jeudi 26 mai 2016

Free to Run


Liberté, Egalité, Course à pied.
Documentaire immanquable pour une amatrice de cinéma ET de running...

Des années 60 à aujourd'hui, la course à pied est passée de sport marginal à un phénomène de masse. Free to Run revient sur les grandes étapes de cette mutation.

Le réalisateur suisse Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau. Il se penche sur son sport avec un regard à la fois bienveillant et un peu nostalgique. 

Il dresse un panorama des 60 dernières années qui ont amené la démocratisation et la popularisation du running.
Difficile en effet d'imaginer que les femmes n'avaient pas le droit de courir plus de 800m en compétition officielle jusqu'à la fin des années 60: 1967 pour le 1500m, 1974 pour le 3000m, et le marathon n'a été ouvert aux femmes qu'aux JO de Los Angeles de 1984!

Free to Run dresse le portrait de quelques pionniers plus ou moins célèbres qui ont participé à cette révolution. Morath a fait le choix de ne pas axer son film sur la performance (les coureurs interviewés ne sont pas tous des champions) mais plutôt sur l'état d'esprit de ce sport, son authenticité.
Voyage dans le temps mais aussi autour du monde, Free to Run nous fait courir de New York à la Suisse.

Divers aspects sont abordés, des règles strictes des fédérations aux rémunérations des athlètes, de la portée symbolique face aux conservateurs à la place des marques d'équipement.
Cette notion économique est abordée en profondeur, évoquant les limites de l'éthique. C'est là que l'aspect nostalgique intervient, une sorte de "c'était mieux avant" assez paradoxal. Morath prône un retour à l'essentiel, à cette liberté de courir qui a donné son titre au film.

Mêlant images d'archives et interviews, le récit est fluide et pédagogique. 
Émouvant aussi, quand courir devient un symbole ou un acte de résistance.
Captivant donc, suffisamment pour oublier les faiblesses de style (bande-son un peu lourde, voix off pas forcément judicieuse...)

Difficile pour moi d'être objective et de savoir si le film plaira aux spectateurs qui ne courent pas. Mais en liant les facettes économiques, sociétales et spirituelles, Morath réalise un documentaire passionné et réussi.

La petite anecdote:
Vivre de son sport, c'est encore aujourd'hui compliqué pour certains.
Le lien ICI vers un reportage récent de France Télévisions sur ces champions qui vont à Rio mais qui galèrent pour boucler leurs fin de mois.

Note:
4/5

Infos pratiques:
Free to Run
sorti le 13 avril 2016 en France
réalisateur: Pierre Morath



Kung Fu Panda 3


On avait laissé Po en 2011 après sa 2ème aventure. Le voici qui revient 5 ans plus tard accompagné de ses amis maîtres kung-fu.

Alors qu'il croyait être le dernier panda, Po rencontre son père biologique. Il va devoir lutter contre un maître revenu du monde des esprits qui s'attaque à tous les maîtres kung-fu de la Chine.

Grosse machine du cinéma d'animation, ce Kung-Fu Panda 3 est efficace. Po est un mélange de maladresse et de mignonnerie (mot inventé spécialement pour les pandas). Les enfants gloussent aux blagues gentiment potaches, les parents se régalent du joli graphisme.

Côté scénario, on ne s'est pas trop creusé la tête. Un grand méchant, une quête de ses racines, un fond de message / morale ("sois toi-même") et hop! 1h35 de film très prévisible. Le rythme est cependant emballé, ponctué de quelques scène d'action bien senties.

Visuellement réussi, Kung-Fu Panda 3 évoque le dessin traditionnel chinois et mélange  celui-ci avec les techniques d'animation d'aujourd'hui. 2D et 3D se mêlent.

On perd en surprise sur ce 3ème volet mais on garde l'humour décalé qui sauve pas mal de situations.

Une franchise en pilote automatique qui remplit son contrat: divertissement familial et remplissage de salles obscures pendant les vacances. Dreamworks a déjà annoncé 3 nouveaux films.

