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vendredi 21 mars 2014

Monuments Men


Alors qu'il devait à l'origine sortir en décembre 2013, à temps pour les Oscars 2014, Monuments Men a finalement été repoussé pour  peaufiner la post-production. Cela n'a malheureusement pas suffi et le film est très décevant.

La Seconde Guerre Mondiale touche à sa fin quand l'armée américaine met en place une unité constituée d'experts chargés de sauver et récupérer les œuvres d'art menacées par les nazis.

Basé sur le roman du même nom de Robert E. Edsel, lui-même inspiré de la réalité, Monuments Men raconte une vaste chasse au trésor au sein d'une Europe très chaotique.
C'est surtout une nouvelle variation sur le thème "les Américains sauvent le monde". Ils sauvent ici les chefs-d’œuvres artistique et donc les plus belles réalisations de l'humanité.

En chef d'équipe, et réalisateur, George Clooney arbore fièrement la moustache et l'uniforme américain. Avec lui, Matt Damon, peu crédible en conservateur du MET, Cate Blanchett, sensée camper une française (!). Au moins John Goodman et Bill Murray font-ils sourire alors que Jean Dujardin est une mauvaise caricature de français (un genre d'OSS 117 sans le second degré...)

Le principal problème de Monuments Men est le sentiment qui s'en dégage: tout ça n'est pas vraiment sérieux. En privilégiant un ton léger et un humour de potes, Clooney essaie de rendre le sujet plus proche des spectateurs. Il donne surtout un vrai sentiment d'amateurisme. Ou quand les Américains peuvent filmer la guerre comme si c'était une attraction de Disneyland. Même les moments dramatiques sont joués avec un côté "je m'en foutiste" très désagréable. 

Comme tout film, Monuments Men ne nous présente qu'une vision partielle de la réalité et de nombreux experts dénoncent les intentions américaines qui ne souhaitaient pas forcément rendre toutes les œuvres à leurs propriétaires (souvent juifs) mais surtout remplir les musées outre-Atlantique.

Quoi qu'il en soit, la matière avait davantage de potentiel. C'est en fait un Ocean's Eleven en 1945 avec l'accent mit sur les vannes et l'esprit de groupe plutôt que sur le fond de l'histoire. Le sujet méritait plus de sérieux et de profondeur.

Monuments Men n'est donc pas crédible et son mérite principal est d'attirer l'attention sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre Mondiale. Pour en savoir plus, mieux vaut ouvrir quelques bouquins, le roman d'origine Monuments Men ou Le Pillage de l'Europe  par Lynn H. Nicholas.

La petite anecdote:
"L'Autel de Gand", aussi appelé "Adoration de l'Agneau mystique", de Jan Van Eyck, est l'une des oeuvres les plus volées de l'histoire de l'humanité: achevé en 1432, le retable est caché en 1566 pour éviter que les calvinistes ne le brûlent. Entre 1784 et 1860, deux panneaux de l'autel disparaissent mystérieusement, alors qu'on 1794 l'armée française enlève quatre panneaux représentant l'Adoration de Paris. En 1816-17, six des panneaux restants sont achetés par Frédéric-Guillaume III de Prusse, avant que le retable ne soit totalement séparé entre 1914-1918. Berlin, Bruxelles et Gand se partagent l'oeuvre. Les Allemands volent deux panneaux en 1914 avant de les rendre en 1923. Enfin, une demande de rançon est faite suite au vol de deux panneaux en 1935: l'un est rendu comme gage de bonne foi, l'autre est encore aujourd'hui porté disparu. ce sont les nazis qui volent le reste et le cachent dans les mines de sel d'Altaussee avant que les Monuments Men ne découvrent la cachette. 

Infos pratiques:
Monuments Men
sorti le 12 mars 2014 en France
réalisateur: George Clooney
avec: George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, John Goodman, Cate Blanchett, Jean Dujardin
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540445&cfilm=201434.html 

lundi 25 novembre 2013

J'ai été voir... Inside Llewyn Davis


Aller voir un film des frères Cohen, c'est prendre le pari de ne pas tout comprendre du 1er coup, de réfléchir à plusieurs pour se mettre d'accord sur ce qu'on a vu. Inside Llewyn Davis n'échappe pas à la règle mais s'y ajoute pour moi la désagréable sensation d'être passée à côté...

Une semaine dans la vie de Llewyn Davis, chanteur folk à New York dans les années 1960 et qui multiplie les coups de pas de chance. 

Pendant 1h45, Llewyn promène sa mélancolie en métro, à pied, en voiture. Poisseux fini, les situations tordues s'enchaînent et on prend vite le personnage en pitié. Quelques scènes font sourire mais c'est un sourire gêné, un peu désemparé face à cet anti-héros qui ne se débat pas vraiment contre ce qui lui tombe dessus.
Talentueux, orgueilleux, il tient en haute estime ce qu'il fabrique (sa musique) et dédaigne ceux qui ne pensent pas comme lui. Au côté pathétique s'ajoute donc un volet arrogant qui rend ce héros fort peu sympathique.

