bas, tentures lourdes, bois sombres, c'est pesant.

Surtout, même aux moments les plus passionnés de la narration, on ne s'emballe pas. Il manque ces envolées romantiques auxquelles on s'attend. Retenue nordique ou réalisation trop timide, on se sent frustré, malgré des acteurs impeccables.
Pour le côté épique, on parie donc sur Anna Karénine, autre film d'époque actuellement à l'affiche.

La petite anecdote:
Sachez que si vous croisez Mads Mikkelsen dans la rue et que vous voulez qu'il se retourne, son nom se prononce Mass Meguelsnn.

Infos pratiques:
Royal Affair
sorti le 21 novembre 2012
réalisateur: Nikolaj Arcel
avec: Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgard
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19370532&cfilm=143759.html 


jeudi 18 octobre 2012

J'ai été voir... Elle s'appelle Ruby


Au milieu de remakes et des adaptations de romans, il sort encore quelques films originaux, dont le scénario a été conçu pour le cinéma. Elle s'appelle Ruby est de ceux-là, et nous apporte un petit vent de fraîcheur.

Calvin a écrit un best-seller quand il avait 19 ans. 10 ans plus tard, il bataille avec sa dépression et ne trouve pas d'inspiration. En rêve, il rencontre sa femme idéale, il décide alors d'écrire à propos d'elle. Quand elle se matérialise en chair et en os dans sa cuisine, Calvin se demande s'il perd la tête où si c'est la chance de sa vie...

Elle s'appelle Ruby souffre de certains défauts, qui vous gêneront plus ou moins en fonction de votre envie de vous plonger dans l'univers du film.

Tout d'abord, il manque de rythme. On ne s'emballe jamais vraiment pour cette histoire d'amour pourtant extraordinaire (le type a quand même créé la femme de ses rêves!). Même quand on s'approche du dramatique, il manque une certaine excitation qui donnerait un côté piquant.

Autre défaut, on amasse les clichés et les caricatures. Nos héros sont ce qu'en France on appellerait des bobos donc ils font des balades à vélo et des barbecues... Mais on est à Los Angeles donc ils ont aussi des parents hippies (Annette Bening et Antonio Banderas, à contre emploi donc surprenants et plutôt bons) et font des sorties sur la plage. Tout ce qui est français est romantique (même Sylvie Vartan et Plastic Bertrand dans la BO) et tout le monde est beau et gentil (j'exagère à peine).
On ne tombe pas dans le romantisme dégoulinant mais on ne sort pas d'un cadre bien pensant et propre sur lui. Alors que le sujet (un auteur se rend compte qu'il peut faire faire ce qu'il veut et modifier à souhait sa copine) pouvait être poussé très loin, et Elle s'appelle Ruby manque finalement d'audace.

Ce dont le film ne manque pas, en revanche, c'est de tendresse. Le couple a l'écran Ruby-Calvin est joué par des acteurs en couple dans la vie Zoé Kazan (également scénariste) - Paul Dano (vu dans Little Miss Sunshine et There Will Be Blood). Il se dégage une sincérité certaine de l'histoire qu'ils nous racontent. Outre le fait que Zoé Kazan a sans doute introduit des éléments de leur propre histoire dans son scénario, elle traite aussi de sujets plus généraux qu'ils ont su interpréter avec sensibilité.

Un autre couple complète l'équipe: Jonathan Dayton et Valérie Paris, les réalisateurs. Ils n'avaient rien tourné depuis 6 ans et le succès de Little Miss Sunshine
De quoi parle un couple qui filme un couple? du Couple évidemment. Ici, on traite plus particulièrement de la place de l'individu dans le couple et de l'écart entre ce que l'on imaginait au départ et la réalité du quotidien. Tout ça est abordé de façon charmante et agréable.
On n'en ressort pas avec une leçon de vie mais avec un petit sourire et la sensation qu'on nous a raconté une jolie histoire d'amour un peu farfelue.

La petite anecdote:
Zoé Kazan est la petite fille d'Elia Kazan, réalisateur de Un Tramway Nommé Désir et A l'Est d'Eden (entre autres)
La mère de Zoé Kazan est Robin Swicord, scénariste nominée aux Oscars pour L’Étrange Histoire de Benjamin Button.

Infos pratiques:
Elle s'appelle Ruby
sorti le 3 octobre 2012 en France
réalisateurs: Jonathan Dayton, Valérie Paris
avec: Paul Dano, Zoé Kazan, Chris Messina, Anette Bening, Antonio Banderas
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19386573&cfilm=205375.html