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jeudi 20 novembre 2014

Interstellar


L'espace est à la mode. Après Gravity c'est au tour d'Interstellar de nous faire faire le grand saut dans le vide.
Christopher Nolan est un réalisateur qui peut à peu près tout se permettre. Après la trilogie des  et Inception, il signe ici une odyssée de science-fiction au budget de 165 millions de $.

La vie sur Terre est condamnée et l'homme doit aller chercher au-delà de notre galaxie une autre planète où la vie est possible.

Pas de publicité mensongère, Interstellar est un film de science-fiction. C'est même un film de science-fiction volontairement compliqué. Nolan n'a pas cherché à simplifier à outrance les travaux de l'astro-physicien Kip Thorne qui sont à la base du scénario (le chercheur y a même contribué en tant que consultant). Si vous êtes allergiques aux mots comme "tesseract", "trous noirs" et autres théories sur l'espace temps, fuyez. 
L'art de Nolan est de faire évoluer des personnages de chair et de cœur au sein de ces éléments scientifiques.

La comparaison et les références à 2001 Odyssée de l'Espace  de Kubrick sont nombreuses et inévitables. Les deux films utilisent l'expédition spatiale comme métaphore. Mais les différences sont au moins aussi nombreuses que les ressemblances. Par moment, Interstellar fait d'ailleurs davantage penser à Spielberg (qui a travaillé sur le projet à l'origine): la thématique de la famille, les relations père-fille et d'une manière générale les 50 premières minutes du film qui se passent dans une Amérique profonde sur une Terre revenue aux fondamentaux. 
Ces thèmes sont ce qui rend le film accessible et agréable. Les motivations des personnages ne sont pas uniquement centrés autour de la curiosité scientifique. Certes, ils sont embarqués dans la plus grande aventure spatiale mais ils restent humains, avec leurs élans, leurs amours, leurs principes.

L'autre axe d'Interstellar est celui du temps qui passe. Comme il ne s'écoule pas de la même façon sur toutes les planètes et donc pour tous les personnages, s'engage alors une véritable course contre la montre. L'expression prend un sens littéral quand une heure sur une planète équivaut à sept ans sur une autre.
Les 2h50 que dure le films sont donc à relativiser elles aussi. Certaines scènes tirent clairement en longueur mais n'est-ce pas volontaire de la part de Nolan?...

A film hors-norme, casting hors-norme: Matthew McConaughey (oscarisé pour Dallas Buyers Club) est l'acteur sur-mesure pour ce rôle de cosmonaute fermier. Anne Hathaway (Catwoman dans le dernier Batman de Nolan The Dark Knight Rises) l'accompagne avec douceur et élégance. On se délecte aussi de quelques seconds rôles très agréables pour Michael Caine (qui signe sa 6ème collaboration avec Nolan) et John Lithgow.

Interstellar prendra la tête à quiconque essaiera de comprendre ses fondements scientifiques ou voudra tester leur réalisme. Mais si on parvient à voir ces éléments comme un grand décor, il reste un blockbuster comme on en voit peu aujourd'hui. Très bien filmé et dirigé, avec de nombreuses prises de vues réelles (peu de fonds verts qui rendent souvent un résultat peu crédible), basé sur une histoire originale et pas adapté d'un roman. 
Indéniablement un des grands films de cette année. 

La petite anecdote:
comme pour souligner que les relations père-fille sont au cœur, le nom de code du film a longtemps été Flora's Letter. Flora est le (très joli) prénom de la fille de Christopher Nolan.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Interstellar
sorti le 5 novembre 2014 en France
réalisateur: Christopher Nolan
avec: Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine, Casey Affleck, John Lithgow

lundi 24 février 2014

Dallas Buyers Club


Dans la course aux Oscars 2014, Dallas Buyers Club fait figure de challenger très crédible avec ses 6 nominations (dont Meilleur Film). Mais c'est sans doute dans les catégories "Meilleur acteur" et "Meilleur acteur dans un second rôle" que ses chances sont les plus solides. Et ce ne sont que 2 raisons parmi d'autres qui devraient vous pousser à aller voir ce film.

Quand Ron Woodroof apprend en 1986 qu'il est atteint du VIH, les médecins lui donnent 1 mois à vivre. Il décide de recourir à des traitements alternatifs et va les diffuser à d'autres malades du Sida, même si c'est illégal.