Les frères Cohen savent pourtant rendre drôles et attachants des héros pas franchement typiques (The Big Lebowski, True Grit), et leur humour parfois absurde peut transformer un scénario incompréhensible en fable hilarante (Burn After Reading). Mais ce Llewyn Davis m'a davantage donné envie de le secouer comme un prunier pour le réveiller.

Les critiques sur Inside Llewyn Davis sont élogieuses: récompensé par le Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, de nombreux articles sont très positifs... Serai-je tout simplement passée à côté ?...
J'avoue que le côté documentaire sur le monde de la folk dans le New York des sixties ne m'a pas emballé non plus. 
La bande-son est cependant très réussie: les acteurs (Oscar Isaac en tête) prêtent leurs vraies voix aux chansons de leurs personnages.

Oscar Isaac (Drive, W.E. Wallis & Edward)  chante et incarne très justement Llewyn Davis. Quasiment constamment présent à l'écran, il porte de façon habile le côté looser mélancolique du héros. Et c'est bien à l'intérieur de son monde (Inside Llewyn Davis) que les frères Cohen nous plongent.
Il est accompagné de la très jolie Carey Mulligan (vue dans Gatsby Le Magnifique, Shame, Drive, Une Education) et de quelques juteuses apparitions (John Goodman en jazzman gigantesque, Garett Hedlund en chauffeur quasi muet). 

Grâce à cette bande d'acteurs très bien dirigés, à la lumière, à la bande-son, les frères Cohen créent une atmosphère très particulière.
Mais ce talentueux looser qui s'enfonce dans un cercle mélancolique dont on ne voit ni le bout, ni la poésie, ça m'a mis le cafard...

La petite anecdote:
Et presque la plus déprimante: Inside Llewyn Davis est inspiré de Dave Van Rock, chanteur folk dont plusieurs chansons sont reprises dans le film, tirées de son album: Inside Dave Van Rock...

Infos pratiques:
Inside Llewyn Davis
sorti le 6 novembre 2013 en France
réalisateurs: Joel et Ethan Cohen
avec: Oscar Isaac, Carey Mulligan, John Goodman, Garett Hedlund
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19539332&cfilm=195051.html

vendredi 16 novembre 2012

J'ai été voir... Argo


"La seule différence entre la réalité et la fiction, c'est que la fiction doit être crédible". Au risque de transformer ce blog en dictionnaire de citations, je trouve cette remarque de Mark Twain très adaptée pour parler d'Argo.

En 1979, les employés de l'ambassade américaine à Téhéran sont pris en otage par des étudiants iraniens qui veulent que les USA extradent le Shah. Six diplomates parviennent à s'échapper et se réfugient dans la résidence de l'ambassadeur du Canada. La CIA met alors sur pied un plan improbable pour les sauver: ils vont devenir une équipe de tournage en repérage pour un film hollywoodien.

Derrière l'étiquette "inspiré de faits réels" peut se cacher tout et n'importe quoi. Ben Affleck, qui signe ici sa 3ème réalisation après Gone Baby Gone et The Town, a l'intelligence de ne pas transformer Argo en reconstitution historique. Certes l'anecdote est vraiment arrivée, mais elle est le prétexte à un scénario construit et solide, pas une fin en soi.

L'avantage de savoir que cette histoire est réelle (ou presque: on sent bien que certains aspects ont été dramatisés), c'est qu'on ne la remet pas en question. Là où on accuserait un scénariste d'imagination trop débordante, la réalité rattrape la fiction. Et on se régale.

Argo mêle donc thriller politique et humour efficace. On rit volontiers de l'énormité du plan proposé comme de ses protagonistes (John Goodman et Alan Arkin s'en donnent à coeur joie). L'auto-dérision fonctionne et ne gâche en rien la tension dramatique créée par la situation des Invités, les 6 diplomates en question.

Affleck nous plonge au début des années 80 avec un soucis du détail dont on ne perçoit l'ampleur que quand on compare les images du film aux images d'archive.

Pour comprendre le contexte historique d'Argo, le résumé est rapide et sans doute très simplifié (30 ans de relations américano-iraniennes en 3 minutes...). Il nous situe néanmoins l'intrigue dans un environnement plus large et nous renvoie également à l'actualité.
On ne ressort pas expert géopolitique de l'Iran et on pourra sans doute déplorer les raccourcis un peu caricaturaux et peu nuancés: les iraniens semblent tous barbus et très énervés.