La petite anecdote:
la sortie du film était initialement prévue pour décembre 2015. Dreamworks a préféré la repousser pour éviter que le film soit à l'affiche en même temps que Star Wars: le Réveil de la Force

Note:
2/5

Infos pratiques:
Kung-Fu Panda 3
sorti le 30 mars 2016 en France
réalisateurs: Jennifer Yuh, Alessandro Caloni

mardi 26 avril 2016

Good Luck Algeria


Du sport au cinéma, une veille de marathon, c'est le programme idéal.

Pour assurer la visibilité de leurs skis artisanaux, Sam et Stéphane veulent un athlète aux Jeux Olympiques. Quand leur champion suédois les abandonne, il faut trouver un plan B.

Good Luck Algeria est tiré d'une histoire vraie: en 2006, Nourredine Bentoumi participe aux JO de Turin en ski de fond (50 km) aux couleurs de l'Algérie. C'est son frère Farid Bentoumi qui réalise le film aujourd'hui.
Comme beaucoup de films tirés d'histoires réelles, il parait peu vraisemblable, et pourtant...

Sport d'hiver, choc des cultures, tolérance: on peut penser à Rasta Rockett. Ce n'est pas aussi drôle mais c'est quand même une bonne comédie. 

Le scénario sent les bons sentiments, le courage, l'amitié, la famille. Oui c'est un peu facile, pas très abrasif et sans doute très Bisounours. Mais les dialogues sont bien ficelés, le casting est étonnant (Chiara Mastroianni face à Franck Gastambide des Kaïra) et l'ensemble bien rythmé.

Good Luck Algeria parle de la bi-nationalité, sujet d'actualité s'il en est. Sam, entrepreneur idéaliste et un peu rêveur doit se poser la question de ses racines. Son père (Bouchakor Chakor Djaltia, très touchant) vit entre ses oliviers en Algérie et le futur de ses enfants en France. Sa mère, française, a choisi l'intégration inversée: c'est elle qui parle arabe alors que ses enfants non.
Sam comprend petit à petit ce qu'il retient de ses origines, ce qu'il choisit d'en garder.

Et si, comme moi, un athlète portant un drapeau et/ou un hymne national dans un stade vous font monter les larmes aux yeux, Good Luck Algeria jouera alors aussi la corde de l'émotion.

Un film convenu mais agréable, "feel good movie" français, assez rare pour être noté.

La petite anecdote:
Sami Bouajila a été choisi pour son jeu mais aussi pour sa ressemblance avec Noureddine Bentoumi

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Good Luck Algeria
sorti le 30 mars 2016 en France
réalisateur: Farid Bentoumi
avec: Sami Bouajila, Chiara Mastroianni, Franck Gastambide

jeudi 7 avril 2016

Five


Un film de potes avec Pierre Niney, même quand on aime pas particulièrement les comédies françaises, ça intrigue.

Une bande de 5 copains rêvent d'une colocation. Elle devient possible le jour où l'un d'entre eux propose de payer la moitié du loyer. 

Le réalisateur Igor Gotesman (qui joue Vlad dans le film) avait dans un premier temps pensé Five comme un court métrage. Il a ensuite travaillé avec Pierre Niney sur la série Casting(s) pour Canal + avant de trouver les fonds pour voir les choses en plus grand.

Difficile de situer les influences et éventuelles comparaisons mais on pense à Judd Apatow (40 ans: Mode d'emploi, 40 ans: Toujours puceau) version frenchy 2016. 

Five est un film cool: les personnages sont beaux, vivent dans le confort, portent des fringues à la mode et ont tous un sens de la répartie implacable. Forcément, par certains aspects, c'est un peu forcé et ça sonne faux, un peu comme un film de "fils à papa".

Mais avec un scénario soigneusement écrit et un sens de la vanne assumé, le résultat est agréable à regarder. Voire même franchement marrant par moment.
Fuyez cependant la bande-annonce, elle dévoile certaines des meilleures scènes.

Pierre Niney s'en donne à cœur joie et joue de son phrasé maîtrisé et de sa silhouette de grand ado. Il est entouré d'une bande d'acteurs pas (encore) connus qui sont à leur place et prennent un plaisir visible à improviser.