Les américains se régalent de ces scenario estampillés "histoire vraie". C'est pourtant à un réalisateur canadien que le projet est confié après presque 20 ans dans les tiroirs. C'est Jean-Marc Vallée, réalisateur du très bon C.R.A.Z.Y qui est derrière la caméra et qui parvient à raconter cette histoire sans mélodrame et sans pathos.

Pas gagné puisque le fond du récit est profondément triste: les personnages principaux sont malades et condamnés, l'industrie pharmaceutique est vicieuse et même les médecins sont perdus face à cette maladie que personne ne comprend vraiment au milieu des années 80.
Vallée décide de se concentrer sur ses personnages et c'est un pari gagnant. L'histoire n'est pas larmoyante puisqu'ils ont choisi de vivre, elle n'est pas dramatique puisqu'ils rient d'eux-mêmes, elle ne s'apitoie sur personne puisqu'ils ne le font pas.

La maladie a un curieux effet sur Woodroof: elle va transformer le cow-boy bouseux et homophobe en un homme engagé et altruiste. Il paraît paradoxalement plus en paix avec lui-même lorsque la maladie est déclarée. On assiste à cette transformation sans forcément ressentir de grande sympathie pour le bonhomme mais en admirant sa capacité à changer son énergie vers un but positif.

Matthew McConaughey a produit en partie le film et lui a donné beaucoup. au-delà de la performance physique (notamment une impressionnante perte de poids), il incarne littéralement Woodroof. Il donne à cet homme qui refuse de mourir son dynamisme et sa compassion: le résultant est impressionnant. Après Mud, Killer Joe et Magic Mike, on va croire que McConaughey ne peut jouer que des texans au stetson vissé sur le crâne. Mais il parvient à chaque fois à donner une nouvelle nuance à ces personnages.

A ses côtés, Jared Leto (Requiem for a dream, Lord of War) que l'on avait pas vu à l'écran depuis 5 ans, est tout simplement méconnaissable. Il joue Rayon, travesti malade et optimiste, gai et tragique, toxico au grand coeur. Sidérant.

On pourra reprocher à Dallas Buyers Club un côté leçon de morale: le méchant homophobe change finalement pour devenir le Robin des Bois des gays séropositifs. 
Vallée filme avec sobriété mais sans ennuyer: le rythme est suffisamment soutenu pour nous emporter et ne nous laisse pas le temps de verser une larme.

Deux grandes performances d'acteur pour un récit subtil parlant de rédemption sans grands sentiments.

La petite anecdote:
La petite anecdote sera - contrairement à Dallas Buyers Club - plutôt triste.
Selon l'OMS en 2012, 1.6 million de personnes sont mortes du SIDA, 35.3 millions de personnes vivent avec le virus et seulement 9.7 millions d'entre eux ont accès aux traitements.

Infos pratiques:
Dallas Buyers Club
sorti le 29 janvier 2014 en France
réalisateur: Jean-Marc Vallée
avec: Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537471&cfilm=137097.html 

jeudi 2 janvier 2014

J'ai été voir... Le Loup de Wall Street


Après son dernier film Hugo Cabret, Martin Scorcese fait un virage à 180° et revient à ce cinéma rock n'roll qu'il a inventé avec Casino et Les Affranchis. Les gangsters ont changé de profession: ils sont maintenant courtiers à Wall Street mais il font toujours autant rêver l'Amérique...

Jordan Belfort a un talent: il sait vendre à peu près n'importe quelle action à à peu près n'importe qui. Et surtout, il sait comment faire pour que cela lui rapporte beaucoup d'argent. Il va donc créer sa société de courtage et devenir le chef d'une meute assoiffée de fric, de prostituées et de drogues...

Pendant 3 heures, Scorcese nous plonge donc la tête dans une orgie. Putes, drogues en tous genres, yachts, fêtes démesurées: Belfort fait tout dans l'excès et Scorcese filme avec une énergie remarquable pour ses 71 ans.

Mais Jordan Belfort n'est pas un héros que l'on admire. Alors que les bad guys ont souvent un côté attirant, voire un certain sens de l'honneur, ce trader est surtout une petite frappe obsédé par l'argent et ce qu'il peut lui procurer.
Grâce à ce héros plus vide qu'autre chose, le scénario du Loup de Wall Street s'applique à nous montrer à quel point le système financier repose sur du vent. En une scène (assez mythique) Matthew Mc Conaughey résume comment fonctionne le marché et on comprend vite que personne ne contrôle rien.