La narration est fluide et même si on compte quelques longueurs à mi-parcours, Ben Affleck maîtrise son sujet, aussi bien visuellement que dans sa direction d'acteurs.

Il a en effet su s'entourer. Bryan Cranston (vu dans la série Breaking Bad et récemment dans Drive) et les six acteurs qui interprètent les Invités sont impeccables.
On se demande simplement pourquoi il a choisi d'interpréter lui-même le rôle principal... Sa prestation n'est pas mauvaise mais pas extraordinaire non plus. A le voir à l'écran, on a l'impression qu'il ne passe pas complètement le cap d'acteur à réalisateur. Il semblerait que des conflits d'emploi du temps aient empêché Brad Pitt de rejoindre le projet...
Autre grand nom au générique, George Clooney qui est producteur.

Argo rassemble beaucoup d'éléments que le cinéma américain réussit très bien: une intrigue haletante qui mène le spectateur par le bout du nez et une pointe d'ironie qui complète le divertissement.
L'ensemble est donc clairement une réussite et donne envie d'en voir plus de la part de cet acteur-réalisateur qui semble avoir de belles choses à nous raconter.

La petite anecdote:
Comme montré dans Argo, le panneau si célèbre "Hollywood" était en mauvais état en 1978. Des fonds ont été levés pour le rénover et les donateurs sont plutôt... surprenants. Hugh Hefner (fondateur de Playboy) a financé le Y, le chanteur de hard rock Alice Cooper a payé pour un O et c'est la Warner qui a réglé pour un autre O.

Et si vous souhaitez un regard complémentaire sur la vraie histoire d'Argo, c'est ici. 

Infos pratiques:
Argo
sorti le 7 novembre 2012 en France
réalisé par : Ben Affleck
avec: Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin
bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19402653&cfilm=190267.html  

mercredi 26 octobre 2011

J'ai été voir... The Artist


En 2011, le cinéma est parlant. Il est même parfois fort bruyant...
Faire un film muet à l'heure du cinéma 3D, c'était donc un gros pari.

Pari gagné pour Michel Hazanavicious et Jean Dujardin: The Artist est un petit bijou.
Mais qu'est-ce que The Artist? un film muet? un personnage muet? un film en noir et blanc sur le cinéma muet? un peu tout ça à la fois...

George Valentin est une star du cinéma muet des années 1920. Mais l'arrivée des films parlants et son refus de s'adapter à cette mutation vont précipiter sa chute.
The Artist rend donc hommage à l'Hollywood des années 20 aussi bien dans sa forme que dans son fond.

J'avoue que j'avais un peu peur de m'ennuyer et d'être perdue sans dialogues. En fait, on rentre facilement dans le rythme de l'histoire qui, même si elle est un peu simpliste, laisse la part belle aux personnages.
Et puisqu'il n'y a pas de paroles, le film est forcément très visuel. On sent là l'attachement du réalisateur aux détails: costumes, décors (le film a été tourné à Los Angeles), véhicules, etc...

Jean Dujardin met ses mimiques et ses grimaces au service de ce personnage finalement un peu paumé dans son époque et incapable de changer. On assiste à une grande performance d'acteur et j'espère qu'il va continuer à se lancer dans des projets un peu fous comme celui-là.
Quant aux grands yeux noirs de Bérénice Béjo, on n'a pas besoin de mots pour se noyer dedans...
Tous deux mettent leur dynamisme et leur sens du spectacle au service de l'histoire. Ils sont par ailleurs entourés de quelques grosses pointures américaines (notamment John Goodman et James Cromwell) qui donnent à l'ensemble encore plus d'authenticité.

The Artist a failli ne pas trouver de financements et c'est finalement grâce au producteur Thomas Langmann (à qui on doit les Mesrine) que ce projet hors norme verra le jour. Le film est par ailleurs distribué aux US par les frères Weinstein, déjà responsables du succès aux Oscars du Discours d'un Roi l'an dernier. The Artist devrait donc avoir ses chances dans plusieurs catégories cette année, y compris celle de meilleur film.
Sachant que Jean Dujardin a déjà obtenu le prix d'interprétation masculine à Cannes pour le rôle de George Valentin, on peut imaginer qu'il reçoive d'autres récompenses tant il habite le personnage.

Michel Hazanavicious n'avait pas le droit à l'erreur et il a, à mon avis, relevé le défi haut la main.

La petite anecdote:
Les débuts de Michel Hazanavicious dans la réalisation remontent à 20 ans avec un film devenu culte pour certains: La Classe Américaine - Le Grand Détournement.
Mais attention, ce flim n'est pas un flim sur le cyclimse...

Infos pratiques
The Artist
sorti le 12 octobre 2011 en France
réalisateur: Michel Hazanavicious
avec: Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman, James Cromwell
Bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19218564&cfilm=183070.html