Au final, on est loin d'un grand film mais Five fait passer un bon moment frais et sans prétention, sans trop réfléchir. C'est suffisamment rare pour une comédie française pour être souligné...

La petite anecdote:
Une petite vidéo interview qui montre que l'ambiance hors tournage a l'air aussi sympa que celle à l'écran 

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Five
sorti le 30 mars 2016 en France
réalisateur: Igor Gotesman
avec: Pierre Niney, Igor Gotesman, Margot Bancilhon



mercredi 30 mars 2016

Célibataire, mode d'emploi


Dans la catégorie "Film de filles", à aller voir entre copines, voici le dernier venu!

A New York comme ailleurs, il y a plusieurs façons de vivre son célibat...

Célibataire, Mode d'Emploi est adapté du roman "How to be single" de Liz Tuccillo, scénariste sur la série Sex and the City. On retrouve d'ailleurs ce ton déluré et un ton féminin cru et libéré.

Oubliez toute tentative d'analyse de fond, de recherche de message engagé ou autre manifeste artistique. Célibataire, Mode d'Emploi est un divertissement et uniquement un divertissement. Y aller avec d'autres intentions que rire, c'est la garantie d'être déçu(e).

L'humour cash est la réussite n°1 de ce film. Je craignais d'ailleurs que les meilleures blagues soient dans la bande-annonce. Mais non, l'1h50 est ponctuée de gags plutôt bien trouvés.
Célibataire, Mode d'Emploi s'adresse a un public précis. Trentenaire, vivant dans une grande ville, il se trouve que je tombe dans cette cible. Certaines scènes rappellent donc des souvenirs et je ne suis visiblement pas la seule dans ce cas puisque la salle (à 95% constituée de femmes) a copieusement gloussé.

Le scénario se résume en deux mots mais c'est plus la galerie de personnages, destinée à représenter plusieurs visions du célibat, qui fonctionne.
Le carburant de Célibataire, Mode d'Emploi étant les clichés, difficile de lui reprocher de faire dans la caricature.

Dakota Jackson, (vue dans Cinquante Nuances de Grey) prête son joli minois au personnage principal. Ce sont surtout ses faire-valoirs qui valent le détour, en particulier Rebel Wilson (Pitch Perfect). Elle joue toujours un peu les mêmes rôles - la grosse copine délurée - mais elle le fait drôlement bien.

Si vous cherchez un film à regarder entre filles, Célibataire, Mode d'Emploi vient se classer aux côtés d'autres comédies anecdotiques mais efficaces (Magic Mike, par exemple) qui remplissent parfaitement leur mission: faire rire sans faire trop réfléchir.

La petite anecdote:
Le rôle principal devait à l'origine être tenu par Lily Collins qui s'est finalement désistée.

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Célibataire, Mode d'Emploi
sorti le 2 mars 2016 en France
réalisateur: Christian Ditter
avec: Dakota Jackson, Rebel Wilson, Leslie Mann

lundi 21 mars 2016

Brooklyn


Un film bonbon, de temps en temps, ça fait plaisir.

Eilis n'a pas d'avenir en Irlande. Aidée par un prêtre, elle quitte sa mère et sa sœur pour tenter sa chance en Amérique et débarque à New York.

Brooklyn est une romance et l'assume complètement. Adapté du roman de Colm Toibin, le scénario écrit par Nick Hornby a été nominé aux Oscars. C'est un duo de productrices qui a déjà signé Une Education qui a cache derrière ce mélo vintage. L'esthétique du New York des années 50 est tendance.

La perspective est originale. Des films sur l'immigration aux Etats-Unis dans les années 50, il y en a eu beaucoup. Ici, on se place du point de vue d'une jeune femme. Malheureusement, cette thématique ne sert que pour le cadre et n'est pas creusée.
Car Brooklyn est une romance. Le cœur d'Eilis balance entre un monde connu dont elle maîtrise les codes et une nouvelle chance où tout est à créer.
On frôle parfois le roman Harlequin tant on reste sage et sans aspérité. On pense par moment à The Notebook, ce qui ravira les grand(e)s romantiques. On verse sa petite larme de bon cœur.