Qui dit orgie dit forcément caricature. On passe donc du trip sous cocaïne à des scènes de sexe franchement limite en passant par des discours de motivation à l'ensemble du staff. Scorcese est aux commandes et le rythme ne fait pas défaut: c'est une machine bien huilée (sa chef monteuse signe ici sa 22ème collaboration avec le réalisateur). Certaines scènes sont même franchement comiques.
Excès et euphorie sont au rendez-vous mais il règne un certain malaise car la jouissance, elle n'y est pas. Comme si ces personnages courraient constamment après un but qu'ils ne sont pas satisfaits d'avoir atteint.

Principal reproche: ces 3 heures que durent Le Loup de Wall Street sont longues et assez indigestes. Cela donne l'impression que la même histoire aurait pu être racontée en 2 heures sans perdre de son impact. On doit se contenter d'une description (le scénario n'apporte ni rebondissement ni intrigue à proprement parler), et ça tire franchement en longueur.

Mais grâce à la performance d'un Di Caprio en très grande forme (et qui lui vaudra sans doute une nomination aux Oscars) Le Loup de Wall Street reste un film à ne pas louper. Jordan Belfort sous les traits de Léo passe par tous les états et c'est assez jouissif. Il est constamment dans le rouge et montre même un côté humoristique que l'on voit rarement.
Son partenaire d'orgie est joué par Jonah Hill (Le Stratège) gros hystérique complètement barré.
La performance de Jean Dujardin en banquier suisse est en revanche à oublier très vite tant il fait tâche.
Et un petit clin d'oeil britannique puisque Joanna Lumley, actrice dans la série déjantée Absolutely Fabulous joue la tante Emma.

Scorcese ne dénonce pas les écarts du système financier de Wall Street. Il ne fait pas passer de message moralisateur ou de leçon. Il se contente de nous montrer à quel point les hommes qui jouent dans ce système et en profitent sont stupides.
Ca n'est pas très digeste mais ça reste drôlement bien foutu.

La petite anecdote:
Le Loup de Wall Street contient 506 fois le mot "fuck": c'est le record dans un film de Scorcese.

Infos pratiques:
Le Loup de Wall Street
sorti le 25 décembre 2013 en France
réalisateur: Martin Scorcese
avec: Léonardo Di Caprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Jean Dujardin
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19522981&cfilm=127524.html

lundi 6 mai 2013

J'ai été voir... Mud


Après le très remarqué Take Shelter (grand prix de la Semaine de la Critique à Cannes en 2011), le réalisateur Jeff Nichols revient avec un nouveau film, Mud, présenté en compétition officielle à Cannes l'an dernier.

DeWitt, Arkansas, sur les rives du Mississipi, Ellis et Neckbone ont 14 ans. Ils croisent le chemin de Mud, un fugitif qui va les convaincre de l'aider.

Alors que Take Shelter avait un côté oppressant et psychologiquement dérangeant, Mud est un film plus posé. Nichols fait confiance à son histoire ainsi qu'à ses acteurs et donne une grande impression de maîtrise. Il réussit là où un Terrence Malick (dont il est souvent décrit comme l'héritier) échoue: il ne conceptualise pas à outrance et nous emporte cependant dans un univers très esthétique.

Le fleuve, les maisons flottantes, l'accent presque incompréhensible: bienvenue dans le sud des Etats-Unis qui inspire de nombreux films ces derniers mois (Killing Fields, Django Unchained, Killer Joe). Nichols plante ce décor qui évoque forcément Tom Sawyer et Huckelberry Finn. Vous avez dit mythes américains? Mud a également quelque chose du cow-boy solitaire. Sans vouloir les réinventer, le réalisateur se sert de ces images comme autant de repères. Il cite Clint Eastwood dans ses modèles et ça n'est pas vraiment étonnant.

La nature tient une place centrale dans Mud. La vie des personnages est rythmée par le Mississipi et les deux ados passent leur temps dans le bayou ou sur leur bateau. Les paysages filmés sont magnifiques et il y règne pourtant une sorte de sombre violence et une atmosphère poisseuse.

Le tour de force de Nichols est de parler d'amour dans ce décor. Ellis se pose beaucoup de questions et il se reccroche à Mud qui incarne ses idéaux de petit garçon. Pourtant, on ne tombe jamais dans une fable cul-cul. Peut-être parce que Mud est une histoire d'hommes: de garçon, de père, de fils, d'amoureux, tout ça au masculin. 

On voit les enfants (notamment Tye Sheridan, très bon et déjà vu dans Tree of Life) grandir et perdre leur illusions. Les adultes n'ont d'ailleurs que des rôles secondaires. Aucun n'est cependant utilisé qu'à moitié.
Reese Witherspoon est Juniper, la belle pour qui Mud sacrifie tout: ou comment être trash et délicate à la fois. Michael Shannon (qui était le héros dans Take Shelter) campe ici l'oncle bouseux mais bienveillant de Neck. Mais aussi Sam Shepard, Sarah Paulson entourent ces ados et participent à leur parcours initiatique.

Et surtout, il y a Matthew McConaughey, qui éclaire Mud de son talent. Envoûtant, il met son charme animal au service de ce personnage aux multiples facettes. 

Tous ces individus évoluent au cours de l'histoire qui n'oublie personne en chemin. Pas de superflu... On peut cependant reprocher à Mud un manque de densité qui font durer le film 20 minutes de trop.
Mais Nichols signe ici un film fin et romantique, 100% américain dans le meilleur de ce que cela peut signifier.

La petite anecdote:
Les emprunts à la littérature de Mark Twain sont nombreux mais le plus clair est la croix sous la talon de la botte de Mud: dans Huckleberry Finn, c'est de cette façon que Huck et Tom savent que le père ivrogne de Huck est dans les parages.

Infos pratiques:
Mud
sorti le 1 mai 2013 en France
réalisateur: Jeff Nichols
avec: Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Michael Shannon
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19494878&cfilm=196628.html

lundi 29 octobre 2012

J'ai été voir... Paperboy


Paperboy avait créé en mai dernier des remous du côté de la Croisette où il était présenté en compétition officielle du Festival de Cannes. Nombreux étaient ceux qui se demandaient tout simplement comment il avait pu être sélectionné... L'une des raisons est sans doute son casting, qui garantissait une montée des marches glamour à souhait (Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron).
J'avais donc envie de m'en faire ma propre opinion.

Paperboy raconte l'enquête menée par un journaliste (Matthew McConaughey) pour innocenter un pauvre type (John Cusack) accusé un peu précipitamment du meurtre d'un policier. Accompagné par son petit frère (Zac Efron) et à la demande de la copine du taulard (Nicole Kidman), il va donc revenir dans sa ville natale et tenter de comprendre ce qui s'est passé.

Le premier mot qui vient à l'esprit en parlant de Paperboy est "trash". Le réalisateur Lee Daniels (qui avait réalisé Precious en 2009) ne nous épargne rien et prend même un malin plaisir à nous mettre en face de scènes difficiles à digérer.

Le scénario n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour explorer les facettes déviantes et les parts d'ombre des personnages. Du coup, on est vite perdus dans l'histoire et on a la sensation de perdre le fil, ce qui est désagréable. Trop de petits morceaux d'histoire(s) qui ne s'emboîtent pas bien et qui ne sont pas aboutis.

Esthétiquement, Daniels pousse les références aux années 70 à fond. Couleurs criardes, costumes bariolés, musique: pas de doute, on est en 1969.
Les thèmes abordés sont d'époque également: racisme sous-jacent, homosexualité refoulée, etc. Sauf qu'à vouloir parler de trop de choses, le film s'éparpille et perd de son intensité.

En revanche, il reste une constante qui dure 1h50: le côté poisseux.
L'action se situe en Floride, dans ce sud bouseux des Etats-Unis qui a été filmé tant de fois qu'on a l'impression de le connaître sans y avoir pourtant jamais mis les pieds. L'atmosphère, chaude et humide, vous prend à la gorge et ne vous lâche pas.
Le bayou de Floride étant visiblement un endroit approprié pour grandir avec une case en moins, les protagonistes de Paperboy sont tous un peu barrés.