La photo est très travaillée et suit les trois temps de l'histoire. Elle met en valeur le minutieux travail de reconstitution. On n'évite pas les clichés: les irlandais sont tous un peu roux, la logeuse américaine est pleine de mimiques et les italiens parlent en faisant de grands gestes.

Saoirse Ronan a été nominée aux Oscars pour ce rôle qui fait écho à sa propre histoire (elle est née à New York et a grandi à Dublin). Pudique et intense, elle est authentique.
Domhnall Gleeson (Star Wars: Le Retour de la Force, The Revenant, Il Etait Temps) et Emory Cohen forment le duo masculin.

Convenu et un peu trop classique, Brooklyn est une belle histoire d'amour comme il fait bon par moment d'en voir sur grand écran.

La petite anecdote:
Brooklyn est l'adaptation du roman de Colm Toibin, que je conseille vivement (disponible ici)

Note:
2.5/5

Infos pratiques:
Brooklyn
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: John Crowley
avec: Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen


jeudi 10 mars 2016

Room


Inspiré de faits divers sordides, le challenge était grand pour Lenny Abrahamson de ne pas tomber dans le voyeurisme déplacé.

Jack a 5 ans. Il vit seul avec sa mère. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde. Sauf que leur monde est confiné aux 4 murs de la pièce dans laquelle ils sont séquestrés.

Pour éviter toute mauvaise surprise, ne regardez pas la bande-annonce qui dévoile une partie non négligeable de l'intrigue et risquerait de gâcher votre plaisir.

Ce drame maternel est tiré du roman de Emma Donoghue, qu'elle a elle-même construit en se renseignant sur plusieurs affaires de jeunes femmes séquestrées (sans pour autant en raconter une en particulier). Room est par bien des aspects un thriller psychologique. L'oppression de l'enfermement, la peur, la pénombre donnent un ton étouffant.

Avec un tel sujet, le pathos malsain guette. Mais le réalisateur parvient à insuffler la poésie dans Room, en nous mettant dans la perspective de Jack. Il n'a connu que cette pièce mais grâce à la douceur de sa mère et à la relation qu'ils créent, quelque chose de beau émerge au milieu du terrible.

Room parle de l'immensité des possibles, de ce qui se cache derrière ces murs et qu'on a du mal à imaginer. Jack a du mal à distinguer ce qui se passe dans sa télé de ce qui est réel puisqu'il n'a jamais vu autre chose. 

Le film ne s'enferme jamais et le récit rebondit régulièrement afin de nous emmener ailleurs. Cette mère s'accroche à son fils pour survivre et lui s'accroche à elle car elle est sa seule certitude. L'émotion est évidemment palpable et surgit dans les détails, principalement grâce à la candeur de Jack et à son regard sur les choses.
La 2ème partie du film est plus prévisible et d'aucuns reprocheront trop de bons sentiments. J'ai pour ma part trouvé l'évolution du récit nécessaire et assez logique.

Brie Larson, que j'avais déjà beaucoup aimé dans States of Grace habite littéralement son personnage. Bouleversante en mère courage, elle remporte assez logiquement l'Oscar de la meilleure actrice.
Jacob Tremblay, 10 ans, parvient presque à lui voler la vedette. Il est une éponge à émotions et sa simplicité va droit au but.

Passer deux heures dans Room n'est pas une expérience particulièrement agréable. Mais c'est un film sobre et juste qui parvient une combinaison rare: à la fois fort et doux.

La petite anecdote:
Le prénom Joy était très représenté lors des Oscars 2016: c'est le prénom du personnage interprété par Brie Larson dans Room mais également celui joué par Jennifer Lawrence dans.. Joy. Enfin, c'est le nom de l'une des émotions dans Vice-Versa (Oscar du meilleur film d'animation). 

Note:
4/5

Infos pratiques:
Room
sorti le 9 mars 2016 en France
réalisateur: Lenny Abrahamson
avec: Brie Larson, Jacob Tremblay