Pour les interpréter, Lee Daniels a mis sur pied un casting solide (et glamour donc) qui le suit sans complexe dans ses scènes tordues.
Tout d'abord Nicole Kidman qui écorche avec plaisir son image de diva froide en interprétant avec une grande fragilité ce personnage très ambigu de bimbo vieillissante obsédée par les prisonniers. Trois scènes ont particulièrement fait couler l'encre des critiques, pendant lesquelles elle flirte avec l'exhibitionnisme (on vous laissera identifier les moments en question).
John Cusack, malgré peu de temps à l'écran, campe un type complètement taré, le cheveux sale, l'esprit tordu et le regard vide.
Zac Efron, lui, saute dans la cour des grands. Après les films pour adolescentes qui l'ont lancé (High School Musical 1,2 et 3, 17 ans encore ou Happy New Year), il ne livre pas ici la performance du siècle mais donne à voir un potentiel. On a en revanche de temps en temps l'impression que Daniels le filme davantage pour ses abdos et pour le fantasme qu'il représente que pour son jeu.
Enfin Matthew McConaughey, encore une fois en grande forme, nous régale avec le personnage de Ward Jansen, très juste dans sa recherche des limites. On ne se lasse pas de le voir aussi souvent en 2012 (Magic Mike, Killer Joe et bientôt Mud de Jeff Nichols)

C'est donc là que se trouve le plaisir, un peu pervers, du spectateur de Paperboy: voir de bons acteurs aller jusqu'au bout du challenge que leur propose un réalisateur qui n'a pas peur de faire dans le cra-cra. Même si le résultat est globalement vulgaire et dérangeant, il est aussi captivant. 
Pervers on vous dit...

La petite anecdote
Paperboy est un roman de Peter Dexter, inspiré d'une histoire vraie.
L'adaptation a longtemps été entre les mains de Pedro Almodovar, qui a finalement décliné.

Infos pratiques
Paperboy
sorti le 17 octobre 2012 en France
réalisateur: Lee Daniels
avec: Nicole Kidman, Matthew McConaughey, John Cusack, Zac Efron
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19400197&cfilm=193901.html


lundi 17 septembre 2012

J'ai été voir... Killer Joe


Afin de se procurer les $6000 qu'il doit, Chris, petit dealeur minable, décide de faire assassiner sa mère pour récupérer son assurance-vie. Il fait appel à Killer Joe, flic le jour et tueur à gage la nuit. Pour garantir le paiement, Joe prend une caution: Dottie, la soeur de Chris.

Killer Joe, recette d'un film complètement déjanté, sauvage et électrique.

INGRÉDIENTS:
- un réalisateur de 80 ans, William Friedkin, qui a signé entre autres L'Exorciste et French Connection, qui a été brièvement marié à Jeanne Moreau et qui n'a visiblement rien perdu de son énergie et de son grain de folie.

- une pièce de théâtre de Tracy Letts adaptée par l'auteur lui-même (qui, au passage, a reçu le prix Pulizer en 2008) et qui signe un scénario précis et des personnages fouillés.

- un casting idéal, mené par Matthew McConaughey qui tient sans doute le plus grand rôle de sa carrière: un charmeur terrifiant et pervers, au magnétisme animal et au sadisme fascinant.

RECETTE:
1. Versez les ingrédients dans un Texas bien pourri, si propice à l'émergence de familles dysfonctionnelles.

2. Servez des scènes à la violence brute, filmées plein cadre sans chercher à ne rien cacher. Ne vous inquiétez pas si vos convives rient jaune ou nerveusement: c'est sans doute dans le but de se débarrasser du malaise qui envahit parfois à la vision de ces moments.

3. Assaisonnez d'un humour noir qui range Killer Joe dans la même catégorie que les films (réussis) des frères Coen ou certains Tarantino.

4. Saupoudrez des performances d'un groupe d'acteurs parfaits pour leurs rôles. Emile Hirsh (vu dans Into The Wild et Milk) confirme son gros potentiel, la gueule cassée de Thomas Haden Church va comme un gant pour le paternel looser. Et Juno Temple (aperçue dans The Dark Knight Rises) prête son visage de porcelaine à Dottie, personnage enfantin et angélique aux multiples facettes.

5. Servez le tout avec une réalisation très maîtrisée, sans chichi et une esthétique trash détaillée.

6. Secouez bien fort vos invités jusqu'à la scène finale, apogée extrême d'un film qui flirte sans cesse avec les limites de la morale.

AVERTISSEMENT:
La rédaction de cette recette décline toute responsabilité en cas de nausée pendant et/ou après la projection: entre scènes crues à la symbolique dérangeante et explosion de violence, mieux vaut avoir l'estomac bien accroché pour déguster Killer Joe et l'apprécier à sa juste valeur.

La petite anecdote
Matthew MacConaughey a la côte à Hollywood. Présent actuellement à l'affiche de Magic Mike et de Killer Joe, il a également présenté deux films au dernier festival de Cannes: Paperboy avec Nicole Kidman et Zac Efron et Mud, le nouveau Jeff Nichols (Take Shelter).

Infos pratiques
Killer Joe
sorti le 5 septembre 2012 en France
réalisateur: William Friedkin
avec: Matthew McConaughey, Emile Hirsh, Juno Temple, Thomas Haden Church, Gena Gershon
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19354978&cfilm=185536.html 

mercredi 22 août 2012

J'ai été voir... Magic Mike


Il y a plusieurs catégories de "films pour filles". La plupart d'entre eux sont des comédies romantiques, un peu gnan-gnan, qu'on réserve aux dimanche soirs un peu tristes. Magic Mike fait partie d'un autre type de "film pour filles": celui qu'on va voir entre copines, avant de sortir le samedi soir.

L'affiche est assez explicite: Magic Mike est strip-teaseur la nuit et fait plein d'autres petits boulots le jour, en attendant de devenir un vrai "entrepreneur". Il rencontre un jeune un peu paumé et l'embarque avec lui dans le monde des effeuilleurs masculins, de l'argent et du sexe faciles.

C'est quand l'acteur Channing Tatum a raconté à Steven Soderbergh ses propres années de strip-tease quand il avait 19 ans que le réalisateur de Traffic, Erin Brikovitch et Ocean's Eleven (entre autres) a décidé d'en faire un film. Le résultat, c'est le carton de l'été au box-office américain ($110 millions).

Ce qui fait que Magic Mike fonctionne, c'est son côté décontracté. Les strip-teaseurs du film sont décomplexés avec le fait de gagner leur vie en remuant les fesses et les abdos pour des femmes hystériques. Avec ce mode de vie, ils gagnent (beaucoup) d'argent et couchent avec (beaucoup) de jolies filles. Tout le monde est là pour s'amuser...

J'ai d'ailleurs rarement entendu autant de filles glousser pendant une séance de cinéma. Il faut dire que le public était quasi 100% féminin et que les scènes de danse sont plutôt bien réussies. On flirte souvent avec le mauvais goût mais on ne boude pas son plaisir. Même si on finit un peu par se lasser de ces exhibitions...

Le scénario de Magic Mike est seulement un prétexte pour suivre Mike et des acolytes. Heureusement, la mauvaise histoire (policière et sentimentale) ne prend pas trop de place, comme si Soderbergh savait que ce n'est pas ce qui est au coeur du film.
Le thème central, c'est l'apparence et une certaine image de la séduction, caricaturée à l'extrême. Mais pas de prise de tête: les hommes-objets? le sujet est à peine effleuré (il faudrait voir à ne pas trop réfléchir non plus!)

Channing Tatum est très à l'aise dans ce rôle de beau-gosse un peu prisonnier de son image d'objet sexuel. Outre le fait qu'il danse très bien (sa première apparition au cinéma, c'était dans Sexy Dance), il maîtrise son rôle. Channing, not just a pretty fesse...
La galerie de poupées Barbie (poupées Ken en l'occurrence) qui l'entoure est constituée de visages pas tout à fait inconnus: Adam Rodriguez de la série Les Experts ou Joe Manganiello de la série True Blood.
Mais surtout Matthew McConaughey livre une interprétation géniale du manager mégalo et hilarant de cette bande de go-go boys.
Ces personnages exentriques joués par des acteurs à fond, voilà (avec les scènes de danse, vous l'aurez compris), l'intérêt du film.

On n'évite pas les clichés et Magic Mike ne vous donnera pas envie d'aller voir un show de chippendales. Mais vous aurez passé 1h50 divertissante et vous vous serez rincé l'oeil...

Les filles, quand il sort en DVD, on se fait une soirée cocktail à la maison?...

La petite anecdote
Avant d'être acteur, Channing Tatum a donc été strip-teaseur. Il a aussi été mannequin (Abercrombie & Fitch, Dolce & Gabbana) et en 2000 il a tourné dans le clip de Ricky Martin She Bangs.

Infos pratiques
Magic Mike
sorti le 15 août 2012 en France
réalisateur: Steven Soderbergh
avec: Channing Tatum, Alex Pettyfer, Matthew McConaughey, Cody Horn
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19343380&cfilm=193339.html